LETTRE-PRÉFACE IX
méticuleuse d'un Grand Hôtel; là un fouillis inextricable d'étroites ruelles où passent tout juste les palanquins, où les porcs et les volailles errent à travers les immondices ; un grouillement infini de parasols, de chapeaux de paille de jonc, de seaux d'eau sale suspendus à des balanciers de bambou, de queues tressées, de robes flottantes, de semelles de feutre sur le pavé gluant; des alignements de toupines remplies d'engrais humain; des odeurs épouvantables; des têtes de malfaiteurs pourries, étalées sur une muraille « dans un tourbillon de mouches » ; tandis que là-haut, sur les flancs de la montagne, « dans la luxuriance de la nature tropicale », s'étagent les villas somptueuses, que « la blancheur des marbres éclate sur le vert intense des gazons, se détache sur le fond sombre des bois de pins », que « les hibiscus, les glycines, les églantines, émaillent les buissons et les haies » et que « l'air est embaumé de senteurs capiteuses ». Tels sont quelques traits épars de vos aquarelles. Le lecteur en retiendra bien d'autres.
Et comment oublierait-on, après les avoir vus avec vous : les rizières et les bancs de boue de Whampoa ; Macao, la vieille cité portugaise aux murailles versicolores « vêtues de verdure sous le ciel bleu », mais figée dans le reliquaire de son glorieux passé; Changhaï, qui donne en plein Extrême-Orient une impression d'Europe, avec ses grands navires, son boulevard planté d'arbres, ses usines, la courbe majestueuse de ses maisons monumentales et ses concessions anglaise, française, chacune faite à l'image de la patrie lointaine; l'énorme Yangtzé roulant comme une mer à travers l'immensité des cultures; Han-