REGAIN
En poursuivant mes recherches sur la marche générale de la végétation, j'ai obtenu les résultats suivants par l'analyse d'une espèce de Graminée, non cultivée, qui a été examinée dans les trois conditions suivantes :
Cynosurus crist atus (Greielle vulgaire).
I. Plante développée dans une prairie naturelle, exposée au soleil; récoltée le 28 mai 1898.
II. Plante développée dans le même sol, à Tombre d'une charmille qui la protégeait en tout temps contre l'action directe des rayons solaires ; même date.
m. Plante développée au soleil, fauchée le 3 juin ; regain
le 6 août.
Le poids moyen du pied a été déterminé seulement pour
l'échantillon III. Un pied pesait : humide, i^',233; sec, o8%386.
Sur 100 grammes, à l'état naturel, on a trouvé :
Matière sèche. Eau.
I (soleil) 27,4 72,6
II (ombre) 22,1 77,9
III (regain) 3i,3 68,7
Ainsi la plante développée à l'ombre contient plus d'eau, comme on devait s'y attendre. Il y a peu de différence entre
la récolte de regain et la première récolte, toutes deux obtenues au soleil.
Voici maintenant la proportion relative des différentes parties de la plante, en centièmes :
Étal
sec.
l II III
(soleil). (ombre). (regain).
Racines 29,7 14,4 29,9
Tiges 19,9 37,7 23,4
Feuilles vertes 19,9 34,25 24,7
Feuilles sèches 1.5,7 '^,7
Épis '. i4,7 o 21,9
Le poids relatif des racines est le même dans les deux récoltes successives au soleil ; tandis qu'il est réduit à moitié dans la plante développée à Tombre.
La presque identité du poids relatif des racines, pour les
deux récoltes successives au soleil, mérite d'être remarquée
dans une plante annuelle, telle que le Cynosurus; d'autant
plus qu'elle contraste avec la variation de ce même poids
relatif des racines, pour les deux récoltes successives d'une
plante vivace, telle que la luzerne. En effet, d'après mes
anciennes expériences sur cette plante, le 25 juin i883, les
racines formaient les i5,7 centièmes du poids sec du végétal;
tandis qu'au moment du regain, le So octobre, leur proportion
relative s'est élevée aux 47,2 centièmes (i). Cet accroissement
coïncide avec le rôle des racines de luzerne, qui assurent la
permanence de la plante d'une année à l'autre.
Mais revenons au Cynosurus,
Pour les tiges, le poids relatif est aussi à peu près le même dans les deux récoltes successives au soleil (avec faible excès dans le regain) ; tandis qu'il n'y est guère que la moitié du
(i) Ce volume, p. 65-66.
poids de la même portion de lorganisme total, dans la plante développée à Tombre.
Le poids des feuilles développées à Tombre l'emporte également, étant presque double pour les feuilles vertes; mais Texcès est moindre, si Ton tient compte des feuilles sèches. Quant au regain, lequel n'a pas fourni de feuilles sèches, le poids des feuilles vertes y surpasse à peine celui de la première récolte; il est, par conséquent, fort inférieur à celui de la plante à Tombre.
En compensation, le poids des épis était supérieur de moitié dans le regain, comparé à la première récolte, aux époques de ces analyses ; tandis que la plante développée à Tombre n'était pas encore parvenue au degré d'évolution qui produit les épis, au moment où on Ta recueillie. Ainsi sa végétation était plus lente que celle de la plante au soleil : fait facile à prévoir.
De là résulte une conséquence nouvelle. Si Ton veut comparer plus sûrement les diverses récoltes delà même plante, on doit faire la somme des parties vertes : c'est-à-dire, d'une part, ajouter ensemble les poids des feuilles, tiges et épis (soleil); d'autre part, ajouter les feuilles et tiges sans épis (ombre); on trouve ainsi :