‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 15 sur 292 · ENVIRONS UE PÉ-R1NC · texte numérisé non relu

ENVIRONS UE PÉ-R1NC

En dehors des murs d’enceinte de la capitale de l’empire chinois, dont la doscrifdiqg: précède, comme d'ailleurs aux environs «le fous les grands «-entres «lu pouvoir et delà richesse, se trouvent un grand nombre «le monuments et «rétablissements curieux à connaître, comme révélant une des faces nombreuses de la vie poHtiipie et privée d’un peuple.

A IVst de la Ville intérieur? , à deux li «le «listance de la porte de la ville, on trouve un temple magnifique «le T/tossc , fondé sons la dynastie mongole, vers l'aunce 1317 «le notre ère. On y voit un mulet en bronze, «jui est un objet dé dévotion. Ou y voit aussi un grand nombre de monuments en pierre portant des suscriptions relatives à divers événements. Près «le là est un autre temple d«v «lié au soleil levant. On y sacrifie une fois l’an, le jour de l’etpiinoxe «lu printemps, à six heures du malin. On place sur l’autel use tablette d’or où sont inscrits ces mots en

caractères rouges ; Place de l'esprit de la grande lumière. Là aussi , et sous les mure mêmes de la ville, sont les magasins de blé de l’empereur. Ce sont les principaux greniers de Pé-king, Le blé qu’on en retire «*st distribué aux troupes et aux officiera civils.

A l’ouest de la même Ville intérieure est Y Autel de la lune du soir; c’est le temple de l’ouest. Il renferme un autel quadraugulaire dont la façade est tournée à l'est. Il n’est formé que d’une seule plate-forme ayant 40 pieds do diamètre et 2 pi«*ds G pouces de hauteur. Il est revêtu de briques jaunes vernissées ; l’oscali r a «juatre rampes «le marbre blanc, chacune de six degrés. L’enceinte intérieure forme aussi un tétragone régulier. Tous les ans on y offre un sacrifice le jour de ré«|uino\e d’au tourne , à six heures de l’après-midi. Pour cette cérémonie on place sur l'autel, tourné à l’est, une table jaune portant une inscription de couleur brune, signifiant : Place, de l'esprit de la lumière des nuits; trois autres tablettes vertes portent les inscriptions suivantes :

Place des esprits de vingt-huit constella lions;

Place des esprits des étoiles du firmament;

Place des esprits des cinq planètes Jupiter, Mars , Saturne , Vénus et Mercure. Cet autel fut fondé la même année que l’autel «lu boI«-il.

I)u même côté de la ville ou voit une changée en pierres , à l’usage de l'empereur, qui part de la porte occidentale, et s’étend sur un espace «le deux lieues et demie jusqu’au palais de plaisance «les empereurs, que Ion nomme You an-mi ng-youan ou Jardins d'une lumière sphérique , d'une clarté parfaite , dont on donnera la description ciaprès.

On trouve encore «Uns la même direction plusieurs monastères célèbres, des châteaux de plaisance appartenant à des princes de la famille impériale, la montagne des Dix mille vies ( Wen-chcott-chan ) dont 1rs flancs sont couverts, au nord et au sud, de jolis kiosques et d’autres bâtiment s élégants, avec «les toits de diverses couleurs et vernissés, dont le sommet est couronné par un palais «l'architecture italienne, et ail pie«l duquel se trouvent le lac Si- hou (*), les jardins de l'a-

(•J Le P. Benoist , dans nnc lettre de l’r-kmç , datée du mon d'wlobrc »7««, dit de ce lit-u de plaisance :>• Young-tchma a orne celle montagne de (luantUè de bcaunt bâtiments chinois; Il y en a de differente* lia u leurs : la cime est couronnée d'un palais superbe qui se volt de plusieurs lieues. Au lias de cette montagne . du rutte du midi, U y a une nappe d’eau de retendue de près d'un quart de llcuc ; elle baigne en partie une terrasse par laquelle finit le pied de la montagne. Au milieu des eaux , il s’élève Je ne sais combien de bAluncnl* chinois de toutes formes. On lient srtr cette espèce de lac des barques magnifiquement ornées, semblables h de peUl» \aK»eai« ; elles donnent quelquefois le apectae'e d'un combat naval. L'empereur régnant

L’UNIVERS

gréable printemps ( Tchang-tchûn-youan ), si! nés à 17 ti de la porte Si-tchi-men on Occidentale directe , ayant environ dix ti ou une lieue de circonférence, sur un territoire que l'on nomme //aï-tien, et où habite l'impératrice mère ; les jardins de la Fleur occidentale , où se trouve un étang rempli de nénuphars; les Jardins d'une clarté tranquille ( Thsing-ming-youan ), situes au pied ue la montagne de la source de Jade (itî* thsioudn-chdn ), que l’empereur Khang-hi lit construire la dix-neuvième année de son l ègue (*); le tombeau du célèbre E-lin-tchouthsaï , ministre de Tehinghis-khan.

Au nord-est de la Ville extérieure on trouve un canal creusé pour l'alimentation delà capitale, en 1229, sous la direction de l'astronome et mathématicien Ko-cheou-king (voyez vol. lrr, p. 363), de quatre lieues de longueur, avec cinq écluses de pierre. A chacune de ces écluses sont préposes cent quatre-v ingts hommes, et trois cents grosses barques sont entretenues sur ce canal pour le transport du blé.

Au sud est un monastère que l'on nomme ordinairement Tranquillité méridionale , appartenant aux Tao-sse , entretenu aux frais du gouvernement. Tous les ans, au premier jour de lu cinquième lune, il se fait une j>roc<*ssion sacerdotale de la Ville extérieure a ce monastère , avec des bannières et des encensoirs (que le diable, ajoute le P. Hyacinthe, leur a appris sans doute à fabriquer et à employer comme font les chrétiens! ). PALAIS IMPÉRIAL DE YOl AN-MING- YOUAN OU JARDINS D’UNE CLARTÉ PARFAITE.

Ce palais, ou plutôt cette collection de palais , a déjà acquis une telle célébrité en Europe que nous ne pou vous nous dispenser d'en donner une description un peu détaillée.

Les empereurs de la dynastie des Ming, dit un missionnaire français (**), avaient leurs tiares et leurs maisons de plaisance à une lieue cl demie de la capitale, du côté du midi. L’endroit qu’ils avaient choisi était bien boisé, bien arrosé et bien aéré, pour y réunir tous les agréments de la campagne. Les princes de la dynastie présente n’en ont plus voulu , et ils ont fait choix , à l’ouest de Pikiny , d’une plaine qui , étant au pied des montagues, a un air plus pur et des eaux plus vives.

Ce fut l'empereur Young-tchmg , fils du célèbre Khang-hi , contemporain et émule de Louis XIV, qui a fait construire les Jar -

aime beaucoup ce site ; il avait envie il Vn faire sa maison de plaisance ; mais l'cliquette e I h coutume, qui ont Luit d’empire sur l'esprit des Uunol» , «e sont opposée» à son k’oût et A son désir, f'n empereur doit lui-même bâtir son palais , et il ne petit pas demeurer dans aucun de ceux qu'ont habités set prédécesseurs «

(*) Ta-thsinç-i-thounç-tchi , K. I, I* t«.

(*•) Le P. Utrbillon , Lettres édifiantes.

dins d'une clarté parfaite ( Vouan-ming y ou an ) dans l’espace de vingt années. L'empereur chinois ne dut pas déjienser moins d’argent à cette création de fantaisie que Louis XIV à Versailles. Le frère At tiret , missionnaire jésuite, né à Dôle en Franche- Comté, et peintre en titre de l’emperour Kicn-lounq . en a donné, dans le recueil des Lettres édifiantes *, une description trèsdéfailléc, dont nous extrayons les passages suivants :

« On a élevé, dans le vaste terrain de ce’ parc , des montagnes hautes seulement de 20 jusqu’à 30 et 00 pieds, ce qui forme une inimité de petits vallons. Des canaux d’une eau claire , provenant des hautes montagnes qui dominent l'emplacement des jardins, arrosent le fond de ces vallons , et après s’étre divisés vont se rejoindre en plusieurs endroits pour former des bassins , des étangs et des mers.

« Les montagnes, les collines, leurs pentes sont couvertes d'arbres à fleurs, si communs à la ( bine. Les canaux n’ont aucun alignement; b* pierres rustiques qui les bordent sont posées avec tant d'art qu’on dirait que c’est l'ouvrage de la nature. Tantôt le canal s’élargit, tantôt il est resserré, ici il serpente : les bords sont semés de fleurs qui sortent des rocailles, et chaque saison a les siennes.

»> Outre les canaux , il y a partout des chemins ou plutôt des sentiers qui sont pavés de petits cailloux et qui conduisent d’un vallon à l'autre , en prenant une route tortueuse en s'approchant ries cauaux , puis s'éloignant d'eux.

« Arrivé dans un vallon, on aperçoit les bâtiments. Toute la façade est en colonnes et en fenêtres; la charpente dorée, peinte et vernissée; les murailles de briques grises bien taillées, bien polies. Les toits sont couverts de tuiles vernissées , rouges, jaunes, ldeues , violettes, qui , par leur mélange et leur arrangement , font une agréable variété de compartiments et de dessins. Ces bâtiments ti ont ptesque tous qu’un rez-de-chaussée; ils sont élevés de terre de 2 , 4 , C ou 8 ieds. On y monte par des rochers qui semlent être des degrés faits par la nature, et auxquels la main des hommes n’a pas travaille. Rien n’a plus de rapport à ces palais de fées qu’on suppose au milieu des déserts , élevés sur un roc, dont l’avenue est raboteuse et va en serpentant.

•< Chaque vallon a sa maison de plaisance , petite, eu égard à l’étendue de tout l’enclos, mais assez considérable pour loger le plus grand de nos seigneurs avec sa suite. Plusieurs de ces maisons sont bâties en bois de cèdre qu’on amène de 500 lieues. L'élonnement s’accroîtra, quand on dira qu’il y a dans

O Lettres édifiantes , t. xxiv, p, 379 et suivante*, nouT. édit.

le* différents vallons de cette vaste enceinte plus de deux cents de ces palais , sans eorai*ter autant de maisons pour les eunuques : car ce sont eux qui ont la garde de chaque palais, et leur logement est toujours à quelques pas de distance. Les bâtiments sont séparés entre eux par des canaux et des montagnes factices.

« Les canaux sont coupés par des ponts de formes très-variées et tels que nous les avons décrits. Les balustrades de quelques-uns de ces ponts sont en marbre blanc travaillé avec, art, et sculpté en bas-relief; plusieurs vont aussi en tournant et en serpentant.

•< On a dit que les canaux vont se décliargrrdans des bassins, des étangs, des mers. Il y a , en effet , un de ces bassins qui a près d’une demi-lieue de diamètre en tousseus.

« Au milieu de ce grand lac s’élève, sur on rocher, un petit palais au point central , quo l'architecte a choisi pour que l’œil découvre toutes les beautés de ce parc, lesquelles, dans le cours de la promenade, ne peuvent être vues que l'une après l’autre. IA , le spectacle est entièremnnt déployé , et la grande décoration se découvre; on a l’aspect de toutes les montagnes qui s'y terminent , de tous les canaux qui y aboutissent, pour y porter ou recevoir leurs eaux , de tous les ponts qui sont à l’extrémité ou à l'embouchure des canaux , de tous les pavillons et arcs de triomphe qui ornent ces ponts, de tous les bosquets qui séparent nu couvrent les palais. L’effet que cet ensemble présente est admirable.

• Les bords de cette grande etendue d’eau offrent une variété unique, à savoir : quais de pierres de taille où aboutissent des galeries et des chemins; quais de rocaille* construits en espères de degrés ou belles terrasses , et de chaque cédé nn degré pour monter aux bâtiment-, qu elles supportent ; puis d'antres terrasses supérieures avec d'autres cor|» de logis en amphithéâtre ; des bois d'arbres à Heurs ; plus loin , un bosquet d'arbres sauvages qui ne croissent que sur les montagnes les plus désertes; enfin, des arbres de haute futaie, etc.

« On parcourt les plus grandes pièces d’eau sur de magnifiques barques; et telle de ces barques est souvent asser. spacieuse pour tenir lieu d’une belle et grande maison. «

Lorsque l'empereur lionne des fêtes, ces barques sont illuminées de même que les palais , les pavillons , les arcs de triomphe , les quais, les grottes, etc.

C’esl dans ces jardins que le P. Benoist, autre missionnaire français, pour plaire à l'empereur alors régnant, déploya tous ses talents dans la science hydraulique. L'empereur Kirn - louiifj av.iil fait construire un château de plaisance européen , sur les dessins et tous la direction du frère Casliglione , et il voulut en orner de jets d'eau l'intérieur et I extérieur. L’execution en fut confiée au

3' Livraison. (Chine moderne.)

P. Benoist qui, dès 1747, deux années après sou arrivée de France à Pt-king, se livra tout entier à ce soin. A force de travaux , de patience et d'obstacles vaincus, cet liabile missionnaire parvint à faire exécuter, depuis 1750 , la belle machine hydraulique du l al Saint-Pierre (c'est ainsi que les missionnaires français la nommèrent), à l'aide de laquelle il alimenta les fontaines, les cascades et les jets d'eau les plus variés , qui embellissent les environs de ce château de plaisance qu'on appelle le Versailles de la Chine (*).

O le P. Bourgeois , tnlulonnolre français , dans une Irttrc de er-kinç . dalce de 17*0 , donoe des ddtalls curieux sur la parût cuostriiUe h l'européenne des palais y ouan-mitig-gnuan. - Ce parc , dll-ll , csl d'une enccUile d'environ deux lieues, sans compter une antre enceinte fort Ta*te, nommée Onan-cbeourhnn . où allait quelquefois le père de I empereur régnant.

« C’e*t dans u circonférence de deux Menés ( et selon d'autre* relation* , d'une lieue de tour ) que •ont renfermes noD-*eiilrinent le* pal.il s deKirn-lony et le* maison* de plai*ancc , mats encore le* trot* autre* palais dont parle le frère Atliret ( lettres edijUintes. t. xxiii et xxiv} , cl en particulier celui où logeait l'Impératrice mère arec toute *a cour.

«•Vous verrez donc. Mon* leur, iu qu'il ne s'agit pa.* de trois ou quatre palais; car Je \ou* envole (es planche* grarees en bois d»* cinquante maisons Impériales , qui vont loutes *ituécs dan* le même endroit, dont Ynuan-ming-youan n'nccnpe qu’une partie. Cependant, comme c est A Younn-ming-youan que l'empereur se platt le plu*, et que c'est h qu'il a fait bâtir de* palan» où il demeure quand II n’est pa* a Pé-king, on donne a toute l'enceinte le noiu de Youan-ming-youmx.

« C’eit dao* ce qoartlcr *eul ( de* maison*

A l'européenne) que l’on volt dr* Jet.* d'eau , des gerbes.de* cascades, de* nappe*, etc.; ailleurs II n’y en a pa*.

« L’eiupercur est sur *on irône partout où II *e trouve : chaque maison européenne en a un ; ce trône consiste en une grande estrade ornée et élevée de quelque* dogr- «. Cl-devant le von* al envoyé le revêtement ou la garniture . en étoffe Jonquille et brodée, de ces trùne.vfauleiiil* ou canapés; elle est composée de rlnq morceaux , etc.

« vno* Jugerez mieux de ce* maison* européennes par le* vingt planche* gravée* qui le* représentent, que Je vous envole. C'est le premier e**at de gravure sur cuivre fait en Chine sou* le* yeux et par le* ordre* de l empereur. Ces m.itsou* «’uropéenne* n'ont que de* orncmrnt* européen*, pour en montrer le costume. Il est incroyable combien ce souverain est riche en curiosités et en magniticeuces en tout gcure venue* de l'Occident.

•• Vous me demandez *1 l'empereur a de* glace* de Venise et de France, lira plu* de trente année* qu'il en avait déjà un *1 grand nombre , que , ne tachant où le* placer. Il en fit couper une quantité de la première grandeur pour en faire de* eaireiux de croisée A ses bAthucnts européen*. Dans la salle qu'il a fait nouvellement bAlir pour placer les tapisserie* dr la manufacture des (iobefm* , que la cour de France lui a envoyée* en 1787 , Il y a partout des trumeaux magnifiques. Observez que cette salle, d’une dimension de soixante-dix pied* dr long *ur une largeur proportionnée , est *1 remplie de machine* , qu'a peine trouve-t-on au milieu on petit chemin pour passer . et telle de ec* machines a coûté t ou *oo, ooo h \ res, parce que le travail en est exquis , et que les pierre* précieuse* dont on les a enrichie* sont en grand nombre. -

Le même missionnaire ajoute que le* Jet* d'eau et le* cascade* , établi* par le P. Benoist , sont un peu détériores, mai* qu'on le* fait encore Joorr dan* le* fête* que donne l’empereur, lai machine hydraulique, qui remplit d’eau le grand réservoir, est dérangée ; mal* on fait remplir ce réservoir A braa d'homme*.

L’UNIVERS

I.» construction «la U première maison européenne ayant beaucoup plu à l'empereur clunols, il en désira une seconde, et on lui lit un pavillon à l'italienne. On le décora de très-belles eaux : il y a des nièce* de fort bon goOt , et la grande , au dire des missionnaires , soutiendrait le parallèle avec celles de Versailles et lie Saint-Cloud. Lorsque l'empereur est sur son trône (tous les édifices, quels qu'ils soient , destinés à recevoir l'empereur, ne fût-ce qu'une seule fois, ont, en Chine, une salle du trône), il voit des deux côtes deux grandes pyramides avec leurs accompagnements, et , devant lui , un ensemble de jets d'eau distribués avec art et donnant un jeu qui représenta l’espèce de guerre que sont censés se faire tea poissons, les oiseaux et les animaux de toute espèce qui sont dans les bassins , sur les bords et au sommet des rochers, placés, ce semble, par hasard et formant un hémicycle d'autant plus agréabia qu’il est plus rustique et plus sauvage.

|,es Chinois ont jiersoniiifié les douze heures du jour par douze animaux ; le P. Benoist imagina, sur celte donnée, île taire une horloge d'eau continue , en ce sens que chaque figure des douze heures vomit un jet d'eau pendant ses deux heures , et il a placé ce buffet hydraulique au lias de la seconde maison. Ce lut un des travaux qui lui coûta le plus de peine.

La grande Géographie impériale qne nous possédons, publiée avant les agrandissements et les embellissements exécutés à l’aide des missionnaires français, ne consacre que quelques lignes à la description de Youanmlmj-gouan. « Dans le milieu de ces jardins, v est-il dit(’), est la grande salle du Iront de la droiture brillante et lumineuse ; à l'est est la salle du trône de l'administration diligente; c'est là où l'empereur vaque en tout temps aux affaires de l’État. »

L'étendue de terrain occupé par Youanming youan n'est pas déterminée pour nous d'une manière certaine. Le P, Gerhilloo , un des missionnaires français qui levèrent la carie de la Chine, sous le règne de Khanghi , lui donne ilix lieues de circonférence. Vau Itraam (**) dit qu'on lui a assuré que ce lieu lie plaisance des empereurs chinois avait 300 fi on 30 lieues de circonférence, ce qui doit être d'une grande exagération. Voici comment cet ambassadeur en second de la Compagnie hollandaise |iarle de ce palais :

« Apres avoir marché un quart d'heure le long du grand chemin, nous sommes parvenus à un vaste et magnifique palais;***) aa de-

H Ta-thsinç-i-thoung-tchi . K t. Pi» verso.

.".I lions l.i relation du /'«gage de l'ambassade de la Campagnie des Indes orientales hollandaises sers r empereur de ta Chine, en i7,« rl 17M. l'Iiileilelphir. i7>7. a vol ln-«". T. I, B. aa» et «otv-

Voyez la pl u . tirée de l'amb«M»de de lord Xlaeartner, qui représente une voe (lu pérrjti le de ta salle du b are de ce même patata. » On arrive a ce p.uau , dit sir George stauulon , aprea avoir tr«-

vant duquel est une place très-considérable. Sur chacun des côtés de cetle place est une cour pavée et assez spacieuse, qui correspond à l’une des ailes ou bâtiment Ces ailes semblent destinées à loger les officiers de la conrellesmandarine inférieurs. Deux piédestaux de marbre blanc, planés dans la i-our, portent deux très-grands lions de bronze, et qoi peuvent passer pour être hien exécutés iiar l’artiste , parce qu’ils le sont d'après les idées qne les chinois se forment de cet animal inconnu à leur pays « Le premier salon , placé an levant du bâtiment, est fort grand et garni de beaucoup de lanternes à la chinoise. Au milieu, sur une estrade, est un fauteuil ou trône impérial. Après avoir traversé ce salon, nous nous sommes trouvés sur une cour intérieure pavée et de forme carrée. Au noril et à l’ouest elle offre , dans les batiments qui la bordent , une vue aussi belle et aussi riche que ci lle de l'est, ]iar laquelle nous étions arrivés, tandis qne le côté sud n'a qne la grande porte d'entrée et à chacun de set côtés des logements de domestiques.

« Intérieurement à cetle porte qui correspond à la façade du nord , et comme pour la couvrir, est un rocher considérable d'un seul bloc placé sur un banc de pierres. Le transport de ce rocher doit avoir occasionné une |ieine et un travail immenses, ainsi ntic l’opération de le mettre su r sa hase, car il forme une masse prodigieuse par son volume et par sa pesanteur. Des inscriidions de la main même de l'empereur, et de celle «fe plusieurs autres personnes du plus liant rang, à l'imitation du prince, décorent et embellissent ce rocher de toute part. Dans quelques points on y a mis de petits arbres et des fleurs

« Cette cour montre, au milieu de la façade septentrionale , deux |>etits cerfs et deux grues de bronze, dont l'exécution est médiocre. Iæ bâtiment , an nord , renferme un salon d'audience impériale , ayant un trône au centre et des lanternes à tous les points. Notre conducteur nous a fait remarquer, du côté gauche du trône, contre la muraille , le carrosse dont le lord Marartney a fait présent à l’empereur l'année dernière. Il est peint avec une gramle délicatesse, parfaitement verni , et tout le train en est doré ; les lianiais et le reste même de l'équipage sont daus le coffre même de la voiture que recou-

versé trois cour» carrées , environnée» de bA tintent* séparés les un» «le» autre*. 1.3 «die est pincée sur onc plate-forme de cnmit élevée de quatre pieds audessus du niveau «le la cour. Son toit avancé est soutenu dé chaque côté par deu\ rang» de colosne» de bois. Le fût oc ccs colonne* «î»l peint et vernissé, et le chapiteau orné de «*arloticlies et d«‘ devises 1res - brillamment colorié* , cl portant lotis de» dragons dont le* pieds wml arme» de cinq griffas ( caractère distinctif du dragon impérial }. »

( Relation aiiUieutiijitr de. Vumhassade du roi la (.rande-ISre tadjue pr/s de l'empereur de lu Chine, etc.; traduction française, t.m, p. if» jet édit, anglaise, t. n, p. t«r )

vre une grande chemise de tuile, t’aperçus avec surprise, vis-à-vis du carrasse et du côte oppose1 du salon , une chose qui contrastait fort avec cette voiture, c’est-à-dire un chariot chiuois, à quatre roues égales, fort commun , peint eu vert et ayant eu tout la forme des chariots avec lesquels on va chercher la fumier en Hollande.

« l’avoue que ce spectacle fit travailler mon imagination. Avait-on placé à dessein ce chariot dans ce lieu comme un sujet de critique, en voulant opposer l'idée de son utilité à celle de la superfluité d'une voiture somptueuse , du moins , quant à la Chine? Je me livrais ainsi aux conjectures lorsqu'on in'apnrit que ce chariot est celui dont on fait usage lors de la cérémonie annuelle où l'empereur rend un hommage solennel à l'agriculture dans le temple de la Terre.

« Derrière ce salon sont quelques petits appartements que l'empereur occupe lorsqu'il est ici.

« En traversant ces appartements nous avons gagné le troisième corps de logis ou bâtiment de l’ouest , qni a seulement un petit salon dans sa partie centrale. Le surplus est compose d’un grand nombre de pièces resserrées, trèa-irrégulièrcs , et ouvrant l’une dans l'autre , ce qui semble en faire un labyrinthe.

« lorsque nous les avons en toutes considérées , le mandarin nous a introduits dans le cabinet de l'empereur, portant le nom de T/iian ( le ciel ). C’est réellement le lieu le

filtis agréable de tous ceux qu’on nous a mourés , tant à cause de sa situation que par les différents aspects qu'il fttt découvrir, ltieu n’égale la perspective dont l’empereur peut y jouir lorsque , étant assis dans sou fauteuil, il dirige sa vue vers une grande fenêtre que remplit une seule glace : perspective dont le lecteur pourra Im-mème prendre une idée par la suite de cette description. Co cabinet est dans nue partie du bâtiment placé sur un lac fort étendu qui en baigne les murs.

«Ce lac a été le premier objet qui ail attiré nos regards. A sou milieu est une Ile assez grande sur laquelle on a construit plusieurs batiments qui dépendent de ce séjour impérial et qu’ombragent de gros arbres. Cette Ile communique au continent qui l'avoisine par un superlie pout de dix-seul arches, faites de pierres de taille , et placé à t'est. Ce pont a eu notre second hommage.

• En tournant vers l’ouest, l'œil découvre un lac plus petit que le premier, dont il n'est séparé que par un large chemin. Au milieu du second lac est une espèce de citadelle de forme ronde, et au centre de laquelle est un bet édifice. Une ouverture pratiquée dans nn point du chemin qui partage les lieux lacs, fait communiquer leurs eaux, tandis qu'un pout en pierre, d’une hauteur considérable et d'une seule arche, supplée à ce que cette

ouverture ôt* à la communication terrestre.

« Encore plus à l’ouest , et à une grande distance, deux tours arrêtent la vue au-dessus de hautes montagnes.

« Enfin , au nord-ouest , s’oITre une magnifique suite d'édifices appartenant à des temples construits an pied, au milieu et au sommet d’une montagne entièrement formée par l'art , avec des fragments de rochers naturels; ce qui, indépendamment de la dépense des bâtiments , doit avoir immensément coûté, puisque ce genre île radier ne se trouve qu'à de grandes distances de ce lieu. Ce travail semble même retracer l'entrepriso des géants qui voulaient escalader les vieux ; du moins, des rochers accumulés sur des rochers jusqu'à nne hauteur considérable , en rappellent-ils la faille à l'esprit la réunion des bâtiments et les embellissements pittoresques de cette montagne elle-même forment un tableau dont il est impossible de faire partager l’effet. C’est donc avec, raison que ce cabinet fait les délices du vieux monarque.

« Son intérieur est orné par une bibliothèque et par une armoire ouverte où sont rassemblées les productions chinoises les plus précieuses et les plus rares en pierres et en antiques; et, certes, elles sont bien dignes de l'attention que nous avons donnée à leur examen.

« Après nous être occupés très-longtemps et avec un véritable intérêt, dans ce bâtiment , nous en sommes sortis. Arrivés au devant de la façade du midi , nous y avons trouvé un traîneau à glace qui nous à trans- I Mutés vers les temples dont je viens de parler.

« Ce sont cinq pagodes séparées : deux sont au pied de la montagne, tournées Tune au uord et l’autre au sud ; deux autres, idarées vers le milieu, ont la même direction, et la cinquième est à son sommet.

« Le premier temple du bas, regardant le midi, renferme nne idole qui est l'image de la sensualité. Elle est très-grande et entièrement dorée. Elle représente une personne d'une immense corpulence dans la position de quelqu’un assis sur uu coussin, avec nn air qui exprime la satisfaction et la gaieté. Il y a encore dans cette pagode quantité d’autres idoles, mais de moindre dimension et de moiudre importance.

• Dans le trmpie du midi, an milieu de la monlagnr, l'idole principale est une figure de femme ayant environ soixante pieds de hauteur, six faces et mille bras, et semblable à celle du temple de Pi-ktng.

« Ce temple forme , en quelque sorte , trois portions ou nefs , au mo j en de deux rangs de soutiens ou pilastres posés dans sa longueur. L’on a imité |iartout, le long îles murs et des pilastres , des rochers avec des cavités où les idoles et les saints sont placés par

L’UNIVERS

centaines, ce qui compose un spectacle frappant et singulier.

« ne ce point de la montagne , que nous avions atteint par cent quatre-vingts inarches au moins , nous avons grimpé vers la cime au moyen il’un sentier tortueux pratiqué entre scs’ rochers, et en montaut encore quarante-huit marclies , dont les moins hautes avaient au moins un pied. Notre fatigue a été bien payée par la vue ravissante d’une immense étendue qui se présentait de toutes parts , exrepté à l’ouest , où elle était homee par de hautes montagnes. Nous découvrîmes Pé-king au sud-est, et nous pouvions distinguer dans cet intervalle plusieurs habitations ou établissements dépendants de la campagne de Younn-ming-gouan.

« Le cinquième temple est au sommet de la montagne. Sa construction est , en beaucoup de choses , analogue h celle d’une tour. On y trouve trois images assises , d'une grandeur excessive et totalement dorées; ce sont les principales idoles de ce temple. Dans l'un des étages inferieurs, et vis-à-vis ces grandes images, sont neuf déesses, aussi assises et durées , mais plus petites , tandis que de chaque cédé on voit neuf statues de saints de bronze , toutes d’une grandeur audessus de la naturelle et très-bien exécutées.

« les murs, en arriére des grandes idoles, sont tapissés, d’un eflté et de l'autre, par des espèces de placages ou grands tableaux dont chacun contient plusieurs ligures de dieux faites de bronze et placées dans des niches.

•• Les murs extérieurs du temple sont revêtus de briques vernissées , et elles ont une figure de f'o en bas-relief à leur milieu.

«Après avoir examiué ce temple, nous avons descendu la montagne sur la face nord, par un escalier de pierres raboteuses , et nous sommes venus au temple du milieu de la montagne , tourné au septentrion. Sa principale idole , toute dorée , est une déesse à plusieurs l>ras. La partie inférieure de ce temple est, comme dans le second que nous avons vu sur cette montagne, divisée en trois portions. Sur les murs et les pilastres on a tracé des peintures que surmontent des images de t'o et dont l'ensemble forme un effet piquant.

« De ce temple nous sommes descendus vers celui du bas, tourné au nord, où estime statue colossale d’environ quatre-vingt-dix pieds de hauteur avec quatre faces et quarante-quatre bras. A ses c/ités , mais un peu en avant , on voit deux autres idoles qui ont au moins quarante-cinq pieds de hauteur , et qui semblent adorer la déesse Dans ce temple sont deux superbes pyramides quadranulaires posées sur des piédestaux de marre et dont les faces sont rouvertes de Fo de bronze.

« Le mur extérieur est absolument recou-

vert en brique» , où sont des fleurs en bas relief de dilfércntec couleurs et toutes vernissées. Des colonnes adossées au mur ont, dans leur hauteur, qui est de six pieds audessus de leur base , des plaques de bronze.

« Les cinq temples ont, en outre, quantité de vases à parfums et d’autres objets consacrés au culte, tous supérieurement faits et de bronze. Il n’est pas une seule de ces pièces qui ne mérite la même attention que celles qu’on voit dans les temples de Pé-king, par la beauté du sujet, le fini et la délicatesse du travail.

« Chacun de ces temples a encore une avant-cour et un portail , et quelques embellissements en marbré dans l’iuténeur de son avant-cour.

■■ Sur le sommet des rochers gigantesquement entassés, dont j'ai parlé, sont deux pavillons carrés et ouverts, symétriquement construits , ainsi que deux petites maisons en forme de tour, et plusieurs autres petits appartements. I.t’urs toits sont embellis par des tuiles jaunes, vertes et bleues vernissées, formant quelquefois des carreaux ou compartiments, oii ees diveses nuances sont combinées , ou n’ayant qu’une seule et même couleur. Quelques-uns île ces petits bâtiments sont même revêtus au dehors de tuiles carrées et unies, mais vernissées, de manière que le soleil y réflétait tout l’éclat de ses propres rayons. »

le même écrivain hollandais dit dans un autre endroit de sa relation (t. I, p. 321) :

" Non , on ne peut pas faire une peinture fidèle d’une maison de plaisance chinoise. Tout y est entremêle , et semble prêt à se confondre; mais le triomphe du génie est de sauver le plus petit désordre dont un oeil délicat pourrait être blessé. A chaque instant une combinaison nouvelle offre une nouvelle variélé, d’autant plus agréable et surprenante qu’il a été moins possible de la prévoir, et la surprise s’entretient sans cosse , parce que chaque moment d’examen produit une scène qui la renouvelle. »

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