‹ Chine, Japon, Siam & CambodgeChapitre 8 sur 18 · L INDUSTRIE EN CHINE · texte numérisé non relu

L INDUSTRIE EN CHINE

La fabrication de la céramique est une des plus anciennes que mentionne l'histoire ; on la trouve chez les Chaldéens, les Egyptiens, les Israélites, à l'état non seulement d'industrie en quelque sorte domestique, . répandant aux besoins d'un luxe intérieur très-dèveloppé chez les grands, mais encore d'une industrie artistique qui contribue à l'ornementation extérieure des monuments publics. En Grèce, elle avait conquis une telle importance que la ville d'Athènes, quand elle s'agrandit, s'incorpora deux quartiers dont le nom qu'ils portaient (Céramique) indiquait suffisamment la première destination, et la vieille Rome pouvait s'enorgueillir de ses types de céramique étrusque, remarquables par une sévérité de formes qui n'excluait nuMement l'élégance.

L'art céramique subit naturellement une longue édi-

pse pendant l'époque barbare ; mais il devait renaître avec les croisades, dans ces villes maritimes d'Italie dont le grand mouvement suscitait l'activité commerciale, et dont les goûts artistiques n'attendaient qu'une occasion pour s'éveiller. Les majoliques ou faïences de Pise et de Faenza, et plus tard les émaux de notre compatriote Bernard de Palissy, rappelèrent les beaux modèles de l'antiquité, en même temps que par la perfection des figurines, des fruits, des plantes, des animaux jetés en fouillis ou en relief, ils révélaient une originalité propre. Mais quand au xvi e siècle, les Portugais eurent apporté de la Chine les belles porcelaines translucides, aux dessins éclatants et indestructibles, la vogue de la faïence reçut un rudte coup. Seulement, les Portugais avaient omis de se renseigner sur les procédés de cette fabrication, et il était réservé à un missionnaire français de les divulguer presqu'à trois siècles d'intervalle. Le P. d'Entrecolles avait une église . dans la ville de King-Te-Ghin, le grand centre de fabrication de la porcelaine chinoise, et comptait parmi ses néophytes un grand nombre d'ouvriers porcelainiers. Joignant aux renseignements qu'il recevait d'eux une étude attentive des principaux livres chinois sur la matière, il parvint à se rendre maître des procédés techniques de cette industrie et put ainsi en doter la France et l'Europe.

Les premières, la France et la Saxe firent l'essai de ces procédés ; elles obtinrent rapidement des résultat» brillants, et aujourd'hui* c'est incontestablement notre pays qui tien lie premier rangparmi ceux, sans en excepter la Chine et le Japon, qui fabriquent des porcelaines. Cette supériorité, la France la doit à la manufacture de Sèvres, où la science et l'art réunis n'ont cessé, depuis la fondation de cet établissement, de se livrer à de fructueux essais. Pour la manipulation comme pour

le goût, les produits de Sèvres sont uniques. Us satisfont aux conditions de l'art le plus délicat comme aux exigences du luxe le plus grand. Que les amateurs de beaux services de table, de beaux vases et de belles potiches se rassurent donc ; les Chinois peuvent, comme cela leur est arrivé déjà plus d'une fois, perdre le secret de leur fabrication : la porcelaine ne disparaîtra point pour cela. Elle est impérissable grâce au génie européen : il reste aux Chinois le grand honneur de Tavoir, les premiers, inventée.

La pâte des belles porcelaines chinoises est un composé d'une pierre nommée pe-tuntsun dans le pays et d'une terre nommée kao-lin, nom devenu français. Le kaolin, que certaines montagnes de la Chine renferment en couches inépuisables, s'emploie à peu près tel que la nature le fournit, sauf à le débarrasser de toute substance hétérogène ; mais on pulvérise la pierre pe-tun-tsun, en lui faisant subir plusieurs lavages après lesquels elle est façonnée, avant qu'elle se durcisse entièrement, sous forme de briques ou de tablettes. À ce3 deux éléments principaux, il faut joindre le vernis ou l'émail qui communique à la porcelaine sa blancheur et son éclat. Ce vernis, à l'état simple, est fait de deux sortes d'huile dont l'une est une espèce de crème blanchâtre et liquide qu'on extrait, en la lavant et l'épurant, du résidu pulvérisé avec lequel on fait les tablettes de pe-tun-tsun, tandis que l'autre s'obtient par le lavage de cendres de chaux et de bruyèresbrûlées ensemble. On mélange ces substances, dans la proportion habituellement de dix parties d'huile de pierre contre une partie d'huile de cendres de chaux et de fougères. Les vernis composés s'obtiennent en ajoutant à ces deux substances des matières colorantes, qui servent à donner aux porcelaines ces teintes si variées dans l'emploi desquelles les Chinois excellent.

Le P. d'Entrecolles a soigneusement décrit les nombreuses manipulations que le travail de la porcelaine exige. La première opération consiste dans une nouvelle purification du pe-tun-tsun et du kaolin et la seconde dans leur mélange* selon des proportions variables et relatives à la sorte de porcelaine qu'il s'agit de produire. Le mélange achevé, on le foule dans un large bassin, bien pavé et bien cimenté ; puis on le pétrit dès qu'il commence à durcir, travail d'autant plus pénible qu'il doit s'effectuer sans interruption. Tandis qu'il s'o* père, on distrait de la masse ainsi - préparée des morceaux qui sont pétris, étendus, refoulés en tous sens sur de vastes ardoises. La perfection des pièces dépend de cette manipulation, qui doit être faite avec le plus grand soin de manière que la pâte ne contienne aucun corps étranger, et qu'il ne s'y fasse aucun vide.

Les ouvrages unis se façonnent tous à la roue. Lorsqu'une pièce en sort, elle n'est qu'ébauchée; elle passe ensuite entre les mains de trois ouvriers qui successivement l'asseyent sur sa base, l'appliquent sur son moule, la polissent au ciseau et en diminuent assez l'épaisseur pour qu'elle devienne transparente. Une fois sèche, un dernier ouvrier en creuse le pied, et on calcule que, dans ces manipulations successives, elle passe par les mains de soixante-dix personnes. Les grands ouvrages s'exécutent par parties, qui sont travailléesséparément, puis unies et cimentées avec la matière même de la porcelaine délayée dans de l'eau. Les fleurs et les ornements en relief, préparés à l'avance, s'appliquent à la manière d'une broderie sur une étoffe. Quant aux dessins plats, on se contente souvent de les tracer avec le burin sur le corps même du vase, et l'on pratique dans leur contour des entailles rondes qui les font ressortir. Après quoi, il ne reste plus qu'à donner le vernis à la porcelaine, c'est-à-dire, en termes techniques, à lui

appliquer la couverte, et cette dernière opération, qui semble élémentaire en apparence, ne laisse pas souvent d'être fort délicate. Elle exige, en effet, beaucoup d'adresse et une attention toute particulière, soit pour maintenir la couche, de vernis à l'épaisseur convenable, soit pour répartir ce vernis d'une façon égale et uniforme sur toute la surface du vase. Les Chinois fabriquent des pièces de porcelaine si frêles * et si délicates , que leurs parois ploieraient sous le poids d'une couverte trop épaisse et se déjetteraient.

Les fourneaux à cuire la porcelaine paraissent être restés, sauf les dimensions, ce qu'ils étaient aux époques les plus anciennes de cette fabrication. Le P. d'Entrecolles les décrit comme larges de douze pieds, profonds de vingt-quatre et recouverts d'une voûte assez épaisse pour qu'on puisse marcher dessus sans être incommodé du feu. Cette voûte, dit-il, « n'est en dedans ni plate, « ni formée en pointe ; elle va en s'allon géant, et elle « se rétrécit à mesure qu'elle approche du grand sou - « pirail qui est à l'extrémité, et par où sortent les tource billons de flammes et de fumée. Outre cette gorge, le « fourneau a sur sa tête cinq petites ouvertures qui en « sont comme les yeux ; on les couvre de quelque pots « cassés, de telle sorte pourtant qu'ils soulagent l'air et « le feu du fourneau. » Les porcelaines y sont introduites dans des caisses de terre qui leur servent d'étui, et qui les protègent contre le contact immédiat de la flamme. La place de chacune d'elles est choisie selon le degré de cuisson que l'on veut donner à la porcelaine qu'elle renferme. Quant à la manière générale de les disposer, elle consiste à les superposer en piles assez rapprochées pour qu'elles se soutiennent réciproquement par les morceaux de terre qui les lient en haut, en bas, au înilieu, quoique assez distantes les unes des

autres pour que la flamme passe librement entre elles, et les enveloppe également de toutes parts.

La céramique chinoise est habile à produire certains vases d'une exécution difficile ou d'un aspect extraordinaire ; telles sont les coques d'œufs translucides, si délicatement ouvrées qu'on les prendrait pour de la dentelle, et les tchouï kouï ou « vases craquelés », aux- ' quels l'émail qui les couvre, fendillé de mille et mille manières, donne l'aspect de vases tout fêlés, mais tionc les parties demeurent pourtant en place. Jadis, on fabriquait aussi, sous le nom de hia-thsin, — azur mis en presse, — une sorte de porcelaine sur laquelle les objets — qui y sont peints, fleurs poissons, insectes — restent invisibles tant que le vase est vide, mais apparaissent dès qu'une liqueur l'emplit. Il paraît d'ailleurs que le secret de cette fabrication est aujourd'hui à peu près perdu, • les Chinois ont bien essayéde le retrouver; mais ils n'ont obtenu encore, dans cette recherche, que des résultats très-imparfaits, et cela fait se souvenir qu'à une certaine époque, ils avaient perdu entièrement l'art même de fabriquer la porcelaine.

De nombreuses porcelaines antiques étaient venues à l'Exposition de!878,d'Amoy, deFoochow, de Shanghaï. Elles ont bien plus de corps que les nouvelles, ce que le P. d'Entrecolles a expliqué par le degré de cuisson auquel on les soumettait et qui était beaucoup plus considérable qu'aujourd'hui. Tl fait remarquer, en outre, que « les caisses de la petite porcelaine étaient cuites à « part avant d'entrer dans le fourneau, et qu'on nu, c< démurait la porte qu'après dix jours pour les grandes « porcelaines et après cinq jours pour les petites, chose « qui se néglige aujourd'hui. » Les peintures qui couvrent ces spécimens de l'antique fabricajion montrent, d'ailleurs, que cet art est resté complètement stationnaire. Les hoa-peï, ou peintres en porcelaine d'aujour-

rasoirs sont préférables à ceux de Chatellerault et de Sheffield, ce n'est que justice de louer leur orfèvrerie et d'admirer l'art, aussi ingénieux que varié, qui se montre dans leurs théières, leurs salières, leurs coupes et leurs fleurs en argent; leurs paravents en émail, leurs boîtes en argent laqué,et leurs divers cloisonnés, anciens ou modernes. Mais, c'est surtout dans l'industrie du bronze que la Chine soutient bien sa vieille réputation : Dans le travail de ce métal, on retrouve l'art décoratif de la porcelaine : ce sont ces mêmes monstres, ces mêmes animaux fabuleux, ces mêmes .oiseaux au plumage contourné qu'on aime lant dans l'Empire du Milieu. Les meubles chinois font aussi une très bonne figure, quand ils s'en liennent à la façon nationale de travailler le bois ou l'ivoire et au style décoratif des ébénistes indigènes au lieu d'essayer, par des imitation^ maladroites, de çpmbiner les détails de l'art chinois avec les formes générales de l'art européen. A cepoin de vue, un, intérêt particulier s'attache aux meubles laqués, toujours à la hauteur de leur vieille réputation On a cru longtemps que ce beau vernis, qui donne tan d'éclat aux boiseries, était une composition particulière dont les Chinois et les Japonais avaient seuls le secret. Mais on sait par le P. d'incarville qu'il n'est autre chose qu'une sorte de résine s'extrayant par incision d'un arbre qui croit dans les provinces de Tze-tchouan, d Kiang-si, Tche-kiang et de Ho-nan, sous le nom de fse-tchou et qui n'est autre que le Rhus vernix des naturalistes. On broie cette résine avec du vermillon ou toute autre couleur, puis après avoir poli le meuble à la pierre ponce et l'avoir enduit d'aine sorte d'huile tirée du tong-tchou, ou arbre des montagnes, la laque est appliquée. Avec deux ou trois couches seulement, plie reste transparente et laisse apercevoir toutes les veines du bois et ses nuances; mais quand on veut

déguiser le fond sur lequel on travaille, il suffit d'augmenter le nombre des couches. La surface du meuble devient alors polie comme une glace, et c'est sur ce fond luisant que sont peints, en or ou en argent, les divers dessins destinés à relever le travail.

Une autre industrie, très-célèbre et très-ancienne en Chine, est celle de la soie; elle a un peu perdu de sa clientelle au dehors, mais au dedans, elle garde toujours un énorme marché. Depuis l'Empereur et les princes de sa famille jusqu'aux mandarins et aux simples domestiques de l'un et de l'autre sexe, tout le monde là-bas porte des soieries. De ces étoffes, les unes sont unies, les autres chargées et surchargées de dessins dont les motifs ordinaires sont des fleurs, des arbres, des oiseaux, des

Sapillons,des insectes peints avec tant d'art, au moyen èsucs d'herbes ou de fleurs, qu'à première vue, ils semblent se détacher du fond. Et ces beaux tissus, ces splendides étoffes, venus de Canton, de Che-Foo, de Han-Kéou de Wu-ha, de Fou-Ho; ne sont pas l'œuvre d'un de ces puissants appareils qui sont allés sans cesse se perfectionnant chez nous, depuis l'époque mémorable où Jacquart, remaniant le modèle de Vaucanson, imagina le célèbre métier qui porte son nom. C'est au moyen de rouets, de dévidoirs, de métiers d'une simplicité toute primitive que les Chinois préparent leur matière première et qu'ils la façonnent sous les formes les plus variées : gazes unies ou à fleurs ; damas de toutes couleurs i satins blancs, noirs, unis, rayés; taffetas à gros grains^ à fleurs, jaspés, percés à jour ; faux brocarts ; crépons, pannes et velours.

Dans la filature du coton et son tissage, qu'ils pratiquent de temps immémorial, les Chinois se sont approprié déjà quelques-uns de nos procédés et de notre outillage perfectionné. Mais Us sont loin d'avoir abandonné leurs usages nationaux, et le rouet dont se serrent

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les ouvrières, car la filature du coton est en grande partie là-bas une industrie féminine, nous est dépeint «omme étant d'une rare simplicité par le R. P. Desjacques, missionnaire jésuite, qui l'a vu fonctionner au Pou-Tong, Trois fuseaux sont disposés sur le haut d'une tige verticale, à laquelle une roue est fixée ; un peu au dessous de son milieu un liseré de cuir embrasse les fuseaux et la roue ; une verge part des rayons de celle-ci et repose par son centre creux sur un .pivot à tête mobile. La fileuse étant assise, elle pose ses deux pieds sur la verge et, par un mouvement de bascule, fait à volonté mouvoir la roue dans un sens ou dans un autre. Trois boudins sont insérés entre les doigts de la main gauche et gouvernés par le pouce ; la main droite est année d'une baguette afin de diriger et de soutenir les trois fils qui se tordent ainsi spontanément.

Le tissage se partage entre les hommes et les femmes, quoiqu'en général il n'y ait guère que les vieillards et les jeunes garçons encore impropres aux travaux des champs qui en fassent métier. La méthode suivie est celle de tous les pays où le tissage s'opère à la main. Les bobines, au nombre de vingt-cinq, sont fixées sur un grand cadre équilibré avec une pierre ; le tisserand va et vient, déroulant les fils et les entrelaçant à l'aide de fiches plantées en terre sur une longueur de cinquante à soixante mètres. La chaîne se compose de 1000 à 1200 fils. Dès qu'elle est dévidée, on la roule sur un cylindre creux pour la tremper dans un bain d'esÊ et de farine ; puis, on la déploie sur des supports fixés de distance en distance. Après qu'elle a été fortement tendue sur des pieux fixés à ses deux extrémités, deux personnes vigoureuses, munies de longues brosses, la parcourent à diverses reprises dans toute sa longueur, tandis qu'une douzaine d'autres s'occupent de

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renouer les fils au fur et à mesure qu'ils se rompent» La plante qui produit le ctton blanc de ce pays est le mie-oua des provinces septentrionales (Gossypium her* baceum des botanistes). Cet arbuste annuel porte des branches s'élevant à 1 ou 1 m. 20 du sol, dont les fleura sont jaunes et qui, comme celles de l'hibisicus et de la mauve, ne s'ouvrent que pendant quelques heures, pour se flétrir et mourir ensuite. La plante de laquelle on tire le coton jaune qui sert à fabriquer les beaux nankins s'appelle tze mie oua dans le pays, et M, Fortune ne la regarde que comme une variété accidentelle de l'autre* Bien que ses graines la reproduisent généralement, elles donnent parfois naissance à des pieds de coton blanc ; aussi bien y a-t-il réciprocité entre les deux espèces, et voit-on fréquemment des pieds de coton jaune dans les plantations de coton blanc qui environnent Shanghaï, tandis que sur les bords du Yang-Tse ou le coton jaune est cultivé en abondance, on remarque des plants de la variété blanche.

Les procédés de culture offrent naturellement, selon les régions et les coutumes, des particularités et des dissemblances ; mais voici celle que M. Fortune a décrite comme normale et qui, considérée en elle-même, est sans contredit la plus avantageuse. Au commencement d'avril, les cultivateurs s'occupent de curer les étangs, les canaux, les fosses qui coupent le pays dans tous les sens et de les vider. Ils en retirent ain-i une espèce de vase, composée partie de détritus végétaux, partie de la couche superficielle du sol des coteaux que les fortes pluies ont entraînée dans la plaine. Cette vase reste quelques jours à s'égoutter sur le sol, puis elle est enlevée et répandue sur les cultures coton nières auxquelles elle fournit un excellent engrais. 11 faut ajouter qu'au préalable le terrain a été bien préparé à la recevoir : îabouré d'abord avec la charrue à buffle, il est

ensuite brisé, pulvérisé pour mieux dire, avec la houë 4 trois pointes, ou bien à la main dans les fermes de petite contenance.

Vers la fin d'avril ou les premiers jours de mai, on "apporte la graine de coton dans des paniers, et l'ensetaencement commence. Il a lieu d'habitude à la volée et par exception en lignes ou rangées ; dans le premier cas, les ouvriers piétinent soigneusement le terrain et dans le second, ils commencent par le fumer avec des tourteaux qui ne sont autre chose qu'un résidu de graine de coton cuite. Les pluies, qui surviennent alors avec le changement de la mousson, rehaussent la terre en l'humectant, et la végétation marche avec une rapidité surprenante. Mais les plantations exigent les soins les plus assidus pendant toute la saison d'été : il faut éclaircir les plants trop serrés, biner et sarcler entre chaque pied* enlever toutes les mauvaises herbes, cueillir les capsules qui s'ouvrent journellement, sans quoi elles se saliraient en tombant et le coton perdrait nécessairement de sa valeur. Encore, avec toutes ces précautions etquelque belle apparence que présente la récolte, le cultivateur ne peutil s'en croire assuré, tant qu'il ne Ta point cueillie et si, par exemple, l'automne n'est point sec ; si le temps devient pluvieux lorsque le& capsules commencent à s'ouvrir, elles tombent sur le sol humecté et s'avarienf.

Une fois rentré, le coton est placé, pendant tout le jour, sur des claies de bambou élevées d'un mètre audessus du sol et exposées aux rayons solaires. Chaque soir, on le retire et on le serre dans une «grange. Lorsqu'il est complètement sec, on le sépare de sa graine à l'aide d'une machine bien connue laquelle, au moyen de deux cylindres, fait tomber le coton d'un côté et rejette la graine de l'autre *. Le coton ainsi netto} c est di*

1 « Pour séparer le coton de la graine, on emploie une machine

rigé sur les ports d'embarquement ou sur les ppints dp l'empire qui ne le cultivent pas ; mais, s'il est destiné $ la filature sur place, il subit une dernière préparation pour le débarrasser de ses nœuds. L'appareil employé à cet effet, qui est aussi très-répandu dans l'Inde bri«* tannique, est des plus simples: c'est un arc dont la corde élastique passée dans une masse de coton étalée sur unç table, la soulève en se tendant fortement sous l'imputa sion de l'ouvrier et, la projetant en l'air, sépare la fibre sans briser le coton ou le gâter le moins du monde, en même temps que la vibration de l'air le débarrasse de la poussière et des autres impuretés qu'il pourrait contenir.

Les Chinois fabriquent aussi avec les fibres corticales de l'ortie blanche un tissu particulier qu'ils appellent mah-pou et qui est remarquable par sa finesse, sa blancheur et sa solidité ; mais sa confection exige des soins infinis et revient à très haut prix, malgré le bon marché de la main d'oeuvre. C'est à l'ortie blanche que lea Anglais donnent le nom de China Grass, ou d'herbe de Chine et cela fort improprement puisque l'Ortie blanche est une plante et non une herbe. Dans le pays, elle s'appelle tou-thah, nom qui décèle une origine moitié chinoise, moitié cochinchinoise, ce qui n'est pas surprenant,

composée de deux rouleaux de bois dur d'environ 40 centimètres de longueur sur 3 centimètres de diamètre, cannelés dans toute leur longueur et posés horizontalement l'un sur l'autre. Un ouvrier, en présentant une poignée de coton, met en mouvement la machine au moyen d'une, manivelle que fait agir son pied. Alors les rouleaux tournent sur Taxe en sens contraire. Ils sont assez éloignés pour laisser passer le coton, qui est attiré par le mouvement de rotation, et trop serrés pouç laisser passer les graines qui tombent, aux pieds de l'ouvrier, tandis que le coton laminé est reçu au côté opposé, daus un sac ouvert. » (D p Descourtils, Fiote des Antilles, t. IV, p. 211.) C'est le Gin Roller des Américains.

s'il e»t vrai, comme l'affirme uq voyageur M. Thomas Anquetil, neveij de l'illustre Anquetil-Duperron, qu'il faille chercher l'habitat original de ce textile dans la zoue située au nord-ouest du Siam et du Cambodje, à. l'est du Barmâh, et au sud-ouest delà Chine, qu'habitent les tribus aborigènes connues des géographes sous les noms de Kakiens, de Shans, de Laos et de Lolos. Au sur* plus, l'ail, l'oignon, le bananier s'utilisent en Chine comme matières textiles. Leurs tissus prennent le nom générique de ha-pou ou Jétoffes d'été, et Tune d'elles le wang-mah, jouissant de la propriété d'être imperméable et incombustible, l'empereur l'a réservée exclusivement pour lui et sa famille.

Les bijoux chinois sont riches, parfois élégants, mais bien rarement originaux ; ils ne sauraient soutenir ni pour le goût, ni pour l'ornementation et la main d'oeuvre, la comparaison avec l'in«omparable joaillerie de l'Inde. Les dames naturellement les recherchent et les aiment beaucoup, et nous «avons parM.Simbaldo de Mas que la mode exerce aussi tyran niquement son empire sur les bords du fleuve Bleu que sur ceux de la Seine. Les modes pour hommes viennent de Péking et celles pour femmes de Sou-Tohou-Fou, dont les lorettes ont un privilège, qu'elles partagent avec nos petites dames, celui d'introduire les nouveautés et de les faire adopter par le plus grand monde. Il est de règle en. Chine que les femmes se fardent et, dans les provinces du sud, elles le font si bien que leur visage ressemble à un masque, sous les couches épaisses et alternées de blanc et de rouge qu'il revêt. Selon qu'elles sont enfants, nubiles, fiancées, mariées, leur coiffure n'est pas la même ; mais leur front est toujours découvert. et leurs cheveux rejetés en arrière. Les hommes, eux, se rasent la moitié de la têtd sur le devant ; ils laissent croître le i*este'de leurs cheveux, etles nattent en une longue queue, quileurdescend

le long du dos et parfois atteint le bas du corps. Cet ornement grotesque a reçu des Anglais Tirrévencieux nom de Pig Tatly ou queue de porc, et cette queue sert à divers usages. Le matelot, pendant un orage y attache sa calotte; le marchand l'utilise comme une aune; le passant, dans la rue, en fait un fouet pour châtier un impertinent gavroche, et le gendarme happe et retient par sa queue le délinquant qu'il mène à la geôle. Couper sa queue est le plus sanglant affront que l'on puisse faire à un Chinois ; l'usage de la porter n'est pas, cependant indigène : il vient des Mandchoux. Les Chinois avaient jusqu'alors porté tous leurs cheveux, et lorsque les conquérants voulurent les forcer à en raser une partie, ils s'insurgèrent. Eux, qui ne s'étaient pas battus pour leur indépendance, se battirent pour leur chevelure, comme dit le missionnaire qui a écrit, sous le titre de Bellum Tartaricum, l'histoire de l'invasion de 1646.

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