MADAME TSAÏ
Seigneur, ignorez -vous que je n'ai pas dans ma maison sept fils ou huit gendres pour me servir ? Je n’ai qu’un fils au monde; voulez-vous qu'il m’ahandonne ?
tsaï, le tou?n, à madame Tsai.
Ma femme, qnelles paroles se sont échappées de votre bouche? Si Tsaï-yong nous
(*) Ce passage ne se trouve point dans l’édition populaire.
L’UINIVERS.
quitte pour aller subir ses examens littéraires , est-ce que nous n’aurons pas un jour dans notre maison des gendres et des fils (*) en grand nombre ?
MADAME TSAÏ , «71 CXjlèrC.
Stupide vieillard , vos veux sont obscurcis par l’âge, vos oreilles deviennent sourdes, vous ne pouvez plus ni faire un pas, ni remuer vos jambes. Quand vous aurez forcé votre fils à partir, s’il survient une inondation, qui viendra à notre secours? Vous mourrez de faim , si vous manquez de riz; de froid , si vous n’avez plus de vêtements , savez-vous cela ?
TSAÏ, LE YOUKW-WaÏ.
Paix ! femme impertinente que vous êtes, vous n’entendez rien à ces affaires-là. Lorsque mon fils aura obtenu un mandarinat, nous aurons un autre train ; nous changerons d’habitation, de manière de vivre.... Il devrait déjà être sur la route de Tchang-ngan 1
TSAÎ-TOWO.
Ma mère a raison. J’imagine que mon père ne méconnaîtra pas les égards....
TSAÏ, LK TOuin-WAÏ.
C’est cela, c’est cela; ta mère a raison, ton père a tort. (Au seigneur Tchang.) Je devine sa pensée; je sais maintenant ce qui le retient ici.
LS SEIOITEUR TCBAlfG.
Et qu’est-ce donc, puisque vous le savez?
TSAÏ, LE YOüêrr-VVAÏ.
Les charmes et les agréments deTchao-ouniang ont fait une vive impression sur son cœur. — (Il chante.) Il ue rêve plus qu’à l'amour et aux douces volontés de la couche nuptiale. Il ne peut plus s’éloigner du rivage de la mer; sa vue nWrait point embrasser un horizon plus vaste.
tsaï-yoicg, d’un air confus.
Mon père, vous me supposez des sentiments. . . .
TSAÏ, LB TOüé-ir-WAÏ.
Tu connais à fond tous tes auteurs. Écoutemoi ; je vais te citer un trait historique. — (Il chante.) Quatre jours après (ses noces), le grand Tu quitta le mont Tou-chan. — (Il parle.) Voilà deux mois que ton mariage est accompli. — (Il chante.) Et l’on ne peut pas encore t’arracher de ces lieux I
lb seiqbeuk tchaito, souriant.
Ah! ah! monsieur le bachelier. — (// chante .) Vous soupirez après l'indissoluble union du youèn et du yang (**) ; vous êtes comme le phénix mâle, qui ne veut pas se
(*) Des serviteurs.
(**) Deux oiseaux qui sont le symbole de l’amour conjugal.
séparer de la compagne qu’il aime. Je crains bien que dans votre aveuglement vous ne préfériez la stupide immobilité de l’oiseau ngo au vol audacieux de l'oiseau pong. Il est bon cependant que vous preniez un peu de repos.
TSAÏ, LE TOuâïf-WAÏ.
Oui, tu ne songes qu’au plaisir, et tu ne crains pas d’argumenter contre ton père! tsaï-tong. (// se met à genoux , et invoque le ciel.)
Ciel! moi, Tsaï-yong, tenir tète à mon père! (Il se relève.) O mes parents, est-ce votre fils qui oserait vous susciter des obstacles ? Hélas ! je le répète , je ne suis retenu ici qu’à cause de votre grand âge. Mon père, supposez (et cela est possible) qu'une inondation survienne , que dira-t-on ? On dira d'abord que votre fils a manqué de piété filiale; qu’il a abandonné son vieux père, sa vieille mère , pour courir après je ne sais quelle place, quelle magistrature ; ensuite on accusera mon père d’imprévoyance, on alléguera qu’il n’avait qu’un fils, et qu’il l’a forcé d’entreprendre un voyage long, aventureux. Vraiment, plus j’y réfléchis, plus il m’est difficile d’obéir à vos ordres.
TSAÏ, LE Youiv-WAÏ.
Que tu n’obéisses pas à mes ordres , cela dépend de toi ; mais dis-moi un peu ce qu’il faut entendre par ce root hiao (piété filiale)? madame tsaÏ , cT un ton courroucé.
Ciel! vous avez plus de quatre-vingts ans, et vous ne savez pas en quoi consiste la piété filiale ! Eh bien ! mener un vieillard à la lisière comme un enfant , voilà la piété filiale. tsaÏ , le TOüâw-WAÏ , avec calme.
Femme , que voulez-vous dire?