LA SUIVANTS
Venez, venez par ici. (Elle conduit le messager dans la chambre de sa jeune maltresse.) le messager , apercevant Thsièn-niù.
La belle personnel comme elle ressembla à madame; c’est à s’y méprendre. (A Thsiènniù.) Voici une lettre du seigneur Wang, mon maître.
tbmèw-niô, lisant.
« A Madame Li. « Voyous donc : « Capitale , hôtel du gouvernement. — Wang , votre gendre, premier lauréat du concours, se prosterne humblement à vos pieds. Il a l’honneur de sous informer que, après avoir monté les degrés du palais impérial , il s'est placé tout d’un coup au premier rang des docteurs. Il a obtenu le grade éminent de tchoangyouêti, et n’attend plus qu'une notification officielle pour retourner avec sa fiancée dans votre noble demeure. Il implore dix mille fois votre miséricorde. — Missive confidentielle. » Ainsi donc, il épouse une autre femme! O ciel, j’en mourrai d’indignation! ( Elle tombe évanouie.)
la suivante , la relevant .
Mademoiselle, reprenez vos esprits. (Thsiènniù revient de son évanouissement.) C’est la faute de ce vilain messager. (La suivante frappe le messager.)
i.e mkvsager , quittant t appartement.
La belle commission ! Au fond, mon maître a tort. Ab , monsieur, que vous épousiez nne autre femme, encore passe; mais qu'aviez-vous besoiu de m’envoyer ici avec une lettre? Je me disais : C’est sans doute un compliment qu’il adresse à sa famille. Oh oui, c était pour divorcer.... La pauvre fille! j'ai failli la faire mourir de colère. Ajoutez à cela que U suivante iu’a battu. Au fond, mou maître a tort , mon maître a tort !
Ici finit le troisième acte, qui contient des morceaux lyriques d’une grande étendue et d’une grande beauté.
De tous les auteurs dramatiques de la dynastie des Youén, Tching-të-hoeï était le plus exercé dans l’art d’écrire en vers. Il a montré, par la Soubrette accomplie , qu’il pouvait s’élever jusqu’au genre de la comédie; et 6*il y a plus de délicatesse et de grâce dans cette dernière pièce, on trouve dans le Mal d'amour , malgré l’étrange économie du plan . beaucoup plus de uaturel et de sensibilité.
Au aualrième acte, Wang-seng revient dans son pays natal , avec celle qu’il prend toujours pour Thsièn-niù.
U sc présente a sa belle -tnere, affligé, contrit de tout oc qu'il a fait ; il demande pardons sur pardons ; il se met à genoux.
madame u , avec étonnement.
Je u’jf comprends rien; quelle faute avezvous donc commise?
waho-uho.
Ah, madame, je n'aurais pas dû emmener votre noble fille avec moi , sans votre permission.
■ ADAMS I.t.
Ma fille I elle esl toujours restée dans sa chambre ; elle est malade.
wano-simo.
Comment ! elle est malade ? La voici. (Ifon. tram celle qu’il avait amenée.)
madame u , saine tt effroi.
C'est un esprit, c'est un esprit (koueï).
Une scène d'explication a lieu. On conduit l'esprit de Tlisièu-niù dans la chambre de la jeune lille. Cet esprit, apercevant son corps, y rentre avec précipitation ; la belle forme qu’il avait revêtue disparait au même instant.
Tout obstacle est levé ; et, comme rien ne s'oppose aux impatiences des deux amants, la pièce se termine par le fes- .tin nuptial de Wang-sang et de Thsiènniù (*).
La Songe de Liu-thong-pin.
Le Songe de liu-thong-pin est un sujet tao-sse. La première scène est dans le ciel , et le théâtre représente un cabinet de travail ( tcliaï ), le cabinet de Tong-hoa-ti-kiuu ou du Souverain de la fleur orientale. Tong-hoati-kiuu n'est pas un dieu oisif, spectateur indolent des choses humaines, comme parle Massillon ; il est très-occupé, car il examine chaque jour les rapports des esprits qui président aux cinq moutagnes sacrées, parcourent l’univers, et observent les aetions des hommes. Pour se délasser d’une Ionue application, le dieu quitte son cainet et abaissa ses regards sur les contrées inférieures. Il est frappé de la sérénité de l’air. C'est qu'il existait alors, dans la ville de Ho-nan-fou , un
(*) Le Siècle des Yoaéu, Journal Asiatique, juin »8»1, p. 407 à Son.
jeune bachelier, dont on pouvait renouveler la nature et sanctifier l'esprit. Son nom de famille était Liu . ton surnom Yen, et son titre honorifique Thong-pin. Le Souverain de la fleur orientale ne perd pas tin moment ; il charge un grand anachorète, Tcliingang-tseu, de convertir Liu-thong-pin la foi et au culte des Tao-sse". Cet anachorète était du nombre de ceux que les Chinois appellent Sièn (immortels). 11 habitait sur une montagne, cultivait l'alcluuiie, opérait à volonté des métamorphoses et ressuscitait les morts. Originaire de llien-yaug. heritier d'un grand nom , il s’était illustré lui-méme dans la carrière des lettres et dans la carrière des armes.
Appelé au commandement des troupes, sous les Han , il avait gagné des batailles. Plus tard, après avoir distribué son bien aux pauvres, il s’était retiré à Tchong-nan-chan, où il avait trouvé le Souverain de la fleur orientale rt acquis l 'intelligence du tao ou de la vraie voie.
Nous quittons le ciel. La seconde scène du prologue nous ramène sur la terre et nous introduit dans l'hôtellerie
de Hoang-hoa , à quelque distance de Han-than. Cette hôtellerie est une maison enchantée, et l’hôtesse n’est rien moins qu’une femme : c’est un esprit (sièn). Le bachelier Liu-thong-pin arrive, monté sur son âne, et portant l’é-
f»ée des lettrés. Il s’arrête , entre dans 'hôtellerie ; mais comme il est pauvre, il demande à l’hôtesse du millet jaune ( hoang-liang), pour apaiser sa faim.
Il est bientôt suivi de Yang-tseu. Le vénérable aspect du religieux fait sur Thong-pin une impression profonde:
« Oserais-je, dit celui-ci, vous demander quel est votre nom ? » Peu à peu, la conversation s’engage, et Yang-tseu, fidèle à sa mission , cherche à convertir Liu-tbong-pin.