‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 258 sur 292 · TSAÏ-Y01TO · texte numérisé non relu

TSAÏ-Y01TO

Mon père , je vais répondre à votre question. Voici en quoi consistent les devoirs du fils envers ses parents : « Le devoir du fils , c’est de prendre des précautions pour qu’en hiver comme en été ses parents jouissent de toutes les commodités de la vie. Il faut que, chaque soir, il dresse lui-mème ta couche sur laquelle ils reposent ; il faut que , tous les matins , au premier chant du coq , il s’informe , dans les termes les plus affectueux , de l’état de leur santé; puis, que, dans le cours de la journée , il leur demande, à plusieurs reprises, s’ils souffrent du froid ou si la chaleur le* incommode. Le devoir du fils, c’est de veiller sur ses parents quand ils marchent ; c’est d’aimer ceux qu’ils aiment, d’honorer ceux qu’ils honorent ; il doit aimer jusqu’aux chevaux et aux chiens que son père aime. Un fils , tant que son père et sa mère vivent, ne doit point s’éloigner de la

maison qu'ils habitent (* (*•)). » Voilà U piété filiale des anciens. Cétait ainsi qu'ils peusaient et agissaient.

TSAl , I.E YOUKN-WaÏ.

Mon fils, tout cela, c’est ce qu’on appelle ùao-tùei (les petits paragraphes du Hiaoking), ou les devoirs vulgaires; mais il y a plusieurs degrés dans la piété filiale : tu n'as pas parlé jusqu’ici des grands devoirs , de la piété par excellence.

madame tsaÏ , exaspérée.

Malheureux ! vous n’étes pas encore mort; attendez , c’est seulement alors qu’on pourra le forcer à remplir les derniers devoirs, dont parle le Hiaoking. Pour ce qui est du voyage a la capitale , qu"il n’eu soit plus questiop.

LE SEIONEUR TCHANO.

Ta , ya , voilà de» paroles qui ne présagent rien de bon pour l’avenir.

TSAl, ta Youèn-WAÏ.

Mon fils , écoute-moi : - Le premier degré de la piété filiale consiste à servir ses parents ; le second , à servir son prince ; le troisième , à rechercher les dignités. Conserver dans son intégrité le corps que l’on a reçu de son père et de sa mère , éviter avec soin tout ce qui tend à le détruire , c’est le commencement de la piété filiale ; niais parvenir aux dignités, pratiquer la vertu, étendre sa réputation jusqu'aux siècles postérieurs pour illustrer son père et sa mère , c’est la fin , c’est le comble de la piété filiale^*).» Celui, dont les parents sont pauvres , avancés en âge , et qui ne recherche pas les dignités, est dépourvu de piété filiale. Si tu t’élèves par ton mérite au rang des mandarins, et que tu transformes en une maison de plaisance la chétive habitation de ton pere et de ta mère, tu auras accompli tou» les devoir» qui te sont imposés , ou alors je n’y conçois plus rien.

TSAÏ-TOHG.

Mon père, je n’ai qu’une objection à vous faire. Supposez que j'cchoue au concours des licenciés, qu’avez-vous à dire? Vous direz que je n’ai pas su servir mes parents, que je n’ai pas su servir mon prince. Quelle effrayante responsabilité!

LE SEIGNEUR TCBANG.

Idées chimériques, monsieur le bachelier; moi , qui suis un vieux Chinois, je me rappelle que les anciens ont dit : • A quinze

(*) Ce passage, qui se trouve dans le Siao-hio, est tiré du Lt-ki (livre des rites). (Voy. le chapitre iutitulé Kiodi, édit, impériale, p. 53 et suiv.)

(*•) Ce passage est extrait du premier chapitre du Hlao-klng .

ans, il faut étudier; à trente, il faut agir. » L’homme qui cache dans son sein les perles et les pierres précieuses , qui enfouit ses talents , n'a jamais aimé sa famille. Monsieur le bachelier, vous avez de la littérature , de l’érudition ; vous ne pouvez manquer d’arriver au mandarinat. Voyez donc : Y-yn labourait dans le désert de Yeou-sin , quand il fut appelé à une magistrature de premier ordre: Kong....

MADAME TSAl.

Assez, assez, seigneur Tchang. Vous ne manquez pas, vous, de magnifiques paroles

écoutez-moi.

Page 1