‹ Chimie. Traité élémentaire de cette science et de ses applications aux arts et aux manufacturesChapitre 146 sur 162 · TANNAGE · texte numérisé non relu

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ies ramollir, d’ouvrir leurs pores, de sorte que l’on peut facilement en séparer le poil. On place à cet effet les peaux sur un chevalet, et à l’aide d’un couteau rond on enlève non-seulement le poil , mais même l’épiderme qui ne s’unissant pas au tannin empêcherait cette substance de se combiner également avec la partie gélatineuse de la peau.

Après cette opération que l’on appelle dêbouf rement , les peaux sont plongées dans une eau courante où elles se ramollissent. On les sort, on les repasse avec le couteau rond , on les retrempe de nouveau.

Les peaux destinées à former un cuir doux , flexible, sont de suite soumises au tannage; celles au contraire qui doivent constituer un cuir fort tel que le cuir à semelles subissent avant d’ètre tannées une autre opération qui a pour but d’ouvrir davantage leurs porcs afin que le tannin pénètre plus facilement et en plus grande abondance. Celte opération appelée gonflement s’exécute simplement en trempant les peaux dans une faible dissolution acide ou alcaline.

Ap rès le gonflement on procède au passement , qui se fait en tenant les peaux pendant quelque temps dans une eau qui a traversé à plusieurs reprises du vieux tan et s’est chargée des parties solubles de la tannée.

Toutes les substances végétales astringentes contiennent le tannin. Celles qui en renferment le plus sont les écoyces de chêne , d’aulne , de saule ; l’écorce du chêne contenant une plus grande proportion de ee principe et étant la plus commune est généralement employée; on enlève l’écorce au bois abattu , ou même au bois sur pied ; on la fait sécher en plein air et on la réduit dans des moulins en poudre grossière; c’est celte poudre qui a reçu le nom de tan. On appelle tannée le tan qui a déjà servi.

Les méthodes pour employer le tan se réduisent à deux principales que nous allons exposer en donnant leur théorie : la plus ancienne et la plus généralement suivie consiste à former dans des cuves rondes ou car-

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rées que l’on appelle fosses, et dont le bord est au niveau du sol , une couche de tannée de t6 centimètres sur laquelle on établit une autre couche de tan neuf de 27 millimètres ; on étend une peau sur la première couche, puis sur la peau on remet une couche de tan neuf de la même épaisseur, et ainsi successivement une peau et une couche de tan neuf que Ton foule bien sous les pieds jusqu’à ce que la fosse soit presque pleine ; 011 recouvre le tout d’une couche épaisse de tannée, et l’on fait couler de l’eau lentement par un conduit qui se rend jusque dans la partie inférieure. L’eau dissout le tannin et les principes solubles que contient l’écorce , pénètre les peaux, y dépose les substances qui se combinent avec la gélatine. Lorsque l’on juge que le tan est épuisé . ce qui a lieu au bout de deux ou trois mois, on retire les peaux, on ôte le tan de la fosse , et on y replace les mêmes peaux avec du tan neuf de la même manière que précédemment : on laisse les peaux dans ce second bain un mois de plus , puis on forme un troisième bain qui dure cinq mois, ce qui fait un an entier pour tout le tannage : quelques tanneurs même le font durer dix-huit mois.

Le second procédé inventé par M. Séguin est basé sur le principe que le tannin est le seul agent dans cette opération. Le tanneur remplit des tonneaux de tan neuf et les fait traverser tous successivement par de l’eau qui , filtrant à travers le tan , se charge du principe le plus soluble, c’est-à-dire du tannin. Il obtient ainsi plusieurs solutions de force et de densité différente ; les peaux à tanner sont mises d’abord dans la solution moins chargée, puis dans une autre , et arrivent enfin dans la plus forte d’où elles sortent parfaitement tannées. Toute l’opération ne dure qu’un mois; ce procédé qui date des temps de la révolution abrège infiniment la fabrication ; mais l’expérience prouve que les cuirs préparés ainsi sont moins flexibles, plus susceptibles de se gercer, de se rompre que le cuir tanné à la manière ordinaire ; e’est ainsi que

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les souliers fournis à nos soldats à une époque célèbre se coupaient en peu de temps et que Ton vit les guerriers cito) ens , luttant contre l’Europe , marcher pour ainsi dire pieds nus a la victoire i cette circonstance donna lieu, contre le fournisseur, à une accusation de friponnerie qui n était pas sans doute meiitcc, mais qui fit presque entièrement abandonner son procédé.

11 paraît que les deux principes, l’extractif et le tannin , sont nécessaires pour opérer un bon tannage; le tannin en donnant de la force , de la solidité , 1 extractif en donnant de la souplesse au cuir. Dans le procédé de M. Sé guin, ses dissolutions très saturées de tannin contiennent peu d'extractif , substance beaucoup moins soluble ; elles tannent très rapidement, mais donnent un cuir de qualité inferieure par le manque de quelques matières végétales contenues dans l’écorce qui se dissolvent par i’ancien procédé. 11 paraît d’ailleurs nécessaire que la peau soit long-temps exposée au contact du tan, pour que les substances solubles pénètrent dans l’intérieur.

Lorsque le tannage est complet , on retire les peaux des fosses, on les laisse égoutter, et on les passe entre deux cylindres de fer pour les rendre flexiîjles ; on les suspend ensuite dans un endroit aéré jusqu à ' ce qu’elles soient parfaitement sèches. Les plus petites passent alors entre les mains du corroyeur qui les rend flexibles et les égalise : cette opération consiste à les tremper, les couper, les rogner, les nettoyer, les étendre et les graisser avec de l’huile. On noircit le cuir avec une composition de noir de fumée, d’huile et de suif, que l’on étend avec force sur le coté charnu ; à cette époque le cuir est propre à la vente.

Des peaux de mouton. On prépare de la manière suivante les peaux de mouton que Ton emploie dans la ganterie , la reliure des livres , etc. , etc. Après les avoir tondues , on les trempe d’abord dans l’eau pour les dépouiller de toute impureté; on les place

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sur le chevalet le poil en dessous , et on racle le côté de la chair avec le couteau rond ; on les pend dans des chambres fermées , dont la température est élevée à 3o degres environ ; là , elles éprouvent une légère putréfaction qui détache la laine , et fait sortir une matière huileuse que l’on emporte avec le couteau rond sur le chevalet. On trempe alors les peaux dans des fosses remplies d’un lait de chaux pour les rendre fermes et leur donner de la consistance : on les laisse en cet état un mois ou six semaines selon les circonstances. Lorsqu’elles sont retirées , on les égalise sur le coté charnu avec un couteau : on les trempe ensuite dans un bain de son et d’eau où elles subissent une légère fermentation, se dégorgent et deviennent plus légères. Pour donner du lustre à la surface extérieure des peaux, on les foule dans une cuve de bois qui contient une dissolution de jaunes d’œuf que l’on a préalablement bien battus ; lorsque cette dissolution devient limpide, c’est une preuve que les peaux ont absorbe la matière colorante. Elles sont alors converties en cuir que l’on suspend à des crochets dans des pièces chaudes : quand les peaux sont sèches, on les polit avec des mains de fer chauffées.

Les peaux ainsi préparées et que l’on destine à faire du maroquin peuvent se teindre par l’immersion dans un bain où l’on a fait dissoudre de la fiente de chien ou de pigeon , puis dans le bain colorant: i° en rouge :.ou les plonge dans un bain d’alun et de cochenille à la température de 76 à 82° c. , et on les agite jusqu’à ce qu'elles soient suffisamment teintes; on les passe ensuite successivement dans un bain de sumac et de safran ; 20 en noir: on les plonge aussitôt après les avoir lavées dans un bain de sumac, et on les frotte ensuite sur le côté du grain avec une brosse roide que l’on trempe dans de l’acétate ou pyrolignite de fer.

Pour donner à ces peaux le grain ou le poli du maroquin , on les graisse avec de l’huile ; on les étend sur un établi, on les frotte avec une forte pièce de verre

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convexe : le cuir étant devenu par ce moyen plus compacte , on le presse en le faisant passer sous un cylindre de buis dont la surface est rayée ou semée de grains. Les peaux de chèvre se tannent, s’apprêtent et se teignent de la même manière que les peaux d’agneau ; seulement on les travaille avec le poil qui n’est pas estimé comme la laine.

Du vrai maroquin. On n’emploie que les peaux de chèvre. Lorsqu’elles sont nettoyées et débourrées , on leur fait subir une fermentation partielle dans un bain de son , et on les tient ensuite plongées , pendant cinq à six jours, dans un bain de figues blanches bien délayées. 11 est alors nécessaire de les tremper dans une dissolution de sel et d’eau pour les disposer à recevoir la teinture : le rouge s’applique avec l’alun et la cochenille , le noir avec le sumac et une dissolution de fer , le jaune avec l’alun et l’écorce du grenadier ; on les tanne et on les graisse comine les peaux de mouton.

Du cuir de Russie. On débourre les peaux de veau en les raclant après leur macération dans une liqueur alcaline ; on les lave à grande eau, et on les plonge dans un mélange de ce liquide et de gruau d’avoine , où on les tient jusqu’à ce qu’une légère fermentation se soit établie. Le tannage se fait ensuite avec l’écorce de boqleau , et les peaux tannées sont rendues flexibles au moyen de l’huile ; elles sont ensuite frottées plusieurs fois avec le produit de la distillation de la première écorce de bouleau ; c’est à cette substance qu’elles doivent l’odeur agréable qui leur est particulière et qui les préserve des vers ; le cuir de Russie conserve cette odeur plusieurs années, aussi le recherche-t-on dans les belles reliures : les lignes transversales que l’on y remarque sont tracées en roulant sur la face grenue un cylindre de fer d’un poids considérable.

On prépare à Astrakan un très beau cuir avec la peau de daim ou de chèvre; l’opération est analogue

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n celle que l’on pratique sur les peaux de mouton : ce cuir est teint en rouge par son immersion dans un bain de cochenille contenant une plante alcaline commune dans les steppes ; on le passe ensuite dans une solution d’alun et on le tanne. Le granulé du cuir se fait par un instrument en fer , d’un poids considérable et garni de dents émoussées.

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