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CÉRAMIQUE LXXXVII

Cependant une petite ouverture destinée à laisser passer des fragments ou échantillons composés comme la pièce à cuire et qui sont les témoins successifs de la marctie de la cuisson ; quand Tartlsan les trouve à point, il éteint ses feux et attend patiemment plusieurs jours le complet refroidissement avant de constater la perfection de l'opération ou les accidents qui en font un objet inutilisable.

Telle est la théorie générale, à laquelle les potiers chinois ont su ajouter mille variétés de procédés et de combinaisons. Ils ont obtenu le craquelé dû sans doute <à un accident de cuisson mais qui devint, surtout pour les monochromes, un procédé habituel, tant l'efTet dû au hasard avait paru charmant. Les flambés, si recherchés, surtout quand ils sont de Tépoquede Yong-tcbeng ou de K'ien-long, sont dûs à la cuisson particulière d*un émail à base de cuivre mélangé de fer et dont le résultat est une polychromie où les couleurs se juxtaposent en se fondant sans transition brusque, comme il en est de Tarc-en-ciel.

Le souftlé est dû à la projection, sur une porcelaine monochrome, d'une pluie d'émail.

Mais la fantaisie du potier chinois ne s*est pas rlocalisée à la décoration peinte et il suffit de parcourir une collection un peu importante pour constater la multiplicité, la variété, parfois l'étrangetc des formes, la combinaison des lignes, des courbes, Tagencement original des reliefs; ici c'est un vase réticulé on ajouré, dont les parois percées à jour donnent l'impression gracieuse d'un filet ou d*un léger treillage; plus loin nous trouvons la peau d'orange où la porcelaine perd le poli de sa surface pour devenir rugueuse.

Le décor. Les principales couleurs céramiques chinoises sont le bla/nc de Chine qui, soit émaillé, soit en biscuit se prête aux Représentations d'animaux, aux statuettes ; le céladon, couverte à nuances multiples, allant du blanc azuré au gris verdâtre en passant par le vert d'eau, très employé pour les monochromes ; les hleus d'intensité variable ; les jaunes^ les rouges, très nombreux depuis le fiaricot, le sang de bœuf, le sang de poulet, le rouge de fer à teinte de corail, le foie de cheval, la fraise écrasée, etc..

Ces couleurs sont nuancées à l'infini dans les monochromes, mais, si belles que soient ces porcelaines, c'est à la polychromie qu'il faut demander le véritable habillement artistique delà poterie clilnoise. Laissons ici parler M. Ernest Grandidier :

« La porcelaine la plus curieuse, la plus gale, la plus divertissante, la plus charmante, en un mot, c'est la porcelaine à décor polychrome, celle qui méiite le nom de porcelaine d'art, celle qui s'impose par son rayonnement et sa beauté, qui supporte avec majesté et glorieusement les plus dangereux, voisinages. Elle éblouit le regard par la varVè\.fe a\. \^c\«X^% ^<i^ N.ova Ocv^toyants, non moins que par le teu de ac» reîVeV.» wv9^vt\*^\v!ie"* \ «2\\«k, ^e^A^k^^oi^v.^

i^xxxviïi l'art

svu* e\Ae son enseignement ; seule, elle nou.s révèle les coutumes du peuple c\\lno\e, le secret de ses mdturs intimes, les mystères de sa religion; elle évoque les scènes de la vie privée , glorifie les faits et les personnages

historl<|ues, reproduit des épisodes célèbres de roman ou do théâtre

La porcelaine de Chine prime les <imvres céramiques des autres nations par la variété inflnie do ses formes et de ses décors. Les potiers du Céleste- Empire, guidés par leur goût raffiné, ont réussi à mettre au point et ont tracé d'une main sûre les lois véritables de l'art décoratif qui, grâce A une direction savante et Judicieuse, s'est élevé à des altitudes presque inacces8ible&.

« Quand on analyse, de bonne foi, la science qui a présidé, pendant des siècles, à la fabrication de ces productions si diverses et si merveilleuses on ne sait ce qu'on doit le plus admirer dans ces décors incomparables, la Justesse des proportions, la fécondité do l'invention, l'ingéniosité des procédés, le sentiment inné des couleurs, la pondération des nuances, la perfection de l'ensemble. Les tons les plus disparates en apparence s'unissent et se juxtaposent sans chocjuer l'oîU, produisant le plus harmonieux concert.

Examinons rapidement les éléments de cette prestigieuse décoration. Ce sont d'abord des combinaisons de lignes géométriques les unes simplement fantaisistes, les autres ayant leur signiflcalion symbolique dérivant de la théogonie, c'est ainsi que le yang principe actif, force créatrice, comprenant le ciel et ce qui est mâle et noble, est représenté par des flgures circulaires ou en ellipse et le yiriy principe de passivité, matière inerte, s'appliquant à la création inférieure est figuré par le carré ou le rectangle.

La flore, la faune prennent la plus large part au décor, mais arbres, fleurs et animaux sont le plus souvent de la plus entière fantaisie : « Le Chinois, dit M. Grandidier, n*est pas prisonnier do la nature telle qu'elle s'agite autour de lui, il répudie tout esclavage, il vise plus haut, il s'envole vers les cimes élevées ; il parcourt dans son extase le pays des rêves en le peuplant de ses idoles; il nous montre, dans ses œuvres, le résultat palpable de ses caprices féeriques et de ses élucubrations les plus extravagantes ».

Les animaux surtout sont fabuleux, fantastiques, mais, dans cette débauche d'imagination, le céramiste chinois traduit généralement des légendes, des traditions nationales ou s'inspire du lyrisme des littérateurs, des romanciers ou poètes. Si on lui reproche do peindre des chevaux roses, bleus, jaunes, il peut renvoyer le critique à un passage du PH-p'a-hi^ histoire du luth, roman populaire d'un auteur du xiv* siècle, dans lequel un cheval est ainsi dépeint : € Ce cheval était paré de toutes les couleurs, depuis les plus vives jusqu'aux plus sombres, depuis le gris de la cannelle, le brun rougeâtre de la châtaigne jusqu'au rouge du jujube. Dans quelques endroits son poil ressemble au plumage de l'hirondelle... les uns rappellent le dragon volant, le cerf rouge, l'hirondelle verte, etc..» Quand le poète se livre à de si délirants accès de verve, le peintre a bien le droit de se laisser aller aux caprices de son Imagination.

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