‹ Chine du sud et de l'estChapitre 38 sur 131 · BRONZE LXXXXI · texte numérisé non relu

BRONZE LXXXXI

«t dont le fond offre des scènes animées, avec de gracieux personnages et des mobiliers étranges.

Mais cette source de prospérité ne tarda pas à tarir ; les céramistes européens, après s'être inspirés, sur leurs faïences, des décors orientaux, se mirent avec ardeur à rechercher la matière première des poteries chinoises ; ils épurèrent leurs pâtes, perfectionnèrent rémail, appliquèrent à la décoration leur inspiration propre, car la mode de la chinoiserie était en décadence ; puis, quand ils eurent découvert en Saxe, en Normandie, en Limousin des gisements de véritable kaolin, ils avaient trouvé la porcelaine et une industrie nouvelle était créée en Europe au détriment de Timportation chinoise.

A notre époque moderne, Findustrie de la porcelaine en Chine est encore très développée, mais sa production est beaucoup plus commerciale que vraiment artistique.

Les arts secondaires

Le Bronze. — La plupart des peuples primitifs ont connu Tusage du bronze avant même celui du fer ; le creuset du fondeur a généralement précédé l'enclume du forgeron. Les Chinois paraissent avoir connu la technique du bronze dès les premiers temps de leur histoire ; ils ne tardèrent pas à exceller dans cet art, et on peut dire que le bronze a reçu, à l'égal de la porcelaine, l'empreinte de l'idéal de l'artisan chinois. Sa principale inspiration lui vint des croyances religieuses et les œuvres les plus remarquables de l'art du bronze sont les vases rituels destinés aux cérémonies du cnlte officiel et les vases houorinques, attribués par le souverain aux personnages qu'il voulait récompenser de leurs services, ou consacrés au culte des ancêtres.

Les vases rituels sont pour ainsi dire invariables dans les formes qui furent déterminées sous les anciennes dynasties et principalement sous celle des Tcheou, qui gouverna de H34 à 255 av. J.-C. et sous laquelle parut le philosophe Confucius, Entre ces vases, il faut distinguer les vases destinés à contenir les offrandes et ceux qui reçoivent le sang des animaux sacrifiés. Les premiers ont autant de formes, réglées par les Rituels, qu'il y a de substances à offrir ; quant au sang des victimes, le vase dans lequel il est recueilli est supporté par une représentation assez grossière et conventionnelle de l'animal sacrifié. Des ornements géométriques ornent ces vases de dessin un peu lourd.

Les vases honorifiques sont traités avec plus de liberté ; et, d'ailleurs, depuis l'introduction du BouddhVsTcve, wiifc Xr^iùS^ottEka^^^û^ s'opéra dans l'art du bronze, comme dans \o\s\Çi^ \^'& Xst^x^Ocvfc^ ^^

pierres prédeoses; façonné des c cloisonnés 9, où sa fantaisie s*est donné carrière, où sa patience inlassable a joué avec la difflculté, en a triomphé et a flna'ement produit de petites œuvres, d'art secondaire peut-être, mais qu'il serait injuste de classer uniformément dans l'article de ce Curiosité ».

Le sculpteur sur boiSt avec une grande légèreté de ciseau, a décoré des cylindres de bambou où les fleurs, les arabesques, les animaux fantastiques et parfois des personnages se mêlent en élégants enroulements sur la paroi extérieure du bois. Sur d'autres essences, débitées en panneaux, il a composé des œuvres plus considérables, des scènes animées, dont il a emprunté les sujets à sa littérature et dont les personnages s'enlèvent parfois en haut-relief sur fond de perspective. Avec les bois précieux et colorés, il a combiné la nacre, l'ivoire, les métaux, le jade, et décoré de cette façon des cofl'rets, des cabinets, œuvres ciiarmantes à l'œil, qui ont été recherchées avec avidité par les amateurs et qui n'ont pas toujours été jugées indignes d'entrer dans les collections publiques.

Dans le travail de l'ivoire^ dont le grain, les reflets et les transparences l'ont particulièrement séduit, le Chinois a montré une recherche d'exécution exceptionnelle ; il ne s'est pas contenté de ces travaux compliqués où sa fantaisie n'est pas toujours accompagnée d'un goût parfait ni d'une haute inspiration, il a sculpté des statuettes intéressantes où la vérité anatomique n'est pas toujours respectée, mais où l'on trouve une certaine naïveté d'attitudes et quelque charme d'expression dans les physionomies.

D'une dureté excessive, le jade que les Chinois nomment yut devait, comme l'ivoire, tenter le ciseau patient de l'artisan qui avait une autre raison, un motif religieux et philosophique, pour apprécier cette pierre d'un aspect si particulier, d'une coloration si originale, c'est que cette matière, par sa dureté qui la rend comme indestructible, a été, dès les premiers temps, consacrée à la confection des objets rituels; plus tard, Confucius en rehaussa encore la valeur en lui attribuant un caractère symbolique. Ainsi rangé au nombre des matières précieuses, le jade ne resta pas exclusivement employé à la fabrication des vases rituels concurremment avec le bronze; on en flt des vases d'usage profane, on le tailla en tablettes minces et gravées qui servaient, dans les cérémonies, à arrêter Thaleine des princes et dignitaires, c'était le chu ; on enfila des petites plaques de jade en cordons qui ornaient la ceinture des hommes; on le tailla en bijoux et en agrafes pour les femmes; on flt même avec de minces plaquettes des instruments de musique, chaque fragment de yu ayant un son spécial. L'artisan chinois attaque le bloc de jade en le perforant de trous parallèles poussés à la ^toloii^^Mx NQ>\^\k^\ avec le ciseau, il abat les minces cloiaous qiA afe^^xeiiX \«* Xtw^J^ ^^'

Laques, &HAtx lilxsxV

Quoi quMl eu »oit, l'artisan chinois a promptement donné aux. œuvres de ce genre le caractère du génie particulier de la nation ; s'il a employé les deux procédés occidentaux, le ohamplevé et le clotsonnéfiX a imprimé aux motifs de décoration son esttiétique spéciale et orné, par ces procédés, des objets en bronze très recherchés des amateurs. Les cloisonnés surtout sont appréciés ; assez imparfaits et manquant d'éclat sous les Ming, il sont d'une exécution impeccable et d'une merveilleuse ressource de coloris sous les Ts'ing, jusqu'à la flndu xvm* siècle. Comme il arriva pour la Céramique, le débouché européen, en développant la quantité de la production, en alTaiblit la qualité.

Conclusion. Que conclure de ce rapide examen des diverses branches des Arts du dessin en Chine ?

La conclusion ressemblera à la préface. SI on considère à quelle perfection d'exécution les Chinois sont arrivés dans ce que nous appelons les Arts secondaires (1), n'est-on pas dans l'obligation de penser que c'est dans la pratique de ces Arts qu'ils ont trouvé la satisfaction des besoins esthétiques, de l'appétit du beau que l'on trouve dans toute àme humaine ; que le « génie » de leurs artistes est fait souvent de respect des traditions, de probité dans l'exécution, sans exclure la fantaisie dans l'inspiration ?

Et pourquoi, parce que l'on a une autre conception du mot génie, voudrait-on changer cet état de choses? Serait-il vraiment désirable que le contact européen vint à agir avec trop d'intensité sur l'art national en Chine?

Nous ne le pensons pas; il nous paraît plus rationnel de souhaiter que cette race conserve dans toutes les manifestations de sa vie intellectuelle, son caractère propre, son originalité native.

Nous estimons, en outre, qu'il ne serait pas facile de modifier bien profondément la mentalité chinoise. En politique, en philosophie, en religion, ce peuple, perpétuellement envahi, a constamment chinoise ses conquérants; dans les arts, dans l'industrie, il a fait de même et a pu promptement recouvrir du vêtement chinois toutes les importations.

Les tentatives des Jéiuites, en ce qui concerne la peinture, ont eu le sort que l'on sait; au xix* siècle, presque de nos jours, un peintre can tonals, Lan-koua, à voulu les renouveler et il n'a abouti qu'à de lamentables résultats.

Laissons donc les Chinois rester Chinois et restons Occidentaux, mais avec assez de largeur dans les idées, de généro.sité dans la critique pour proclamer hautement qu'il y a un Art chinois et qu'il a ses grandeurs.

(i) Nous n'y avons pas classé la Céramique à raison di^ Va^'&xi'^^tv^ rite donnée a cel art par les Chinois qui onX è\Â, «vit ^^ v^VO'V ^^ véritables initiateurs.

LA HUSIQUB LmXVIl

pays, de leur religion primitive, de leur philosophie et de leur politique de soumission à l'Empereur, considéré comme a Fils du Ciel »

Les Annales de la Chine disent que : « La musique a le pouvoir de faire descendre le ciel sur la terre; elle inspire aux hommes l'amour du bien, la pratique du devoir. Yeut-on savoir si un royaume est bien gouverné, si les mœurs y sont bonnes ou mauvaises? Qu'on examine quel genre de musique y a cours ». Confucius proclama toujours l'influence morale de la musique ; il en faisait lui-même et il disait : « Le sage se sert de la musique pour remédier à la faiblesse de Tàme ; l'insensé l'aims pour étouiTer les sentiments de crainte dont son cœur est saisi».

Houang-ti, dont le règne est placé — sous toutes réserves — entre les années 2697 et 2597 av. J.-C, aurait, disent les historiens confié à un de ses ministres nommé Ling-louen le soin de régulariser les notions musicales transmises par la tradition. C'est à ce personnage qu'il faudrait attribuer l'organisation du système musical des Chinois. 11 y arriva, disent les Annales, par une série d'opérations assez bizarres où des tubes de bambou de hauteur variable, mesurés à l'aide de grains de millet, jouent le rôle principal et d'où, par un contre-coup assez singulier, serait sorti le système des poids et mesures.

11 trouva en modifiant, suivant des règles de progression, la hauteur des tubes douze demi-tons composant une octave, lés appela liu et les distingua en yang-liu, ou liu parfaits et en yin-liu ou liu imparfaits.

Il prit pour diapason et point de départ un son, qu'il appela Kong «foyer lumineux», qui correspond à peu près à notre fa. Le IiLong fut la note initiale d'une gamme de cinq tons et deux demi-tons qui s'agence assez facilement avec la notre et on a pu transcrire en notation européenne usuelle, différents morceaux de musique ehinoise.

Ils ont une assez grande variété d'instruments de musique : des instruments à percussion tels que les cymbales, timbales, tambours militaires, cloches à tons variés, gongs ; des instruments a vent du genre flûte et des trompettes ; des instruments à cordes procédant de la guitare, avec cordes tendues sur des calebasses et actionnées soit à la main, soit au moyen d'un archet.

Si en honneur qu'ait été autrefois la musique, elle n*est guère de nos jours que le privilège de quelques lettrés de la haute classe ; elle a perdu, par suite des troubles politiques qui ont si fréquemment bouleversé la Chine, son antique prestige.

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