HOUANG-TI XXXI
Cette passion de l'antique ne fait reculer les auteurs des « narrations » auquelles Yang-tseu refuse le nom d'histoires, devant aucune énormité et ils n'hésitent pas à mettre entre P'an-hou, qui est à la fois le premier homme, le premier Chinois et le premier empereur, et l'époque de Confucius, un intervalle de deux, ou même de quatre-vingt-seize millions d'années, ce faible écart de quatre-vingtquatorze millions ne les gênant pas outre-mesure.
A ce P'an-kou fabuleux succèdent les trois Houang qui sont Tien-houang, le ciel; Ti-hoiiartg^ la terre; Jen-hovang^ l'homme. Par le fait, ces personnages ne sont que la personnitication des Epoques successives de la Création et ne contredisent pas la version mosaïque.
Vient ensuite la période des dix Kiy où la vie de l'homme est d'abord associée à celle des animaux ; ils habitent les cavernes, ils sont vêtus de peaux. Au neuvième Ki, on entrevoit des embryons de civilisation, de législation, de philosophie et différentes inventions, les premiers caractères d'écriture, les chars, les maisons construites en bois, la monnaie, mais tout cela est bien fabuleux.
Vers 3468 ans av. J. C. (ou 2852 - les avis sont partagés) serait apparu Fou-hi, dont l'histoire est purement légendaire, bien que son portrait soit venu jusqu'à nous. Fou-hi aurait inventé la musique et institué le mariage. Son successeur Chen-nong, serait lui, l'inventeur de la charrue, du travail agricole, de l'art de la guerre, de la médecine, etc. On arrive enfin (2698 av. J. C) à Houang-ti, sorte de demi-dieu auxquelles les annales chinoises attribuent, avec un règne de cent ans, une quantité de réformes, d'inventions, une accumulation de merveilles et de progrès dont le développement, exigerait le cours de longs siècles; et cela semble bien confirmer que tout cela fut importé plutôt qu'inventé et que la civilisation chinoise vient de la même source que toutes les civilisations antiques.
Houang-ti fut le premier (|ui s'attribue ce titre de Tl qui le rapproche du souverain du Ciel, Dieu suprême Chang-ti. Houang-ti décréta, entre autres choses, les cycles de CO ans — de 305 jours et six heures— dont les Chinois ont conservé l'usage pour mesurer le temps; le premier cycle commence. à la Cl* année de son règne, l'an 2637 av. J. C. On lui attribue aussi la création du fameux « Tribunal pour écrire l'histoire », dont les travaux sont le Code historique des Lettrés du Céleste Empire et l'on conçoit qu'une Académie ayant cette origine écrive l'histoire à sa façon et beaucoup plus celle de souverains quasi-divin isés que celle du pays ; cela ne facilite pas la connaissance exacte des faits qui, durant de longs siècles, ont à maintes reprises, modifié l'état politique de cette immense contrée, soumise comme les autres à d'incessants bouleversements intérieurs.
Après Houang-ti, nous trouvons pour ces temps semi-iiistori-
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ques, quelques souverains non héréditaires, dont l'histoire est obscure et nous arrivons, en 2357, à un empereur, yiao, dont la mémoire est restée en grand honneur chez les Chinois; leurs annales lui prêtent largement toutes les vertus et toutes les sciences et Tbistoire de son règne de cent ans forme le début du Chov^hing, le premier des cinq livres sacrés. Le grand événement de ce long règne fut une inondation diluvienne dont l'empereur s'efforça de réparer les désastres et de conjurer le retour; mais il était déjà vieux et il s'adjoignit un vertueux laboureur, Chov^n (qu'on fait descendre de Houang-ti), qu'il associa à l'empire et qui lui succéda en S255. Ghouen organisa une administration, donna une grande importance à la musique et, vers 2224, associa à l'empire Yu (autre descendant de Houang-ti) qui fut le véritable Ingénieur des travaux destinés à prévenir un nouveau déluge. Chouen mourut en 2208, mais Yu semble n'avoir pris le titre d'empereur qu'en 2205. Avec lui la souveraineté devient héréditaire et commence la période des Dynasties.
!'• Dynastie, les Hia. — Cette dynastie va de 2205 à 1766 av. J.C. Elle eut 17 empereurs.— Les annales font mourir Yu à cent ans, en 2198, après un règne de 13 ans. Le Choic-king énumère ses travaux à la suite des inondations, mais la criti(|ue européenne a montré que ce texte était en réalité un petit traité de géographie administrative auquel s'était superposée d'une manière très artificielle la la légende des travaux hydrographiques attribués à Yu. Quoi qu'il en soit, Yu aurait attaclié à ces travaux une telle importance qu'il en lit la gloire de son règne et en aurait transmis le souvenir à la postérité par une inscription lapidaire, sur un rocher de la montage de Heng-cTiariy qui serait, selon Pauthier, la plus ancienne du monde ; mais ce monument épigraphique n'a aucune authenticité, car il a été fabri(iué au commencement du treizième siècle de notre ère (Legge).
Yu avait désigné pour lui succéder un de ses ministres, mais les seigneurs choisirent pour souverain son fils, K'i, inaugurant ainsi un système d'hérédité mixte, le souverain étant encore élu mais toujours pris parmi les fils du défunt. Si les seigneurs faisaient les empereurs, ils les renversaient aussi et c'est ce qui arriva à 2"ai-A'an^, fils de K'i, prince débauché; son frère, Tchong-k'ang, lui succéda et son règne fut signalé par une éclipse de soleil que les astronomes avaient oublié de prédire, oubli qu'ils payèrent de leur vie. C'est que, dans ces temps primitifs, le ciel était considéré par les Chinois comme le maître suprême; aussi l'astronomie était la science la plus cultivée et ce qui passait au firmament préoccupait singulièrement les empereurs.
Le Chou-hing passe sous silence les règnes des autres monarques de la Ir* dynastie, parce que, suivant l'explication simpliste de
LES OHÀNO XXXIII
Pautliier, riiistorien « croyant sans doute qu'il était de sa mission, de ne transmettre aux siècles à venir que des exemples de sagesse et de vertus, aura voulu laisser dans un profond oubli, pour l'iionneur de Thumanité et de la nation, les règnes honteux et débauchés de la plupart des rois de la première souche dynastique. » Signalée par un ardent admirateur des historiens chinois, cette façon d'écrire rhistoire justifle pleinement les regrets de Gonfucius, ceux de Yang-tseu et la réserve avec laquelle l'érudition moderne accueille les vieilles annales chinoises.
Kie fut le dernier de ces princes ; ses orgies et ses cruautés soulevèrent l'indignation et une révolte des premiers vassaux le renversa.
2" Dynastie, les Clisng. — De 1766 à 1122 av. J. G. 28 empereurs. — Bien que Yu, fondateur de la première dynastie, eut partagé officiellement l'empire en neuf provinces, il s'était établi une quantité de petits Etats constituant un régime féodal qui subsista longtemps et fit souvent échec au pouvoir central. C'est le chef d'un des moindres de ces petits Etats, le Change qui prit l'initiative d'une rébellion à la suite de laquelle il fut mis sur le trône, tandis que Kie prenait la fuite: il prit le nom de TcKeng-fang. L'histoire de la 2* Dynastie ressemble beaucoup à celle de la première : guerres intestines, alternatives de princes bons et mauvais. Le règne de Tch'eng-t'ang, qui dura 13 ans, fut signalé par une famine de sept ans ; l'empereur qui avait toujours eu des doutes sur la légimité de sa rébellion, fit une sorte de confession publique et se retira dans un lieu désert pour faire pénitence; la sécheresse cessa et la fertilité revint.
Vers 1401, P'an-heng^ !?• empereur, changea le nom de la dynastie en celui de Yin et transporta la capitale au sud du Houang-ho, dans une ville fondée par Tch'eng-t'ang. Le 28* empereur fut Tcheou- «in; son règne de 33 ans rappelle celui du dernier empereur de la dynastie des Hia et eut le même résultat. Indigné par ses cruautés et ses folles dépenses, inspirées par sa maîtresse, Ta Ki, le fils de Kili, Fa, prince de Tcheou, se mit à la tète d'une armée, défit celle de l'empereur et prit le pouvoir. Ta-ki fut décapitée; quant à Tcheou-sin, il fit allumer un bûcher dans la somptueuse tour qu'il avait fait construire pour cette femme et s'y précipita.
3' Dynastie, les Tcheou. — De 1122 à 249 av. J.-G. ; 35 empereurs. — Les annales chinoises prennent à partir de cette dynastie un caractère sérieux d'authenticité. Fa, en montant sur le trône, prit le nom de Wou-wang (le roi Wou) et tous les princes de cette dynastie conserve lent cette qualification de Wang, roi, alors que les premiers souverains portaient le titre de Heou, prince, et quelques-uns celui de 2'i, empereur.
Woii-wang n'avait renversé Tcheon-Sin qu'avec le conrours de
K-sxiv [historique
nombreux chefs féodaux ; il dut les récompenser et leur distribuer de petites souverainetés vassales qui relevaient de la sienne, mais ne tardèrent pas à montrer des velléités d'indépendance qui amenèrent d'incessants et interminables troubles intérieurs.
Cependant, la Chine fut assez tranquille sous les premiers successeurs de Wou-wang, qui avait fixé sa résidence dans le Chànsi. Un ministre, célèbre dans les annales chinoises, Tcheou-konsr, frère du fondateur de la dynastie, gouverna avec sagesse pendant la minorité de son neveu, TcIVeng-wang. Le 3* souverain, K'ang- Wang, profitant d'une période pacifique, visita l'empire, s'occupa surtout d'améliorer l'agriculture et paraît avoir inventé le cadastre. Le 5% Mou-wang (4001-946), eut à repousser une incursion de Tartares. Ils revinrent à plusieurs reprises, notamment au vin' siècle av. J.-C.,sous Yeou-wangy prince inhabile et voluptueux, qui succomba dans une bataille, et ne furent refoulés que par une coalition des princes, qui s'autorisèrent de ce succès pour n'être plus vassaux que de nom.
C'est le commencement de l'alTaiblissement de la dynastie des Tcheou ; elle dura bien encore cinq cents ans, mais son autorité allait en déclinant et le pays fut livré aux luttes des petits princes, dont certains étaient devenus très puissants et ne craignaient pas de braver l'autorité du monarque et d'en usurper les prérogatives et notamment le privilège de sacrifier au Chang-tiy l'Etre suprême. Les Tartares profitaient de ces dissensions intérieures et leurs incursions furent nombreuses ; sans cesse refoulés, toujours ils revenaient, laissant dans la civilisation chinoise des traces de leur barbarie.
On rapporte à l'année 604 la naissance du philosophe Lao-tseu, fondateur de la secte des Tao-sseu mais cette date est incertaine et toute la biographie de ce personnage est enveloppée d'obscurité. En 551, le grand philosophe chinois iCong-tseu (Confucius) vint au monde, sous le règne du 25* empereur Ling-wang. Sa doctrine se répandit rapidement et il compta bientôt 3,000 disciples ; il devint mandarin du royaume de Low, réforma la législation et mourut âgé de 73 ans.
Après Confucius, la dynastie marcha rapidement vers sa fin, les dissensions intérieures redoublèrent et les vassaux se firent de plus en plus indépendants. Le 31* empereur, Lie-ivang (375), ne reçut l'hommage que d'un soûl vassal, le puissant prince de TsH. Son frère, Hien-wang, qui lui succéda (368), sachant que les feudataires désiraient se rendre maîtres de neuf vases d'airain sur lesquels, disait-on, Yu avait fait dessiner les neuf provinces de son empire et à la possession deîquels l'autorité suprême passait pour être attachée, les fît jeter dans un lac profond d'où ils ne furent jamais retirés. Au milieu de ces troubles et de ces rivalités, une princi-
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pauté, celle de Ts'in grandissait et, en 249, son chef TchouaribsianÇt après avoir détrait successivement plusieurs principautés rivales, chassé les Tartares, se crut assez puissant pour s*atlaquer au fantôme d'autorité centrale qui subsistait encore. Il ne lui fut pas difllciie de triompher des rares défenseurs du dernier souverain et son lils devint le fondateur d'une nouvelle dynastie.
4* Dynastie, les Ts'in. — De 221 à 206 av. J.-C ; 3 empereurs. — Pendant les 3 ans que dura son règne, Tchouang-siang eut constamment à lutter contre les autres princes qui lui disputèrent Tautorité suprême. Cette lutte fut continuée victorieusement par son fils, Tcheng, homme d'un incontestable génie, doué d'une volonté de fer, qui poursuivit avec énergie la destruction de la féodalité et fut le véritable fondateur de TËmpire chinois. On l'a appelé le Napoléon de la Chine, mais on peut aussi le comparer à Louis XI pour la ténacité, exempte de scrupules, qu'il apporta à son œuvre de l'unité nationale. Quant il eut suffisamment assuré sa puissance, il prit le nom de Che-houang-ti « le premier Souverain- Empereur », voulant marquer par là qu'il réunissait en sa personne toutes les qualités des trois souverains (san-houang) et des cinq Empereurs (wonrti) de la haute antiquité.
Avec l'aide de son ministre Li Sseu et d'un liabiie général Wang Tsierty il réunit d'importantes ressources financières, organisa des armées et réduisit les principautés, devenues de véritables royaumes, de Han, de Tcfiao.de Wei, de Ts'i, de Tch'ou et de Yen^ après avoir habilement eicité les princes à se faire entre eux la guerre pour les afl'aiblir.
il rencontra, dans son œuvre d'unification et de réorganisation l'hostilité très accentuée des lettrés^ parce que sa prétention, de faire dater toutes choses de son règne, choquait vivement leur vénération profonde pour l'antiquité et pour les premiers empereurs, dont ils opposaient la .simplicité aux entreprises luxueuses du nouveau souverain ; c'est alors que celui-ci ordonna la destruction des livres anciens et fit cruellement supplicier les lettrés qui tentèrent de s'opposera cet acte de vandalisme. Che-houang-ti embellit sa capitale, Hien-yang (au nord de Si-ngan fou, sur la rive septentrionale du Wei), construisit des routes, raccorda entre eux les remparts élevés par les royaumes féodaux sur la frontière septentrionale et en fit un système continu de fortifications qui n'est autre que la Grande Muraille de la Chine, et agrandit l'empire par des conquêtes qui en portèrent les limites des déserts de la Tartarie, à l'île de Hai-nan, du Nord au Sud, et de la presqu'île de Corée jusqu'au royaume d'Ava (Birmanie), du Nord-Est au Sud-Ouest, il mourut en l'an 209 av. J.-C.
Son histoire résume celle de sa dynastie qui fut de courte durée. Son fils, Eul-che^houang-ti^ qui usurpa le trône au détri-