‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 169 sur 292 · Mêmes observations qu’au n° J · texte numérisé non relu

Mêmes observations qu’au n° J

7. 8. Ces deux caractères sont le régime ou complément direct, du verbe qui les précède. Le premier, qui est composé du radical 120 (mi, fil de soie) et du groupe phonétique tchoûng ( n»

364), signifie au propre : bout ite fil, extrémité, et au figuré : fin. Le deuxième, qui est composé du radical 88 [niit, femme) et du groupe phonétique tchi (n* 343), signifie au propre: principe de la femme, et au figuré : commencement , principe d’une chose. Ces deux caractères sont en opposition dans cette phrase, comme les caractères 3 et 4 le sont dans la première. On remarquera aussi que ces deux premières phrases offrent un contraste et un parallélisme parfaits , la première s'appliquant aux choses de l’ordre physique , et la seconde aux choses de Vurdre moral.

C’est là un des caractères fréquents du style antique.

Le philosophe chinois, après avoir posé en principe que toute chose dans

l’ordre physique et dans l’ordre moral a un commencement et une fin , en tire la conséquence exprimée dans la double phrase suivante qui balance les deux précédentes.

La première des deux dernières phrases peut être, ou une proposition hypothétique rattachée a la proposition principale par la conjonction tséu (tune), ou une proposition affirmative construite avec un nom verbal à l’état abstrait ou à l’ infinitif, dont la seconde serait le complément; ou enfin une phrase commençant par un verbe »

l'impératif, comme dans notre traduction latine. Dans les trois cas, le sens sera à peu près le meme. Dans le premier, on lira : Si l’on connaît ce qui précédé et ce qui suit (ou la cause et les effets, le principe et les conséquences), alors on approchera bien près de la voie droite, de ta raison supérieure ; dans le second cas, on lira : Connaître ce qui précède et ce qui suit, c’est approcher très-près de la voie droite, de la raison suprême ; dans le troisième cas, on lira : Connaisse s tes causes et tes effets, et alors vous arriverez à la raison suprême.

II n’y a , dans les deux dernières phrases chinoises, aucun signe, aucune inflexion grammaticale qui oblige de les traduire d’une de ces façons plutdt que de l’autre-, c’est la contexture du discours. le genre de diction qui fait choisir un mode plutdt que l’autre. Comme les deux premières phrases ont une forme didactique qui comporte le sens le plus général, le plus absolu, les deux dernières doivent avoir le même caractère.

9. Dans ce cas, le neuvième caractère sera un nom rerbal au mode que nous appelons infinitif, « connaître. »

Ce caractère appartient , par sa composition, à la troisième classe, que l'on nomme aidées combinées (voy. ci-devant p. 292 ). En effet . il est composé du radical lit (.tchi, flèche) et du radical 30 ( khèou , bouche) ; c’est la parole de vérité, la science qui pénètre comme une flèche.

10. Ce caractère est un pronom relatif ou conjonctif, qui, en chinois, se place toujours apres le sujet et avant

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le verbe de la proposition dans laquelle il se trouve. Le sujet, ici, c'est l’infinitif connaître ( tcht ); le rerbe, ce sont les deux caractères qui suivent.

1 1. 12. Si(n et hèou, dans leur acception la plus commune, sont des prépositions qui signifient avant et après.

Dans la phrase que nous analysons, ces deux caractères ont lu force et la signification des verbes précéder et suivre; mais dans une acception philosophique, ils signifient la cause et YefJ'et. Le premier est composé du radical 10 {jin , homme), et d’un caractère indiquant les premières pousses de la végétation; ce qui a donné l'idée de principe ou de cause. Le second caractère est composé du radical 60 [tcht, pas marche) et du groupe phonétique heou (n* 43).

13. Ce caractère est une conjonction , qui indique la dépendance des deux phrases. Il est composé du radical 18 [taô, couteau) et du radical 154 (pé I, nacre de perle, monnaie).

14. Ce caractère est un verbe que l’on peut considérer comme étant nu même mode infinitif que le n° 9, avec lequel il est en corrélation de mode, de nombre et de temps. Il estcomposé du radical de mouvement, 162 ( tchô , marcher, marche), et du groupe phonétique Ain (n" 121), et il signifie approcher de, etc.

15. Ce caractère est un substantif, régime on complément direct du verbe précédent. Il est composé aussi du radical 162, qui est le signe générique du mouvement,- et du radical 185 ( chèou , tété); composition qui donne l’idée de intelligence directrice, voie droite, raison suprême.

16. Ce caractère est une particule finale insignifiante, qui ne sert le plus souvent qu'à clore la phrase avec symétrie.

Le lècteur aura pu se convaincre, par l’analyse qui précédé, que, en chinois, la valeur de position des mois domine tout, et que c’est le plus souvent de la position qu'il occupe dans la phrase que l’on déduit le sens du caractère.

Mais, si la valeur de position des caractères est le point le plus essentiel à connaître de la grammaire chinoise, il n’en reste pas moins un certain vague

dans l’esprit de l'Européen, accoutumé aux formes précises des langues modernes. « Ce que je viens de dire des mots grammaticaux de la langue chinoise. qu’ils n’indiquent pas proprement les formes grammaticales des mots , peut également, a ce qu’il me semble, se ilire de l'emploi que cette langue fait de la position des mots. En fixant par les lois grammaticales l'ordre des mots, on marque les parties constitutives de la pensee; mois, dénuée d’autres secours, la position seule est hors d’état de les marquer toutes. Elle laisse du vague là où des mots de différentes catégories grammaticales pourraient former une de ces parties Aussi, les langues joignent-elles, pour la plupart, i'empioi de la position à celui des flexions ou de mots grammaticaux. I.c chinois manquant de flexions, et usant très imparfaitement de mots grammaticaux, s’en remet le plus souvent à la position seule pour l’intelligence de ses phrases.

« Sans flexions, ou sans quelque chose qui en tienne lieu . on manque souvent du point fixe qu’il faut avoir pour appliquer les règles de la position. On peut dire avec certitude que le sujet précède le verbe, et que le complément le suit ; mais la position seule ne fournit aucun moyen pour reconnaître le rerbe, ce premier chaînon auquel on doit rattacher les autres. Les règles grammaticales ne suffisant pas dans ce cas, il ne reste d’autre moyen que de recourir à In signification des mots et au sens du texte.

« Si l’on considère attentivement la phraséologie chinoise, la position des mots ne marque point proprement leurs formes grammaticales, mais se borne à indiquer guet est le mot de la phrase qui en détermine un autre. Celte détermination est considérée sons deux points de vue : sous celui de la restriction de l’idée d’une plus grande étendue à une plus petite, et, sous celui de la direction d'une idée sur une autre, comme sur son objet. De là dérivent les deux grandes lois de la construction chinoise auxquelles, à parler rigoureusement , se réduit toute la grammaire de la langue.

OLIN K. MODERNE.

'• Dans toutes les tangues, une partie de la grammaire est ea ’pticile, marquée par des signes ou par des règles grammaticales, et une autre, sous entenclue, est supposer conçue sans ce secours.

« Dans la langue chinoise, la grammaire explicite est dans un rapport intinimeut petit, comparativement à la grammaire sous-entendue.

• Dans toutes les langues, le sens du contexte doit plus ou moins venir à l’appui de la grammaire.

k Dans la langue chinoise, le sens du contexte est la hase de 1 intelligence, et la construction grammaticale doit souvent en être déduite. Le verbe même n'est reconnaissable qu’a son sens verbal. La méthode usitée dans les langues classiques, de faire precedcrdu travail grammatical et de l'examen de la construction la recherche des mots dans le dictionnaire, n'est jamais applicable a la langue chinoise. C'est toujours par la signification des mots qu'il faut y commencer.

• Mais dès que cette signification est bien établie, les phrases chinoises ne.

prêtent plus h l'amphibologie.— On peut rarement se borner a prendre les mots" des phrases chinuiscs dans le sens seulement ou ou les emploie isolément; il faut , le plus souvent , y rattacher en même temps les modifications qui naissent de la combinaison de ce sens avec l'idée qui a précédé.

« La langue chinoise abandonne au lecteur le soin de suppléer un grand nombre d'idées intermediaires, et ihipose par là un travail plus considérable a l'esprit. Chaque mot parait, dans une phrase chinoise, place là pour qu'on le pesé, et qu'on le considéré sous tous les différents rapports avant que de passer au suivant. Comme la liaison des idées naît de res rapports, ce travail purement méditatif suppléé a une partie de la grammaire. On peut supposer que, dans le langage vulgaire, l'habitude et l'emploi de phrases, une fois usitées, rendent le même service.

■ La langue chinoise n'offre jamais de ces phrases longues et compliquées, régies par des mots placés à une grande distance de ceux qui en dépendent; elle présente au contraire toujours un objet

isole et indépendant ; elle n’attache à cet objet aucune marque qui autorise à i'attenle de ce qui va suivre; elle place, après cet objet, d une manière également isolée, ou une pareille marque, ou un deuxieme objet, et compose insensiblement de cette manière des phrases entières.

• On peut, pour juger de cette langue, partir des points suivants:

« r La langue chinoise ne marque jamais ni la catégorie grammaticale a laquelle les mots appartiennent, ni leur valeur grammaticale en général. Les signes des idées, dans la prononciation et dans l’écriture , restent les mêmes, quelle que soit cette valeur.

• Le changement d’accent des noms qui peuvent passer à l’état de verbe, et quelques composés, font seuls exception 5 eette règle générale.

• 3° La langue chinoise n’attaclie point les mots rides aux mots pleins, de maniéré qu’on puisse, en enlevant de In phrase tin mot plein avec son mot vide. reconnaître toujours avec précision, à l’aide du dernier, la catégorie grammaticale du premier.

« 3° La valeur grammaticale n’est donc reconnaissable qu’à la composition même de la phrase.

" 4“ Elle ne l’est même alors que lorsqu'on connaît la signification d’un ou de plusieurs mots de la proposition.

« 5° La langue chinoise, dans sa manière d'indiquer la valeur grammaticale, n’adopte poiut le système des catégories grammaticales, ne les spécifie point, dans leurs nuances les plus fines, et ne les détermine même qu’autant que le langage le rend absolument necessaire.

• On pourrait, d'après cette description, confondre la langue chinoise avec ces langues imparfaites de nations qui u'ont jamais atteint un grand développement dans leurs facultés intellectuelles, ou chez lesquelles ce développement n’a pas agi puissamment sur la.

langue; mais ce serait, selon mon opinion, unr erreur extrêmement grave.

— • Avant que de tenter une explication du système de la langue chinoise, je dois encore développer davantage i'idee que je me forme de sa veritabie nature. J'ai parlé presque exclusivement

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jusqu’ici des qualités qu'elle ne possède pas; mais cette langue donne par le phénomène singulier qui consiste en ce que, simplement en renonçant à un avantage commun à toutes lés autres, par cette privation seule, elle en acquiert un qui ne se trouve dans aucune. Kn dédaignant , autant que la nature du langage le permet (car je crois pouvoir insister sur la justesse de cette expression), les couleurs et les nuances que l’expression ajoute à la pensée, elle lait ressortir les idées , et son art consiste a les ranger immédiatement l’une à coté de l'autre , de manière que leurs conformités et leurs oppositions ne sont pas seulement senties et aperçues, comme dans toutes les autres langues, mais qu’elles frappent l’esprit avec une force nouvelle, et le poussent à poursuivre et à se rendre présents leurs rapports mutuels. Il naît de là un plaisir évidemment indépendant du fond même du raisonnement, et qu'on peut nommer purement intellectuel, puisqu’il ne tient qu'à la forme et à ^ordonnance des idées ; et si l’on analyse les causes de ce sentiment, il provient surtout de la manière rapide et isolée dont les mots, tous expressifs d’une idée entière, sont rapprochés l’un de l’autre, et de la hardiesse avec laquelle tout ce qui ne leur sert que de liaison eu a été enlevé. » (Guillaume de Humkoldt, Lettre sur le génie de la langue chinoise.)

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