LES VOYAGEURS CHINOIS
la discipline. Pour rentrer dans sa patrie, il choisit la voie de mer : descendant le (jango, il arriva à Tàmralipti (Tamlouk, dans le delta dn (jange, au Sud de Calcutta), (]ui était alors W grand port du Bengale. 11 s'embarqua sur un vaisseau qui le menaàCeylan où on adorait la relique vénérée de la dent du Bouddha. Ai)rès être resté deux ans dans cette île, il prit de nouveau la mer et atteignit Java-dvîpa (l'île de Java). Il monta sur un bateau à destination de Canton, mais le hasard d'une tempête le fit aborder à Tchanykouang (près de l'actuel Tsi-mo)^ sur la côte sud de la province de Chan-tong. Ses pérégrinations avaient duré quinze années.
Un siècle plus tard, en 518, rimpératrice-douairière Jïow, de la dynastie tongouse des Weiy envoya en Occident une mission chargée de présenter des offrandes à divers sanctuaires bouddhiques et de rapporter des textes sacrés. Un certain Song Y un, qui paraît avoir été le chef de l'ambassade et le crama/ia IIolei-cheng ciui était au nombre de ses compagnons, rédigèrent, chacun de leur côté, le récit de leur voyage. De ces deux relations, aujourd'hui perdues, l'auteur du Lo yang kialan ki, qui écrivait en 547, en a fait une seule qui nous a été conservée dans son livre (1). Partis de Lo-yaiiy (Honan fou) qui était alors la capitale des Wei. Sony Yun et les siens passèrent au S.O de Si-nivg pour arriver sur le territoire de la tribu tongouse des T'ou-yu-houen établie sur la rive occidentale du Koukou-noor. Leur itinéraire, qui malheureust^ment e.st fort peu détaillé, énumère les étapes suivantes : Chan-cTian (à 300 H au sud du Lob-noor), Tso-mo (appelé ailleurs Tsiu-mo, Tche-mo-t'o-na et Po-sienJ^ Mo^ Han-mo (identi(iue à Pi-mo qui occupait l'emplacement de Uzun tati, au N. de Gulakhma, à 300 U à Test de Khotan), Après s'être arrêté quelque temps à Yu-Vieti (Khotan), Sorty Yun se rendit à Tchou-kiu-po (Karghalik), puis à Ha7i-p'an-Vo (Tach-kourghan) ; il traversa le Po-ho (Wakhànj, au sortir duquel il rencontra le roi des Hephthalites ; il mentionne ensuite le pays de Po-sseu (lisez Po-tche)^ qui doit être placé dans la région montagneuse au nord du Tchitrâl, puis le Che-mi (Tchitrâl) ; du Tchitrâl, les voyageurs auraient pu se rendre dans le Po-lu-ldi ou Bolor (le petit Pom-Iu des historiens), qui correspond aux vallées de Yassiu et de Gilgit ; mais ils préférèrent se diriger droit au sud pour atteindre l'Oudyâna (vallée du Svât) puis le Gandhâra (capitale Peshavar). Us revinrent en Chine en 522. La courte relation insérée dans le Lo yang kia lan ki est, malgré ses obscurités et ses incohérences, d'une réelle importance pour l'archéologie de
1. Cf. Chavannes, Voyage de Song Yun et Houei-cheng dans VOudyâna et le Oandhâra (BEFËO, Juillet-Septembre 1903). — Les ti^ductions antérieures sont celles de Neumann (1833) et de Beal (1869 et 1884).
HIUAN-TSANG
•du roi de Kùraaroûpa qu'il le lui envoyât aussitôt. Ilarsha Çîlâditya tint en son honneur une grande assemblée de religieux à Kanyàkoubdja (Kanauj) ; puis, à Prayâga (Allahabad), il fit une immense distribution d'aumônes. Hiuan-tsang, îivec beaucoup de difficulté, parvint à prendre congé du monarque qui aurait voulu le garder auprès de lui ; il se rendit à Taksliaçilà, et traversa l'indus, non sans perdre des manuscrits et des graines de fleurs qu'une tempête précipita dans le fleuve. Accompagné par le roi du Kapiça, il traversa tous ses états, depuis Oudabhànda, sur l'indus, jusqu'au pied de l'Hindoukouch ; au-delà de ces montagnes, il atteignit Andaràb ; à Koundouz, il retrouva le même prince turc qui avait assassiné son père une dizaine d'années auparavant, et qui d'ailleurs paraît avoir été en excellents termes avec le voyageur. De là, Hitunn-tsang passa par Ki-li-sseu-mo (Kishm), Pd-to-tcKovxingna (Badakchan), Ying-po-hien (Yamgân, ancien nom de la moyenne vallée de la Kokcha), Kiu-lang-na (Kourâna sur la haute Kokcha), puis, se dirigeant vers le N.E., il parvint à Houen-Vo-lo, c'est-à-dire Kandout, en amont d'Ishkashim, sur la rive gauche du Panflj. Une marche à travers les Pamirs le conduisit, semble-t-il, sur les bords du lac Sir-i-koul, et, de là, à Kie-p'an-Vo (Tachkourghan). Ses étapes sont ensuite iCia-che, (Kachgar), Tche-hiuhia (Karghalik), Kiu-sa-tan-na (Koustana ou Khotan). De Khotan, il écrivit à l'empereur pour lui annoncer son retour et pour s'excuser d'être parti subrepticement quinze ans auparavant ; il reçut une réponse pleine de bienveillance et se mit aussitôt en route pour retourner dans sa patrie par Pi-mo (Uzun tati, au N. de Gulakhma), Ni-ja/ng (Niya), le sud du Lob-noor et Cfia tcheou. 11 fit une entrée triomphale à Tch'ang-ngan (Si-ngan fou) au commencement de l'année 645.
Il n'est guère possible de déterminer avec une rigoureuse exactitude la date à laquelle Hiuan-tsang quitta le roi Harsha Çilâditya; mais, si l'on tient compte des arrêts prolongés qu'il fit dans divers royaumes pendant son voyage de retour, on peut fixer approximativement son départ à l'année 641 ; or, à la fin de l'année 643 arrivait dans le Magadha une ambassade chinoise dont les chefs étaient Li Yi-piAO et Wang Hiuan-ts'o ; ils reconduisaient en Inde un brahmane qui, selon toute vraisemblance, avait été envoyé en Chine à la suite des conversations de Harsha Çîlâditya avec HUian-tsang ; celui-ci paraît donc avoir été le promoteur des relations diplomatiques qu i s'établirent alors entre la Chine et le Magadha. A peine Wang Hiuan-ts'o était-il revenu en Chine qu'il fut chargé d'une seconde mission, motivée sans doute par les nouvelles que Hiuan-tsang y arrive en 645, avait apportées à l'empereur ; Wang Hiuan-ts'o se mit on route en 646 ; mais sur ces entrefaites, des troubles éclatent au Magadha ; Harsha Çîlâditya mourljun usurpateur s'e,i\\v"\\<?. ^v>