X.IBOD-YEX-MIXC
Ma bonne supérieure , je vous en supplie, exaucez mes vœux. Tenez, pour vous montrer mon attachement, je vais croiser mes bras sur ma poitrine.
l’abbesse.
Oh , dans ce cas , je m’agenouille devant vous.
LIEOU-YEX-MIlfG.
Si vous vous agenouillez devant moi , je frappe la terre de mon front. Ma bonne supérieure , voyons, une fois pour toutes , mettez le comble à mon bonheur.
l’abbesse.
Mon youén-waï, enfin que voulez-vous? Est-ce de l’argent ? j’en demanderai , si cela vous fait plaisir. Quant au mariage, je ne me charge pas de cette commission.
LiEoc-YKX-Mixo , prenant un ton sévère.
Puisqu’on ne peut rien obtenir de vous par la prière, parlons d’autre chose. Il y a un an , quand j’ai prêté ces dix taels au gouverneur Li , qui est-ce qui est venu dans mon
bureau ? qui m’a sollicité? qui a servi de caution?.... Oh, je cours trouver le magistrat. Fi donc! une religieuse, la supérieure d’un monastère de filles, qui se fait entremetteuse d’affaires, négocie un emprunt , et sert de caution! Ma bonne amie, vous serez punie suivant la rigueur des lois; dans un instant, j’aurai le plaisir de voir fustiger les reins de la pauvre abbesse.
l’abbesse.
Et que dira M. le gouverneur, quand il apprendra que vous avez voulu lui ravir sa fille?
LIEOU-YEH-MINO.
Réfléchissez encore. Elle peut montrer des dispositions favorables. Si vous savez la mettre dans mes intérêts, vous recevrez une bonne récompense. Dans tous les cas, revenez promptement m’apporter la réponse. {Il sort.)
l’abbfssb , seule.
Ah ! monsieur le financier, vous dites que je suis une religieuse, et que.... Au fait, qu’avais-je besoin de me mêler de cette affaire? Maintenant, si je ne satisfais pas à sa demande, je tombe dans la nasse. Allons, jouons au plus Il faut que j’avale ma
honte, et que j’aille proposer ce mariage à la fille du gouverneur.
Le poète nous introduit ensuite dans la maison du gouverneur. L’abbesse du monastère de la Grande Pureté ou de la Pureté de jade , comme il y a dans le chinois, habile à diriger une intrigue, s’acquitte de sa commission, et propose à Yu-yng de prendre le financier pour époux. La jeune fille se récrie d’abord à cette étrange proposition. « Comment ! parce qu’il a prêté de l’argent à mon père, il exige maintenant cjue je lui donne mon coeur. Il est vrai que j’ai signé la reconnaissance; mais une reconnaissance n’est pas un acte de mariage; je n’ai pas signé mon acte de mariage. » Toutefois , quand l’abbesse lui fait accroire que le financier amoureux n’a que vingt-trois ans , que sa figure est charmante, et que ses manières sont distinguées, elle change de ton peu à peu, et accepte un rendez-vous, la nuit, dans le couvent de la Grande Pureté. Cette scène, quoique d’une liberté trop grande, est conduite avec beaucoup d'art, et le dialogue, semé de traits un peu vifs, en' est fort agréable.
L’UNIVERS
Il est minuit , c’est Theure du rendez-vous. Licou -yen - rning , informé par l'abbesse du succès de l’affaire, s’achemine furtivement vers le monastère de la Grande Pureté. Malheureusement il survient tout à coup un inspecteur conduisant une patrouille.
L’officier de police, apercevant un homme qui tournait autour du monastère, se persuade que est homme est un voleur; il l’arrete, et le mène au corps de garde.
Une autre aventure plus désagréable encore pour le financier, c’est qu’un jeune bachelier, qui arrivait de son pays natal , et qui passait par la , s'arrête. se cache, et se dit a lui-même:
« Il parait que la police est sévère à Lo-yang ; comme ou y arrête les gens dans les rues , la prudence veut que je n’aille pas plus loin. Voici un couvent, demandons-y l’hospitalité. » Tchangtouan-king (c’est le nom du jeune bachelier) frappe donc à la porte du couvent. Une novice, à laquelle la supérieure avait fait la leçon, ouvre à l’instant même et s'écrie : « Entrez , entrez, M. Lieou, mademoiselle ne tardera pas à venir. » Tchang-touan-king devine sans peine qu’il s’agit d'un rendez-vous d'amour; il se laisse conduire par la novice dans une chambre , où il attend sans prononcer un mot. Quelques minutes après, on introduit Yu-yng. Le jeune bachelier réunit tous les avantages que l’abbesse avait mensongèrement attribués à Lieou-yen-ming. Il a vingt-trois ans, une jolie figure et des manières distinguées. Loin d’être re-
Soussé par la jeune tille, qui ne se outait de rien , il est accueilli avec tendresse: et quand il apprend à son amante qu’il est originaire de Kou-sou, que son nom de famille estTehang, et qu’il se rend à la capitale pour y subir un examen, Yu-yng feint d'être irritée ; mais sa colère s’apaise presque aussitôt. Comme dans le Kln-tsiénki, Touan-king et Yu-yng deviennent amoureux l’un de l’autre a là première vue, et conviennent de s’unir par le mariage. Suivant la coutume, Yu-yng laisse à son fiancé un gage de son amour, et lui remet une couverture qu’elle a brodée de sa main. Les deux amants se séparent, et Touan-king se
dispose à partir pour Tchang-ngnn.
Le lendemain, Lieou-yen-ming, qui avait passé la nuit au corps de garde, reçoit la visite et les compliments de l’abbesse. C'est assurément une situation fort comique, et pourtant l’auteur n’a su en tirer aucun parti. Quand Yen-ming découvre qu’un autre a pris sa place dans le couvent de ta Grande Pureté, il s’arrête à une résolution extrême, et Tait amener Yu-yng dans sa maison. Il emploie, pour parvenir à ses fins, la menace et la prière; mais voyant que ses efforts sont inutiles, il ouvre une taverne dans une rue de Loyang , et ravalant la fille du gouverneur à la condition d’une servante, il oblige la pauvre Yu-yng à tirer le vin , à préparer le riz , à éponger les tables, et à servir les pratiques.
On prévoit le dénodment de la pièce.
Au quatrième acte, Tchang-touan-king, après avoir été promu, dans le palais impérial, au grade eminent de tchoangvouén , revient a Lo-yang, entre par hasard dans la taverne, reconnaît Yuyng, l'épouse, et inflige au préteur sur gages un châtiment sévère (*).
Le Mari qui fait la cour A sa femme.
Les moeurs de l’époque ont fourni à l’auteur le sujet du Mari qui fait ta cour a sa femme. La pièce, quoique dépourvue d’art et d’clégance, est restée au répertoire, parce que les vices qu’elle représente subsistent toujours.
C’est une satire piquante des mandarins de bon ton et de belles manières, philosophes rigoristes et coureurs d’aven tures.
Il n’y a pas de urologue. Le premier arte nous introduit dans la maison d’une veuve déjà sur le retour, de Lieou-rhi , à qui son mari n’a laissé qu’un fils nommé Tbsieou-hon. Celui-ci vient d’épouser Meï-vng, jeune fillè douce, spirituelle, jolie. Autrefois, le jour d’après les noces , tous les parents s’assemblaient pour boire le P in de l’allégresse, dans la salle des ancêtres, c'est-à-dire dans une salle où étaient les tablettes sacrées , qui contenaient
(’) Yoy. Siècle des Yonén , Journal asiatique, cahier de février-mars i85i, p. i yS à 202.
les noms des ancêtres de la famille jusqu'à la quatrième génération. Cela n’était pas tout à fait hors d’usage du temps des Youén, caria première scène nous montre Lieou-chi apprêtant une collation , et se disposant à recevoir les parents de sa bru.
Les parents arrivent; après avoir pris ouelques tasses , ils demandent à voir la nouvelle mariée. On appelle Meï-yng; mais la jeune épouse, qui était dans’sa chambre avec l'entremetteuse, fait d’abord quelques difficultés.
■aï-no.
Ma belle-mère m'appelle, j’ignore pourquoi.
t,'ERTREMETTEUSE,
Pour boire le viu de l'allégresse avec vos parents.
meï-tno.
Ob, je serais trop honteuse ; je ne répondrais qu’en rougissant; non, nou, je ne sors pas de ma chambre.
l'entremetteuse.
Comment donc ! le mariage est l'union légitime de l'homme et de la femme; cette union a été instituée au commencement du monde ; vraiment il n'y a pas de quoi rougir.
A la Chine, les entremetteuses ne sont pas toujours honorables , si leurs fonctions sont honorées. Dans cette scène, l'entremetteuse donne à Meï-yng de fort mauvais conseils, que la jeune femme rejette avec mépris. L'entrevue a lieu suivant l'usage et les rites; mais,
Pendant que Meï-yng verse le vin de allégresse , il survient inopinément un envoyé du chang-sse, qui ordonne au marié d'aller combattre sous le drapeau du royaume de Lou. Cet événement longe dans la tristesse tous les memres de la famille, particulièrement la belle-mère et la bru. La scène de la séparation est longue, monotone, et ne mérite pas qu’on s’v arrête. Thsieoubou adresse à sa feinme les exhortations les plus sages, et part pour l’armée.
Un intervalle de dix ans sépare le premier acte du second. Depuis le départ de son epoux, la jeune femme a vécu dans une tristesse profonde et dans une édifiante régularité. Toutefois, elle ne se laisse pas abattre à la mélancolie, car chaque jour elle vient
au secours de sa belle-mère. Elle ne fait pas des choses extraordinaires, comme Ou-niang, dans le Pi-pa-ki ; elle ne vend pas sa chevelure, mais elle travaille pour le monde. Tour à tour couturière, raccommodeuse de tuniues, blanchisseuse, dégraisseuse, elle lève encore des vers a soie.
Sa beauté, beaucoup plus que les ualités de son cœur, l'a fait remarquer 'un voisin appelé Li , personnage qui ne parait qu'au second ante. C'est un homme d'une grande opulence et de manières fort communes. Il se marie pour échapper aux épigrammes du public. « Quel singulier homme que Li , le financier, répètent sans cesse les habitants du district ; il a des terres, des grains; il a de l'or, il a de l'argent, des billets (tchao) par centaines, par milliers, et n’a pas une seule femme! » — « Il faudra bien qu'ils se taisent, dit un jour celui-ci. Dans le voisinage demeure un pauvre homme, nommé Là, à qui j'ai prêté vingt boisseaux de riz. Ce vieillard a une tille, dont le petit nom est Meï-vng; elle est jolie, trèsjolie! J’ai jete mes vues sur elle, et je voudrais en faire ma femme; malheureusement, elle appartient à un autre.
Il y a environ dix ans qu’elle a épousé Thsieou-hou. Après ses noces, son mari est parti pour l'armée et n’est pas encore revenu. Un petit mensonge affranchira Mei-yng du lien coujugal :
on peut faire accroire au vieillard que son fils est mort sur le champ de bataille: rien n’est plus facile. Si, pour prix de cette alliance , je libère le pauvre homme des quarante boisseaux de riz qu’il me doit , et si je lui donne en sus quelques taels d'argent , j’obtiendrai sa fille; oui, je l'obtiendrai. Le père et la mère , qui sont dans la détresse, ne peuvent qu’accepter avec reconnaissance une proposition aussi avantageuse. »
Les manœuvres du financier ne sont pas découvertes, et tout semble d'abord lui réussir. On ajoute foi à ses aroles ; l'alliance est conclue. Au jour xé pour le mariage, les parents de la jeune femme, puis des musiciens, puis le financier lui-même, arrivent successivement dans la maison de Licou-cbi ; mais quand Meï-yng, qui n'avait été
L’UNIVERS
prévenue de rien , apprend les desseins du financier, elle entre dans une violente colère et n’épargne pas même à ses crédules parents les reproches qu'ils méritent. Elle réprime par sa sévérité les folles saillies du prétendant , qui s’en retourne tout stupéfait et couvert de confusion.
Cependant Thsieou-hou , en combattant sous le drapeau du prince , s'était couvert de gloire; versé dans la lecture et dans la politique, habile surtout dans l'art militaire, il avait obtenu des grades et des dignités. Nommé ta-fou (grand dignitaire) du royaume de Lou, il revient au troisième acte dans son pays natal. Une porte de jardin est ouverte; c’est le jardin de sa mère. Il y pénètre, et aperçoit Meï-yng, sa femme, qu’il ue reconnaît pas. Meî-vng cueillait des feuilles de mûrier; 'et, comme la chaleur était excessive , elle venait d’ôter sa robe, qu’elle avait accrochée à un arbre. « Oh ! la belle fille! s’écrie Thsieou-hou ; je ne vois pas sa figure, mais sa taille est admirable. Comme ses épaules sont blanches! comme ses cheveux sont noirs! Si elle pouvait tourner la tête! Je vais chanter quelques vers. • Il se met à chanter. Meï-yng surprise tourne la tête et court après sa robe, qu’elle remet avec précipitation. Alors Thsieouhou s’approche d’elle. Meï-yng aussi ne reconnaît pas son époux', sous le costume d'un grand dignitaire. Après quelques paroles insipides, le mandarin fait a sa femme une déclaration d’amour et une proposition de mariage.
De tels sentiments et un tel dessein irritent celle-ci au plus haut degré.
Thsieou-hou emploie tour à tour la menace et la prière; ses efforts sont inutiles, et Meï-yng se dérobe par la fuite à de nouvelles tentatives.
Le quatrième acte s'ouvre par la reconnaissance de Thsieou-hou et de Lieou-chi. La scène de la reconnaissance est très-courte. La mère fait de ses malheurs et de la piété de Meï-yng un tableau fidèle et touchant. « Où estelle? s’écrie Thsieou-hou.
UBOC-CBI.
Dans le jardin , où elle cueille des feuilles de mûrier pour les vers à soie. Elle ne tardera pas à rentrer
thsikou-hou, stupéfait et à part.
Comment ! celle à qui ie viens de faire U cour, c’est ma femme! on, mon coeur nage dans la joie.
meî-yno, tout effarée.
Courons , courons , courons. {Elle s'arrête et regarde.) Mais notre maison n’est pas un hôtel; d’où vient qu’il y a un cheval à la porte?.... Je comprends. ( Elle chante.) Ce vil séducteur, abusant de sa puissance, cherche à déshonorer les femmes. Ses inclinations sont basses; son effronterie n'a pas de bornes; comment ose-t-il se présenter dans notre maison? Malgré moi, j’étouffe de colère; il faut que mon ressentiment éclate. ( Elle pénétre dans la salle , tire Thsieou-hou par ses vêtements , et l'eut ï expulser de la maison.) likou-cbi , avec surprise.
Ma bru , que faites-vous là ? Vous mettez votre mari à la porte. Quoi, vous ne reconnaissez pas Thsieou-hou !
mlï-yho , lâchant Thsieou-hou.
( Elle chante.) Ah, ah, c’est donc vous qui revenez dans votre pays natal avec des habits brodés ! ( Elle sort de la maison , et appelle Thsieou-hou.) Thsieou-hou , venez ici !
THSIEOU-HOU.
Meï-yng , pourquoi me chassez-vous de la maison ?
La scène d'explication entre le mari et la femme est pleine d’intérêt ; l’auteur a su peindre avec originalité le dépit que les procédés de Thsieou-hou excitent dans le coeur de sa femme. Le bon sens naturel de Meï-yng, sa vertu, sa simplicité un peu trop franche, mettent en relief les vices et les faiblesses du mari, qui, ne pouvant pas s’excuser, a l'ennui d'entendre de fâcheuses vérités. Malheureusement, les poètes de la dynastie mongole aimaient le libertinage; comme auteur dramatique, Chi-pao-kiun ne se tient pas toujours dans une mesure décente, et se permet quelquefois des expressions qui ne font pas moins de tort à son caractère qu’à son goût. Enfin, Meï-yng, qui a résisté à toutes les séductions du plaisir et du monde , raconte naïvement à son mari tout ce qu’elle a souffert, les entreprises et les ruses de Li , et finit par demander à Thsieou-hou un acte de divorce.
Sur ces entrefaites, le financier amoureux revient à la charge, accompagné du père et de la mère de Meï-yng. Ôn peut juger de la surprise de ces der-
niers, quand ils apprennent le retour de Thsieou-bou dans la maison paternelle.
il , à part.
Je suie perdu ; il est mandarin !
THSIEOU-BOU.
Que venez- vous faire ici ?
x.1 , avec hésitation.
Tous adresser des.... félicitations.... sur votre retour.