‹ Chine du sud et de l'estChapitre 13 sur 131 · EXTENSION DU BOUDDHISME IX · texte numérisé non relu

EXTENSION DU BOUDDHISME IX

sième siède de notre ère, c*est ce que nous révèlent les fouilles récentes de M. Stein à l'ouest do Kliotan, dans une ville enterrée sous les sables au delà du point où la rivière de Niya interrompt aujourd'hui son cours : quelques documents chinois écrits sur des fiches de bois nous apprennent que, en Tan 269 ap. J.-C, l'influence politique de la Chine se faisait sentir dans ces régions; d'autre part, de nombreux textes tracés sur bois ou sur peau nous montrent que, vers la même époque, la langue parlée dans ce pays était un idiome hindou et que l'écriture était cette même écriture kharoshtrî qu'on signale sur quelques monnaies des rois Indoscythes ; les tablettes de bois qui tenaient lieu de papier étaient réunies et scellées au moyen de sceaux en argile dont les empreintes portent la trace manifeste de l'art grec de la basse époque, tel qu'il se retrouve dans les sculptures du Gandhâra ; enfln, on peut voir en déchiffrant quelques-uns de ces écrits que le bouddhisme était alors largement répandu dans le Turkestan oriental et qu'il y était la religion dominante (1).

Quoique la Chine se trouvât en contact direct avec des populations pratiquant le Bouddhisme, elle restait cependant dans son ensemble peu disposée à faire sienne cette religion étrangère, car le Confucéisme y était trop enraciné pour céder aisément la place à d'autres croyances. Un événement considérable, à savoir l'invasion de la Chine septentrionale par des conquérants barbares au commencement du quatrième siècle de notre ère, vint changer la face des choses ; un peuple de race tibétaine, les Tangoutains, que sa position géographique plaçait entre le Turkestan oriental et la (^hine, s'établit en 350 à Tch'ang-iiigan {Si-ngan fou) où il fonda la dynastie des Ts'in antérieurs; grâce à lui, Je Bouddhisme put prendre une situation privilégiée, et, à partir de ce moment, les Chinois, gouvernés par les TsHriy devinrent des agents zélés de la propagation du Bouddhisme; c'est ainsi que, en l'an 366, un çramana chinois, Lo-tsouen, consacra pour la première fois au culte bouddhique une des excavations naturelles de la montagne Ming-cha près de Cha^tcheou fdans le Kan-souJ, et créa ainsi l'embryon d'un sanctuaire qui devait se développer et former les «grottes des mille Bouddhas » ; en 372, un autre religieux chinois sk rendait dans le royaume coréen de Kao-keou-U et y répandait sa croyance.

Ainsi, vers la iln du quatrième siècle, le Bouddhisme, par une progression continue, s'était avancé du Gandhâra dans le Turkestan oriental, avait gagné certaines tribus de race tibétaine et, par leur entremise, s'était établi dans, la Chine septentrionale d'où il avait rayonné jusqu'en Corée. La foi nouvelle se déroulait comme une

(1) Cf. M. A. Stein, Sand-buried ruins of KJiotan; 4903.

^I l'A-HIEK

Traversant une seconde fois l'indus, il atteignit le pays de WoiitcïVayw (Oudyâna, vallée du Svât), puis le Gandhâra (région de Peshavar); dans celte terre sainte de l'Inde du Nord, il visita les quafe grands stoiipas qui commémoraient des jâtakas célèbres : à Sou-ho-to (auj. Ciraraijdans les collines situées entre le district de Peshavar et le Bunâr), le fiouddha avait livré sa chair pour sauver une colombe ; à Poushkarâvatî (près de Gharsadda), il avait fait don de ses yeux ; à Takshaçilà (près de Shah Dheri),il avait sacrifié sa tête ; dans une localité qu'il faut chercher au milieu des montagnes du Mahaban, il avait offert son corps à une tigresse affamée. A Peshavar même, Fahien vit le fameux stoûpa du roi Kanishka et le bol à aumônes du Bouddha ; à Nagarahara (Jellalabad) et dans ses environs, il contempla Tos du crâne du Bouddha, son bâton de religieux mendiant et la caverne où apparaissait son ombre.

De rinde du nord, Fa-hien alla dans l'Inde du centre où se trouvaient groupés les principaux souvenirs de la vie du Bouddha; ces lieux saints étaient, pour la plupart, à quelque distance en dehors des villes dont ils dépendaient. En Inde, huit tchaityas (sanctuaires) attiraient surtout la foule des pèlerins (1) : dans le jardin de Loumbinî (près de Kapilavastou), le Bouddha était né, et les indications que le voyageur chinois nous a laissées ont contribué à faire retrouver tout dernièrement ce site dans le Terâï népalais, par 83'20' de long. E. Gr. et 27'29' de lat. N. ; à Bodh-Gayâ (près de Gayà), sous Tarbre de la Bodhi, le Bouddha avait obtenu Tilluminution ; au parc des Gazelles (à Sarnâth), près de Yâranâsî (Bénarès), 'il avait mis en branle la roue de la Loi, c'est-à-dire qu'il avait commencé sa prédication ; dans le parc de Jeta, près de Çravâstî (probablement dans le Terâï népalais, non loin du coude que fait la Rapti au sortir des montagnes), il avait manifesté son pouvoir surnaturel en confondant les docteurs hérétiques par de grands miracles; à Samkâçya (auj. Sankisa, au N.-O de Kanauj), s'étaient déroulés les escaliers précieux par lesquels il était redescendu du ciel des trente-trois dieux après y avoir prêché pour le bénéfice de sa mère; à Râjagriha (Rajghir, à 16 milles au S.-O. de Behàrj,il avait enseigné ; à Vaiçàlî (village de Besârh), au N. de Patna),il avait annoncé sa mort prochaine ; à Kouçinagara (localité non encore identifiée qui doit se trouver dans le Terâï népalais), il entra dans le parinirvâwa.

Après avoir visité ces huit lieux et quelques autres de moindre importance, Fa-hien séjourna trois ans à Pâtalipoutra (Patna), afin d'y étudier le sanscrit et d'y prendre des notes sur les règh;s de

(1) .Cf. Sylvain Lévi : Une poésie inconnue du roi Har.va Çîlâditya (Actes du \* congrès des orientalistes, 1895).

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