LANCEE, PHILOSOPHIE ET LITTÉRA- TURE CHINOISES
1” Langue chinoise. Après avoir décrit , d’après les sources authentiques chinoises, l’état actuel de cet empire sous les rapports géographique et politique, c’est-a-dire, après avoir fait connaître, autant que le temps et l’espace nous ont permis de le faire, l’immense scène où se meut le plus ancien et le plus grand peuple du monde, et les différents rouages de son organisation politique et sociale, nous devons chercher maintenant a initier nos lecteurs à ce système à' écriture et de langage qui n’a plus d'analogues que sur lés pierres mutilées des monuments de l’antique Egypte, et qui est resté, aux yeux de l’Europe, comme une espèce d’énigme, dont quelques personnes s’obstinent à chercher vainement la solution (’).
Il se passa bien des siècles depuis le jour où l’homme apparut sur le globe qu’il habite, jusqu’à celui où, réuni en société, il découvrit le moyen do donner une forme déterminée à sa pensée, jusque-là fugitive, en la faisant passer dans le domaine du monde matériel.
Les premières tentatives qui furent faites pour établir un lien de communication entre le monde des formes et celui des idées, durent nécessairement participer de l’imperfection de l’intelligence de l’homme, qui ne pouvait arri-
(*) Ceux qui voudraient s'initier plus avant dans le système de l 'Ecriture chinoise , peuvent consulter l’outrage que nous avons publié en i84»i sous ce titre: Si jrir-n- Ægyitiac.a, ou Essai sur l'origine et la formation similaires des écritures figuratives chinoise et égyptienne , d'où la plus grande partie de ce qui suit a été tirée. Paris, Y. Didut; i vol.
ver à son complet développement que par le perfectionnement progressif de ce grand instrument de civilisation.
On a souvent dit et répété que le langage et l’écriture n’étaient pas des produits humains, mais des révélations divines. Si l’on a voulu dire que la faculté que l’homme possède d’exprimer sa pensée par des articulations nombreuses et soumises à des lois variées, de la communiquer au moyen de certains signes convenus, est une faculté qu'il tient de Dieu comme ses autres facultés, on a eu raison; mais si, au contraire, on a voulu dire que le langage et l’écriture étaient directement révélés de Dieu à l’homme, essentiellement incapable d’arriver par lui-méme à se créer un langage quelconque et des signes convenus de communication , on est tombé, selon nous, dans une grave erreur, parce que les langues humaines et les signes destinés à les représenter aux yeux sont trop imparfaits, malgré les perfectionnements que les générations successives leur ont apportés, pour être l’œuvre de Dieu.
1. Origine. , développe ment et modifications successives de l’écriture
chinoise.
L'histoire , d'ailleurs , donne à cette opinion toute l’autorité d’un fait. Et, pour nous borner aux recherches qui font le sujet de cet article, nous allons passer successivement en revue ce que les écrivains chinois les plus accrédités ont dit de l'origine et de la formation de leur écriture figurative.
On lit daus la seconde partie «lu Commentaire de l’illustre philosophe Kboung-tseu, sur le Supplément au Y-king ou Livre des transformations (le plus ancien livre chinois), nommé Hi-thseû , rédigé primitivement par H’én-wting et Tcheoii-koûng , dans le onzième siecle avant notre ère (*) :
(*) Le Commentaire de Khoùng-tsaO sur le Hishseù de tVtssesvdng et de Tcheoti-koùng . est intitulé Tehouànt c'est-à-dite Histoire traditionnelle , traditions. De» traditions transmises par un homme comme l’illustre philosophe chinois méritent certainement d'être prises en considération par la critique moderne, même la plus difficile et la plus incrédule.
CHINE
« Dans la haute antiquité, Pào-1 (au- « trement dit Fois -ht) gouvernait le « monde ( thièh-hid) : ayant levé les « veux en haut, il vit des figures dans « le ciel; les ayant ensuite baissés, il vit « des modèles h imiter sur la terre; il « contempla les formes variées des oi- « seaux et des quadrupèdes, ainsi que « les propriétés diverses de la terre. Des « corps à proximité de lui et qu’il pou- « vait saisir, comme des objets éloignés « qu’il pouvait déterminer, il traça les » huit Koud ou Symboles, dans le' des- « sein de pénétrer la vertu de l'Intelli- «gence divine [comme la nature de « l'immobile et du mobile, de ce qui « cède et de ce qui résiste, Commen- « taire (*)], et dans celui de classer « par espèces les propriétés distinctes « de tous les êtres [comme les figures « des lacs, des montagnes, du vent, du • tonnerre, Commentaire ] (**). »
On lit encore dans le même livre (f° SI) que, « dans la haute antiquité,
« on se servait de cordelettes nouées « pour l’administration des affaires.
« Pendant les générations suivantes ,
" le saint homme (Foû hl) les remplaça « par l’écriture (***). »
On lit aussi , dans le Supplément au Ssè-ki (de l’historien Ssè-mà-thslàn) que, « selon l'histoire primitive des trois « empereurs (Sân-hoâng), le très-illustre “ Fou- fil inventa l’écriture pour rem- « placer les cordelettes nouées, dans « {'administration du gouvernement. > Le Thoûng-kién (****) dit aussi « que « la vertu du très-illustre ( Fott-hl ) unis- « sait le haut et le bas. Le ciel y corres- « pondit en faisant apparaître a ses veux « îes caractères ou les formes exté'rieu*
« res (wén) des oiseaux et des qundru- «pèdes; la terre y correspondit en lui «montrant les figures du I/jitchoft ,
« sur le tableau sorti des eaux (t/ô thoâ).
(*) Le Commentaire est celui de nltestllii, inlildlé Pèn-i, • sens primitif et fondamental. »
("I Ui-thse li (hià-lchoudn , second Commentaire), folio ao recto; édition kitn-pin, ou revne, de 1781.
On place le régne de Foii-/i ('environ 3,36g ans avant notre cre.
(***) Vov. aussi le Y-King ta-thsiotnsn-hoefkiai, K. lit, f* 20.
(****) TsItn-p'Un, ou Premier livre.
MODERNE. jt#
« C’est par suite de cela que Fon-hl, en « levant les yeux en haut, vil des images « dans le ciel , et qu’en lès baissant il « vit des modèles à imiter sur la terre. « Il aperçut Ce qui constituait la nature « et (es rapports extérieurs de tous les « êtres, et il commença à tracer les huit « Sa un. Il inventa l’écriture pour rem- « placer les cordelettes nouées , dans « {'administration du gouvernement.
« — La formation de cette écriture a « lieu d’après six règles, qui consistent : « I” A figurer la forme (sidng-hing) ; « 2° A détourner les premiers carac- « tères formés de leur signification pro- « pre. pour les employer au liguré [kla- » Islel);
« 3" A indiquer les objets (tchi-sté) ; « 4” A combiner ensemble plusieurs « idées (hoél-l) ;
« S» A tourner les caractères dans
* un sens opposé (tchouàn-tchôu) ;
« 6« A réuuir la farine au son (klâl- « ching).
« Fou-h I fit en sorte que, dans l'Em- « pire, la raison et la justice fussent en
* harmonie avec les caractères primitifs « et les caractères dérivés, et que les ca- « ractères primitifs ainsi que les carac- « tères dérivés fussent en harmonie « avec les six principes de leur forma- « tion (*). »
(*) Le Commentaire iutitulû Chl-t, » sem expliqué, - ajoute :
« Par chou (tulgo livre), on entend le» ta- » metirtt tracés an pinceau (ou par tout au- « Ire moyen).
« La première classe se nomme figurant ta « J orme ; les caractères jl , rouet , •• soleil et « lune, » appartiennent A celte classe; c’cst » eli figurant la forme ou le corps du soleil « et de la tune qu’on les a représenté» (en « écriture ancienne , Icois-wtii) .
» La seconde classe se nomme à sens asm- « Innés (il y a interversion dan» l'urdrc) ; les « caractères voit , sût, « guerrier, sincérité, «
* appartiennent h cette classe; les éléments « tchl « empêcher, « et lcd « lance, « équiva- « lant à défendre avec une louer , constituent « le caractère ivoit, « guerrier; « les éléments « jtn , yén , » homme, parole, nfonstiluent lë « caractère sfn , « parole d'homme, » éqtliva- « lant A sincérité, fidélité.
•• La troisième classe se nomme à srns in- « verse ; les caractères /chais et lais, - examen, vieux , appartiennent k celte classe. On « a établi ainsi une classe de ces caractère»
L’UNIVERS
Lo-pi, dans le livre intitulé laissé (*), attribue aussi l’origine de l’écriture à Foû-ht. II ajoute que, pour perpétuer le souvenir des circonstances qui concoururent à cette invention, l’inventeur nomma cette écriture Écriture du dragon , parce que ce fut sur le dos d’un dragon-cheval, sorti du fleuve, qu’il vit les premiers linéaments des caractères. On donna aussi le surnom de dragon à tous les fonctionnaires publics qui se servirent les premiers des caractères inventés.
D’autres écrivains chinois, tels que J’auteur du fVàl-ki, attribuent l’invention de l’écriture à Thsâng-htë, ministre de la droite de HoAng-ti{ 2698 ans avant
11 procéda à cette importante invention sur un ordre exprès de l'empereur, en suivant la même marche que nous avons vu suivie plus haut par Foü-hi .
Cette dernière opinion est celle qui fut
« qui changent de sens par la direction op- » posée à droite ou à gauche que Tou fait
■ prendre à uue partie des traits qui les cons- « tituent.
« La quatrième classe se nomme indiquant « la position des objets: tchou-ssé; les ca- « raclères chàng et hià , « haut et has , » ap- « partienneut à cette classe; un homme placé « au-dessus de la ligne horizontale i, est « chàng , «en haut, élevé, supérieur;» un « homme placé au-dessous de la ligne liori- « zontale i, est hià, «« en has, inférieur; •• « chacune de ces positions est indiquée par <• uue disposition propre du caractère : c est « pourquoi on nomme ces caractères indi- « catifs.
« La cinquième classe se nomme à sens « emprunte , ou métaphorique; les caractères « Ung , t chàng, « ordre, Age, « appartiennent « à cette classe; c’est un même caractère em- » ployé dans deux sens différents.
« La sixjème classe est celle des caractères
■ qui unissent la figure au son , pour ne for- «« mer qu’un seul caractère, comme kiàng , « hô, noms de deux fleuves; le signe figuratif « cliohi , « eau, » constitue leur figure , kiàng « et ho en constituant le son. <> ( Tséu-ldo-tien ,
K. I, f° i ■verso.)
On peut consulter, pour tous les caractères chinois que nous ne reproduisons pas ici, notre ouvrage cité précédemment, et intitulé Siicico-Æc.vptiaca , passim.
(*) Ixm-ssè , Histoire des Itinéraires , par I.o- pi.
adoptée aussi par h* célèbre prince philosophe HoAi-nûn-tseü , qui vivait dans le second siècle avant notre ère (ISO) , et par Tchoû-hi , dans son Commentaire sur le Livre de l'obéissance J'diale (*). Ces deux opinions, loin de se contredire, confirment le même fait, à savoir : l’invention de l’écriture et des caractères chinois par Foü-hi et Thsâng-hië , trois mille ans avant notre ère ; le premier, en traçant les premiers linéaments de cette écriture ; et le second , en donnant plus de développement à l’invention rudimentaire de Foii-hi.
On doit bien penser que cette invention continua de se développer et de se perfectionner avec la civilisation chinoise. L’empereur YAo (2357 avant J. C.) commença, dit-on , à tracer les caractères imités de la tortue {Koûelchoû ), c’est-à-dire, dont il aperçut la forme sur la tortue intelliqente o'u divine, comme s’expriment les écrivains chinois (**). Sous lerè^ne de la dynastie
(*) Ili do -/un g.
(**) Les historiens chinois rapportent à U cinquième année du règne de Yào (a, 353 ans avant notre ère) un fait qui pourrait faire naître de curieuses conjectures sur l'origine de l'écriture chinoise. Ce fait est l’arrivée à la cour de Yào « d'un harhare du midi, de ■ la famille ou race nommée Yoiië- tcluing , « apportant en présent une grande tortue » (Yoy. le Kàng-moii , tsién-pién.) On lit dan* Y Histoire des choses extraordinaires ( ChoÜ-i ki , citée dans le Li-tài-ki-ssé . Aiouan I , P 3 * verso , et dans le Supplément à l’Encyclopédie de Blà-touan-lin , intitulé Soü-wen-htènthoûng-khào ), « que, du temps de Yào, Yoüè « t chàng vint lui offrir une tortue divine âgée « de mille aus , et de plus de trois pieds d'
« dimension en longueur et en largeur ; ayan. « sur son dos des caractères en écriture kkà- « tèou ( à formes de têtards ), qui comprenaient « l'histoire du monde, depuis son origine «jusqu’alors. Yào ordonna de transcrire «■ « texte étranger, qu’il appela Kouéi-lïe , eu « Annales, de la Tortue. »•
Il serait sans doute téméraire de prétendi 7 que l’écriture apportée eu Chine, a,353 an* avant notre ère, par un étranger (y) du midi (de la Chine) , était l'écriture hiéroglyphique des Égyptiens, et que l'histoire que celle écriture renfermait était l'un des livres d 'Her mes ; mais cependant si l'on réfléchit que, selon les traditions historiques sacrées et prn fanes, il n'y avait guère alors que deux na-i
des Hià (de 2205 à 17fi€ ayant J. C.), on mit en usage les caractères des ins-
lions qui eussent déjà l’usage de l’écriture, les Égyptiens et les Phéniciens , il ne sera pas invraisemblable de supposer que l'étranger arrivé à la cour de Ydo était Égyptien ou Phénicien , et que l’écriture en question était une écriture égyptienne ou phénicienne , laquelle aurait donné naissance à lecriture cluuoise.
«« Pbcenir+.i jwlml . fana ci cwlitor, a lui h Mamuram rudkbtu vuc#im signai c Aftiric» (a dit Locarw).
Otle communication du peuple ou de In nation de Yoiie-tchàng avec la cour de Chine, 2,353 ans avant notre ère , ne fut pas la seule. On en trouve une autre meutionnée 1,242 ans plus tard, la 6* année de Tchingwdng , ou 1,110 ans avant notre ère. (Voy. Lï-tai kï-ssé , K. Vf, f° 10 verso y et notre Description de la Chine , t. I, p. 87.) Le texte historique chinois s’exprime ainsi : « Des « personnes de Yoüé-tchàng vinrent à la « cour. • Les rédacteurs au Lï-taï-ki-ssé ajoutent : « Yoob-tchâbg-chx : « Des person- » nés de Yoüë-tchàng i c’est un royaume de «* la mer méridionale (ou royaume maritime •* du midi), dont trois interprètes de premier « rang vinrent offrir des faisans hlancs. •» Tcheôu-koùng (oncle et premier ministre « du roi régnant) leur fit présent de chars qui « montraient le sud (c’est-à-dire, munis d'une • boussole), pour les diriger dans leur retour. « L'année suivante, ils arrivèrent chez eux. »• Celte nouvelle mention du pays de Yoüé tchàngf quoique laissant encore beaucoup de vague sur sa position géographique, est cependant précieuse , en ce qu’elle fait connaître que c’était pour la Chine un pajs méridional transocéanien , dans lequel devaient se trouver naturellement des faisans blancs. Or, on sait que ces faisans sont communs sur les côtes de la Cafrerie , en Afrique. Le pays eu question était donc situé en Afrique. Maintenant , que l’on rapproche toutes ces données de ce que nous savons de la civilisation africaine aux époques mentionnées , surtout à la dernière (1,110 av. J. C.), où les vaisseaux de Tyr et de Sidon allaient chercher i’or d’üphir (quelques années plus tard) pour bâtir le temple de Salomon, on trouvera nioius téméraire la supposition que des Égyptiens, ou des Phéniciens surtout , ont pu se rendre eu Chine dans les temps reculés, et y porter les éléments de quelques arts nécessaires, comme récriture primitive.
Nous savons bien que les écrivains chinois des âges postérieurs ont placé le royaume de Yotie tchdng au sud de Kiao-tehi , ou de la
criptions gravées sur les cloches, les vases et les trépieds (*), dont quelquesuns, selon les antiquaires chinois, sont parvenus jusqu’à nos jours. Ces cloches, ces vases , ces trépieds de la première des vingt-deux dynasties qui ont déjà régné en Chine, ont été soigneusement recueillis dans les temps modernes (du moins ce qui a pu échapper au ravage des siècles et des révolutions). On en a publié la ligure, avec les inscriptions qui y étaient tracées. Nous en ferons usage dans cet Essai.
Les fondateurs de la dynastie des Te hé ou , fVén-wâng et fVoù-wâny (1134 avant J. C.), commencèrent a tracer, le premier, les caractères Niào , ou imitant les traces des oiseaux ; le second, les caractères y#, ou imitant les bonds des poissons; et sous Tching rcAng , la sixième année de son règne (1110 avant J. C.), PAo^hi détermina les règles des six sortes de formation des caractères 9 et on les enseigna aux enfants du royaume (**).
On lit, dans le Livre des Rites des Tchêou (*”*), que « l’un des Magistrats « de la terre , surnommé PAo-chi , fit « des remontrances au roi sur ses dé- « fauts , et instruisit les enfants du « royaume dans les principes de la « droite voie ou de la saine rai son {tao)^
Cochinchine, et que lej missionnaires et autres sinologues européens ont cru que c’était le Ân-nam ou Tounquin actuel ; mais ce 11’est qu’une conjecture , laquelle , étant supposée vraie, n’infirme en rien la nôtre, attendu que la civilisation du Tounquin , à l’époque en question, n’était pas assez avancée pour porter en Chine une Histoire dë nonde , écrite eu caractères déchiffrables. C’6*< un fait d’ailleurs bien connu . que les Tounquinois ont emprunté aux Chinois leur système d’écriture, qu’ils ont tnodiûé à leur manière; et cela, depuis l’ère chrétienne, époque avant laquelle il n'y avait chez eux aucune forme de civilisation. Et c’est rependant à ce peuple que certains écrivains, dénués de toute espece de science critique, veulent attribuer l’invention de l’ecriture et de l'histoire, plus de 2,000 ans avant notre ère!
(*} Tsëu-hio-tièn , liv. I, f° 7.
(**) Ibid. , verso.
(***) Selon le Tsou-choû-kî-niàn , le Tehéouli fut composé la 6* année de Tching'Wdng, 1,109 Avant notre ère.
L'UNIVERS
« c’est-à-dire (selon le Tckfou II que je « traduis) qu'il leur enseigna les cinq « arts suivants :
« 1» Les cinq rites ou roules de poli- « tesse et de bienséance ;
« 2° Les six espèces de musique;
« 3* Les cinq manières de lancer les flèches :
« 4° Les cinq manières de dompter « et de diriger les cher aux;
« 5° Les six sortes de formation des « caractères. »
L’empereur Chl-hoàng-ti , de la dynastie ue Thsln (221 ans avant J. C.), l’incendiaire des livres, ordonna à son ministre Li-ssé de tracer la forme d’écriture nommée Td-tchouùn ou grand l chouan , et de diminuer les traits de l’ancienne écriture figurative(À'o«-w.i<,M), pour en former l’ecriturc dite Siaotchouan , ou petit tchouàn (*).
La première écriture inventée par le ministre Li-ssé avait une symétrie purement factice, et qui la fit bientôt rejeter ; elle ne fut plus employée que pour les cachets et les sceaux (**).
On lit , dans la préface du Choùèwtn par IJiù-chln, que Khoung-tsku, en transcrivant les six King; Tsiskhièou-ming , en commentant le Tchùnthsiéou, se servirent l’un et l’autre du style Kou-wèn ou ancien (***). Mais , après que l’empire chinois eut été divisé en sept États, les caractères de l’écriture subirent différentes altérations dans leurs formes.
Ce fut , à la même époque de la dy-
(*) Tseu-hiâ-tUn , livre I , f« 8 reçut.
(Mie même écriture Tà-tchoiiàa, inventée par Lisse , et que quelque* écrivain* nomment aussi Cliang-fiiuff-ui-tchniian . diffère beaucoup de l'espèce d'ecrilure du même nom employée sou* les Trhêon , 8ao ans avant notre ère. Celle de Lissé est tout artificielle et de fantaisie , taudis que celle des dynasties antérieures diffère peu du Kois-Wcn , ou de l'écriture aucieuue figurative.
(**) On peut voir des exemples de ces deux écritures , utt plutôt de ces deux formes d’écritures , dans l’Encyclopédie intitulée San thsài thoti-hoèi , t, XXXIII, lis. II, f" ai) ; dans le monument de y II , publié par llager, Paris, i8oa, in -f° , et dans la grammaire chinoise de Al. Xteniusat, p. 5.
(*") Tscu-/ùo-licn , K. I, f" 8 verso.
nastie des Thstn (*) , que , trouvant les caractères en écriture TA - tchouàn (grand tchouàn ) et Siao-tchouàn (petit tchouàn) difficiles à tracer dans l’usage habituel de la vie, on employa l’écriture nommée /J ou des ftureaux.
Cette écriture, formée de traits pesamment dessinés, mais d’tm usage asseï facile, fit abandonner pour toujours les anciens caractères Kou-wèn.
Cependant ces altérations simultanées ou successives permettaient toujours, pour la plupart du temps, de reconnaître l'ancien caractère; et elles n'étaient le jilus souvent que des altérations calligraphiques, à l'exception toutefois de récriture nommée thsaà, qui fut inventée sous les tlàn postérieurs ou orientaux, pendant le règne de ttido-tchdng-ti (de 76 à 88 de notre ère). Cette dernière écriture est une sorte de tachygraphie extrêmement cursive et fort difficile à lire, à cause d’une multitude d’abréviations, de licences et de ligatures qui altèrent la forme des caractères (**).
L’introduction de cette écriture cursive ayant apporté une grande perturbation dans l’éducation nationale, et’
fiarmi tonte la classe nombreuse des ettres, l'empereur Uido-hù-li (89 de J. C.) ordonna de retourner à la culture et à l'étude exclusive des anciens caractère». Ce fut alors que llin-chin composa son Choùè-wén, ou Explication des caractères anciens en quatorze livres.
Si l’usage des caractères thsào ou cursifs avait continué, il se serait naturellement opéré en Chine une de ces révolutions intellectuelles auxquelles les nations sont quelquefois soumises à leur insu, et dont l'histoire ne fait pas toujours mention. Après l'adoption de l’écriture cursive et l'abandun de l’ancienne écriture, qui conservait encore des empreintes nombreuses de son origine figurative, il n’y avait plus qu'un pas a faire pour arriver à l’écriture purement alphabétique. C’est ce pas décisif qui ne fut point franchi par les Chinois dans le premier siècle de
(*) Ibid.
(*') Voyez les Éléments Je la grammaire chinoise, par M. Ab. Remuant, p. 5.
notre ère. et qui ne ie sera probablement jamais.
On lit dans la Continuation de l'£ncijctopédie littéraire de Mâ-toàan-lln :
« I.i-ssê ayant fait des additions et des « retranchements aux caractères de « Tchéou, qui avaient des ressemblances « et des différences avec l'écriture Tri- « (chouan, on nomma cette écriture <• Siaà-tchouàn ( petit (chouan). On la « nomma aussi Thsin-tchouàn , écri- « tare Tchouan des anciens ’t/isln (*).
« I.es écrivains contemporains l'appe- « lèrent Yutchàu-tchouan , » écriture « de fragments de pierres précieuses ou «de jade. » Ils la désignèrent encore « par la dénomination de Pà-fén Slaà- « (chouan, c’est-à-dire, «caractères « Siaà-tchouàn , conservant, par cotn- ■« para ison avec les caractères de Tchiou , «nuit parties sur dix qui formaient « ces derniers caractères. » Ces huit « parties constituent le corps des Siaà- « tchouan modifiés. En outre , il se « forma successivement huit autres va- « riétés de caractères. Ce sont : 1“ l'écri- « ture Siaà-tchouàn , des vases ou tré- « pieds; 2' l’écriture //idl-ué, ou imitant « les feuilles pendantes de la plante hidl; «3" l’écriture Tchoftl-loû, ou imitant « les gouttes de rosée; 4* l'écriture « Itién-tchin , en forme d’aiguilles sus- « pendues; 5° l’écriture Yng-16 , en « forme de houppes ou nœuds; 6° l’écri- « turc Lieou-yë , ou imitant les feuilles • de saule; 7” l’écriture Tsièn-tào , ou « en forme de branches de ciseaux; « H* l’écriture barbare des royaumes « étrangers. L’écriture ancienne (Aoù- « in’n) peut être appelée ('écriture de «la haute antiquité; l'écriture Tà- « tchouan. celle de la moyenne anli- « quitc; l'écriture Siaà-tchouàn , celle ■ de la basse antiquité (**). •
On lit encore, dans la Continuation de l’Encyclopédie de Ma- (ouàn-tin:
« Tching-mù ayant fait des additions et « des retranchements à l’écriture Ta- « tchouan, on abandonna la plupart des.
« caractères de celte ancienne espèce «d'écriture, et ou forma de nouveau
(*) Inventée du temps des Tchéou , Sao ans avant notre ère.
(**) Sou-o/én-hién- itioüng-ttiui/ , cité dans le Tséu-hià-lién , 1. 1 , f° y recto.
« une écriture ministérielle , à l'usage « des hommes de bureau ou des fonc- « tionnoires publics; c’est pourquoi on « la nomma Li-choû : écriture des bu- <• reaux. On l’appela aussi Tsnehoû , « écriture ministerielle. C’est l’écriture « qui est gravée sur les poids et mesu- « res de la dynastie de T/iMn. La forme « n’est pas aussi figurative, ne repré- « sente pas aussi fidèlement les objets ■ que les caractères tchouàn; mais l’é- « criture ti, ou des bureaux, est plus « facile à tracer dans les règles qui la • constituent (*). »
L’écriture chinoise subit encore quel* ues variations sous les Hrin et sous les vnasties qui les suivirent; mais ces
(*) Tsèu-hid-ticn , I, I, f« g.
Voici, d'après d’autres écrivains chinois, comment s'opéra celle révolution dans leur écrilure. Un des généraux de Tsing-chi hoang-ti. nommé litoung-ticn , trouva le secret de fabriquer du papier (aïo ans environ avaut notre ère), et il substitua, aux bétons et au vernis dont on faisait usage polir tracer les caractères figuratifs sur des plan ■ chettes de bambou, des pinceaux et une encre particulière , composée d'un mélange de noir de fumée et de gomme. Ces découvertes occasionnèrent une réforme dans les bureaux de l'empire, où l'on commença à faire usage du papier nouvellement inventé, pour y tracer les caractères usités. Mais comme ces caractères. composés de lignes courbes et circulaires, destinées à représenter les contours des objets, ne se traçaient pas aussi facilement avec le pinceau qu'avec les anciens bâtons, un des lettres employés par le ministre hissé donna à ces caractères une forme carrée, ce qu’il Ht sans rien changer ni au nombre de leurs traits , ni à leur disposition générale; eu sorte qu'il est facile de les reconnaître, lorsque l'on veut se donner la peine de les comparer aux mêmes caractères de l'ancicunc écriture. Cette nouvelle écriture fut nommée Li-chou, c'est-à-dire écriture de Li , ou lÀ-ssé. On ne permit d'abord son emploi que dans les bureaux, avec défense d'y faire ni retranchement ni addition ; défense dont on ne tint aucun compte, dès que les Hat r se furent emparés de l'empire. Alors on donna à l'écriture une autre forme plus facile â tracer avec le pinceau; et telle est l'origine de l’écriture Kiai-chou, qui est encore eu usage dans les bureaux et dans l'impression. (Yoy. Deshauterayes, Encyclopédie de Petily, t. III, p. 65C.)
variations furent à peine sensibles ; et, a l'exception de l’écriture cursivef fAsr/o), qui ne tut point universellement admise, et qui n'eut qu’une existence pour ainsi dire éphémère, les variations de l’écriture cninoise, ou de la manière de représenter les idées , affectèrent des formes moins différentes que notre propre écriture n’en a subi dans le cours des ânes. Les empereurs chinois, même h diverses époques, publièrent des edits concernant la forme pourainsi dire officielle que l'on devait donner à l’écriture ; et l'empereur Ling- U des //an, après avoir persécuté les lettrés u'il croyait conspirer contre lui, oronna à son ministre Thsdi-yoûng , la quatrième année hi-ping (175 de notre ère), d’appeler à la cour tons les lettrés de l’Empire, dans le but de leur faire déterminer d'une manière convenable la forme de tous les caractères compris dans les cinq A ing. On lit effectivement, dans l'histoire officielle des //an postérieurs ou orientaux , qu’au printemps de la quatrième année hi-pinq (175), à la troisième lune, on fit venir a la cour tous les lettres de l'Empire, pour déterminer la forme exacte des caractères, tant radicaux que dérivés, qui sont compris dans les cinq A ing; et qu’après cette opération faite, on les fit graver sur des pierres qui furent érigées en dehors de la porte du grand collège impérial (*).
(*) Tiéit-hio-tièu , I. I , f‘ la verso. Les mêmes rails sont rapportés dans le LX-tài-ki • sse (Kiouan XXXIV, t" 10 recto), où il est dit de plus que - les eolunnrs de pierre sur lesquelles les cinq king furent gravés étaient primitivement au nombre de gitan vite. quatre ; que ces livres lurent gravés dans les six corps ou six es|»ece.s d’écriture alors en usage, à savoir, i® en ioit-.véïi . écriture dans laquelle étaient écrits les livres trouvés dans les murs de la maison de hunmu-Tsiu ; a" en caractères nommés khi ou merveilleux ( khi tscu ', qui différaient des précédents; j" en tcheiia'i , que l'on nommait siàotehouàn; en écriture ministérielle, qui èluit \' écriture de bureaux ( li-c/ioti ) des Tlisin ; 5" eu niiéoli-tchouàn ou écriture compliquée, dont ou faisait usage pour 1rs sceaux ; fi" en niao-tc/ioûiig ou écriture imitant les traces des oiseau i et de, vers, dont on faisait usage dans les euirespotidauees
I.es caractères dans lesquels les King chinois furent gravés sur des colonnes ou tables de marbre, devant la porte du collège impérial , étaient de trois espèces , ajoute l’écrivain chinois: c'étaient les caractères antiques ( koù- U'é/t), les caractères tc/uiiian , et ceux de l’espèce nommée li ou des bureaux.
Le but de cette mesure était d'offrir au public , et surtout aux jeunes gens qui fréquentaient le collège impérial, des modèles exacts et, pour ainsi dire, officiels d'écriture à imiter, en même temps qu'ils étudieraient la doctrine des A ing.
Le meme fait est rapporté par Matouân-lin, qui ne spécifie également que trois especes d’écritures.
On lit dans les Munales des Tçin que la cinquième armée hlén-nlng de Ifoùti ( 279 de notre ère ) , pendant l’hiver, à la dixième lune, on découvrit dans le tombeau de Sidng - v'àng (*) d’anciens livres écrits sur des planchettes de bambou , en caractères siùo-lchoitan, renfermant plus de cent mille mots, et qui y avaient été cachés du temps de cc prince. On fit transcrire ee.s livres dans l’espèce d’écriture qui était en usage lors de leur découverte.
Quant au nombre des différents caractères de l’écriture chinoise, il a dû s’augmenter dans le cours des siècles, en proportion de l’augmentation du nombre des nouvelles idées que le développement de ta civilisation chinoise dut nécessairement produire.
Les relations commerciales des Chinois avec les nations occidentales de l’Asie, la longue domination que le gouvernement chinois exerça , dans ces mêmes contrées , jusque sur les bords
épistolaires et snr les étendards. » Ceci ne s'accorde pas avec les ailleurs cilés plus Haut.
(*) Koi de ta dynastie des Tclteôu , et qui régnait 6ât ans asanl notre ère. Quelques éciivains chinois prétendent que ces aurions livres étaient en écriture khâ-tiou , un à formes de têtards, employée pour la première fois environ a,&i4ans avant notre ère. (Voy. Tséu-liid-tièii , li v. I, P i Le même fait est rapporté dans le JJ-hii-ti-ssé (K. XXXIX, f® a - ), avec l’indication de Yéeriture tehouàn, comme celle dune laquelle les livres dé-couverts élaicnt écrits.
de la iner Caspienne; les guerres fréquentes, les invasions, les changements de gouvernement et de dynastie (*); mais, par-dessus tout, l’introduction du bouddhisme en Chine, furent les causes immédiates de l'augmentation des caractères. I.c bouddhisme a introduit, dit-on , 26,430 caractères nouveaux dans la langue chinoise; mais ces caractères ne sont point passés toutefois dans l’usage habituel; ils sont restés, pour ainsi dire, la propriété exclusive de la secte bouddhique.
L’écriture chinoise n’a pas varié depuis la dynastie des Thâng , qui commença à régner en Chine la 618' année de nôtre ère. A cette époque, on reconnaissait cinq corps ou espèces d’écriture. « La première espèce était le Aoù - wên ou écriture antique , qui avait eu cours, mais qui n’était plus en-usage; la seconde était l’écriture tritchouàn, qui ne se trouvait plus que dans les A bip gravés sur les tables de marbre , devant le collège impérial ; la troisième était l’écriture siao'tchoùan, dont on se servait encore pour les sceaux, les étendards et les tablettes monumentales en marbre ou en pierre; la quatrième était l’écriture pa-fén (qui avait conservé huit parties sur dix de l’écriture siao-tchoùan) , que l’on avait employée sur les tables de marbre où l’on avait gravé les M ng ; la cinquième était l’écriture dite des bureaux (ft-c/ioîi),dont on se servait dans les livres, dans les édits publics, dans
(•) Un seul exemple montrera quelle augmentation de caractères la langue chinoise dut subir depuis les premiers siècles de notre ère seulement, époqucoù le célébré lexicographe Wii-chin n’avait recueilli dans son Choi/en-e/i que 9,353 caractères différents, et r,t63 caractères répétés ou variantes : au commencement de la a** année chi-kouâng de Chi-lsoû des H'ci , dynastie lartare contemporaine des
Soung du nord (453 de notre ère), on créa
plus de mille nouveaux caractères chinois. (Tsèu-tùo-lun , liv. 1, f° i5.) la; désordre et
l’anarchie s’étant introduits dans l’usage des caractères , l’empereur Tâi-tsoûng des Soung lit publier une édition officielle du Chouiwén de lîiu-chin , l’an 986 de notre ère. C’est cette édition que l’on a souvent reproduite depuis, et que l’on possède maintenant.
les pétitions ou autres documents adressés à l’empereur, enfin . dans tous les écrits publics ou privés (*). »
Mais la troisième année t/iién -pào (744 de notre ère), un édit impérial ordonna de changer l’ancienne écriture dos livres de l’antiquité, pour adopter et suivre l’écriture actuellement en usage (**).
Celte dernière écriture est celle dite des bureaux (/i), avec les légères modifications que la gravure sur bois de cette écriture y a successivement apportées , depuis la dynastie de Han, époque où elle fut pour-la première fois employée; on la nomme Kial-choû , écriture à traits généralement droits et exactement formés , qui a reçu sa forme définitive sous la dynastie des Suüny (de 960 à 1123 de notre ère), époque où l’ecriture ancienne fut également trèscultivée, de même que l’écriture H ou des bureaux , et 1’écrilure cursive {thsào}. Le caractère propre de l’écriture kiàl est d’avoir rendu carré tout ce qui , dans les anciennes écritures , affectait la ferme ronde (***).
Ainsi, pour résumer ces notions historiques sur l'écriture chinoise . notions puisées aux sources les plus authentiques (et qu'il était plus urgent qu’on ne le pense au premier abord de faire connaître (****)), on peut établir que toutes les variétés importantes de l’écriture chinoise, depuis la plus liante antiquité jusqu'à nos jours, sc rédui-
(*) Tseii-hio-tièn , I. 1, fi* 11 merso,
(") Tse'u-iiid-tièn , ibid.
(*") C’est celle forme d’écriture que l’on a continué d'employer jusqu'à nos jours pour l'impression de presque lous les livres graves el sérieux ; c’esi celle du Dictionnaire impérial de Khàng-Ut, qui en offre les plus beaux modèles, lesquels modèles ont servi pour la gravure sur acier des caractères employés dans mes ouvrages; caractères gravés sous ma direction par M. Marcellin-Legrand, d’après un système de séparation des éléments sé|>arables, système qui sera expliqué ci-après.
(***’) Il est arrivé quelquefois que des personnes n’ayant aucune idée des modifications el des dégradations successives que l’écriture chinoise a subies, et croyant luutes ses formes simultanées, en ont tiré les plus étranges dérivations, dont la chronologie seule suffisait pour démontrer l’impossibilité.
L'UMVKRS.
sent à sept ou huit, en y comprenant une écriture légèrement niodiliéc sur la septième variété , et que l'on nomme pour cette raison Ami - hing - choit , « écriture /liai courante (*) -
Ces six sortes ou variétés d'écriture chinoise peuvent, en outre, se classer, par rapport à leur succession, en quatre Ages ou époques, qui sont: 1" la limite antiquité ; T la moyenne auti- (fuite ; 3° la basse antiquité; 4" les temps modernes.
i° H * irr AivTiQniTÉ, kou-ivén ou écriture antique, tendant à figurer les objets;
«° Movaisar antiquité, tâ-tcho'uan , ou image altérée des objets;
3» Basse antiquité , siào - tchoitan , ou image enr.oro plus altérée des objets;
4« Temps moheknfs, Ci-choù, écriture de bureau |
— hùig-choù , écriture habituelle ou cou-
rante.
. — thsào-choû, écriture cursive;
— liiài-choû, écriture carrée d 'impression;
— iiùi-hiag-clioti , écriture courante.
Toutes les variétés ou toutes les espèces de l'écriture chinoise, que l’on a portées jusqu’au nombre de trente-six, peuvent se réduire aux huit mentionnées ci-dessus.
1° Vécriture antique ( Koù-wén ) fut inventée, selon les uns, par Fou-hi (3869 ans avant notre ère) ; selon d’autres, par Thtâng-hié x d’après des ordres de l’empereur Jloâng-ti ( 2697 5 2637 avant J. C.). Ths&ng-hië , selon les derniers, serait, par conséquent, l’inventeur de Y écrit u\e antique Jigm rativc(**)i
(*) Cette dernière variété d’écriture, qui 5e prèle à toutes les fantaisies du pinceau , et qui, par cela même, est susceptible de beaucoup d’élégance, peut être comparée à récriture persane nommée tàlik oti pen-
dante, et à notre ifalûptc La plus élégante. On ep peut voir un des plus beaux échantillons dans la Préface du Dictionnaire de IVmpereur Khânç-hi ; préface écrite de la main même de l’empereur. Celte variété d’écriture est employée de préférence pour l’impression des romans, mais surtout des poésies. C’est U forme qui se rapproche le plus de l’écriture manuscrite, qu elle reproduit fidèlemeut.
(•*) Tscu-!ùo-lièn% liv. Il, f° i6 verso. Voy.
ci-devant, p. 278 et suiv.
2” L’écriture Tà-tchoùan fut formée par le grand historien de; Sioudn-ivâng, de la dynastie- des Tcheôu , nomme Tchéou ,* 820 ans avant notre ère. Cette écriture , selon les écrivains chinois , différé peu du Koü-wên ou écriture antique figurative , ainsi que du Tcheou-wén (*), inventé par le même grand historien. L’écriture Tchoüan est 1 écriture traditionnelle (**). Les écrivains chinois qui en attribuent l’invention à Tàsdng hië sont dans l’erreur, selon les meilleurs critiques indigènes ; ils confondent cette écriture avec le Kaù-wén , sur lequel elle a été formée.
.3° L’écriture Siào-tchouàn fut formée par Li-ssé, ministre de Thsin-c/ithodng-ti, la vingtième année du règne de cet empereur, ou 227 ans avant notre ère (***).
4° L’écriture l.i ou des bureaux fut inventée par Tching-mo, du district de Koûeiq sur la fin de la dynastie des
(*) Le Tchéou-wén , ou écriture du premier historien de Sioùan-wàng , ne différait du hutchouàn que par une élégance toute particulière dans la forme des traits, toujours terminés en pointe , au lieu d’être grêles et nrroudis à leur extrémité, comme dans le grand tchouàn. Les formes carrées étaient généralement réduites en triangles aigus* On peut voir un assez grand nombre de caractères chinois de la forme tchéou-wén , aussi bien que du kou-wén et du td-tchouàn , dans le Dictionnaire Twénpi-tàn.
(**) Tséu-hitf-tièn, liv. II, f° 19. Selon le même livre, le nombre des caractères différents qui composaient cette écriture s’élevait à environ 9,000. Voyez aussi la Préface du Choiië-wén , par Htit-chtn ; celles du loüchoû-thsing-hoén et du Y- wén-tchi , ou Mémorial de la littérature et des arts, écrit sous les Hân , en quinze livres (dont neuf seulement subsistent) ; récriture tâ-lchoudn est aussi attribuée au grand historien Tchéou.
(***) Selon une autre autorité chinoise, cette écriture serait plus ancienne; elle aurait été formée du temps des Tchéou. Par les additions et les retranchements qui furent faits à cette forme d’écriture , elle différait du td-tclwuàu (n° a) , mais elle était identique à l’écriture tchéou wén. (Voyez Tséu-hid-tièn , K. II, f° ao verso et P 3y recto.) Un autre suio-tchoitan est aussi attribué à lÀ-ssê. (Id., f° 40.)
Thsln , vers 200 ans avant notre ère (*). Tc/iing-mô écrivit troif mille caractères dans celte forme, et l’empereur Chi-hoàng ordonna qu’ils fussent employés, comme plus expéditifs, dans les bureaux des divers ministères.
C'est de là que lui vient le nom d ecriture de bureau.
5° L’écriture Hing-choû ou écriture courante , fut formée par Uéou-técltlng, sous les llàn postérieurs ou orientaux, de 56 à 220 de notre èrc(**).
6° L’écriture thsuo ou cursive fut inventée à la même époque par un Ivt-
tré connu, nommé Tchàng-pë-ying (*).
7° L’écriture Kial-choû, ou écriture carrée d’impression, fut mise en usage pour la première fois sous les Soùny , de 060 à 1123 de notre ère.
8" F.nlin, l’écriture Kiài-htngchoù , ou écriture courante d'impression , date à peu près de la même epoutie.
On pourra plus facilement se former une idée exacte de ces différentes espèces d’écriture, par les exemples suivants de quelques caractères chinois, reproduits dans les différentes formes que ces écritures leur ont fait, subir :
s. fl. 7. H.
■si!
- ftKTK^AA
La première ligne de ces caractères représente le eiel (thUn ), la seconde l 'homme ( jtn ) , et la troisième un boeuf sauvage (*«!). Lrs figures du premier et «lu second caractère en écriture koù-ivén sont tirées d’une édition du Y-ktng en écriture koii-wén ue nous possédons; et la troisième, ans sa plus ancienne forme, est tirée d’anciennes inscriptions gravées sur des vases antiques qui remontent à plus de. 1500 ans avant notre ère. Les autres formes plus modernes, qui représentent les dégradations et les modifications successives de chaque caractère, sont tirées des meilleurs dietionnaires, entre autres du I-wtn-
(*) Lien cité, K. II, f1 a3 rrcto. L’jpvenlion de celle écriture des bureaux ejl ordinairement attribuée par erreur ail ministre ll-ssè,
(**) Id., K. II, T a; recto.
pi-làn et du Kbàug - ht - fséu - tien.
Dans In plupart des eas, il est <lifficile de rattacher la dernière forme d’un caractère chinois , c’est-a-dire sa forme la plus moderne, a sa forme la plus ancienne, si on n’a pas sons les eux les formes transitoires qu’il a suies. La forme moderne ne représente guère que traditionnellement , pour ainsi dire , la forme ancienne; et, pour toutes les personnes qui n’ont pas fart une étude spéciale de l'écriture chinoise à scs différents âges, l’écriture actuelle n’est qu’une écriture aussi insignifiante, aussi arbitraire que nos écritures européennes. Le sens figuratif, le sens antique a disparu complètement
(*) Id., K. Il, f 2Ç) verso, line aulre écriture, thsào , fut inventée par l'historien Yeoù . sons le règne de Tchdng-ti des Hàn (; fi- fl K de notre ère), et Fut nommée Tchàng~ thsào, dn nom de l'empereur régnant.
L’UNIVERS
pour elles , et avec ce sens l'intelligence véritable des monuments de l'antiquité.
Nous crovons devoir ajouter ici quelques nouveaux détails à ceux que nous avons déjà donnés précédemment sur la plus ancienne espèce d'écriture chinoise.
Selon la tradition chinoise, Tksànghie , qui inventa l’écriture Aoù-wén ou antique, avait quatre yeux à la tête , ce qui le mettait en communication avec les intelligences divines (*). Il éleva ses regards, et il contempla l’étoile Khoùél , ainsi que les propriétés du cercle et des courbes dans l'espace; il abaissa ses regards, et il examina le caractère ou la forme extérieure propre de la tortue , l'empreinte des traces des oiseaux. Il recueillit tous ces indices des beautés de. la nature, et, les réunissant, il en forma les caractères.
Ce sont ceux que l’on nomme Koùivén, « caractères antiques (**). *
« Ces caractères, radicaux et dérivés , constituent , dans leur ensemble , la langue parlée; ils embrassent ou comprennent toutes les idées qui servent à nommer les objets ainsi que les actions. Si on les analyse pour en déterminer le sens, alors le wén (la peinture primitive) est V ancêtre, le père , le producteur (c’est-à-dire le radical); le tséu (caractère produit) est le fils , le descendant au second degré (c'est-à-dire le dérivé (**’)). Si l'on comprend bien cette formation naturelle, on aura une intelligence suffisante, de la raison intrinsèque des caractères primitifs.
« Tous les caractères qui appartiennent a la classe de ceux qui figurent la forme (siâng- Mng), on les appelle wén (signes représentant aux yeux les caractères divers des objets ) : de la nécessité ou l’on s’est trouvé d’en accroître considérablement le nombre, ont été produits simultanément les mères et \esfils (ou les radicaux et les dérivés (’*’*) ).
« Tous les caractères qui appartiennent aux classes de ceux qui compren-
(■) Tséu-hid- lien , K- II, f° 16 verso.
(•*) Tseu- bio-tien , K. II, f° 16 verso.
(•••) Tséu-bio-tiin , K. II , 17 recta.
(■••*) Ibid.
nent la figure ou la forme et le son ( filng-chlny ), et de ceux qui présentent un sens combiné ( hôei-i ) , on les appelle tséu ou produits par dérivation.
Les caractères tséu , ou produits graduellement par dérivation , sont trèsnombreux (*).
« Ce que l’on trace sur le bambou ou sur la soie s'appelle choû , écriture.
- L’écriture est destinée ou à donner la ressemblance (des objets), ou à exprimer une pensée, ou à manifester un sentiment, ou à rappeler des souvenirs ou des faits (*‘).
« Ko représentant ce qui se passe à l’intérieur des êtres vivants , on fait connaître clairement toutes les actions; en rappelant des souvenirs et des faits passés, on fait connaître l'avenir. Si les noms des objets et des choses , si les mots qui désignent les actions n'avaient pu être formés , dans quel isolement et quel désordre la foule des hommes n'aiirait-elle pas été plongée (*’*)? »
I.e Y-king dit : « Dans la haute au- « tiquité, on se servait de cordelettes « nouées pour gouverner. Dans les siè- « clés suivants , les saints hommes « changèrent ce moyen imparfait de
• communication pour employer l’écrt- « ture. Tous les fonctionnaires publics « s’en servirent pour gouverner les dix
• mille peuples, pour les éclairer et « leur enseigner leurs devoirs (****). •
Cette première écriture cessa d'être cultivée sous les Thsln, lorsque le Siao-
(*) On lit dans la Préface du Cboüé-wèn : » La classe des caractères qui ont quelque
- similitude avec les objets est celle de ceux
- qui figurent ta forme (liane- h in g) ; c’est
- pourquoi 011 les nomme wen ou peinture « des objets. Leux qui viennent ensuite, et « qui représentent la forme et le son ( long -
- chûig) , se sont produits mutuellement en
- s'ajoutant ou en s'associant les uns aux au- « très; e’est de lit qu’on les nomme tséu ou « produits par dérivation. Thsàng-hïe , lors-
- qu’il inveula l’écriture, nomma la forme
- des objets *> i n , peinture, et tous tes sons,
- il les nomma tséu , produits par dériva - « lion. -
(•*} Tséu./iid-tièn, K. II, f* V] recto.
(*••) Ibid.
(****} Y-king-bi-tliseli, K. IILbsi verso. (Édition Kien-pcn ); et Tséu-hio-tién , I.II, (• 18.
tchoùan fut mis en usage , et que l’on eut détruit par le feu les aneiens livres écrits en Koù-wén (*).
Du temps de kVén-tl des lidn (179 avant notre ère), un savant lettré qui avait vécu sous les J'hsin, nommé Fou • seng (**), vint offrir à l’empereur un exemplaire du Choû-king ou Chdngchoû, écrit en Koù-wén. Un autre offrit un livre du Yô-choû ou Yô-king, livre sacré sur la musique, écrit aussi en Koù-wén. Du temps de tf'où-ti (140 ans avant J. C. ), on découvrit dans l’intérieur d'une muraille de la demeure deKnotiNO-Tsèu, tombée en ruine sous le règne de Koûn/j-u âng , roi de l’État de Lou (370 avant J. C.), et enfermés dans un coffre de pierre , le Hiào-ktng ou Livre sur la piété filiale, le Choû-king , et d’autres livres de la même espèce. Du temps de Sioûanti ( 73 ans avant notre ère ), une jeune fille s’étant trouvée, emprisonnée par le fleuve Itoàng-ho (débordé), découvrit, dans l'ancienne demeure en ruine de Laô-tsbu, deux livres écrits en Koùwén (***).
Outre ces anciens documents écrits en caractères antigues, on a découvert aussi des inscriptions sur des vases et des trépieds, sur des tables de marbre, en écriture Koù-wén, dont un certain nombre a été conservé en Chine jusqu’à nos jours, et que les antiquaires de ce pays ont publiées dans des livres de paléographie. Ce sont ces anciens caractères , reproduits dans différents ouvrages chinois, principalement dans une édition très-rare du Y-king (ou Livre sacré des transformations) en caractères Koù-wén, ainsi que dans les dictionnaires chinois intitulés Choüé-vén ; Loü-choû-koù ; Loû-choû-thsingwén ; J-wén-pi-lân. tous en notre possession, qui nous serviront dans la suite de cet Essai, pour établir leur similitude d’origine et de formation avec les hiérogly-
(*} Tséu-hio-tiin, lir. II, f° 18.
(**) On peut voir son portrait dans le i*r volume de notre Description de la Chine, pi. .15, n° 4.
(•**) Tséu-h:o-tièn, liv. Il, f° 18 recto . Les deux livres en Koù-wén, trouvés dans la demeure de Lao-tsbo, étaient sans doute les deux livres du Tab-té-king.
9* Livraison. (Chine moderne.
{thés égyptiens, qui datent à peu près de a même époque.
Cette écriture Koù-wén est identifiée par quelques écrivains chinois avec l’écriture Khô-teoù, qui est une dénomination différente ac l’écriture de la haute antiquité.