‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 199 sur 292 · TAM-TUO · texte numérisé non relu

TAM-TUO

La réputation, la fortune, les dignités, voilé donc tout ee qui occupe voire cirur. Ce sont U des choses qui vieillissent el périssent. Bachelier, vous ne pensez pas à vos fins dernières. Vous ne comprenez rien à la vie, rien à la morL Suivez mes conseils, renonças au mande.

L’UNIVERS

THOno-rm.

Docteur, je crois que tous êtes fou. — Le fils du Ciel appelle à 1a capitale tous les hommes de talent , je veux concourir. Quoi! j'aurais étudié le Wèn-lchang avec tant d’ardeur pour devenir.. .. Tao-sse ! Où serait le fruit de mes veilles? Dites-moi, docteur, quels sout donc vos plaisirs?

, TAWG-TSIC.

Les plaisirs des religieux ne ressemblent pas aux plaisirs du monde.

TBOBG-PIÏ*.

Mais enfin , quels plaisirs avet-vous ?

TAIfG— TSTO.

Est-ce que vous ne savez pas (Il chante) « que dn haut du mont Kouen-lun (séjour des immortels), nous cueillons les étoiles; que, sur le mont Taï-chan, le sable que nous ramassons est du sable d'or. Là, le ciel n’a pas plus de deux à trois pouces de hauteur, et la terre ne parait pas plus grosse qu’un poisson. Quand une fois l’homme s’est identifié avec leTao.... *

Taoao-rxa, C interrompant.

Voilà un laDgage bien fastueux. yabo-tsbu, continuant.

- Il vit éternellement, et ne vieillit pas. Il connaît la vérité, dompte les dragons , soumet les tigres. »

L’anachorète trace à sa façon le parallèle de la vie mondaine et de la vie religieuse. Il règne dans ce tableau un sublime de mythologie chinoise qui approche de l’extravagance. C’est le mélangé le plus bizarre d'opinions fantastiques, de traditions populaires et de métaphysique subtile. Les allusions nombreuses qu’on y trouve ne sout qu’un fort mauvais remplissage. On a lieu de s’en étonner, si l’on songe que l’auteur, Ma-tchi-youên, qui sciait essayé dans tous les genres de poésie avec un grand succès, passe pour un excellent versificateur. — Pendant que Yang-tseu enumère tous les biens et tous les plaisirs dont jouissent les immortels, Liu-thong-pin s’endort.

L’anachorète décide que le sommeil de Thong-pin durera dix-huit ans, et quitte l’hôtellerie de Hoang-hoa; mais, à peine est-il parti, que Thong-pin se réveille; il adresse quelques paroles à l’hôtesse, prend son âne, et se remet en route sans avoir mangé.

Dans l'intervalle qui sépare le prologue du premier acte, dix-sept ans se sont écoulés. Liu-yèn (Liu-thong-pin)

s’est présenté au concours des docteurs, et a obtenu la première place; puis au concours militaire, où il s’est distingué. Nommé commandant de la cavalerie, il a épousé Thsoui-ngo, fille unique de Kao, gouverneur du palais impérial. Thsoui-ngo est une jeune femme d’une grande beauté, et Liuthong-pin a de son mariage avec elle un fils et une fille. Or, c’est dans le palais du gouverneur que le premier acte nous introduit. On apprend alors qu’une grande insurrection a éclaté dans le pays de Thsaî-tcheou ; que les insur-

fiés répandent partout la terreur; que e fils du ciel ordonne à Liu-yèn (Thongpin) de se mettre à la tête des troupes et d’étouffer la révolte. Thong-pin arrive dans le palais pour prendre congé du gouverneur ; mais , comme tout est fantastique dans la pièce, le gouverneur n’est pas Kao, c'est l’anachorète Yangtseu sous les traits du gouverneur. Celui-ci adresse à son gendre des recommandations très-sévères , lui retrace les devoirs d'un général d’armée, et lui-ci offre, suivant l’usage, le vin du départ; Thong-pin en boit une tasse et se trouve tout à coup indisposé. C'était pourtant du vin de Yang-tcheou.

« Thong-pin, dit alors le gouverneur, suivez mes conseils; abstenez-vous de l’usage du vin, puisque le vin est pernicieux à votre santé. — Je n’en boirai plus, répond le gendre; j’en fais le serment. » Ce serment est le premier des vœux que prononce Thong-pin.

Au deuxième acte , Kao , le gouverneur du palais impérial, succombe à une maladie aiguë. Cet événement ne fait aucune impression sur Thsoui-ngo, dont l’âme est agitée par les passions. Profitant de l’absence de son époux , elle entretient avec Weî-che. fils du président d’une cour souveraine, les relations les plus criminelles. — D'un autre côté, Liu-thong-pin, chargé, comme on l’a vu, de réprimer l’insurrection de Ou-youen-thsi , avait présenté la bataille aux insurgés et remporté la victoire; mais, pendant que Thsoui ngo s’abandonnait à l’intempérance de ses désirs, Thong-pin, plus coupable encore, se livrait a tous les excès pour assouvir sa cupidité. Il vend le territoire , les champs qui ont

été. le théâtre de son patriotisme et de sa valeur; il reçoit trois boisseaux de perles, une immense quantité d’or; et, charge de ce honteux butin , il s’en retourne dans le palais du gouverneur.

Un châtiment cruel l’y attendait. Et d’abord il est frappé du silence qui règne partout. «Ma femme, pense-t-il, s’est ensevelie dans la solitude. — Où est donc le vieux domestique? — Je ne vois personne ! — Entrons dans cette chambre à coucher; mais... j’entends du bruit. Écoutons. »

■raaom-wfto.

Que le vin me semble bon , quand je le bois avec vous I

WU-CHl.

Si Liu-yeu (Thong-pin) meurt sur le champ de bataille , je vous épouse.

i.iü-thoho-jus, à part.

Le scélérat !

thsoui-sgo, riant.

Ah , ali , si pour mon bonheur Liu-yén venait à mourir, mou choix serait bientôt fait.

Lm-TBÔwo-elN, étouffant tir colère.

J’enfonce la porte. {Il enfonce la porte; W ei-che et Thsoui-ngo sont consternés tf effroi.)

WXÏ-CHE.

Je suis pris. Sautons par ta fenêtre. Courons , courons , courons. (// saule par la fenêtre , et oublie son bonnet.)

Llu-TBouo-PfK, entrant dans la chambre .

L'amant est parti! ( A Thsoui-ngo.) Qui est-ce qui buvait du vin avec vous r

TBSOÜI-HGO.

Personne.

LIO-THOTIO-PIH.

Personne; et à qui ce bonnet?

wcï-cue , dehors, et mettant te nez à la fenêtre.

Mon frère (ko-ko), c’est à moi. {il se sauve.)

Voilà, sans contredit , un amant bien bouffon. Thong-pin ne dissimule pas sa rage; et, dans le premier accès d’une jalousie trop fondée, il veut poignarder sa femme; mais l'anaehorète vient au secours de celle-ci. Yang-tseu se présente sous les traits du Youénhong , ou du vieux domestique de la maison ; il intercède humblement pour la fille de son maître , et implore à genoux la clémence de Thong-pin. Cette scène est, sous le rapport de l'exécution,

d'une beauté vraiment remarquable, et le rôle du vieux domestique est soutenu d'un bout à l'autre avec une grande perfection. Il y a dans les paroles du vieillard une sensibilité douce, naïve, touchante, qui finit par pénétrer jusque dans l’âme émue de Thong-pin. L’époux fléchit et pardonne. Toutefois, cet acte de miséricorde, quel qu’en soit le mérite, ne le sauve pas de la vengeance des lois. On instruit son procès. Le général Liu-thong-pin, déclaré coupable d'avoir vendu le champ de bataille , d'avoir reçu de l’argent et d’avoir abandonné un poste militaire, est condamné à subir la mort par décapitation. La procédure est transmise au conseil pour avoir le prononcé définitif de l’empereur; et, comme Thongpin avait rendu des services à l'État, l’empereur, usant d’indulgence, condamne le général au bannissement.

Tombé dans le malheur, Thong-pin se livre à de sérieuses réflexions sur sa conduite. On voit que le temps s’approche où il devait changer de croyances. Il avait déjà fait un vœu; (I en fait un second, le vœu de pauvreté; puis un troisième, car il remet à sa femme un acte de divorce, et embrasse la chasteté. Thsoui-ngo est au comble de la joie. Cependant un officier de police arrive avec des archers : l’épouse infidèle réclame ses enfants et veut les garder; Thong-pin s'y oppose.

TaoBo-riH.

Ils me suivront. — A qui doue voulez-vous que je confie mon fils et ma fille?

TBSOOI-NOO.

A moi. Si vous avez violé les lois de l’État, est-ce que cela nous regarde?

Thsoui-ngo veut arracher ses enfants des bras de Thong-pin. Alors un combat corps à corps s’engage entre Thongpin, Thsoui-ngo, le fils, la fille et le chef des archers, qui frappe tour à tour sur le mari, la femme et les enfants. C’est une scène tout a fait ridicule. Le chef des archers y met fin , en adjugeant à Thong-pin les enfants qu’il emmene avec leur père.

La première scène du troisième acte nous représente le principal personnage du drame, dans le moment où ses gardes, fatigués de l’office inhumain

L’UNIVERS

dont ils sont chargés, l'abandonnent nu milieu d'une plaine déserte; scs pieds sont nus , ses vêtements en lambeaux. Il tombe avec ses deux enfants dans la faim et le désespoir. Ici l'unique objet de Ma-tch i-youén est d’émouvoir la multitude par le spectacle de la souffrance et de la famine. De telles scènes produisent toujours beaucoup d’effet à la Chine. Comme les hommes n'y sont pas à couvert de l'épouvantable fléau de la faim, ils ont plus de pitié, plus de commisération pour ceux qui en souffrent; puis, il faut convenir que les auteurs dramatiques des Youen excellent a dépeindre la famine avec toutes ses douleurs et toutes ses angoisses. — Pendant que son fils et sa fille poussent des cris déchirants, Liu-tliong-pin aperçoit un bdchrron qui vient au-devant de lui.

Ce hdclieron est Yang-tseu , l'anachorète, auquel Thong-pin raconte l’histoire doses malheurs; il lui demande son chemin (tao). Il y a dans le Songe de Lia- thong-pin autant de ualembours que dans les drames de Sliakspeare.

u vaux ■écHinos.

Puisque vous uc connaisse/ pu, le Tao (voire chemin), je vous parlerai du Tao (de la doctrine des Tao-sse); je sous transmctlrai le Tao (la doclrine); je vous montrerai le Tao (le chemin).

i.rt;-TH0NG-prv.

Je ne comprends pas.

LE FAUX BéCBBROlV.

Quoi ! vous ne comprener. pas encore. Eh bien , marchez toujours. (Il lui indique du doigt une montagne.) U y a sur cette montagne une petite chaumière; entrez-y, entrez-)-.

Le faux bûcheron quitte Thong-pin, et celui-ci s’achemine ver* Ig montagne avec ses deux enfants. Ici finit le troisième acte.

Dans le quatrième, trop chargé d’incidents, I,iu- thong-pin arrive à la chaumière avec ses enlants. Il frappe; une vieille femme ouvre. C'est l'ancienne hôtesse de Hnang-hoa , ou madame Wang, qui a pris la figure d’une vieille femme. Uu-thong-pm implore sa bienfaisance.

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