Ages de l'écriture
Les différentes écritures qui ont été ou qui sont encore en usage chez les differents peuples de la terre peuvent être divisées en trois âges, selon qu’elles sont :
1° La représentation figurée des objets et des idées
2" La représentation altérée et conventionnelle des objets;
3“ L’expression phonétique pure des articulations de la voix humaine.
Le premier de ces âges peut s’appeler âge figuratif ou hiéroglyphique ; le second, âge transitoire ; et le troisième, âge alphabétique pur. Quoique l’on irait que des données très-vagues à cet égard, il est fort présumable que toutes les écritures ont commencé par être figuratives et syllabiques avant de devenir purement alphabétiques. Plusieurs alphabets, tels que l’alphabet sanskrit, l'alphabet éthiopien, l’alphabet persépolitain (sans parler des alphabets japonais et coréen), sont encore presque complètement syllabiques, et portent des traces évidentes d'une origine figurative. Les alphabets modernes, réduits à un petit nombre d’éléments vocaux par l’esprit d’aualyse et d’abstraction, qui est le propre dès sociétés avancées, ne peuvent pas plus appartenir à 1 ’ùge primitif que le calcul infinitésimal.
A Y âge figuratif appartiennent 'les premiers caractères ae l’écriture chinoise, les premiers hiéroglyphes égyptiens et les peintures mexicaines; à l 'âge transitoire appartiennent les formes secondaires de l’écriture chinoise , l'écriture égyptienne appelée hiératique, et,
(*) Tout ce qui suit, jusqu'à la page 3oo, a déjà été imprimé, à peu de chose préi, en x 838, dans l'article Écriture de Y Encyclopédie nouvelle, el dans la même Dissertai ion intitulée De l'origine et de la formation des différents systèmes d'écritures orientales et occidentales. Août i833, in-4'>.
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sous quelques rapports, les écritures japonaise et coréenne; à Y âge alphabétique pur appartiennent toutes les écritures qui ne représentent plus que les éléments vocaux des articulations humaines, réduits à leur plus simple expression.
L’âge auquel une écriture appartient peut servir a déterminer son ancienneté relative ; car celle qui appartiendra au premier de ces âges sera nécessairement plus ancienne, dans l'ordre de. dérivation, que celle qui appartiendra au second; et celle qui appartiendra au second, que celle qui appartiendra au troisième. C’est une loi qui , nous le croyons, ne peut souffrir aucune exception.
Pour ne citer ici que quelques exemples ineontestaldes , l'histoire de l'écriture égyptienne et de l’écriture chinoise confirme cette loi. Chez les Egyptiens et chez les Chinois, les plus anciennes nations connues de l’antiquité, récriture a été d'abord purement hiéroglyphique ou figurative; ensuite elle est passée à l'état transitoire, où les ligures primitives ont beaucoup perdu de leur exactitude et de leur ressemblance, et s’associent de plus en plus des cléments phonétiques , pris dans les signes figuratifs purs ou altérés, pour faire correspondre autant que possible la langue figurative a la langue parlée ; enfin l’ecriture égyptienne arrive a l’etat presque purement alphabétique , dans l’écriture ilémotique ou enchoriale; et, après l'introduction du christianisme en Égypte, elle passe tout entière dans Y alphabet copte , formé en grande partie de l’alphabet grec. L'écriture chinoise n'rst pas encore passée à ce troisième état, et on peut supposer qu’il s'écoulera encore bien des siècles avant que la nation chinoise adopte l'écriture purement alphabétique. Il faudrait, pour que cet événement arrivât, qu’une grande révolution s’opérât , comme en F.gypte , au sein de la nation; que tous les monuments de sa littérature et de sa civilisation eussent disparu de son sol, et qu’une nouvelle langue, avec de nouvelles institutions, fussent imposées à ses habitants (*}.
(*) Le fameux empereur Thting<lù-hodngti seul aurait pu peut-être opérer celle révo-