X LETTRE-PREFACE
kaou, cette métropole d'un Far-West chinois et déjà tête de ligne d'un chemin de fer; Outchang et son corps d'armée en formation ; Nankin perdue avec ses ruines, ses villages et ses champs au milieu d'une enceinte démesurée de hautes murailles; Tsintau enfin, dans le territoire brutalement conquis par l'Allemagne, mais où son génie méthodique discipline des légions de travailleurs, bouleverse le sol, construit un port merveilleux, improvise une capitale.
La guerre a interrompu voire voyage sur la terre des Fils de Han, au moment où vous vous disposiez à visiter Pékin, et c'est ici que se pose naturellement la grande question dont l'insurrection des Boxers a révélé la gravité, que la guerre n'a pas résolue, qu'une paix boiteuse a supprimée moins encore : la question chinoise. Cette question redoutable vous l'avez longuement méditée, sans prétendre en trouver absolument la solution, et vous avez fait sagement, car en 1901 comme en 1900 elle paraît presque insoluble. Mais, dans la seconde partie de votre livre, vous avez posé nettement, consciencieusement tous les termes du problème.
Et d'abord existe-t-il pour l'Occident un péril économique chinois? Vous êtes bien près de répondre par la négative. Sans doute la Chine possède de grandes richesses naturelles et elle dispose d'environ 80 milhons de travailleurs dont le salaire moyen ne dépasse guère 25 centimes par jour. Mais ces ouvriers à bon marché, quelles que soient leur patience, leur mémoire, leur passivité, ont de graves défauts : l'indolence, la légèreté, le manque de soin, de propreté,