AA VIK1I.LL FEMME
C'est mon oaractèrc d’ètre bienfaisante ; mais, hélas! mon fils, oui demeure avec moi, ne me permet pas d'exercer l'hospitalité. C'est un homme sanguinaire, qui ne se plaît qu’à la chasse.... Il ne lardera pas à revenir. Oh ! fuyez , fuyez , car j'appréhende des malheurs.
LIU-THOXO-FI».
Ah I madame, après toutes les épreuves de ma vie, mon àme est inaccessible à la peur....
Mais, à peine a-t-il achevé ces paroles , qu'il survient un homme d’une méchante physionomie. (Jet homme (c’est encore l'anachorète sous les traits d'un brigand ) étend ses mains sur les épaules de Thong-pin, qui se retourne et tremble de frayeur. Lr brigand prend tour à tour le fils et la fille du général et les précipite dans un ravin; puis, levant son cimeterre, il court près de Thong-pin et lui abat la tête. Ici l’action du drame, qui se continue, est d'un merveilleux parfaitement approprie aux idées singulières des Tao-sse; c'est connue dans nos opéras. La scène change; la chaumière disparait , et fait place à l'hôtellerie de lloang-hoa ; Yangtseu reprend sa femme; il métamorphose la vieille femme, qui redevient madame Wang, et ressuscite Liuthong-pin. — Apres sa résurrection, Thong-pin ressemble à un homme pris tout a coup de vertiges et d’éblouissements. Il regarde Yang-tseu , l'hôtesse, puis les murs de la salle, puis la petite table sur laquelle il avait dormi : c’est un songe que j’ai fait, se dit a luiméine le nouvel Épiménide.
i.ic-THOKo-rm , se frottant la tête, et regardant Yang-tseu.
Comme j'ai dormi sans m’en apercevoir.
YABO-TSEC.
Oui , oui.
Lir-Tiioso-rm.
Combien y a-t-il que je dors ?
taho Tsn».
Dix huit ans.
i.ir-mono-rnr, souriant.
Dix-huit un* ! (/V madame Wang.) Mot millet est-il prêt I
MtaiMz visa.
Pu encore.
TAHO-TStSF.
Liu-vèn. souvenez-vous dos vœux que vous
ave* faits. Pendant dix- huit années, livré successivement à toutes les passions ignominieuses, vous les avez réprimées, domptées, vaincues. Comprenez-vous eufin ?
LlU-THOno-PIW.
Oui, je comprends; la vie n’est qu’un songe. Maître , je suis converti au Tao.
Tout à coup une grande joie éclate dans les cieux. Tong-hoa-tl-kiun descend sur la terre, et reçoit Liu-thongpin au nombre de* immortels.
Lp Songe de Uu-thong-pin est le meilleur des drames tao-sse. Je suppose que Ma-tchi-youên avait fait de l.ao-tseu, de Tehouang- tseu et des principaux philosophes "de cette école, sa lecture la plus assidue. Il y a généralement, dans les morceaux "lyriques, beaucoup de noblesse et beaucoup de ompe. Le mélange de sérieux et de ouffon qu’on y trouve, la fantasmagorie du spectacle et quelques défauts encore ne sauraient contre-baluncer le mérité de cette pièce ingénieuse, qui se distingue par la moralité du plan , la beauté des détails et l'observation la plus exacte dea mœurs tao-sse (*)
Fleur de pécher.
A défaut d’une imagination vive et forte, les poètes tao-sse ont une imagination féconde en fantômes. Voici une pièce qui n’a pas moins de cent dix pages, et où l’on voit plus de démons que l’enfer n’en peut contenir, comme dit le tragique anglais. Le principal personnage de la comédie est une jeune magicienne qui a pénétré tous les secrets, tous les rtiystèresdu Tao, et dont le nom est Fleur de pécher. Le personnage qui vient après est un sorcier d'un grand mérite, qu’on nomme ironiquement Tçlieou-koug. Fleur de pécher déjoue, par ses talismans, par ses invocations, les savants calculs de Tcheou-kong. Le dessein de l’auteur est d’opposer les sectateurs du Tao à ceux qui font profession de prédire les choses à veuir, et de montrer que la magie est supérieure à l’art divinatoire. Peut-être le poète a-t-il eu l’intention de faire ressortir par un contraste ingénieux tout ce qu’il y a de profondé-
( ) Voy. le Siècle de* Foula, Journal asia- Hqoe, juin fUt, f. 5m à 5t6. ,j
ment ridicule chez les uns et chez les autres. Quant à moi , j’aime mieux y voir un cadre satirique.
La traduction d’une pareille comédie ne sc laisserait pas lire. Il y a pourtant une scène intéressante: c’est celle où Tcheou-kong , dont l’esprit commence à baisser, tente, avant de renoncer aux affaires, une dernière expérience, et lire l'horoscope de son commis. I,a bonne foi du sorcier, qoi croit réellement à son art , son désespoir quand il reconnaît que son vieux serviteur n’a plus que trois jours à vivre; son caractère bienveillant et désintéressé; les incertitudes du commis, qui seut que son mattre dégénère , et n’en conçnit pas moins des inquiétudes très -vives, tout cela est peint avec bonheur et avee une grande naïveté (*).
Histoire du caractère Jin ,
Drame boudiHiiqiie.
Ce drame, dont le principal rôle n’est pas tracé avec beaucoup d’art et de vérité, a pour sujet l’histoire miraculeuse d’un avare converti au bouddhisme par un religieux mendiant. L’avare est un préteur sur gages, devenu opulent. On rappelle I.ieou-kiun-tso. Il a de sa femme Wang-chi deux enfants, un fils et une fille. I.a première scène du prologue peint d’abord le personnage.
WAITO-CHT.
La neig<* tombe a gros flocon*. Mon Youeuwaï, on dit toujours i Le vent et la neige sont la provii /en ce i tes cabare tiers. Si nous prenions une tasse de vin....
ttroo-aron-Tso.
Non, ma femme, non; je ne puis y consentir. Le vin est maintenant hors de prix. WAiro-cItr.
Quoi ! arec ufic fortune commqla vôtre,... MKOU-KIUjr-TSO.
Ah! vous m’assassinez; allons, allons, tytu domestique.) Qu’on apporte du vin !
u noMarriQcs.
J’obéis.
LiKoo-atuir^Ko , rappelant le ckrmestiqttr. Écoute; lu auras soin de ne tirer qui? deux tasses....
(*) I* Siècle des Youen, Journal asiatique, oèhstr doaept- octobre z85i, p. aflt Ifnt.
L’UMVERS.
D’autres incidents servent à mettre en relief, puis à irriter le caractère de l’avare. Mais ce qu’il y a d’intolérable dans le prologue, c’est le plagiat de l'auteur. On y retrouve deux scènes du Ho-han-chan, que j'ai traduit. Lieoukiun-tso aperçoit dans la rue un jeune bachelier qui tombe d'inanition. Il recueille dans sa maison cet infortuné, dont le nom est Lieou-kiun-yeOu. Sans lui offrir de l’argent, il lui propose de l’adopter, c’est-à-dire de le reconnaître comme frère adoptif, non par une généreuse inspiration de son cœur, mais parce que. les affaires du bureau occupent toute sa journée, et qu'il a besoin d’un homme pour opérer ses recouvrements. D'ailleurs il se rend justice et ne cache pas ses défauts. « Je vous préviens que je suis avare, très-avare, » dit-il à l.ieou-kiun-veou. Toutefois, comme celui-ci est pauvre , il accepte avec empressement une proposition qui lui parait avantageuse, et s'installe dans la maison du financier.
Au premier acte , l'auteur personnifie le Bouddha Çakyamouni sous les traits d'un religieux mendiant. Cherchant , comme tous les écrivains de l’époque , à verser le ridicule sur le bouddhisme , il fait de ce religieux un personnage qui prête à la moquerie.
On va en juger :
i.s XEi.iGlr.cx , frappant à la porte de IÀcotikiun-tso.
Nan-wou, nan-wou , Amida Bouddha!
Holà ! Lieou-kiun-tso , méchant avare !
i.iiou-iiun-Yiioü, se levant avec vivacité.
D'où vient ce linlamare? (// ouvre la porte de la maison , et aperçoit le religieuse.) Miséricorde! quel embonpoint! quelle masse de chair!
LE HO-CHANG
Oh, le mendiant ! qui le croirait? il n'est pourtant pas mort dans la neige.
lieodhmoh-yxoc, à part.
H sait tout !
tt HO-CI UNO.
L’avare est-il à la maison ?
LIEOO-KIUN-YEOU.
Attendez, je vais avertir mon frère. (Il étouffe de rire.)
lieou-kiun-tso.
Qu’avez-vous donc ?
lieou-eiun-yeou, riant toujours.
Ah p mon frère! l'homme le plus risible
du monde ! Venez donc , venez donc sur le seuil de la porte. ( Lieou-kiun-tso se lève et quitte la salle.)
le ho-chang , apercevant Lieou-kiun-tso.
Il a bien 1a physionomie d'un avare.
libou-xiun-tso , à part .
Ciel! quel ho-chang! On n’a jamais vii un homme d’une aussi grosse corpulence. ( Il éclate de rire à son tour. )
ta HO-CHANG.
D’où vient ce rire fou , extravagant ?