PREMIÈRE PARTIE
Méthodes d'analyse.
Pour définir le développement d'un principe immédiat déterminé dans une plante, il ne suffit pas de rechercher par des analyses la proportion de ce principe dans un échantillon quelconque de la plante, ni même d'en mesurer la proportion, dans les diverses parties de la plante et aux diverses époques de sa vie. Certes, ces analyses sont nécessaires; mais elles ne suffisent pas. En effet, l'étude d'une seule formation exige letude complète de la vie de la plante, pendant une période annuelle ; car la vie repose sur un ensemble de fonctions, et Ton ne peut examiner séparément l'une de celles-ci, sans définir, au moins d'une manière générale, ses relations avec le tout dont elle fait partie. C'est ainsi que nous avons été conduits à faire l'analyse totale des plantes étudiées et à établir en quelque sorte l'équation chimique dechacune d'elles, pendant son déve-
(i) Ce travail a été fait en collaboration avec M. André, 1 883- 1 885.
oppement, à partir de la graine qui Tengendre, jusqu'à sa fructifîcationet jusqu'à la reproduction de la graine elle-même.
Nous avons fait en même temps des expériences proprement dites, destinées à varier les conditions physiologiques de l'évolution végétale : ce qui a accru encore le nombre des analyses.
Enfin, dans cet ordre de recherches, ce n'est pas assez d'opérer sur une espèce unique ; mais on doit multiplier les termes de comparaison, en prenant d'abord des espèces voisines, appartenant au même genre ou à la même famille ; sauf à appliquer les résultats obtenus à d'autres familles et à des groupes déplus en plus dissemblables. Les études s'étendraient ainsi d'une façon pour ainsi dire illimitée, s'il n'était vécessaire de s'arrêter à de certains groupes, afin d'arriver à des conclusions définies.
Nos recherches ont compris dix espèces botaniques. Ces espèces ont été étudiées pendant la saison de i883, d'une façon riiéthodique et comparative, au point de vue de la marche générale de la végétation.
Les espèces expérimentées sont les suivantes :
AMARANTACÉES
Amarantm melancolicus ruber, Amarantus caudatus.
Amarantus nanm.
Amarantus hicolœ\ Amarantus giganteus* Amarantus pyramidalis .
Célosie panachée.
Sans préjudice de diverses autres espèces ou variétés appartenant à la même famille, telles que les A marantus sanguineus, paniculatus et speciosus. Ce choix a été déterminé par l'étude simultanée de la formation des azotates, qui sera examinée dans le tome III.
BORRAGINÉES
Borrago officinalis.
Symphytum officinale (grande consoude),
Entin notre étude a porté sur une plante de la famille des Légumineuses, la luzerne [medicago sativa) .
Pour chacune des espèces principales, nous avons exécuté l'analyse complète de la plante et de chacune de ses parties, dans les conditions suivantes de son évolution :
I® Graine ;
2® Plantule, aux débuts de la germination ;
3° Dans certains cas, où la germination avait été opérée sous châssis : petite plante au moment du repiquage ;
4** Plante avant la floraison ;
5° Plante en pleine floraison ;
6° et 7° Plante pendant la fructification ;
8° Plante au moment où elle commence à se dessécher sur pied.
Diverses expériences ont été faites, en outre, telles que la dessiccation de la plante sur pied, la suppression des inflorescences, etc., afin d'examiner l'influence de ces conditions sur le développement des divers principes immédiats et sur celui des diff'érentes parties de la plante.
Les analyses ont eu pour but de déterminer :
i"* Les poids absolus et relatifs de la plante, à chacune des époques ci-dessus, ainsi que le poids de ses diff'érentes parties ;
2® Les poids des principes fondamentaux contenus à chaque époque dans la plante totale ;
3® Le poids de ces mêmes principes, dans chacune des parties, toujours à chaque époque de la végétation.
Dans ce but, on fait ensemencer, à l'époque convenable de
Tannée, aS à 5o mètres carrés de terrain, avec la graine de la plante que Ton veut étudier. Pour certaines espèces, on fait lever la graine sous châssis et on la repique ensuite sur le terrain.
On obtient ainsi les végétaux en masse suffisante pour les anedyses. Au début, celles-ci portent sur un grand nombre de petits pieds et représentent des moyennes. Plus tard, le nombre des pieds nécessaires diminue de plus en plus. On en prend note exactement, dans chaque analyse.
Voici comment on procède à celle-ci.
Division de la plante.
La plante, arrachée du sol avec toutes ses parties, est pesée et aussitôt partagée en ses diverses parties, lesquelles sont pareillement pesées à mesure, à savoir :
Racines, tige, feuilles, dans tous les cas ;
Et en outre, s'il y a lieu : radicelles, fleurs, pétioles et grosses nervures, lesquelles sont pesées séparément.
Le partage et les pesées doivent être exécutés aussitôt après que la plante a été tirée de terre et sans attendre un commencement de dessiccation; celle-ci pouvant avoir pour effet de changer la répartition relative des matières solubles entre les diverses parties de la plante, suivant que Tévaporation, plus ou moins active dans telle ou telle région de la plante, y amène les sucs des végétaux en plus ou moins grande abondance. Il est facile de constater qu'il en est réellement ainsi sur les plantes desséchées sur pied : les azotates, par exemple, s'accumulent alors dans les feuilles et les extrémités, qui n'en contenaient au contraire que des traces dans la plante en pleine activité de vie.
Lorsque la plante est trop petite, aux débuts de la végéta-
MÉTHODES d'analyse. 11
lion, par exemple, son fractionnement n'est pas possible et Ton opère sur la plante totale.
Pesée de ses parties.
Les pesées doivent être faites aussi rapidement que possible, afin de porter sur les parties de la plante dans l'état même qu'elles affectaient pendant la vie. Il suffit de faire ces pesées préliminaires sur un trébuchet, à un demi-millième près, c'est-à-dire à o»'',oi ou même à o«% i près dans la plupart des cas : ce qui permet de les effectuer rapidement et avant que les parties de la plante aient eu le temps de perdre de leur poids. La pesée au milligramme, dans la plupart des cas, serait moins exacte en réalité, parce qu'elle est plus lente et que les portions pesées les dernières risqueraient de l'être une heure après les premières, c'est-à-dire après perte d'une certaine dose d'eau.
Echantillons.
On prélève ensuite les échantillons destinés aux analyses. Tantôt on opère la dessiccation de la totalité de chaque partie, ce qui est préférable. Dans les cas où il sera nécessaire de la diviser en un certain nombre de fragments, ce partage doit être précédé d'une pesée totale, donnant le poids actuel de la partie examinée, poids inférieur en général à celui que l'on a déterminé après l'arrachage, à cause d'un commencement de dessiccation ; puis l'on détermine aussitôt le poids de chaque fragment. Mais il vaut mieux opérer la dessiccation sur la totalité de chaque partie, telle que la tige, la racine, etc., toutes les fois que la chose est praticable.
Voici mcdn tenant comment l'on procède pour déterminer les matériaux de chacune de ces parties.