‹ Chine du sud et de l'estChapitre 18 sur 131 · XXII LES VOYAGEURS CHINOIS · texte numérisé non relu

XXII LES VOYAGEURS CHINOIS

sa science soit, pour ainsi dire de seconde main, il a pris ses renseignements avec soin auprès de navigateurs dignes de foi, et son ouvrage complète iieureusemcnt les auteurs arabes.

Malgré la puissance qu'elle avait acquise dans le nord de la Chine, la dynastie djourtchen des Kin se vit menacée, dans les premières années du treizième siècle par un peuple qui allait atteindre à une prodigieuse élévation, le peuple mongol. Sous lo commandement de Tchinguiz-khan, les tribus qui vaguaient dans le territoire compris entre les sources de l'Onon, de la Keroulen ot de la Tola, imposèrent leur joug aux tribus voisines, puis, après avoir ébranlé par leurs attaques l'empire des /lOi, elles se rejetèrent vers l'Occident où, balayant le royaume des Kar^khitan (capitale Balàsaghoûn), entre la rivière Tchou et la rivière Talas, elles vinrent fondre sur la Sogdiane et la ïokharestan. Le kiiitan Ye-lu Tch'ou-ts'ai, qui était ministre de Tchinguiz-kan, a décrit en chinois {Si yu lou) l'itinéraire qu'il parcourut, de 1218 à 12i9, à la suite du grand conquérant, depuis le nord de la province de Chan-si jusqu'à Samarkand et Boukhârâ. C'est à peu près le même trajet que suivit en 1220 un ambassadeur des Kin auprès de Tchinguiz. Mais ces deux relations, dont la seconde est d'ailleurs insignifiante, sont loin de valoir le journal de route {Si yeou hi) du religieux taoïste Tch'ang-tch'ouen qui se rendit auprès de Tchinguiz dans l'Hiudoukouch, sur la frontière de l'Inde (1). Parti de la province de Chan-tong en 1220, il passe par Pékin, Kiu-yong-houan.où n'avait point encore été édifiée la fameuse porte qu'on admire aujourd'hui, puis se dirige vers le nord pour rendre visite à un frère cadet de Tchinguiz près du lac Bulr-noor ; il remonte ensuite le long de la rivière Keroulen, descend la rivière Tola, traverse l'Orkhon et le Tamir, franchit les monts Khangai, puis les monts Célestes à la passe Oulan-daban et va vers le sud jusfiu'à l'ancien Bichbalik près de l'actuel Kou-tcKeng^ au pied septentrional du Bogdo ola ; un peu avant d'arriver à la ville de Louen-fai (Ouroumtsi), le chef des ^^«-^^«(Tersa), c'est-à-dire des chrétiens, vient le sailuer.Tch'anf/tch'oen longe le versant nord des Tien cKan jusqu'au lac Sairam, puis traverse la passe Talki dont le débouché s'ouvre sur la vallée de rili. Tokmak, Aoulie-Ata, Tachkend, Samarkand, Balkh, marquent ensuite ses étapes jusqu'à l'Hindoukouch. A son retour il traversa la Mongolie par la route méridionale qui, de Kobdo à l'est de l'Altaï, mène à Koukou khoto {Kouei-houa-tc?Ceiig\ en dehors de l'angle N.-E. de la grande boucle du Hoiuing ho.

p. 57-82 et 477-508), Bastian Festschrift, 189C, Sitzb, d. Akad, d. Wiss. m Munchen, ph. hist. Kl., 1898, 1, p. 487 et suiv.).

(1) Gf.B^KTSCHfiEiDER, Mediaeval Researches^ vol. I, 188, p. 9-108, Ces traductions avaient déjà paru dans le Chinese Recorder, vol. V.

TCHANG TÔ-HOUfil XXIIÎ

En 1247, un certain Tghang To-houei (i) fut mandé auprès du Khan Kouyouk, celui-là môme qu'avait visité l'année précédente Jean du Plan de Carpin, envoyé du pape Innocent IV. Quittant la i)réfecture secondaire de Tiny, dans la province de Tche-li, il se rend à Péking. de là à Nan-h'eoUy puis à Kiuryong-kouan ; il passe par le dédié To-cheng-fCeou, qui n'est autre que le défllé dcKalgan, et, marchant droit au Nord, atteint le lac Yu-euly qui est le Taal-noor mentionné également par TcKang-tcKouen ; toujours plus au Nord, il arrive à la rivière Keroulen près du mont Tono ; il gagne la rivière Tola et le lac Ugei-noor; de ce dernier point, il y a, dit-il, une route qui, se dirigeant vers le Sud-Ouest conduit eu un trajet de cent li à Holin (ou Horlor-ho-lin zz Karakorum), mais il ne paraît pas avoir visité cette ville que le khan Ogotai avait construite en 1234 entre l'Orkhon et le Kokchun Orkhon, là où s'élève aujourd'hui le temple Erdenitchao. Au lieu d'aller à Karakorum, Tchang To-houei se dirige vers l'Ouest, traverse l'Orkhon, puis le Tamir et réussit à trouver le souverain mongol dans sa résidence d'été au pied des monts Khangai.

En 1259, le successeur de Kouyouk, Mangou-khan, qui nous est bien connu par les récits de Guillaume de Rubrouck ('1253), envoya un certain Tch'ang To en Perse, auprès de son frère Houlagou (2) . Partant de Karakorum, il traversa toute la Mongolie et franchit, semble-t-il, l'Altaï, comme Tch'ano-tcKoen^ par la passe Oulandaban ; il mentionne ensuite la rivière Ouroungou et le lac Kyzylbach (ou Onloungour), puis la rivière Emil dans le Tabargataï et le lac Ala-koul ; des défilés montagneux l'amenèrent àAlmalik, près de Kouldja ; il se rendit à Talas, Tachkend, Samarkand, Merv, Nichapour et arriva enfin dans le Mazanderan qu'il ne paraît pas avoir dépassé.

Ce même Mangou-khan, sous le règne duquel voyagea TcKany TOf avait fondé, en 1256, la ville de Chany-tou dont les ruines sont connues actuellement sous le nom de Tchao-nainian-sume (les cent huit temples) et se trouvent à 80 li au N.-O. de Dolou-noor. Les itinéraires de Wang Yun en 1261 et de Tcheou Po-k'i en 1312 et 1320 nous indiquent les diverses routes par lesquelles on se rendait de Pékin à Chany-tou (3).

La dynastie Kin avait été détruite par les Mongols en 1234 ; la dynastie Sony le lut en 1279. Dès qu'il se trouva le maître incontesté de la Chine entière, KoubUaï-khan songea à rechercher les sources du grand fleuve qui arrose la Chine septentrionale; depuis l'époque ancienne de Tchany K'ieriy la tradition populaire faisait venir le

(1) Cf, TcKeny-to fou tche, chap, LX. — Ce texte a été traduit en russe par Palladius en 1862, et du russe en anglais par Schuyler (The Geoyrapliical Mayazine.iSlb, p. 7-11. — Cf. aussi Brbtschneider, Mediaeval researches, vol. I, p. 109-156.

(2; Cf. BRETSCUHEiDEtiy Mediaeval researûheSy vol. I, p. 109-156.

(3) Tch'eny-to fou tche, chap. LX.

P*AN TING-KOUEl XXV

flans l'ordre rhronologiquc une soixantaine d'années après Ibn- Hatlioulha, et environ (|nalre-vingts ans avant que Vasco de Gama arrivât aux Indes par la route du cap de 13onnc-Espérancc ; ils forment donc en (pielque sorte l'anneau qui réunit les récits de^ navigateurs arabes à ceux des Portugais.

Quand les Mantchous se furent empares du trône de Pékin ec 1043, ils eurent, pour l'occuper, quelques souverains de haute valeur, Le plus célèbre d'entre eux est l'empereur Kang-hi ; d'une activitc infatigable, il fut lui-même un grand voyageur et les Pères Verbiesl et Gerbillon qui l'accompagnèrent à plusieurs reprises de 1688 à 16ô7, nous ont décrit ses longues chevauchées à travers la Mongolie (1). Les nécessités de la politique (lu'il observait à l'égard des Eleuthes et des Kalkas ne furent pas étrangères à ces déplacements ; ICany-h\ se montrait aussi fort préoccupé des progrès que faisaient les Russes sous le règne de Pierre-le-Grand et le désir de les mieux connaîtn fut un des motifs de la mission qu'il confla en 171:^ à T'ou-li- CHEN (2). Une dizaine d'années auparavant, à la suite de troubles qui avaient éclaté en Dzoungarie, la tribu dzoungare des Tourgouths du Tarbagatai avait émigré sur le territoire russe et était venuf s'établir sur la rive septentrionale de la mer Caspienne, entre la Volga et riaïk (Oural) ; ce fut là que Toii-li-chen dut aller trouver leurkliai pour lui proposer de lui renvoyer un de ses neveux réfugié en Chine

Dans la masse de documents que présente l'époque moderne, les traducteurs ont fait nécessairement un choix et nous sommes obligés de nous laisser guider ici par leur bon plaisir ; les relation (|ue nous allons citer sont donc loin de représenter toutes celles qui mériteraient une étude attentive. En 1688, un certain P'an Ting- KouEi (3) visita le ïonkin; il s'embarqua dans la province de Kouani/-t07i(j,ei après avoir longé les roches pittoresques de la côte de Quang-yen, il aborda à Hien-noi qui était le port où s'arrêtaient tous les bateaux de haute mer, puis il se rendit à Hanoï. Cent cinquante ans plus tard, en 1835, un lettré chinois nommé Ts'ai TiNG-LAN (4) fut jeté sur la côte d'Annam par une tempête et revint

CochiHj Calicut and Aden (JUAS, 1896, p. 341-352;; — Sylvain Lévi a étudié la notice de 3/a ^owan sur Ceylau dans Journ. asiatique, mai-juin 1900, p. 429-440.

(1) Cf. Du Halde, Description de la Chine^ tome IV, 1735, p. 74-80 et p. 25i-384.

(2) CS.^iKM^TO^.Narrative of thechinese embassy to the hhan oi the Tourgouth Tartars^ in the years ili2^ i3^ i4 and i5; i82i. Le texte chinois se trouve en manuscrit à la Bibliothèque nationale, N. f. chinois, n» 348.

(3) Cf. VissiÊRE, Nga7i nan hi yeou, relation d'un voyage au Tonhin^ par le lettré chinois P'an Ting-kouet (Bulletin de géographie historique et descriptive, t. IV, 1890, n" 2).

(4) La traduction russe de l'hiéromonaque Ë vlampu a été traduite en français par Léger sous le titre : Voyage d'un lettré chinois dans

XlVl LBS VOtÀGEÙttS OniNOIS

en Chine par la voie de terre : Hanoi, Langson, Nan-ning-fou et Canton ; il alla par mer à Amoy et revint aux. Pescadores d'où il était originaire. En 1840, un ambassadeur dont ou ne nous dit point le nom, fut chargé d'apporter de la part de l'empereur au nouveau roi d'Annam un brevet d'investiture (1) ; il a décrit son itinéraire depuis Kûii>ei-Hn, capitale du Kouang-si jusqu'à Hanoï ; ce document serait plus intéressant si nous avions le texte chinois pour contrôler fa traduction posthume de Fontanier. Le récit que le mahométan Ma Fou-tgh'ou (2) a laissé du pèlerinage qu'il Ht en 1841 aux lieux saints de l'Islam, pèlerinage qu'il agrémenta d'une tournée en Egypte, en Italie, en Turquie et en Palestine, nous apprend dans quelles conditions et par quelles escales les bateaux arabes et hindous transportent les croyants qui vont de l'Extrême-Orient à Djeddah» port de la Mecque. Enfin le journal que tint Kouei-ling lorsqu'il fut envoyé comme ambassadeur auprès de la reine de Corée en 1866, contient une description de la voie de terre qui, de Pékin mène à Séoul, en traversant la province mandchoue de Cheng-hing (3).

En dehors des écrits que nous venons de passer en revue et de ceux qae le progrès des études sinologiques ne peut manquer de mettre encore au jour, il faudrait, pour apprécier la valeur des voyageurs chinois, tenir compte des chapitres que les historiens officiels ont consacrés à la .géographie, et des traités composés à diverses époques par les géographes de profession ; ces chapitres et ces traités, pour tout ce qui concerne les peuples étrangers, sont fondés sur les attestations de témoins oculaires et nous ont parfois conservé à l'état anonyme de nombreux fragments de leurs récits ; un dépouillement complet de toute cette littérature géographique nous permettrait de suivre de siècle en siècle le développement de la connaissance que les Chinois ont graduellement acquise de l'Asie, grâce à ceux des leurs qui voyageaient en lointains pays et qui furent les agents de la diplomatie, les pionniers du commerce ou les propagateurs de la reli^on. Dans le mouvement d'expansion qui a fait rayonner au-dehors le prestige de la civilisation chinoise, il convient d'attribuer une part considérable à ces hommes énergiques et sages.

V empiré d'Annam (Recueil d'itinéraires et de voyages dans l'Asie Centrale et l'Extrême-Orient, 1873, p. 63-161).

(1) Cf. H. Fontanier, Une mission chinoise en Annam (1840- 1841). (Toung pao, série II, vol. IV, 1903, p. 127-145).

(2) Cf. Devëria, Origine de Vislamisme en Chine. ^Centenaire de l'Ecole des langues orientales, 1895, p. 336-355).

(3) Cf.F. ScBERZER, Journal d'une mission en Corée (Recueil . d'itinéraires et de voyages dans l'Asie Centrale et l'Extrême-Orient,

p. 1-62). 11 serait sans doute plus utile encore d'avoir une traduction de la grande relation qu'écrivit Siu King lorsqu'il fut chargé d'une mission en Corée en l'année 1124 (Cf. BEFEO, vol. III, 1903, p. 133;.

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