‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 255 sur 292 · PI-PA-KT · texte numérisé non relu

PI-PA-KT

Ouvrage du septième Thsal-tseu.

Le Pi-pa-ki , ou l’Histoire du luth (*), fut composé , vers la fin du quatorzième sieele de notre ère, par un écrivain chinois appelé Kao-tong-kia, dont le surnom était Tse-tching. Ce drame célèbre , qui fait aujourd'hui couler tant de larmes, qui fut regardé , sous la dynastie Thaî-thsing ( actuellement régnante ) , comme l’ ouvrage le plus utile aux mœurs et comme le chefd’œuvre du théâtre chinois, n'obtint, du vivant de l'auteur, que des succès fort équivoques. En 1404, la deuxième année de la période Yong-lo des Ming, il fut représenté pour la première fois avec les changements ae Mao-tsru.

Mao-tseu était un savant commentateur, qui perdit la vue à force de travailler, et qui avait ce qui manque ordinairement aux commentateurs , de l’esprit et du goilt. Le drame de Kaotong-kia, revu et corrigé, fut accueilli avec enthousiasme, et l’on rendit à la mémoire de l’auteur un tardif et inutile hommage. Trois siècles après, on recommandait la lecture du Pi-pa-ki aux époux , aux fils et aux serviteurs de f État.

Une des éditions du Pi-pa-ki ne renferme pas moins de quatorze préfaces;...

mais, relativement à la biographie de Kao-tong-kia, je dois avertirque,si l’on vante beaucoup dans ces préfaces le talent naturel de l’auteur et l’usage qu’il en a fait, on n’y parle jamais de son caractère et des circonstances de sa vie. Il est vraisemblable qu’on ignore l’épo-

3ue précise de sa naissance, qu’il vécut ans la retraite, et mourut dans la pauvreté. Une parodie des examens publics dans le cinquième tableau du Pi-pa-ki,

3uelques allusions contre le système es études dans le quatrième, une ironie assez profonde dans presque tous les autres, et un ton d'amertume que

O Cette notice est extraite d’un avertissement que j’ai placé à la tète de ma traduction du Pi-pa-ki. (Voy. le Pi-pa-ki ou l’Histoire du luth, drame' chinois de Kaotong-kia, représenté i Pé-king en 1404, avec les changements de Mao-tseu , traduit sur le texte original par M. Bazin Avertissement, p. 6-ia.)

L’UHIVERS.

l'éditeur lui-même signale dans sa préface , annoncent un amour - propre froissé. J'inclinerais à croire que l'auteur avait échoué au concours dans sa jeunesse, si une charmante nouvelle, traduite du chinois par M. Théodore Pavie , ne nous apprenait que sous la dynastie desThang, au commencement du huitième siècle de notre ère , c’està-dire cinquante ans environ après l’institution des examens publics, on se moquait déjà des examinateurs.

A defaut de notices biographiques sur l’auteur, on trouve on grand nombre de notices littéraires sur l’ouvrage. Les critiques cherchent avec curiosité les sources historiques où Kao-tong-kia a puisé le sujet de son drame; ils citent deux ou trois anecdotes que j’ai rapportées dans le Dialogue entre un éditeur chinois et un jeune lettré. Chaque mot devient pour eux l’objet d’un commentaire, et l’on pourrait dire de Kaotong-kia , comme un Anglais de Shakespeare : » Criticixm has heen drawn to the uery dregs in commentaries upon liis toords and wifticisms. » Quant au style, les critiques se livrent a des recherches sur les emprunts faits par Tong-kia aux poètes de la dynastie des Thang; et Chmg-chan, éditeur sévère, à Toril de qui rien n’échappe, ne manue jamais de les signaler. Ce qu’il y a 'incontestable, c’est que la main qui a tracé les caractères du Pi-pa-ki n’était pas une main vulgaire ( Sou-eheon ).

I.e Pi-pn-ki est un de ces ouvrages qui marquent l’état d’une littérature et la font estimer; Kao-tong-kia a de la naïveté, de l’esprit , de la sensibilité et de la verve.

. ...Tous les drames qu’on a traduits jusqu’à présent sont tirés du Répertoire desYouén.et appartiennent a la tin du treizième siècle; le Pi-pa-ki a été représenté sons la dynastie des Ming, au commencement du quinzième. Que l’on prenne donc le Jeune Orphelin de ta famille de Tchao, qui a fourni des situationsà Voltaire; les Chagrins dans le palais des l/an, ou la i engeance de Teou-ngo, pour les comparer au Pipa-ki, et l'on reronnattra la progression. L’exposition du sujet, dans le premier tableau du Pi- pa-ki , est simple, claire et naturelle ; une pareille scène

vaut déjà mieux, à elle seule, qu'un drame tout entier de la dynastie précédente. Dans le dialogue,' le stvle a de la vivacité et du mouvement. Plus que tous les écrivains dramatiques qui l'ont précédé, Kao-tong-kia intéresse par le récit des faits et la variété des incidents , par le mérite et la singulière beauté des détails. Chaque personnage a une physionomie distincte : Mieou-chi ne ressemble pas à Tchao-ou-niang ; Tchao-ou-ninng est au-dessus de son sexe. On ne croit pas, en l'écoutant, ii'elle sera mise un jour au nombre es femmes vertueuses de la Chine, on en est sûr; Nieou-chi a plus de douceur, plus de modestie, plus d'amabilité. La morale de Kno-tong kia est supérieure à celle des écri vains des Youên. Il est visible que cet auteur cherche à se garantir des fautes qu'on avait reprochées à Wang-ehi-fou , auteur du Si-siang-ki.

Analyse et extraite du Pi-pa-ki .

«Le prologue, dit M. Magnin , de l’Institut, nous montre le directeur du théâtre délibérant, avec les comédiens réunis dans le foyer, sur le choix de la pièce qu’ils vont représenter devant le public (*). Ce directeur propose de jouer un tehouen-khi, c’est-à-dire un des drames historiques composés sous la dynastie desThang; mais les comédiens demandent à représenter le Pi-pa-ki.

Le directeur observe qu’il est plus aisé de faire rire les hommes que de les faire pleurer, axiome qui , dans notre Europe, serait pour le moins contestable. Néanmoins il consent a ce qu’on joue le Pi-pa-ki. Il entre donc en scène, annonce la pièce aux spectateurs, et les prie d’écouter Paégument , qui est une exposition tout à fait dans la forme des irologues de Plaute. Puis, ayant rrjoint es acteurs : « Messieurs, leur dit il , je ne veux pas que cette représentation dure trop longtemps , lâchez définir aujourd'hui, mais surtout ne retranchez rien. »

« .... L’action du drame, quoique une, se divise en deux parties tout à fait

{') Voy. Il- Journal des Savants , cahier de janvier 1843 article de M. Magniu, p. 38 et suiv.

distinctes, mais qui ont entre elles de certains rapports de ressemblance ou d’opposition; ce qui établit une sorte de parallélisme continu qui, dans les idées chinoises, est le plus grand mérite d’une composition. La scène se passe alternativement dans un village de la frontière , nommé Tchin-lieou et dans la ville de Tchang-ngan , alors capitale de l’empire. Dans le village habite une honnête famille, composée de M. Tsaï, de sa femme , de leur fils Tsaï-yong et de leur bru Tchao-ou-niang. M. Tsaï n’a qu’une pensée, qu’un désir: celüi de voir son fils, jeune bachelier de grande espérance , se rendre à la capitale , et concourir pour un grade supérieur.

Madame Tsaï est fort opposée a ce voyage , et le jeune homme éprouve aussi la plus vive répugnance à exposer ses vieux parents et sa jeune femme à tous les accidents qui peuvent subvenir pendant son absence :

tsaï-yong, arec chagrin.

Qu’est-ce. que ce monde? — (Il chante.) J’ai tout étudié; les livre* que j'ai lui ne formeraient pas moins de dix mille cahiers; mai* courir aprè* la réputation, le* faveurs, oh ! je n’jr ai jamais songé. Si je tn'afflige d’uue chose, c’est de voir que mon père et ma mère commencent à pencher vers le déclin de l’Age. Où trouverai-je de* fleur* de glaïeul (*)? Qui découvrira pour moi l’arbre tchun et l’arbre hiouen (**)? (Il parait dans une grande agitation.) Ciel ! mon cœur se gonfle! à qui pourrais-je dévoiler mes chagrins?— Mais, pendant que je me livre à ces pensées , j’aperçois le seigneur Tcbang. lk seigneur tchano. (il marche en chantant.)

Mes bons voisins ! me* bons voisins t Ils me regardent tous comme un proteetenr sur lequel il* peuvent se reposer. Quoi qu’il arrive dans la famille, c’est à qui viendra m’en faire part ou me demander mon avis. (Il sahie Tsaï-yong ; Tsaï-yong rend le salut.)

TSAl-TONO.

Ah! seigneur, mes parents sont trop Agé*; décidément je ne puis me résoudre à partir.

(*) Fleurs qui, suivant les poetes et le* mythologues, ont la vertu de rappeler à la vie.

*(**) Les caractères tchun et hiouen désignent poétiquement le pire et la mère.

Alt

le seigneur tchano. (// chante.)

Mon ami , que l’Age avancé de vos parents ou l'isolement dans lequel ils peuvent se trouver devienne l'objet de votre sol! ici Inde, cela se conçoit ; mais avoues du moins que votre nére doit souhaiter que son fil» illustre sa famille et ses ancêtres. Si vous ne profitez paa de la verdure et de* beaux jour* du printemps pour vous mettre en route , quand partirez-vous donc?

mî-Toso.

Yous désapprouvez ma conduite, seigneur, et. .

LE SEIGNEUR TCHANO.

Au surplus, voici votre père et votre mère; expliquez-vous. (Tsaï, le youln-waî, et madame Tsai arrivent sur la scène.) * madame tsaï , virement à Tsaï-yong.

Mon Sis, je ne veux pas que ta emmènes ton épouse avec toi Depuis tout à l’heure deux mois qu’elle est mariée, Tchao-ou-niang a maigri de moitié. S’il faut qu’elle habile avec toi pendant trois ans, je prévois qu’à la fin la pauvre femme ne sera guère bonne qu’à mettre en terre (*).

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