CÉRAMIQUE LXXXIII
Cela est 8i yrai que les céramistes d'Europe qui , à Rouen , à Nevers, à Strasbourg, à Moustiers, à Delft, en Italie, avaient su trouver — avec ou sans Tinspiration orientale — l'esthétique de la Mence, sont restés dans une sorte d'impuissance quand ils se sont trouvés en présence de la porcelaine et, en dehors du Sèvres ou du Saie, n'ont guère produit d'œuvres artistiques dignes d'être recherchées par les collectionneurs. Encore faut-il observer que les premiers Sèvres — pâte tendre — n'étaient pas de la porcelaine kaolinique, et que les œuvres appréciées sous le nom de biscuit tiennent souvent leur charme plutôt de Tart du sculpteur que de celui du céramiste. Marne, dans les jolies pièces peintes au xvnr siècle, on constate toujours une certaine sécheresse ; il semble que Ton ait produit de la peinture sur porcelaine plutôt que de la porcelaine décorée; ces peintures peuvent être délicates, charmantes, mais elles auraient ces qualités partout ailleurs que sur de la porcelaine, elles ne s'incorporent pas intimement à la pâte et ne parviennent que rarement à donner aux vases qu'elles décorent cette harmonie complète, cette unité d'inspiration qui communique aux porcelaines de Chine leur personnalité si vivante et si originale.
Il nous paraît que la porcelaine de Chine restera un type unique dont les échantillons prendront avec le temps la valeur progressive des manifestations d'art qui ne se recommencent pas.
Il faut surtout appliquer cette appréciation aux œuvres primitives, faites par les Chinois pour les Chinois, plus qu'à la porcelaine d'exportation qu ils se mirent à fabriquer à foison quand ils connurent l'engouement des Européens, et qu'ils façonnèrent pour le goût et les usages de cette nouvelle clientèle.
Origine de la Porcelaine. L'imagination des Chinois, si féconde, si inventive et souvent paradoxale dans les œuvres d'art, ne l'est pas moins dans les œuvres littéraires, et si l'on en croyait ces écrivains qui n'ont pas craint de faire remonter le premier Chinois à quatre-vingt-seize millions d'années avant notre ère, l'origine de la porcelaine se placerait au règne de C/iouen, au xxin* siècle avant J.-G. Cette opinion a eu cours assez longtemps, et elle avait été fortifiée par la prétendue découverte, dans des tombeaux égyptiens de la xyiu* dynastie, de petites bouteilles de porcelaine de Chine qui n'auraient pas eu moins de 3,600 ans d'âge.
Mais, d'une part, deux éminents spécialistes, M. Stanislas Julien et M. Jacquemart ont établi que ces flacons étaient couverts d'inscriptions en caractères relativement modernes et empruntées aux œuvres d'un poète chinois qui vivait au vni* siècle de l'ère nouvelle et en pressant de questions les Arabes du Caire , vendeurs de ces merveilles, on finit par leur faire avouer qu'elles venaient de l'Inde par la Mer Rouge et qu'ils n'en avaient jamais trowM^ ^vcca V^'î» ruines égyptiennes.