I*’ IMPERATRICE
Si je ne vous ordonnais rien?
KfiUC-TCHfNO-YU.
Je resterais ici.
l’impératrice.
Ah ! mon cœur tressaille de joie; Tohingy»t ju 'ous aime. Il faut que vous me rendiez un service important ; j’ai besoiu de vous pour une certaine chose.
eeou-tch ri»G-TU.
Quelle est cette chose ?
l’impératrice.
^ Vous savez que Li-meï-jin est accouchée d’un fils. Allez dans le Palais Occidental ; dites à la princesse que Sa Majesté témoigne le désir de la voir; puis faites semblant de quitter le palais et cachez-vous. Alors , ma bonne, vous prendrez l'enfant; vous lui enfoncerez un poignard dans le sein, ou, si vous aimez mieux , vous l'étranglerez avec votre ceinture.... Tching yu, c’e-st à votre choix. Acquittez-vous de ma commission , et revenez promptement... Ah ! j’oubliais un point essentiel; vous jetterez le prince héritier, quand il sera mort , dans le grand lae du jardin.
Ezou-Tcmiro-Tü. {Elle fait une révérence.)
J’exécuterai avec soin l’ordre de l’impératrice.
La scène change, et le théâtre nous représente Keou-tching-yu tenant un enfant dans ses bras. Son esprit paraît troublé, agité. C’est qu’au moment d'exécuter l’ordre de l’impératrice, des scrupules étranges ont amolli son audace. D’un côté, la boule d'or que Li-mrïjin avait ramassée dans le jardin impérial et que le prince héritier portait sur lui, d’un autre côté, les couleurs emblématiques de son |ieiit vêtement, tout cela avait fait sur Tching-yu une impression des plus vives. Émue” jusqu'au fond de l’âme, cette femme, plus superstitieuse que cruelle, conçoit tout â coup le projet de sauver le prince héritier. Elle s'achemine donc vers le petit pont du jardin. Surprise par Trhin-lin, qui
fiortait dans ses mains une botte à toiette (*), elle prend le parti de lui dévoiler
(*) De là le titre de la pièce. Cette botte était un préaent qu’il avait reçu de l’empereur.
l’abominable complot de l’imperatrice.
Étouffant ses soupirs, elle cherche à émouvoir le chef (les eunuques; elle invoque tour à tour les maximes des sages et les exemples fameux de l'histoire. Tchin-lin laisse attendrir son cœur. Malgré la hardiesse et les périls de l'entreprise, il se dévoue au salut de la dynastie, ouvre la boite, y cache l'enfant précieux , remet le couvercle et s’éloigne. Dans cette scène, habilement conduite, le rôle de Tchin-lin est d un bout à l'autre intéressant et noble.
Cependant l'impératrice, apres avoir ordonné, le meurtre du prince héritier, n'est pas encore satisfaite et trame déjà la perle de la mère. Il y a dans le palais un pavillon dont l’architecture est simple et l'aspect fort triste; c’est le pavillon réservé anx concubines impériales qui ont encouru la disgrâce du monarque.. — Li-mei-jin y entrera ; elle v trouvera la mort. — Lasse d’attendre Keou-lching yu , qui ne revient pas, l’imprratrice, agitée d’une inquiétude mortelle, sort de son appartement, pénétré dans le jae-lin et rencontre Tchinlin portant sa boite.
i,'ui|'tutliçt
Tchin-lin ?
Teuirt-t.nr, consterné tf effroi.
Ciel, l'impératrice! je luis mort!
L'iMeéSATnies.
OA allez-vous?
TCHW-Mli , aeec embarras.
Dans te potager de l'empereur ,/f met sa balte par terre), pour y cueillir des fruit» de la raison.
t,’irrrea*TMte.
ï a-t-il quelque cliore de nouveau (*)?
TtWI-U».
Ou ne parle de rieu.
t'iairsaATaica.
Alors, vous pouvez vous retirer. ( Tcltin-Un reprend se boite, et s’éloigne précipitamment; [impératrice le rappelle.)
l’imtératiuce.
Tchin-lin , revenez ici. ( Tchin-lin revient à pas lents, dépose encore sa botte et f agenouille.)
Teeur-t-nr. - Madame, j’attends vos ordre».
u'irarinATaica.
(d part.) Qu’a-t-il donc? (Haut.) Tcbin-
(*) Pour avoir des nouvelles certaines, on s'adressait toujours au chef des eunuque».
lin , quand je vous dis: * Allea-vous-en , ■ vous fendez l’air, comme la Orche échap|iée de l’arc ; quand je vouv dis ; Revenez , » on dirait un criu qui Haine sur un lapis.
Tout ce dislogue a été emprunté par Ki-kiun-tsiang. Afin de montrer comment les Chinois imitent, je vois «produire ici un fragment de l 'Orphelin de Tchao :
tUrr-Kiona.
Qui es-tu f
TCurno-ruG.
Un médecin; mon nom de famille eat Tching; je m'appelle Triilng-ing.
Hvtt-aroua.
D^oA vlem-tu ?
•rCHI^A-IWO.
Du palais de la priucesae, à qui j’ai donné des iiiédiçaoifiiti.
IM-IIMI.
Quelle cepèce de pitdiruiuenU ?
ïnaiao-isG.
Des potions que l’on douue aux femmes uu couche».
uam-iuouk.
Que porU s-lu dans ce coffre ?
uuiiiû-lSü.
Des herbes médicinales....
hax-*toue.
N’y a-t-il rien autre rhose de caché ?
TtHlNO-INO.
Rien autre chose.
nuc-aiou*.
En 4*0 cas , lu peux l’en aller. [Tching ing s'enfuit rnpidoment i Han*kioai U rappelle.) Tehinp-iuR. reviens ici. QuVsl-ct» qu il y » dam cette boire ?
TCUiHO-imi.
Rien que des herbes médicinales.
HAN a loua.
Pas autre chose P
tc«um<whg.
Pas autre chose.
tua noua.
Ya-t'cn. (Tcïiilfg 'iig * sauve avec précipitation ; llun-kiottë le rappelle.) T ching-ing, reviens ici : il y a la*de>»*o«is quelque chose de louche. Quand je te dis: ** Va-t’en .« tu volet comme U Oèelio échappée de lare; quand je te. dis : - Revient, - on dirait un crin qui haine sur un lapis de laine ( ).
(*) Voy. Tchao-chi-Vou-eul, ou l’Orpheliu de la Chine , drame en prose et en 'ers. accompagné des pièces h.slorique* qui vu aol fourni le sujet, naduil du chinois par Manisias Julien, ineubro de l’Institut» aru,
x 834 , i vol. in-8°.
L’UNIVERS
L’impératrice veut contraindre le chef des eunuques à ouvrir la boite mystérieuse ; son indiscrète curiosité s’irrite par les refus de Tchin-lin ; celuici , dont l'esprit n’est pas tout à fait irrésolu , allègue pour ses raisons certains caractères que l’empereur a tracés de sa propre main sur le couvercle, caractères qui interdisent aux étrangers l’ouverture de la boite. L’impératrice persévère obstinément dans sa fantaisie; elle insiste plus que jamais.
Toutefois, mandée à la cour pour ordonner un festin , elle abandonne son projet, quand Tchingyu arrive et lui transmet un ordre de l’empereur. Tchinlin, tiré d’embarras, emporte sa botte et le prince heritier.
Le deuxième acte, qui n’a pas plus de cinq pages, nous introduit dans le palais du prince de Tlisou , de Tehaotë-fang, frère cadet de l’empereur. Nous y rencontrons le prince héritier que ïchln-lin a confié à ses soins. Tchaotë-fang est un sage. Exempt d’ambition, homme d’une fidélité inviolable, il s’est chargé de l’éducation de cet enfant; il y présidé lui-même avec des égards tout à fait extraordinaires. — Le deuxième acte n’offre aucun intérêt; mais on trouve dans le troisième deux grandes situations dramatiques : la première, quand le prince de Thsou, Tchao-tërang, présente pour la première fois son fils (car le prince héritier passe pour son fils) a l’empereur Tchin-tsong ; l’impératrice Lieou est assise à côté du monarque.
u raines di thsou , t’ agenouillant.
Sire, daignez recevoir le* hommages de Tchao-té-fang , voire sujet.
K.'aMraaaoK.
Mon frère , ne vous arrêtez pu aux cérémonies.
us rames nsamaa, i agenouillant .
Je souhaite que Votre Majesté vive dix mille aimées, dix mille années, dix mille fois dix mille années.
l'nimin , au prince.
Cet enfant a-t-il d'autres frères après lui ? ta ramex oa thsou.
Non , sire , c’est le douzième , le cadet de toute ma maison.
l'zmfbrzur , regardant le prince héritier.
(. A part.) Plus je le regarde , plus je trouve qu’il a de la grandeur, de U majesté dans
son air, dans ses gestes. (Au prince héritier.) Voue n'étej pat tant doute un enfant ordinaire. Quel âge avez-vous maintenant ?
xi rames aésiTira.
Votre sujet a dix ans.
x'iasrÉasTaicz , à part.
Dix ans ! je tremble de frayeur. Cet enfant a les yeux , les traits , le visage de Li-meï-jin, la douceur de sa voix.... Si Keou-lcbiug-yu m'avait trompée 1
L'xMrEsacx , au prince de Thtou.
Mon frère , comment appelez - vous la femme qui vous a douné cet enfant ?
us rainez oa tbsou. ,
Li-meï....
x'iitFÉaATaicx , te levant avec précipitation.
Sire, la rollation est prête. On vous attend. ( Elle prend t empereur par la main, et t entraîne hort de ton appartement.)
Voilà un dialogue simple, naturel et qui aurait pu devenir une véritable scène dramatique entre les mains de l'auteur, si cet auteur avait su peindre les caractères avec des couleurs plus vives, plus diversifiées; ajuster dans ce dialogue des mœurs, des passions, quelque chose de ce qui fait le principal ressort d’un drame, de ce qui anime les personnages ; malheureusement les plus belles situations du monde ne peuvent
£as suppléer à la médiocrité du talent.
.'intérêt de la première scène du troisième acte n’est que dans la situation.
J’en dirai autant de la seconde scène, où l’impératrice Lieou , qui se trouve dans une grande anxiété d’esprit, fait subir à Keou-tching-yu un interrogatoire des plus pénibles. Elle veut arracher du cœur de la malheureuse femme un secret que celle-ci ne revête pas, mais garde au contraire avec un courage héroïque. — Pendant que les domestiques du palais frappent Keou-tching yu avec de gros bâtons , les soupçons de l’impératrice tombent sur Tchin-lin.
Repassant tout ce qu’elle a vu dans sa mémoire, elle se demande si le chef des eunuques n'aurait pas concerté une intrigue avec sa suivante, et, pour parvenir à la découverte de la vérité, elle use d’un stratagème assez barbare. Elle appelle Tchin-lin, et lui ordonne de frapper à son tour Keou-tching-yu. Ici, la situation devient plus forte, plus pathétique, plus attachante. L’embarras du chef des eunuques, la rude épreuve à la-
quelle on le met, la colère de l’impératrice et la persévérance de Tehing-yu forment une scène vraiment théâtrale.
Il me paraît inutile de la reproduire ici, puisqu’elle se trouve tout entière dans le Jeune Orphelin de la famille de Tchao{ *). Les plagiaires sont trèscommuns à la Chine. Un savant critique en a fait la remarque : « Les auteurs dramatiques chinois, dit M. Charles Magnin, de l'Institut, ne se font pas un grand scrupule de s’emprunter les uns aux autres, non-seulement des situations, mais des parties entières de dialogue, dont ils varient à peine les expressions (**). »
Keou-tching yu est soumise à la torture; toutefois* comme on lui laisse
rendre un peu de relâche, elle en pro-
te pour s'élancer hors de la salle, et va se briser la léte contre les marches du grand escalier. Quant à Tchiu-lin , il est pour la seconde fois sauvé d’embarras. «L’empereur vous appelle,»
s'écrie un chamuellan qui entre dans la salle, et sur-le-champ les officiers du palais, tout remplis d'égards, accompagnent le chef des eunuques jusqu'au bout du vestibule rouge. Le Klunming-tchao (***) du Li-ki est un moyen dramatique fort commode;' on voit que notre auteur en use librement.
Dans l’intervalle qui sépare le troisième acte du quatrième, dix ans se sont écoulés. Tehin-tsong meurt, et le prince héritier lui succède, sous le titre de Jin-tsong. Nous laisserons parler le nouvel empereur :
sut -noms, seul.
Renfermé quelques heures après ma naissance dans une boite à loileite; transporté secrètement dans le palais de Tchao-lé-fang , prince de Thsou ; nourri , élevé par ses soins, je me souviendrai toujours des nienfaits que j’ai reçus , car mou àme est pénétrée de reconnaissance. — Tchao-té-fang m’a souvent parlé d’uue femme du palais, de Keou-tching-
(*) C'est la scène iv du iii* acte.
(**) Journal des Savants, janvier 1843, p. 33.
(***) C’est le nom d'on article du Li-li (Mémorial des rites). Il prescrit de» égards et des déférences pour les personnes que le prince appelle. (Lt-ki, chap. intit. KiS-li , 1" partie , p. 43.)
ri , puis du chef des eunuques , Tchin-lin , qui j'ai tant d’obligations. — Il faudra bien que je m’en acquitte. — Réfléchissons un peu, - — J’avais dix ans, quand mon père adoptif m'a préseuté à l’empereur. Chose étrange, Tching-tsong, qui m’observa longtemps, parut touché jusqu'aux larmes. — Interrogé sur ma mère , Tchao-té-fang n'eut pas le temps d'achever son nom, puisque l'entretien fut brusquement rompu par l’impératrice Lieou , qui , se levant avec précipitation , entraîna l'empereur hors de la salle. — A quelque temps de là, Tehin-lsong tomba malade, et , comme il fut très*larmé de cette maladie , il désigna pour son successeur le douzième (ils du prince deTbsou; c’était moi. — Devenu l’héritier présomptif du Irène , mon premier soin fut de visiter tous les dignitaires du palais. L’impératrice Lieou seule refusa de m’admettre à son audience. Enfin, dans le Palais Occidental, j’ai jténélré jusqu à Li-met-jin. Li-mei-jinl d’après ce que l'on m’a rapporté, je crois bien que je suis son Gis ; mais quelle certitude puis-je en avoir? Ma naissance est encore uu secret pour moi. — Maintenant quel'auguste empereur Tchintsoug est monté au ciel , il faut que je gouverne à mon tour. Le régue de l'imperatrice Lieou finit ; le mien va commencer. — Aujourd'hui, tout est sou» ma juridiction. — Après mon audience , j’appellerai le cher des eunuques , et j’aurai avec lui un entretien particulier.
Dans ce monologue , comme dans tout le cours de la pièce, l’auteur ne nous montre rien de ce qu’on trouve dans les Annales. C'est un drame historique d’un genre particulier : caractères des personnages, mœurs, faits, tout est altéré. Il y a même dans l'/fistoire générale du P. de Mailla , qui croyait aux récits des historiographes comme à un article de foi, un trèsbeau portrait de l'impératrice Lieou, et un portrait singulièrement flatté.
La scène où Tchin-lin . chef des eunuques, explique à l’empereur le mystère de sa naissance, et lève timidement tous les voiles qui le couvraient, est la grande, scène du quatrième acte, la scène capitale de la pièce. Parfaitement conduite, elle a été très heureusement imitée par l'auteur du Jeune orphelin de Tchao. Il y a plus de majesté dans la Bolle mystérieuse , plus de pathétique dans Ki-kiun-tsiang.
Ainsi, pendant que Tching-ing parle, l’orphelin s’évanouit :
I/UNIVERS
KWIlHMk
Quoi 1 voua ne comprenez pas encore !
Écoutes : l'homme vêtu île rouge est l'infime ministre Tou-’an-knu , Xcliao-lun est votre aïeul , Tchao so est sotre pere , et la priucesse est «utre mère.
Tuitmt-nî.
O ciel I quoi 1 je suis l'orphelin de la famille de Tchao! Je meurs de colère. ( Tchiag s pei tombe étanoui.)
ti aiau-mo, le relevant.
Mon jeune maître, levruea à nous.
Tcuiao-rai , reprenant set esprit s.
Je suis dévoré d’indigoatiou et de donleur (,*).
Dans la Boite mystérieuse, l'empereur Jiu-tsong est représenté sous les traits les plus nobles. L'auteur lui a maintenu sou caractère pendant le quatrième acte. Toujours maître de luimeme, il conserve uue grande sérénité d'esprit.
Tcniït-Liiv. (Il frappe la terre de son front , se relève , et continue ton récit.)
Li-nirï-jin mit au monde on prince héritier; alors l'impératrice Licou.... (// s'arrête .) Je n’ose pas aclteser.
sm-TsosG, avec calme.
Partez; le fils du ciel vous écoule....
Le drame ae termine par uno scène où Jtn-uong décerne à Li-tneï-jin le titre d’auguste impératrice mère. Pour témoigner publiquement sa reconnaissance, il confère un territoirn au prince de Thsou; il ordonne qu’on élevé un mausolée a keou-trhing-vu et qu’on la place nu nombre des femmes vertueuses de la Chine. Quanta Tchin-lin , il est nommé prince de Pao-ting, et occupe le premier rang dans le conseil impérial et dans la magistrature.
Au résumé, l'Orphelin de la Chine de Voltaire, n’est pas une tragédie du premier ordre, quoi qu'en dise Blair, qui la met, je ne sais pourquoi, apres Zaïre, après Merope, au nombre des cliefs-d’ceuvre de notre poète. Les idée* générales dont elle est remplie, ne sont pas fort heureusement à la portée des Chinois. I,e Jeune Orphelin de la famille de Tchao est supérieur à la Boite
(*) Vojr. l’Orphelin de la Chine , drame en
prose ei en vers , traduit du chinois par Sta-
nislas Julien , membre de l’Institut, p. ne
et ii 3.
mystérieuse ; mais si l’auteur Ki-kiontsiaog a pris à Sse-ma thsièn un sujet plus dramatique, il n’a rien ajouté au récit du grand historiographe, et s’il a emprunté à la Boite mystérieuse une foule de situations, nous devons reconnaître qu’il n’en a perfectionné aucune (*).
L’Orphelin de la famille de Tchao.
Cette pièce, dont nous avons parlé dans l’analyse qui précède, a été traduite pour la première fois par Joseph Prémnre, missionnaire à la Cbinr, et recueillie par Duhalde |**). Kn 1834, M. Stanislas Julien en a publié une traduction nouvelle (***). Si'M. Julien est venu après Prémare, ce serait une injustice que de refuser au savant professeur du Collège de France le très-grand mérite d’avoir, le premier, traduit les parties lyriques du drame, c'est-à-dire tous les morceaux écrits en vers (****).
Lo Trompeur trompé.
Le Trompeur trompé est la plus régulière des pièces historiques du répertoire. Son auteur a gardé l’anonyme, parce que la versification cil est Un peu faible, quelquefois négligée. Il a pris pour sujet l'élévation de Siao-ho et la mort de Uan-sin.
Siao-ho est un personnage historique fort connu. L’an 202 avant J. C., après que le dernier prinre de la famille des Thsin se fut soumis à Liéou-pang, celui-ci devint le maître de l’empire et le
(•) Voy. le Siècle des Yuuén, ou Tableau historique de la littéralurc chinoise , depuis ravétiemelit des empereurs mongols jusqu'à la restauration des Mm;, par M. Bazin, Journal asiatique, eahier de novembre-décembre iS5 f, p. 5a5 à 5|a.
(*') Description de la Chinr , t. Ht , p. V; i et suis. Voy. aussi l'analyse de fetle pièce, avec les jugements de Voltaire et de Frèron , dans la Description de la Chine par l'abbé Grosier, I. Vit , p. 3v»7 et suiv.
(***) Tehao-fh i-àais-eol , ou l'Orphelin de la Chine, drame en prose et en vers* accompagné des pièces historiques qui en ont fourni le sujet , de nom elles et de poésies ehinoiaes, traduit par M. Stanislas Julien, membre de l'Iuatitut; l’iris, i834, 1 vol. in-$°.
(****) Voy . le Journal asiatique, cahier de novembre-décembre i85i, p. 543,
premier chef de la dynastie des Han, sous le titre de Kao-lioang-ti. Comme les empereurs des Tcheou, il établit le siège du gouvernement à Lo-yang, où il tint sa cour, et honora du titre de premier ministre un jeune lettré, qui s’était attaché à sa fortune, et dont le nom était Siao-ho.
Han-sin est un des plus grands capitaines de l’antiquité. Originaire de Hoaï-yn, néd'une famille pauvre, obligé de mendier son pain, il s'enrôla, comme volontaire, daus le temps de la rivalité de Yang-biu et de Lieou-pang, quitta le premier |>our passer au service du second, obtint au concours le généralat, et fut nommé roi deTlisi par l'emprreur Kao-lioang-ti.
Siau-ho aima d’abord Han-sini il avait même contribué à son avancement; mais plus tard, se laissant séduire aux instixations de l’impératrice, qui lui répétait sans cesse : • Excellence, quand le gibier est tué, les armes sont inutiles ; lorsque l'empire jouit d’une tranquillité profonde , qu’a-t-on besoin des anciens généraux ?» il adopta les maximes de cette politique barbare, dépouilla Ilan-sin de son royaume et concerta sa perte avec un officier du gouvernement, appelé Soui-ho.
lin tel sujet, qui a été traité tant de fois, ne laissait pas d'offrir quelques difficultés, et meme plus d’un ccueil ; mais fauteur ne nous montre pas précisément ce que nous trouvons dans les annales ; car en relisant 1rs pages que le savent jésuite de Mailla consacre au general Han-sin et au ministre Siao-ho, j'ni trouve que les historiens de la Chine mettaient d’un côte tout 1 intérêt , et de l'autre tout l’odieux.
Dans cette pièce, au contraire, l’auteur cherche à relever le caractère du premier ministre. Siao-ho a de la sensibilité, de la loyauté ; il croit véritablement à une conspiration , et dans le quatrième acte, quand il apprend que Hao -sin «tait innocent, il témoigné un grand repentir. Ajoutons à cela que le principal personnage du drame est Koiiaï-wén-thong , ami particulier de Han-sin. O personnage, qui pour découvrir les pièges que l’on tend à son ami, contrefait l'insensé dans le premier et le second acte, et finit par tom-
ber à son tour dans les embûches de Soui-ho, est éminemment dramatique, attache encore après la mort de Hansin , et donne à la pièce un caractère tout à fait singulier. Enfin , dans ce que l’auteur a emprunté des annales, rien ne parait être d’emprunt, tant les incidents sont curieux, tant il y a d’originalité dans les scènes (**)
Sié-jin-koueï.
Sié-jin-koueï, pacificateur de la Corée sous les Thons, après plusieurs années d'une guerre malheureuse, est un personnage éminemment historique. Fils d'un cultivateur de Long-men , dans l'arrondissement de Kiang-tebeou , il devint gouverneur général des royaumes de Kiu-tsru, de Yu-thièn (Kbotan), de Yen tchi et de Soulé (Khaehgar). On trouve sur Sié-jin-koueï quelques pages intéressantes dans l'Histoire generale de la Chine ; mais il n'y est pas fait mention du trait particulier qui a fourni à la courtisane Tchang-koüepin le sujet de ce drame.
Le prologue nous introduit dans la ferme de Long-men. où habite un honnête cultivateur appelé Sié, avec sa femme dont le nom de famille est Li.
Sié n'a qu'un fils, c’est Sié-jin-koueï, et une bru, Li-ciii. Son fils, comme Ssetain, dans le Choui-hou-tchouen, est un jeune homme qui n’a jamais voulu se livrer eux paisibles travaux de l'agriculture; il n'nime qu’à faire des armes, à tirer de l'arc et a lire les grands traités de l'art militaire, tels que le San-ltô et le LoH-thao. Or. un jour qu'il s’exer-
Siit à lancer des flèches sur les rives u Yang-lseu-kiang, il apprend que dans I arrondissement de Kiang-tcheou on vient de publier un décret de l’empereur (Kao-tsong), qui appelle aux armas un corps de volontaires. C'était le temps Où l'indépendance de la Chine était menacee par les Coréeos. Tout à coup, il conçoit le projet de s'enrôler comme volontaire, et retourne à la maison pour solliciter le Consentement de son père et de sa mère. Le père se montre d’abord fort opposé à ce projet; il
(*) Journal asiatique, cshier d« fèvriormara i85i, p. aoî.
L’UNIVERS
a un secret pressentiment de la misère ui lui est réservée. « Nous sommes ans le déclin de l'âge, ta mère et moi. S’il t’arrive quelque malheur, à qui veux-tu que nous nous adressions pour avoir des secours?» Mais Sié-jin-koueï s’arme d’un argument irrésistible; il invoque l'autorité de Confucius, cite le Hiao-king, et obtient enfin l’agrément de ses parents. Il part pour l'armée; son épouse, Lieou-chi, l'accompagne jusqu'aux portes du village. Ce prologue vaut mieux que le drame ; la marche en est rapide, le dialogue naïf et touchant. La droiture et la probité du père, la confiance de la mere, le courage et le patriotisme du fils, le dévouement de la bru, qui n’objecte aucune raison et ne parle que de ses devoirs, tout est peint avec autant de chaleur que de vérité.
Au premier acte, la scène est dans le palais du roi de Corée. Le caractère altier, jaloux et entreprenant de Kaotsang est parfaitement conservé dans cette scène. A la nouvelle que l’empereur Taï-lsong des Thang venait d’expirer, après vingt-trois années de règne, et que le prince héritier allait prendre possession du trône, il appelle Ko-souwen, commandant en chef de l'armée coréenne, et lui adresse ces paroles :
« Général, depuis le jour où Khi-tseu fut nommé par Wou-wang souverain du royaume de Corée , que de monarques se sont succédé les uns aux autres ! Cependant il existe encore aujourd'hui seize royaumes qui relèvent delà Chine, seize rois qui, chaque année, offrent à l’empereur des Thang un tribut avilissant. La Corée, seule, indé-
Ç'ndantcet libre, n’est pas soumise aux liang. Général, je viens d'apprendre à l’instant que l’empereur Taï - tsong vient de mourir. Évidemment, l'ancien empire des Thsin tombe en décadence.
Ou sont maintenant ses généraux expérimentés ? C’est un pays à conquérir. Je veux que vous vous mettiez à la tète de cent mille soldats, que vous traversiez le fleuve Ya-lo-kiang, et que vous battiez les Chinois. » Ko-sou-wen obéit; mais la guerre a tes faveurs ainsi que ses disgrâces.
Nous voici transportés dans un camp de l’armée chinoise. Siu-meou-kong ,
prince du royaume de Yng, ministre de l’empereur Kao-tsong, lit un rapport du général Tchang-sse koueï. Celui-ci informe le ministre qu'il a présenté la bataille aux Coréens, sur les bords du Yalo-kiang; qu'il s’est avancé du côté de la viile de Liao-toug, l'a emportée de force, et a jeté par cette action une si grande épouvante, que le desordre s’est mis dans les rangs des Coréens, dont l’armée a été taillée en pièces. Tehangsse-koueï signale particulièrement dans son rapport un jeune officier, nommé Sié jin-koueï, qui s'est couvert de gloire, et il sollicite pour lui une grande récompense.
Or, ce rapport était infidèle, et Siumeou-kong, chargé par l’empereur de distribuer les récompenses, ne tarde pas à apprendre que la victoire était fort incertaine, que Tchang-sse-koueï lui-méme se trouvait étroitement cerné par les Coréens, lorsque Sié-jin-koueï s’élança, sans hésiter, au milieu des soldats, et par son courage sauva la vie du commandant en chef ; qu’après cette action généreuse, il décocha trois flèches, avec lesquelles il tua trois officiers supérieurs des Coréens, poursuivit l'ennemi qu’il avait déconcerté , et remporta la victoire. Telle est l'origine de la querelle deTchang-sse-koueï et de Sic-ji n koueï, qui fournit à l’auteur le sujet de la grande scène du premier acte. Il se présente ici quelques remarques à faire. Le récit qui précède ne parait pas tout à fait conforme à la vérité historique. D’après l'Histoire générale de la Chine, ce ne fut pas contre les Coréens, mais sept années plus tôt contre les Tartares, que Sié-jin-koueï décocha trois (lèches, avec lesquelles il tua trois officiers. Il n’était pas non plus sous le commandement de Tchangsse-koueï, et j’incline à croire que Tching-sse-koueï n’est dans la piece qu'un personnage d'imagination. Toutefois, au moyen de cet anachronisme, la scène principale , indépendamment des beautés qu’elle renferme, acquiert un autre mérité : elle conserve un des traits caractéristiques sous lesquels les historiens nous représentent Sié-jinkoueï, qui était, comme archer, l’homme le plus habile de son siècle.
Un messager de l’empereur arrive ;
Tchang-sse-koueï soutient avec persévérance nue c'est lui qui a décoché les trois flèches ; il dispute à Siè-jin-koueï le prix de la victoire. Le messager, pour vider la querelle, ordonne un concours entre les deux prétendants. Cette épreuve humilie profondément Tchangsse-koueï :
« Quoi ! s’écrie-t-il , le généralissime des armées impériales concourir avec un soldat qui, naguère encore, labourait le champ de son père!... — Ah!
général , interrompit le messager, vous ne vous souvenez donc plusdeTchu koliang; il labourait aussi, il sarclait son champ, et, dans la même année, l’emereur le visita trois fois dans sa caane. » Sié-jin-koueï tire le premier ; il lance successivement trois flèches qui atteignent le but. Tohang-sse-koueï est frappé de stupeur ; il interroge du regard le messager de Kao-tsong; il hésite, demande un autre arc, soutient qu'à cent pas le but est trop éloigné ; il se décide pourtant à tirer, tire trois fois, et manque trois fois le but. Un soldat proclame le résultat du concours. Tchang-sse-koueï est condamné à l'exil.
Dans l’intervalle qui sépare le prologue du second scte, dix ans se sont écoulés. La scène est transportée dans le village de Long-men , ou les pressentiments du père de Sié-jin-koueï s’accomplissent. Les deux vieillards sont réduits à la plus extrême misère, malgré le dévouement de Li-chi, qui, « toujours levée de bonne heure, se couche fort tard, » dit sa belle-mère. Enfin Sié-jin-koueï revient; mais à peine at-il franchi le seuil de la porte, que Tchang-sse-koueï arrive à son tour, escorté d’un bon nombre de soldats, muni d’un ordre du gouvernement et chargé d’arrêter, ou nom de l'empereur, Sié-jin-koueï, comme coupable d’avoir déserté le service et l’armée.
Comment cela se fait-il ? Tout à l’heure, à la fin du premier acte, nous avons vu Tchang-sse-koueï partir pour l’exil.
Quelle invraisemblance ! Mais il n’v a pas de théâtre sur la terre où l’on sacrifie les vraisemblances avec autant de facilité que dans le théâtre chinois.
Sié-jin-koueï est contraint de se remettre en route. A quelque distance
de la capitale, il rencontre Siu-meoukong, prince de Tng, auquel il raconte l'histoire de ses malheurs, et comment, animé du sentiment de la piété filiale, il a quitté le service sans congé, pour revoir encore une fois son ère et sa mère. Le prince s'intéresse
Sié-jin-koueï, lui donne sa fille en mariage, et présente pour lui une supplique à l’empereur. Ici finit le second acte.
Le troisième est monotone et da genre de ceux qui attristent beaucoup plus qu’ils n'intéressent. C'est la fête des morts. Un villageois et une villageoise préparent des viandes pour accomplir les rites sacrés sur les tombeaux de leurs parents. Ils emportent avec eux du vin et des gâteaux. Avant d'arriver aux sépultures, ils aperçoivent sur la route un cortège nombreux, magnifique. Ce cortège est celui de Sié-jin-koueï, qui revient pour la seconde fois dans son pays natal, avec sa nouvelle épouse, la fille du prince de Yng. Sié-jin-koueï s’arrête et interroge sur sa famille le villageois, qu'il reconnaît. Le langage poétique et recherché que l'auteur prête au 'villageois quand celui-ci cherche à peindre les souffrances du pere et de la mère est tout à fait contraire à la vérité; mais ce qui nuit le plus à ce tableau, c’est qu’on n'aperçoit aucun mouvement de sensibilité dans Sié-jin-koueï : il a l'air d’un juge qui procède à un interrogatoire. Cest assurément une faute trèsgrave; on s'en étonnera d'autant plus, si l'on songe que ce drame a été écrit par une femme.
Le quatrième acte se divise en deux parties: dans la première, après la scène de la reconnaissance, Sié-jin-koueï exprime le bonheur qu'il éprouve de se voir au milieu de son père, de sa mère, et de ses deux femmes ; dans la seconde, il est élevé au comble de la gloire, des honneurs et de la fortune. Kao-tsong décerne à Sié-jin-koueï le titre de prince et à Lieou-chi le titre de princesse de Liao ; le père et la mère de Sié-jin-koueï, qui étaient tombés dans la pauvreté, reçoivent un présent de cent livres d'or. Quant à la fille du prince de Yng, elle devient la seconde femme de Sié-jin-koueï , ou , comme
L’UNIVERS
elle le dit elle-même, ia servante île la princesse, et parait fort contente (*).
La Chute d» feuillet du Ou-thong.
La Chute des feuilles du Ou-thong est le monument du Youên-jin petchong ( Répertoire des Youén), et peutêtre celui du théâtre chinois. Cette pièce a pour sujet la révolte du Tartare Ngan-lo-chan contre l’empereur Hiouéntsong, des Thang (l'an 755}.
Indépendamment de Hiouên - tsong , qui a le principal rôle, de Ngan-lo-chan, de Kao-li-sse, de la concubine impériale Yangmeî-feï, on trouve encore une foule de personnages accessoires bien assortis. La peinture curieuse des caractères et des moeurs, l’intérêt de l'intrigue et l’élégante simplicité du style mettent la Chute des feuilles du Ou-thong au rang des meilleures compositions chinoises (**).
Sou thiln transi de froid.
Sou-tlisin, dont le P. de Mailla fait un philosophe (**’), vivait dans la période des guerres, appelée Tchen-ltoùe (875 à 230 avant JL C). Originaire de Lo-yang, lits d'un cultivateur, il était très-verse dans la lecture, et surtout très-haltile dans la politique. Il offrit ses services au prinue de Thtin, et lui proposa un système d'administration dont le prince ne Ut aucun cas. Pour se venger d’un tel alfront, Sou-tlisin organisa inutilement contre iet Thsin la fameuse ligue des princes de Han, de Weï, de Yen, de Thsi et de Thsou.
Devenu plus tard premier ministre du
firince de Yen , Sou-thsin, qui aunait es femmes, abusa de la contisnce de son maître et fut contraint de se retirer dans les Étais de Thsi.
Une légende labuleuse, rapportée par Gonçalvez (****), a fourni le sujet de ce drame. Le jeune Sou-thsin, fort appliqué à l’étude (****•) et ne voulant pas
(*) Yoy. le Siècle des Youén , Journal asiatique, cahier d'avrilunai i85t, p. 3a5 et «uiv.
(**) ld. . ibid. , p. J ta et 333. '
{**•) Voy. l'Histoire générale de U Chine, 1. 11 , p. a8a et aiiiv.
(**’*) Aile Cliiua ; Macao. 18*9, p. 356. (""*} Ils'jr apfJiquail avea Unt d’ardeur,
cultiver la terre, part, malgré les avis de son père et tous les obstacles, pour la capitale, dans l’espérance d'y trouver un emploi. Tombe dans une misère extrême, il revient bientôt sous le toit paternel. Il en est chassé ignominieusement , à cause de* sa pauvreté. Southsin avait pour frère adoptif un ancien compagnon d'étude, nommé Tchang-y, homme d'intrigue, qui avait gagné les bonnet grâces du prince. Il se présente à son frère transi de froid (*), couvert de haillons, manquant de tout.
L’ingrat Tchang-y, au lieu d'accueillir Sou-tlisin, ordonne à ses domestiques de le conduire dans sa glacière, où il lui fait subir tous les genres d'humiliation. — Au quatrième acte , Southsin, élevé presque subitement au comble des honneurs et de la fortune, revient pour la seconde fois dans son pays natal, mais avec des habits brodes, avec un cacliet d'or suspendu à sa ceinture ; son père, sa mère, sa femme, sa belle-sœur et Tchang-y lui-même s'apprêtent 0 le complimenter ; il refuse d'abord de recevoir ses parents; puis, il leur adresse des réprimandes sévères; puis, il se laisse fléchir et pardonne.
La moralité de cette pièce est simple et frappante , la grande scène du troisième acte semée d'heureux traits. Si l'on est fondé à reprocher quelque defaut au quatrième acte, c'est de rappeler trop exactement les retours de fortune de plusieurs personnages dramatiques du répertoire ; mais il faut savoir gré à l'auteur de s’ëtre tenu en garde conire cet étalagé de sentiments vertueux et contre ces insipides tirades ui étaient encore à la mode sous la ynastie des Youéo (**).
Le Petit Commandant.
Lieou wnu-tl , des Thang, fils de Lieou-ki-trhin , n’avait que trois ans, lorsqu'il fut recueilli charitablement par un homme obscur, appelé Yu-wen-
dtt la légende , que, quand te besoin du sommeil lui faisait hocher la télé , il se piquait les cuisses svec une aiéne.
(') De là le lilre de la pièce.
(") Siècle des Youén, Journal asiatique, avril-mai 1 8 5 1 , p. 335 el miv.
king. Devenu habite dans l'art militaire, nommé lieutenant général sous le règne de K.ao-tsang. il présente une bataille aux Tartares du nord, la gagne, et fait une multitude de prisonniers, au nombre desquels se trouve le chef de l’armée turtare. Après un entretien avec celui-ci, Lieou-wou-ti est obligé de reconnaître son père dans le commandant qu’il a battu. Accablé de tristesse, il quitte le théâtre de sa valeur et s’en retourne à la cour. Tel est le sujet de ce drame historique. Ce n’est pas le plus parfait des ouvrages qui nous ont été transmis par les écrivains des Youén; il ne vaut pas Sié-jin-koueï; la reconnaissance du père et du fils n'est pas amenée avec beaucoup d’art ; toutefois, le fond en est attachant, et la manière dont l’auteur anonyme a peint les mœurs des Chinois et des Tartares au septième siècle ne manque pas d’un certain intérêt (* (**)).
Ou youén jouant de la flûte.
Ce magnifique drame, qui a pour sujet la mort de Feï-wou-ki, oflre le tableau du règne de King-wang et le récit des événements les plus mémorables de l’époque. Toutes les circonstances qui se rattachent au supplice de Wou-ki sont décrites par le poète avec les couleurs les plus vives. Comme dans Tlisou-tchao-kong , on y trouve ce qui manque à l'histoire officielle, la peinture des mœurs du temps où vivait Confucius (car FeT- wou-ki était contemporain de ce philosophe), lr vrai caractère des actions, la physionomie des personnages et une fouie de details plein* d’interét (*•).
La Route de Ma-ling.
Les événements sur lesquels cette pièce historique est fondée comprennent un espace d’environ douze ans ; l’action commence avec la grande querelle de Hoeî-wang, prince de Weï, et de VVeî-wang, prince deTbsi , l’an 853 avant l’ere chrétienne; elle se termine, l’an 311, par la défaite et la mort de Pang-kiouèn, commandant des troupes,
(*) Siècle des Youén , Journal asiatique , avril- niai ifISi, p. 36i et 36».
(**) Id., ibid., p. 3?5 et 376.
dans les Etats de Weï. L’auteur anonyme qui a donné à ces événements une forme dramatique singulièrement remarquable, avait probablement trouvé dans les chroniques, dans les mémoires ou dans les biographies, une foule de circonstances dont les annales ne parlent point. Il ajoute au récit des événements la peinture des mœurs. L’histoire de la rivalité de Sun-pin et de Pang-kiouèn présente un tableau naïf, intéressant et varié (*).
La Pagode du ciel.
Yang-king, le principal personnage de ce drame, offre quelques traits de ressemblance avecllamlet, quoique l’auteur ne soit point le Shak-peare de la Chine, et que la Pagouc du ciel 11e soit rien moins qu’un bon drame. Cet auteur, qui a sagement gardé l’anonyme, était à peine un homme d’esprit; il a indiqué des caractères, des situations; comme la plupart des écrivains dramatiques de son temps, il u'a fait qu’une esquisse et n’a rien approfondi. On trouve probablement dans les annales des Thaug l’aventure qui a fourni le sujet de la pièce.
Acra I. — Scène 1.
Monologue de Yang-king. La scène est dans la forteresse de’Wa kiao. Des soldats montent la garde autour de la forteresse.
Yang king est le sixième fils de Yangling-kong, commandant en chef des armées impériales sous les Thaug. Après s’être distingué lui-même dans les emplois militaires, il a obtenu des grades et des dignités. Comme général, il a le gouveruement de trois grandes forteresses, de la forteresse de Soui-tching, dans l’arrondissement de Ltang-tchcou, de la forteresse de Y-tsin, et de la forteresse de Wa-kiao, dans l'arrondissement de Hiong-tcheou.
Yang-kiog attend aiec impatience le retour de son frère Meng-lang, chargé d’inspecter les postes de la frontière.
Cependant la nuit Commence è tomber ; il demande une lampe qu’un soldat lui apporte; mais après les fatigues de la
(*) Siècle des Youén, Journal asiatique, juin 1 85 1 , p. 5o3 et 5o*.
L’UNIVERS
journée, il se trouve appesanti et cède au sommeil.