‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 180 sur 292 · DRAMES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

DRAMES HISTORIQUES

La Botte myitéricuie.

Nous avons dans notre littérature l' Orphelin de la Chine. Si Voltaire conçut l’idee de celte pièce à la lecture d’un drame chinois, du Tchao-chikou-eul de Ki-kiun-tsiang, ce fut un écrivain anonyme, l’auteur de la Boite mystérieuse , qui inspira le Jeune Orphelin de la famille de Tchao. L’examen comparatif des trois pièces, de leurs qualités et de leurs défauts, m'éloignerait trop de mon objet principal ; je me bornerai ici à l’analyse delà Boite mystérieuse (**); mais j’indiquerai en passant les emprunts les plus remarquables que Ki-kiun-lsiang lui a faits.

Le sujet de la Boite mystérieuse est pris dans l’histoire des Song. A la fin

(*) Journal asiatique , cahier de févriermars, p. 168 à 178.

(**) Lilt. : « (Tchiu-lin) porte dans ses

mains une boite à loiletle. »

du règne de Tchin-tsong (*), de cet empereur qui n’aimait pas la guerre, qui avait conclu avec les Tartares un traité humiliant, dont les historiographes parlent d’une manière fort ironique, la monarchie était encore plus floiissante que sous Taï-tsong. Malheureusement Tchin-tsong, tenant fort peu à se montrer orthodoxe, vénérait trop les docteurs Tao-sse. Il aimait leurs livres; il y croyait, et manifestait sa croyance.

Ce n’était pas assez d’un scandale pareil ; il avait offert publiquement un sacrifice è LdO-lseu (**). Les eunuques, de concert avec tous les magiciens, tous les jongleurs du rovaume, multipliaient les prodiges et enflammaient les imaginations. Chaque jour, des livres mystérieux tombaient du ciel. On les transportait dans un temple que l’empereur avait fait construire. Généralement la couverture de ces livres était noire et scellee avec des caractères étranges.

Les dragons apparaissaient, et, chose infiniment plus rare à la Chine, on découvrait sur les montagnes des fontaines dont l’eau était sucree (***).

« L’empereur est un saint, se dit à lui-même, dans le premier acte du prologue, un officier du palais, enthousiasmé de tant de merveilles ; les ministres sont des sages. L'empire jouit de la tranquillité et de l'abondance. Une seule chose afflige notre grand monarque., c'est de se voir privé de rejeton mâle, d’un prince heritier l/iaï-tseu.

Cependant l'historiographe Wang-hong a présente hier un rapport à l'empereur; il expose que les astronomes ont aperçu pendant la nuit, dans la constellation Thal-tseu (U rsa minor), une étoile qui brillait d’un éclat extraordinaire. Cet événement est, sans contredit, d'un heureux présage. Aussi l'empereur, transporté de joie, ordonne-t-i I que l’on rassemble toutes les femmes du palais dans le jardin impérial. Sa Majesté est soutenue par l’espoir qu'une de ces femmes donuera le jour à un prince liéri-

(*) Vert l’in loaa svsnt J. G (**) Dans le palais de 1s Pureté suprême. (Voy. le Li-lsi- li-wang-nién-piao , Tchintsong, 7* année Ta-tchong-uiang-fou.)

("') Voy. Y Butoirs générale de la China ,

LVin, p. 164.

4M L’UMVERS.

lier. Il faut que j'avertisse le chef des eunuques. »

Le premier note nous introduit dans le jardin impérial. Tcliin-tSong n’v fait que des puérilités. A In vois du chef des eunuques, les femmes du palais se rangent sur deux files. l'n officier présente à l’empereur un de ces arcs qu’on appe lé /■•n-kony et qui servent à lancer des billes : I empereur lance en effet une petite boule d'or. • Qu'une de vous me la rapporte, crie l'auguste monarque. se tournant vers lés femmes ; aujourd'hui même elle p Ttagera ma couche. » Il n'avait pas achevé ces paroi s, que toutes le- femmes du palais, rompant les files, se précipitent dans les parterrps. Leurs jiieds, que le poète compare à des nénufars, effleurent à peine les garons. Paicouraut tous les recoins, furetant adroite, à gauche, elles ehrrclirnt avec, une attention mêlée d'inquiétude. A la lin, Li-ineï-jin aperçoit la petite boulet elle la ramasse et pousse un cri. Amenée bientôt devant l’empereur par Tcltin-lin , le chef des eunuques, la jeune concubine s’agenouille et reçoit les compliments du monarque. « Ôb. qu’elle est belle, » dit tout bas un officier; « Elle est encore plus heureuse, » répond un autre. L’empereur rentre dans son palais, conduisant Li-mel-jirt par la ntain.

Un intervalle de neuf mois environ sépare le premier acte du deuxième.

Li-mel-jin vient de mettre au monde un thài tten ( prlltce heritier). L’impératrice Lieou parait sur la scène; elle est dans une agitation extrême, et appelle une de ses femmes, nommée Keoutching vu. Ou va juger du earartere de cetle princesse par le dialogue suivant:

l'iMPÉRATRICE.

Keou-tching-yii , répouJez à mes queslîom. Qui e>t-ce qui vous nourrit?

kioü TCHimi-YU. {Elle fait une révérence.) L'impératrice.

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