SI-SIANG-KI
Ouvrage du ftîiiéme Thftal-taeu.
Le Si-siang-ki, ou Y Histoire du pavillon d’occident, est un drame trèscélèbre et très-étendu , car il n’a pas moins de seize actes, dont les sept premiers ont été traduits et insères dans Y Europe littéraire par M . Stanislas Julien. Voici le sujet du Si-siang-ki:
Un jeune bachelier, qui allaita la cour pour y subir ses examens, traverse le département de Ho-tchong-fou , et s’arrête dans une petite hôtellerie. Le nom de famille de ce bachelier est Tchang , son surnom Kong, et son titre honorifique Kiun-choui. Originaire de Si-lô, fils d'un ancien président du tribunal des rites, il a pour ami intime Thou-kio; mais Thou-kio avait abandonne la carrière des lettres et obtenu dans l’ordre militaire le grade de tchouang-youen. Élevé au rang de général en chef, il commande l’armée expéditionnaire de l’ouest, composée de cent mille hommes, et garde les frontières du Ho-tchong-fou.
« Venez , que je vous adresse une question , dit à son hôte le bachelier Tchang-kong ; y a-t-il dans le voisinage quelque endroit où l'on puisse faire une promenade agréable, un temple de Taosse ou de bouddhistes , un site pittoresque, un terrain consacré, n’importe?
— Assurément, répond l’aubergiste, nous avons près d’ici le fameux temple de P’hou-kieou, où l’on conserve les reliques de Bouddha. C'est une merveille que ce monument, une merveille.
Son architecture, son magnifique dôme en cristal, sa pagode, qui s’élève jusqu’à la voie lactée, tout y excite radmiration. »
Tchang-kong s’achemine donc vers le temple de P'hou-kieou ou le temple du secours universel. Il est reçu par un disciple du supérieur, par Fa-tsong , qui lui montre le clocher, la cour de la pagode, le réfectoire, les galeries couvertes; il est introduit par les bonzes dans la salle de la doctrine (Fâ-thang), et incline son front devant les P'hou-sa.
Parmi les personnes qui demeuraient alors dans la pagode se trouvaitTchingchi, veuve d’un ministre d’État appelé Tsoui, accompagnée de sa filleYng-yng,
jeune personne d’une ravissante beauté, d’une suivante nommée Hong-niang, de Hoan-tang , petit enfant que le ministre , à défaut d’héritier mâle , avait adopté; Tching-chi portait à Pô-ling le cercueil qui contenait les restes de son époux ; mais, ayant rencontré des obstacles sur sa route , elle s’était arrêtée dans le temple de P'hou-kieou , et y avait déposé le cercueil.
Tchang-kong est dans le jardin du courent; il y rencontre une jeune immortelle: c’était Yng-yng, qui, tenant à la main un bouquet de fleurs, se promenait accompagnée de sa suivante Hong-niang. « Ses sourcils, dit le poète, s’arrondis-aient noblement comme l’arc de la nouvelle lune, et s'étendaient avec grâce jusque sous les nuages parfumés ( les cheveux) qui ombrageaient ses tempes. En apercevant Tchang-kong, ses joues se colorent de rougeur ; elle entr’ouvre ses lèvres, qui ont l’incarnat de la cerise, et laisse apercevoir des dents blanches comme le riz, brillantes comme la rosée ; toutefois le bruit harmonieux des pierres suspendues à sa ceinture s’éloigne par degrés ; on entend seulement dans le lointain un gazouillement semblable à celui des oiseaux. » Tchang kong et Yng-yng deviennent éperdument amoureux l’un de l’autre , et s’écrivent des lettres pleines de tendresse; c’est Hong-niang qui porte les messages.
Le 15" jour de la 2* lune, pendant que Yng-yng offrait un sacrifice aux mânes de son père, elle se trouve tout à coup environnée d’une foule d’hommes, accourus dans le temple pour la voir. Un chef de brigands figurait au milieu d’eux. Épris des charmes de la jeune fille, il conçoit l’abominable projet de la ravir à sa mère, quitte la paode pour y revenir bientôt à la tête e cinq mille bandits. » Si quelqu'un s’écrie alors Tsoui-chi, réduite au désespoir, me délivre du péril, par un coup imprévu , religieux ou laïque , je lui accorderai ma fille. » Tchang-kong, sans perdre une minute, envoie secrètement un messager au commandant du département, a Thou-kiô. Celui-ci, comme on l’a vu , était l’ami intime de Tchang-kong; il arrive avec des troupes, et met les brigands en fuite, après
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plusieurs combats. Le bachelier ne manque pas de réclamer l’exécution d'une promesse qui lui plaît fort. Il se présente au concours, triomphe, et obtient, avec le doctorat, l’épouse qu’il désirait.
Le Si-siang-ki est le chef-d’œuvre de la poésie lyrique des Chinois. Jamais ouvrage n’obtint à la Chine un succès plus réel et plus brillant; il le méritait par l’élégance du langage, par la vivacité du dialogue, et, d’après tous les critiques, par le charme et l’harmonie des vers. L’enthousiasme qu’il excita dure encore. Écoutez les éditeurs de notre temps : « Un homme me disait :
L 'Histoire du pavillon occidental (Sisiang-ki) est un livre obscène; je n’en doute pas, un jour viendra où l’auteur de cet ouvrage sera précipité au fond de l’enfer ; les démons lui arracheront la langue. Êtes-vous de mon avis? — Non, lui répondis-je, le Si-siang-ki n’est pas un ouvrage comme un autre; c’est le chef-d'œuvre du ciel et de la terre. Il existe depuis que le ciel et la terre existent. Ce n’est pas un homme qui l’a écrit.... Mais si vous voulez absolument qu’un homme ait composé l'Histoire du pavillon occidental, Ching-than vous dira son nom. — Je soutiens que le Sisiang-ki n’est pas un ouvrage licencieux, s’écrie un autre éditeur; non, c’est le plus beau monument de la littérature.
Tant qu'il y aura des hommes éloquents qui diront : C’est un chef-d’œuvre, il se trouvera des libertins qui répondront :
C’est un livre obscène. Ching-than n’a pas révélé son secret à tout le monde. * Ching-than ( Kin-ching-than) n’est que le commentateur du Si-siang-ki-, c’estWang-chi-fou, dont j'ai déjà parlé, qui en est l’auteur; cependant quelque mérite que l’on reconnaisse dans le Si-siang-ki , on doit convenir que cet ouvrage est dépourvu d’intrigue; généralement les auteurs de la dynastie des Youén montrèrent une plus grande force dramatique (*). On trouvera plus loin un parallèle entre le Si-siang-ki et le Pi-pa-ki.
(*) Journal asiatique, cahier de févriermars i85r, p. >76 et 177.