‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 202 sur 292 · LIEOU-KIUN-TSO · texte numérisé non relu

LIEOU-KIUN-TSO

Enfin , de quoi se nourrit-il? combien pèse-l-il? Il faut que je prenne la mesure de son ventre, pour faire une comparaison.

LE HO-CHANG

Une comparaison?

L1 EOU-K ÏUIf -TSO .

Ho-chang, on ne trouve dans l'antiquité que deux hommes auxquels vous ressemblez.

LE HO-CHAJTO.

Nommez-les.

Ll EOU-EIUN-TSO.

(Il chante.) «Vous ressemblez à Ngan-lochan , des Thang ; vous ressemblez encore plus à Tong-tcho, des Han. » (// parle.) En vous apercevant sur le seuil de ma porte, (// chante ) « Je me disais : C'est sans doute un génie messager qui m'apporte un trésor. »

LE HO-CHANG

Étrange aveuglement ! vos yeux obscurcis par les passions ne peuvent plus distinguer les gens de bien. Lieou-kiun-tso, je suis le

CHINE

Bouddha Çaky» Moulu. Donnez-moi à manger; je vous transmet Irai ma doctrine.

Lieou-aitm-Tao.

Votre doctrine, où est-elle ?

LX HO-CHANG

Apportez-moi du papier, de l’encre et un pinceau.

ueon-artnr-no.

Je n'ai pas de papier.

rjioczir atïog.

Pardon , mon frère , il y a ici du papier ; je vaia en prendre une feuille.

Licoo-aïun-Tso , à pari.

Une feuille qui coûte un denier; c'est une ruine , une vraie ruine que cet homme-là.

le HO-CHANG.

Si vous n’avez pas de papier, qu’on m’apporte de l'encre et un pinceau. Je puis écrire ma doctrine sur la paume de votre main. {Lieou-kiun-yeou apporte un pinceau , de i encre et une pierre à broyer ; le ho-chang trempe son pinceau dam l encre.) Kmn-tîo donnez-moi votre main.

nuoc-aioit-Tso.

La voici.

ca ho-chang, écrivant.

Nan-wou I je vous transmets la grande doctrine de Foé.

uzou-ajoiv-Tso , regardant la paume de sa main.

O chose comique ! c’est le caractère J in [patience ].

La BO-CHANO.

Dites un trésor que vous porterez toujours avec vous. ( lt disparaît.)

uiou-aitm-Tso , à son frire.

Où est donc le ho-chang ?

lihou-xïun-thoc.

Voilà qui est bien extraordinaire. (// ouvre Ut porte et cherche le htrahang.)

LixoD-aitnt-Tso.

Il a disparu ; c’est un prodige. — Mon frère, je voudrais avoir de l’eau. Il faut que j’dte ce caractère. ( Lieou-kiun-yeou apporte ua vase plein d'eau; Lieou-kiun-tso se lave la main , et ne peut venir à bout d'effacer U caractère jin. ) En vérité, c’est à n’y rien comprendre. Mon frère, donnez-moi donc une brosse. [Il prend une brosse.) Plus je frotte ma main, plus le caractère est visible. Je vais prendre mou mouchoir. Oh, mon frère , regardez dooc ; le caractère fin s’est imprimé sur mon mouchoir.

Lrxou-Kiua-riou, stupéfait.

Tout cela est miraculeux.

Après le ho-chang vient un autre religieux qui frappe i la porte. Introduit

28* Lwraùon. (Chine hodebni.)

dans la maison de Lieou-kiun-tso , il soutieut que le financier lui doit mille deniers de cuivre, et réclame son argent. Une telle impudence excite au plus haut degré la colere de l’avare, qui s’oublie au point de frapper le religieux et de lui arracher la vie, car le prêtre de Bouddha tombe et expire à l’instant même. Quand on essaye de le relever, Lieou-kiun-tso aperçoit sur la poitrine du bonze le caractère jin (patience) que sa main y a imprimé. Frappé de surprise et de terreur, il s’éloigne

fiar prudence de sa maison et rencontre e ho-chang; celui-ci l’exhorte à embrasser le bouddhisme. Lieou-kiun-tso résiste encore ; mais il se fait une religion a sa manière. Sans sortir de chez lui , il renonce au monde et s’ensevelit dans la solitude. Après avoir confié à Lieou-kiun-yeou sa femme, son fils, sa fille, l’administratiou de son immense fortune, il se retire dans un petit pavillon au fond de son jardin , et s’y livre à toutes les austérités de la vie cénobitique-

Au deuxième acte , la scène s’ouvre par l’entrevue de Lieou-kiun-tso et de son fils. Cet enfant, d’une singulière précocité d’esprit, avertit son perede laconduite équivoque de Wang-chi , sa mère.

« Chaque jour, s’écrie-t-il avec indi-

f nation , elle s’enferme dans sa chamre avec mon oncle ; j'ignore, en vérité, ce qu’elle y fait. » A ces paroles, Lieoukiun-tso, transporté de colère, quitte précipitamment le pavillon , traverse le jardin, pénètre dans la maison, s’arme d’un couteau de cuisine, et frappe à la porte de la chambre. Wang-chi , surprise en adultère, se décide pourtant à ouvrir; mais quand Lieou-kiun-tso lève son couteau , il aperçoit sur la lame le caractère jin (patience); Iç couteau tombe de ses mains; Wang-chi profite de la circonstance pour éclater en invectives contre son époux. « O le plus barbare des hommes ! on disait qu’il avait renoncé au monde, qu’il étudiait les Soûtras, adorait le dieu Foë... loin de là , il veut m’assassiner. »

Le ho-chang , qui arrive à propos , renouvelle ses exhortations. On voit que l’intrigue est conduite, jusqu'à un certain degré, comme dans le Songe de Liu-thong-pin. D'incidents en inci-

L'UNIVERS

dents, Lieou-kiun-tso, qui n’était bouddhiste qu’à demi, se convertit tout à fait, abandonne sans regret ses propriétés, et entre dans un monastère.

On trouve dans re drame des situations cl ranges et des apparitions coup sur coup. Les mœurs du temps et les habitudes superstitieuses des Chinois autorisaient sans doute la fantasmagorie théâtrale. Il u'en est pas moins vrai que l’auteur a ignoré, plus que Kouanhan-king et Ma-tchi-youêu, Part d’enchatner les scènes et de faire naître les événements.

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