‹ Chine ancienne et nouvelle. Impressions et réflexionsChapitre 13 sur 77 · Pa>s des Nuages · texte numérisé non relu

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la plus puissante des banques européennes en Chine, est à Hong-Kong et non à Changhaï.

A quoi Hong-Kong doit-il cette prodigieuse fortune? Cette rade vaste, sûre, profonde, où les plus gros navires peuvent entrer et sortir sans souci des marées, sans }3esoin de pilotes, présente sans doute de grands avantages naturels, dont l'étroite et tortueuse rivière de Changhaï, toute envasée, ne fait que mieux ressortir limportance.

Cependant, c'est le libéralisme habile de l'administration anglaise qui a assuré le succès de Hong-Kong. C'est la franchise qui a fait Hong-Kong. Les marchandises qui y passent, qui y séjournent n'y sont soumises qu'à un droit de magasinage : il n'y a pas- même de droit de statistique. Les magasins appartiennent à une compagnie privée ciui réalise de beaux bénéfices : mais la masse énorme des marchandises a permis de réduire les droits à leur minimum.

Hong-Kong n'est pas pour cela un port modèle. L'outillage y est encore sommaire : le nombre des appontements et la longueur de quais abordable aux grands navires sont extrêmement restreints. La plupart des bâtiments doivent charger et décharger en rade.

Un autre défaut d'Hong-Kong qui ne laisse pas de nuire à son commerce, c'est que la peste y est pour ainsi dire en permanence. Le calendrier de l'Extrême- Orient mentionne comme une date mémorable le 18 juillet 1898 parce que ce jour-là Hong-Kong fut pour la première fois depuis des années exempt de peste — pendant vingt-quatre heures! Le resserrement de la ville, son orientation opposée au large, la disposition des principales rues parallèles à la mer et fermées aux effluves marines, l'absence d'égouts — tout cela, joint au perpétuel passage d'une population venue de tous les points du monde, fait de Hong-Kong un redoutable foyer d'épidémies.

Hong-Kong n'en est pas moins pour toutes les nations coloniales un grand exemple. Les commencements en

furent si pénibles, les premiers progrès si lents que les fondateurs désespérèrent d'al)ord de leur entreprise. Il fallait lutter contre une nature ingrate, contre les fièvres, contre les pirates : en Angleterre même la question fut agitée d'abandonner Hong-Kong et si les Anglais y restèrent alors ce fut plutôt par amour-propre national, pour ne pas avouer un échec, que par espoir d'un avenir que nul ne soupçonnait. Et aujourd'hui c'est un des premiers ports du monde !

Mais Hong-Kong a une autre gloire : celle d'avoir été la première capitale de l'Occident en Orient. Aux portes du vieil Empire en décadence elle a établi, la première, la civilisation moderne à demeure. Elle a servi de refuge aux « déclassés » de cet empire, à ce qu'il avait de pire — et de meilleur. Son honneur est d'avoir discipliné les éléments de désordre; d'avoir recueilli, instruit, élevé quelques-uns des rares Chinois soucieux de régénérer la Chine en l'ouvrant à la civilisation occidentale : ainsi jadis les colonies grecques de la côte d'Asie Mineure sauvèrent ou soutinrent les aventuriers et les réformateurs qui voulaient renouveler la face de l'Empire perse.

L'éclatante leçon de choses que Hong-Kong a donnée aux Chinois n'a pas dissipé l'orgueil de leur conservatisme obstiné, ni désarmé leur hostilité aveugle. Hong- Kong n'a pas réussi à former une jeune élite chinoise capable de réformer la Chine : elle a mieux su former au service de la politique et du commerce anglais une milice active par intérêt, sinon par dévoûment.

Quand même, cette héroïque fondation n'a pas profité qu'à l'Angleterre : elle a été — pour l'Orient et pour l'Occident tout entiers — un grand bienfait.

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