‹ Chine du sud et de l'estChapitre 15 sur 131 · XVT LES VOYAGEURS CHINOIS · texte numérisé non relu

XVT LES VOYAGEURS CHINOIS

son trône et repousse l'ambassadeur chinois les armes à la main. Wang Hiuan-ts'o, son escorte massacrée, demande et obtient l'appui de Narendradeva, roi du Népal, et celui du roi du Tibet, Srongtsan-gam-po, qui avait épousé en 641 une princesse du sang impérial ; grâce aux troupes que ces deux souverains mettent à sa disposition, il prend l'offensive, triomphe des soldats du Magadha, se saisit de l'usurpateur et le ramène en 648 à TcWany^gan (Singan-fouj. En 657, ce même Wang Hiuan-ts'o retourna pour la troisième fois en Inde, afin de présenter, de la part de l'empereur TofTrande usuelle d'un kâshâya ou vêtement de religieux à la statue de Bouddha; il parcourut les lieux saints au moins jusqu'en 661 (1).

Les années pendant lesquelles Wang Hiuan-ts'o voyagea sont une des époques les plus glorieuses qu'ait jamais connues la Chine. Victorieuse en 657 des Tow-Alue (Turcs) occidentaux, elle n'avait pas hésité à s'annexer leurs immenses territoires ; des commissaires impériaux furent envoyés dans ces contrées lointaines, de 657 à 661, pour les organiser suivant les principes de l'administration impériale ; l'histoire des Tang nous a conservé deux fragments de leurs rapports officiels ; l'un comprend l'énumération des arrondissements établis en Dzoungarie ; l'autre est une liste des circonscriptions entre lesquelles furent répartis le Tokharestan et les principautés qui en dépendaient, depuis le défilé des Portes de fer au Nord jusqu'à l'Indus au Sud. Ces documents ont une haute valeur pour la géographie d« l'Asie centrale (2).

Adiré vrai, la Chine ne put pas maintenir longtemps une autorité effective dans ses nouvelles possessions. A partir du moment où, en 663, les Tibétains eurent chassé les Tovr^vrhouen de la région du Koukou noor, ils devinrent les ennemis les plus acharné? de l'empire et contrecarrèrent sans trêve ses desseins, tant dans la Kachgarie que dans l'ancien domaine des Tovrhiue occidentaux* D'autre part, les Arabes menaçaient le Tokharestan. C'est pour ces raisons que, dans la seconde moitié du septième siècle, les voyageurs préférèrent pour la plupart la route de mer, comme on peut le voir par l'ouvrage où Yi-tsing a raconté les vies de soixante pèlerins ses contemporains (3) ; tant dans ce livre que dans celui qu'il a

(1) Cf. Sylvain Lévi, Les misaions de Wang Hiuen-We dans l'Inde (Journal asiatique, mars-avril 1900, p. 297-341, et mai-juin, D. 401-468).

(2) Cf. Ghavannes. Documents s^ir les Tou-hiue occidentatix^ 1903, p. 67, n. 2, et p. 268-279.

(3) Cf. Ghavannes , Mémoire sur les religieux éminents qui allèrent chercher la Loi dans les pays d'Occident^ par I-tsiny;

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cousacré à décrire les règles de discipline observées aux Indes (1), Yi-tsing nous a donné quelques détails sur cette route qu'il suivit lui-même à l'aller et au retour. En 67i, il s'embarqua à Canton sur un bateau persan, et, après vingt jours de navigation, il aborda dans le pays de Che-li-fo-che (Çrî Btiodja) qu'on suppose s'être trouvé dans l'ile de Java ; cette contrée était alors un centre important de culture hindoue ; il toucha ensuite à Malaiur (vraisemblablement près de Palembang dans l'île de Sumatra) (2), puis à Kie-tcKa, qui est probablement Kéda(irito/i dans lbn-Khordadhbeh),sur la côte occidentale de la presqu'île de Malacca ; il passa en vue de l'archipel des Nicobar dont il fait, sous le nom de royaume des hommes nus, une description qui concorde d'une manière remarquable avec celle des voyageurs arabes du neuvième siècle ; il débarqua en Inde dans ce même port de Tàmralipti que Fa-hien mentionnait déjà près de l'embouchure" du Gange. On ne peut reconstituer dans le détail l'itinéraire d' Yi-tsing en Inde; après avoir visité les principaux sanctuaires, il séjourna dix ans dans le temple Nâlanda. Ses écrits ne sont pas des œuvres de pure science et n'ont d'ailleurs aucune prétention géographique ; on peut cependant y recueillir des indications utiles sur le Bouddhisme dans les îles de l'archipel malais, sur la littérature sanscrite, sur la médecine en Inde, enfin sur la discipline dont il a fait une étude toute spéciale; il exprime, parfois avec un réel talent littéraire, les sentiments qui animaient les pèlerins chinois dans leur vie aventureuse ; il excite encore aujourd'hui notre émotion quand il évoque devant nous ces humbles missionnaires prêts à braver tous les périls pour la plus grande gloire de la religion.

Le dernier pèlerin que nous ayons à signaler à l'époque des Tang est Wou-k'ong (3). Avant d'être entré dans les ordres, ce personnage partit de Chine en 751 avec une ambassade chargée de ramener dans son pays un envoyé du royaume de Kapiça. Il passa par Koutcha, qui était le siège du Protectorat du Ngan-si^ SovAei (Kachgar), les cinq Tch'e-ni (Chighnân) du Po-mi (Pamir), le Hotimi (Wakhàn), et aboutit à l'indus par ces vallées de Yassin et de Gilgit, qui apparaissent chez divers auteurs, sous les noms de PoulUf Pou-lou, Po-loU'lo ou P<hlUrlei (Bolor), comme une des routes les plus fréquentées pour aller de Chine en Inde. 11 parvint dans dans rOudyàna (vallée du Svât), puis dans le Gandhâra (Peshavar)

(1) Cf. Takakusu, a record of the Buddhist Religion... by Ysing ; 1896.

(2) Ces identiflcations font aujourd'hui encore l'objet de controverses ; d'après Takakusu, c'est Çrî Bhodja qu'il faudrait identifier avec Palembang.

(3) Cf. Sylvain LÊvi et Chavannes. L'^fn^rairg d'Ou-h^ong (Journal asiatique, sept-oct. 1895, p. 341-384).

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