‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 165 sur 292 · NASALES FINALES · texte numérisé non relu

NASALES FINALES

ang, ung. oung, ing , eng an, un, oun , in, en, etc.

Dans la transcription des mots cliinois par les Européens, la classification donnée ci-dessus a été d’autant moins fidèlement observée, que l’alphabet de la langue employée à la transcription était moins riche et moins propre à et-

présenter des sons qui n'avaient point d'analogues dans cette même langue. I .a classe des consonnes ténues n’a pas été dislinguée de celle des fortes, les chuintantes des palatales; et les nasales finales ont été représentées tantôt sans g, tantôt nsec un g, cette consonne, dans tous les cas, ne devant pas être prononcée distinctement à l'européenne

Ce classement des sons initiaux et finaux de la langue chinoise fera comprendre, d'un seul coup d’oeil , l’anomalie apparente qui existe dans la liste des groupes phonétiques , que nous donnons ri après, et dans laquelle un groupe phonétique ou syllabique apparaît plusieurs fois, comme représentant non - seulement la consonne initiale forte et la consonne aspirée de la même classe, niais encore quelquefois des sons initiaux de la même série, comme kk et h; p et /, qui ont entre eux des affinités de série , indépendamment des affinités de classes. Là , aussi, se trouve le secret d’une fouie d’étymologies qui deviendraient inexplicables sans cette théorie des affinités.

Les Chinois ont plusieurs articulations qui nous manquent, comme nous en avons qui leur manquent également 'telles sont b, g, rt, r, s). C’est ce qui fait que toutes tes transcriptions européennes des mots chinois ne sont qu'approximatives. On sait d'ailleurs qu’une langue parlée ne s'apprend bien que par les oreilles, et non par les yeux ; les signes, quels qu'ils soient, que l’on emploie à représenter les sons parlés, n’en donnant toujours qu’une très-imparfaite idée.

Néanmoins, aucune langue du monde n’est plus rebelle A la représentation alphabétique que la langue chinoise.

I.es mots des autres langues étant composés d’éléments facilement décomposables en consonnes et en voyelles déterminées, peuvent être exactement transcrits par des consonnes et des vovelles équivalentes. Il n’en est pas de même pour le chinois. Une phrase chinoise, transcrite avec les lettres de l'alphahet européen, est presque toujours complètement inintelligible, sans le secours des caractères originaux; à plus forte raison, un livre ainsi transcrit le serait-il. C’est ce qui rendra toujours

la langue chinoise d'un abord difficile pour les Européens.

Les Chinois avouent que , jusqu’à la dynastie des Han (202 ans avant notre ère) , leurs lettrés n’avaient pas connu le système des sans radicaux , ni l’art d’en distinguer 36 qui sont comme les mères des autres. « Cette invention , «disent-ils, nous est venue de l'Oeci-

■ dent(*). « Ce sont les religieux in- « diens, dit un antre ouvrage (**), qui « ont fait connaître ce système à notre « empire. Ils voulaient nous enseigner « leurs doctrines et leurs traditions , et « e’est ce qui les engagea à établir cea

• caractères 'représentatifs des 36 con*

« sonnes de l'alphabet sanskrit). Leurs « traditions ne leur paraissaient pas

* suffisamment expliquées, parce qu’il « s'y trouvait souvent des mots dont » ils ne pouvaient rendre le sens , et « dont , pour cette raison, ils voulaient « conserver le son (en se bornant à les

* transcrire). Nos prêtres chinois ont

• retenu cet usage qu’ils avalent pris « des religieux bouddhistes indiens. Ils « ont adopté 36 caractères qu'ils ont

• déterminés comme radicaux (mères), « en les distinguant en quatre classes.

« Par là, on a pu rendre les stms de « tous les objets de l'univers ; le cri de « la grue, le sifflement du vent, le chant » du coq, l'aboiement du chien, le fra- « cas du tonnerre, le bourdonnement « du grillon ; il n’y a pas jusqu’à la voix « de Phomme dont on ne puisse , avec « ce secours, saisir l’articulation et les

■ trois intonations. Les prêtres étran- « gers avaient, avant nous, ret art admi- « rable, qui était resté inconnu à nos « lettrés. Ce n’est pas que non» nVus-

* sions quelque chose de semblable dans « nos caractères figuratifs du son , « dont l’invention remonte à l’auguste « Thsdng-hie. »

Nous donnons ci après la liste de ces caractères chinois figuratifs du son, dont l’invention est attribuée à Thsông- Afe(***) par l'écrivain chinois cité. Ces

(*) Préface du Dictionnaire impérial de Khâng-hi .

(**) Histoire det Mongol* Haut le* Melanges aiiaiiyuet de M. Alirl Rrmutal . t. Il, p. «45,

(***) Voy. ci-devant, p. aSo et «uiv.

caractères ont bien quelque chose d 'analoane avec les éléments purement alphabétiques des Indiens et des autres peuples; mais si cps caractères phonétiques, ou employés phonétiquement, suffirent pour représenter les différents monosyllabes de la langUP chinoise, ils ne peuvent servir h représenter que très-imparfaitement les mots polysyllabiques étrangers h la langue chinoise, parce que ces mêmes caractères rappellent, non pas le simple élément alphabétique d’un mot, mais bien un mot tout entier. Aussi, quand ces caractères sont employés en chinois à représenter le son de mots polysyllabiques étrangers , il faut, à la lecture de ces noms étrangers , faire abstraction par la pensée des articulations finales de chaque caractère, pour ne lui conserver que sa valeur phonétique initiale.

Nous rendrons ce fait plus frappant par un exemple. Dans le Traité conclu entre la France et la Chine le 24 oetobre 1844, à Houang-pou , le nom de France est transcrit en chinois par trois caractères qui se prononcent individuellement Fou, Lan, Si; le premier raractère n’a que la valeur phonétique de f; le second conserve, par le choix heureux qui en a été fait, sa valeur syllabique tout entière ran (*); le troisième représente la syllabe finale ce. I.es mêmes caractères servent, selon leur position dans la phrase chinoise, à exprimer les mots France et Français.

Nous nous sommes un peu étendu sur la nature de la langue chinoise écrite et parlée, parce que nous avons voulu en donner une intelligence aussi exacte que possible, ce sujet étant un de ceux sur lesquels il a été répandu le plus d'idées fausses dans le public européen ; et parce que nous avons voulu montrer gue, dans celte écr i turc regardée comme hiéroglyphique, il V avait (aussi bien que dans les hiéroglyphes égyptiens) les éléments de toute langue humaine :

les éléments phonétiques ; et que ces éléments, s’ils ne comportent pas la valeur simple et précise des lettres alphabétiques des langues européennes, ils remplissent, dansl’ écriture chinoise,

(*) Le» Chinois n’ayant pas l'art ieulation

r, 1a remplacent par la semi-voyelle I.

les mêmes fonctious que les lettres alphabétiques dans les premières. On ne manquera pas de faire une grave objection contre ce système phonétique de la langue, ou plutôt de Yécriture chinoise, qui emploie, pour représenter les sons de ta langue parlée, plus d’un millier de caractères différents (*); tandis que les écritures alphabétiques n’emploient que vingt, quatre a trentesir éléments au plus. On admettra difficilement que ce genre d'écriture, qui Comporte lin si grand appareil de signes graphiques, ne soit pas un symptôme de barbarie, et ne soit en même temps un puissant obstacle au progrès des sciences exactes. Il y a quelque chose de vrai, assurément, dans ces allégations, mais d'un vrai relatif. Si i’on admet la langue chinoise parlée telle qu'elle existe , le très - petit nombre de mots invariables qui la constitue ne pourrait être représenté par nos simples éléments alphabétiques sans donner lieu à toutes sortes de confusions. En outre, ce genre d’écriture n’est pas un obstacle bien sérieux au développement des connaissances de tous genres et méme à l'étude des sciences exactes, si l’on s’en rapporte au P. Magaillans, qui s’exprime ainsi (**) : • Il est certain qu’une " personne qui étudiera avec applica- « tion et avec une bonne méthode , « pourra, dans un an, fort bien enten- « dre et parler la langue chinoise. Et « nous voyons par expérience quo tous « nos pères (les missionnaires) qui tra- « vaillent à présent dans cette mission

(*) M. Callery, dam son Sjstrma phoneficum scripturte sut ira ■, Macao , 1841, 011 compte 1040, qu'il considère comme les cléments fondamentaux ( fondamentales litterr) de l'écriture chinoise, tandis qu'il» n’eu nom que 1rs cléments accessoires ( lit ai ch in g) , et

r ordre de date, et par ordre lo<ique.

. H. Kurlz, dans son Tableau des éléments vocaux de t écriture danoise , divisé en deux parties, et lithographié à Paris en 1829, a réuni 700 groupes phonétiques, tirés du Dictionnaire du P. Baiile de Glémona, lesquels groupes déterminent chacun la prononciation de 6 caractères au moins. C’est le premier catalogue de ce genre oui ait été publié.

(**) Nouvelle Relation delà Chine, composée en l’an i6f>3 , traduite cl publiée en français, Paris, tfl88, p. 97.

L’UNIVERS

« «ont au bout de deux ans si savants . en cette langue, qu’ils confessent , ea- . téchisent, prêchent et composent avec , autant de facilité que si c’était leur

• langue naturelle...

« On ne pourra pas douter de cette « vérité, si Pou considère le grand nom- « bre de livres que nos pères ont com- « posés et traduits, et composent et tra- « dnisent encore tous les jours en cette

• lansue. » En effet, les missionnaires ont composé on traduit en chinois un grand nombre de livres sur toutes sortes de sujets: sur les mathématiques , la physique, Y astronomie , etc. Il y en a plus de cinq cents volumes imprimés, outre les manuscrits!*).

Dans l’écriture hiéroglyphique, le nombre des signes figuratif* ou symboliques, employés, comme eu chinois, avec une valeur purement phonétique (le plus souvent syllabique ), n’est pas aussi considérable qu'en chinois, parce que cette écriture s’est assimilé plus complètement Yélément syllabique et alphabétique que la langue chinoise. Cette écriture a même 23 signes purement phonétiques dans toutes les circonstances , et que l’on trouve employés de préférence |usqu'à la 20' dynastie égyptienne, c'est-à-dire jusqu’au treizième siècle avant notre ère. Ce nombre s’accrut, depuis la 20' dynastie, d une centaine environ, indépendamment des caractères syllabit/ues (**).

Le premier travail grammatical fait par un grammairien ou lexicographe chinois, sur la langue chinoise, est celui de Hiu-chln, qui vivait, comme nous l avons déjà dit, dans le premier siècle de notre ère (p. 294). Sou ouvrage, intitulé Choué-trén, que nous possédons, est un classement méthodique de tous les caractères chinois qui existaient de son temps, dans les différentes formes kou-wén , tchéou et tchouàn (dont nous avons parlé précédemment ) , avec de brèves explications. Il est divisé en t4 livres, chacun comprenant deux parties. Tous les caractères sont ramenés à 540 radicaux ou chefs de classes (pou),

(*) Id„ p. toi.

(") Voir la Grammaire hiéroglyphique de feu Champollion, où les hiéroglyphes phonétiques sont portés indistinctement à ado.

sous lesquels sont rangés et expliqués 9,353 caractères différents (wén), et 1,163 variantes ou répétitions de certains caractères sous des formes variées et des styles différents. On est surpris, en lisant ce précieux recueil de Hiuchln, du rôle immense que joue déjà l'élément ÿux emenl phonétique dans l’écriture chinoise; les trois quarts au moins des caractères recueillis par lui sont expliqués comme formés d’un élément qui représente l'idée générique, élément figuratif, et d’un autre élément qui représente le son ou le mot de la langue pailée.

On trouve déjà dans les King et les autres livres classiques de la Chine un assez grand usage des caractères composés selott le mode kidl-chlng, c'està-dire qui associent a l’elément générique de Vidée l’élément phonétique de la langue parlée. C’est ce qui est d’une évidence incontestable dans la forme actuelle des caractères chinois. Mais si on se reporte à l 'ancienne forme de l'écriture dans laquelle ces anciens livres ont été composés, on verra que l'usage de l 'élément phonétique dans cette ancienne écriture était beaucoup moins frequent, et que tout ce qui pouvait être représenté sans trop d'équivoque était représenté ou censé l’être. Ainsi, nous trouvons , par exemple, dans le Y -king, ancien texte (*), le caractère de la petite hache ou hachette complètement figuratif; tandis que , dans la forme actuelle de l’ecriture, la transcription qui en est donnée est composée de l'ancien élément figuratif de hache défiguré, et d’un élément i>honétique qui se prononce /où (n« 34 du tableau suivant, simplifié), nom de la hachette dans la langue parlée. Il en est de même d'une foule d’autres caractères ; ce qui est une preuve péremptoire de l'ordre dans lequel les modifications de l’écriture chinoise ont eu lieu, et de la préexistence ainsi que de la préeminenœ de l’élement figuratif sur l’élément phonétique.

(*) Kiouan s, folio 6r recto. Dans l 'ancien texte , U hachette est figurée par une hache à manche court . — Voy. ci-après, p. 336, note.

Tableau de* pbikcifaux GROUPES

PHONETIQUES

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