LETTRE-PRÉFACE XIII
Ainsi vous nous laissez entendre qu'il est très possible à la France de peser d'un grand poids dans la balance des destinées chinoises. A moins que... Et cette fois vous répondez indirectement à l'objection qui viendra forcément à l'esprit de tous vos lecteurs : « Et la guerre? » — La guerre, vous ne l'avez pas vue, aussi ne la racontez-vous pas. Mais vous en dites ce qui importe au problème chinois : vous en étudiez les causes. Ces causes, d'après vous, sont : l'action des missionnaires, si modérée qu'elle soit, la rivalité des missionnaires catholiques et protestants, la jalousie que les missionnaires inspirent aux prêtres des pagodes, l'ombrage qu'ils portent aux mandarins; les innovations récemment introduites en Chine par les Occidentaux : chemins de fer, télégraphes, qui ont dérangé de vieilles habitudes et froissé des intérêts puissants ; les tentatives de réforme de 1898, inspirées par les étrangers ; les annexions de territoire, humiliantes pour l'amour-propre chinois, et surtout la prise de possession de Kiao-tchaou par les Allemands; l'affaiblissement du prestige britannique, choc en retour de l'odieuse guerre des Boers; la terrible sécheresse et la famine de 1900 qui ont paru aux Chinois une marque de la colère céleste contre la présence des étrangers ; en un mot et si l'on écarte les causes accidentelles, la cause profonde de la guerre est très simple : « elle est toute dans un essai de pénétration plus intime de la civihsation occidentale au sein de la civilisation orientale )>.
u Ce conflit était si naturel qu'on pourrait presque s'étonner de l'étonnement des puissances... Comment