‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 265 sur 292 · I.'ÉD(TEUR · texte numérisé non relu

I.'ÉD(TEUR

Distinguons. La première partie est d’une excessive médiocrité ; j en excepte toutefois la description de Ut pagode de Mi-to (Amida Bouddha), qui est un morceau plein d’érndilion ; mais la seconde partie étincelle de beautés.

LE LETTRÉ

La scène la plus pathétique, à mon avis, est la dix-neuvième. Le monologue de Tchaoou-niang est un chef-d'œuvre de style. Comme sa piété liliale est touchante; quelle profonde sensibilité (*) !

Ouvrage du huitième Thsaï-Ueu.

Le Uoa-Uièn ou V Art d’aimer est un poëme chinois, dans lequel oh trouve tous les ornements du Wén tchang ou du style élégant. Il etiste une tra-* ductiôn anglaise de cet ouvragé, que

(*) Yoy. le Pi-pa-ki o« l'Histoire du luth, p.6-17.

CHINft MObERNE. 41 M

M. Perring Thoms, alors tthogràplie de la compagnie des Indes à Macao , lit imprimer dans cette ville eti 18Ï4.

« C’est bien véritablement Un poème, dit M. Abel Réltitiiat, èt, ce qui est plus remarquable, C'eSt Un poëme rtafrattf , oit une sorte (J6 rdmall tn rets de sept syllabes, genée dé cdmtiosilioil ui n’est pas commun à la Chine, et ont nous posséddHS péu d>xcni|>les parmi les livre* qui eh dtlt Été apportés. On attribue la éortt|Wsllion de Ce poëme à déux habitant* dé Canton; et quelques expressions dU dibléeté particulier de cette ptovinte, qu'on y reticontre, donneraient lieu dé penser qilë cette indication M’est pas saUs fortdement. Le titre même illl poëlhe peut devenir le sujet d’dhfe remarque propre à faiéë connaître de qu’On doit ])éhser du style figuré des poète* éliihois. Le* deux mots dont II est fbèmé signifient: le premier, U né fleur; et le second , une tablette, Ou tout autre objet setvnnt h écrire, bâtis rusage ordinaire* cette expression composée tléslghe le papier à fleürs d’or slir lequel oh écrit des vers, des lettres, des pièces pour les compliments, etc. M. Tltotns t a subs»

tltue un terme anglais (Courtship) qui signifie , UOIt pas Milité, cOniitiri On l’a traduit darts qiielqués joilrnaUX littéraires, mois l’aétlon de coiléllseé ou de faire là cour, d’adresser des solhs à Une femme ou de la rechercher en mariage. Ce sens, quelque éloigné qu’il

Paraisse dU premier, est aussi renfermé ans le mot hnu-tslén, parce que le papier h IletléS sert dans toutes les occasions où l’on Veut déclarer dé* sentiments ou exprimer des vceu* dont l’union conjugale est l’objet.

Les trois premier* vers du poëihe offrent un autre exempte de ces tdurnures énigmatiques qui passent, an goût des Chinois, pOtir de* Indications délicates, et qu’il serait tout à fait impossible de deviner, si l’on n’était averti des intentions du poète par lés notes des commentateurs. Le mot chinois qui veut dire plaisir, ttmouf, galanterie, est un terme Composé de deux radicaux qui, pris séparément, signifieraient nen! et lune. La raison qui a fait prendre à cette expression composée la valeur qu’elle a dans l’usage or-

dinaire serait trop ongue à rapporter; mais ce qu’il faut savoir. C’est qtlé l'amour étant le sujet du roman en ver* dont hnUs HOU* occupons, l’auteur s'est érit obligé d’en placer le notfl dans son début , t‘e qu’il a fait de deux manières, savoir t en intercalant le mot «en* dans son Second vers ,

Le vt«v d'automne Souffle devant lui le p*riUm du nértupbtr blarlfc;

et le mot lune dans le troisième

On voit le rroiasant de la 1.0 an nouvelle , dout la lumière e»t pareille au reflet de i'eau ;

et sous une ferme encore plus enveloppée, dés le premier vers, où il dit;

Debout, appuyé sué la balustrade, on goûté là fhiieheur du soir.

Car si l’od s’en rapporte au commert • tateur, c’est la lune même qui est indiquée par les premiers mots du vers, et C'est au vent que se rapportent manifestement les dernier*, l.e traducteur anglais n’a, ni dans eet endroit ni dans les autres du même genre , tenu aucun compte de ces aortes d'allusions, et nous n’ehténdon* pas ldi eu faire un reproche, car il eût clé aussi difficile que superflu d'y avoir egard ; et si nous noué y sommes arrêtés un instant, c’est qu'il nous a paru curieux de faire entrevoir d quel excès de subtilité s'était laissée entraîner une nation , aux yedx de laquelle des raffinements si puérils peuvent passer pour des agrément,..

Ce n’est pas non plus un tort à relever dans la traduction de M. Thoms , que d'avoir presque partout substitué lé terme propre il l’expression métaphorique qui y correspond dans l’original. Ce parti, qui détruit à la vérité la couleur poétique d’une foule de passages , est pourtant le seul qu’on puisse prendre quand on désire d’être entendu. Le mot rowje est en ehlnois synonyme de beau; mais dans toute autre langue on ne saurait ronsprver les Sens accessoires qui résultent du rapprochement de ces deux Idées. Le jaspe est l'emblème de la perfection et de la tendresse; Varient, relui du mariage. Un fuite oriental est un gendre ; èt , par apposition , un hôte ordinaire Se nomme un hôte occidental.

L’UNIVERS

On dit qu’un jeune homme est sous la fenêtre, pour annoncer qu’il étudie; que deux personnes sont de la même fenêtre , pour indiquer que ce sont des condisciples; et de là le mot de fenêtre est devenu synonyme d 'étudiant. Plusieurs milliers drexpressions de cette espèce, qui, le plus souvent, ne sont pas expliquées dans les dictionnaires, sont des ornements du style poétique ui doivent inévitablement disparaître ans l'imitation européenne d’un ouvrage chinois...

M. Thoms n’a pas voulu s’engager dans le détail presque infini des explications de ce genre ; il s’est borné à rendre avec exactitude le sens du poème, en tout ce qui concerne le récit des événements , la suite du dialogue, et les réllexions dont il est entremêlé. Considérée sous ce rapport , sa traduction mérite encore d'exciter quelque interet. Elle offre un petit roman, dont nous allons en peu de mots faire connaître la marche et les principaux incidents.

Un jeune étudiant , nommé Liang, tourmenté de ce désir de trouver une digne compagne, que les romanciers chinois ont coutume d'attribuer à leurs héros à peine adolescents, quitte la maison de sa mère pour venir demeurer chez sa taute à Sou-tcheou. Dans une course nocturne, au milieu d’un

(tare dont la description arrête fort ongtemps l’auteur, il porte ses pas jusqu’au pavillon où deux jeunes filles, nièces de la maltresse de la maison, s’amusaient, au clair de lune, à jouer aux échecs, ou plutôt à une sorte de jeu de dames. Les charmes de l'une de ces jeunes filles agissent sur le cœur de l’étudiant; il en devient éperdument amoureux. La belle Yao-sicn, qui n’était venue dans cette maison que pour y passer quelques jours, à l’occasion de l’anniversaire de la naissance de sa tante , retourne bientôt chez son père, maintenant général , autrefois compagnon d'études du père de Liang. Celuici la suit dans le lieu de sa retraite ; et, ne pouvant pénétrer jusqu'à elle, il fait l’acquisition d’une maison dont le jardin n’était séparé que par un mur de celui de Yao-sièn. Introduit, à titre de parent, chez le père de sa maîtresse,

il a l'occasion de voir des vers qu'elle a composés sur un sujet favori des poètes chinois, le branchage du saule pleureur suspendu au-dessus d’une pièce d’eau. Il y répond par d’autres vers sur le même sujet et les mêmes rimes. Rien n'est plus commun , dans les romans de la Chine , que ce moyen d'entrer en relation avec un objet aimé. L’idée vient promptement aux parents de Yao-sièn de la donner en mariage au jeune voisin. On perce la muraille pour que les deux jardins n’en fassent plus qu’un. Cette disposition amène des entrevues et des rencontres, d'abord du jeune lettré avec la suivante de Yao-sièn, ensuite des deux amants eux-mêmes; situation rare dans les ouvrages d’imagination , et dont la beiie Yao-sièn paraît sentir tout le danger, lorsqu’elle dit en rougissant : « Nous nous rencontrons 60us les pruniers et au milieu d'un champ de melons. »

Car ceux que l'on surprend au-dessous d’un prunier peuvent être soupçonnés d’avoir l’intention d’en cueillir les fruits, et ceux qui marchent au milieu d’une couche de melons ne manquent guère d’y souiller leur chaussure. la jeune fille adresse à son amant des reproches et des conseils remplis d’austérité; ce qui n’empêche pas que, dans une autre entrevue, elle ne se laisse lier par un serment, dont il prononce la formule, à n'être jamais l'épouse d’un autre. « Puissé-je, dit-il, si je romps mon engagement, puissé-je mourir, tomber pour jamais dans l’enfer, et ne plus rentrer dans le cercle de l’existence! Puissiez-vous, si vous manquez à votre serment, perdre la vie dans le fleuve, et u’échapper qu’à peine au tranchant de la hache! »

Des incidents divers retardent une conclusion qui parait si prochaine. Le père du jeune étudiant lui a ménagé une autre alliance; celui deYao-sièa est choisi pour apaiser une révolte sur les frontières. Le premier de ces incidents amène des scènes de jalousie, telles qu’on en trouve dans tous les romans du monde; et le second, une suite d’événements qui ne peuvent avoir quelque vraisemblance qu’à la Chine.

Le général Yang est cerné par les ennemis; Liang, parvenu en très-peu de

temps au premier rang des lettrés , et devénu en conséquence ministre d'État, sollicite la commission d'aller délivrer le pere de sa maîtresse , et il l’obtient ; car c’est une chose reconnue qu’un habile lettré ne peut être qu’un excellent homme de guerre. Celui-ci , toutefois, n’est pas heureux dans son entreprise : il se laisse entourer lui-même, et passe quelque temps pour mort; ce qui fournit à Yao-sièn l’occasion d’exprimer sa douleur et de faire briller sa constance. L’autre épouse qu’on lui destinait se jette daus la rivière, et est sauvée par un officier. Cependant , un lettré, compagnon d’études de Liang, est nommé pour commander l'armée, et parvient a délivrer ses deux prédécesseurs. Tous trois reviennent victorieux à la cour, et y reçoivent des récompenses proportionnées à leurs services. Ils obtiennent le titre de pe, ou, comme s'exprime le traducteur anglais, ils sont faits ducs. Lejeune Liang n’éprouve plus d’obstacles pour épouser Yao-sièn ; et celle-ci , loin de s’opposer à ce qu’il accepte aussi cette seconde femme qui lui avait été destinée, est la première à l’engager à suivre, à cet égard, la volonté du souverain. Ce double mariage, qui doit combler les vœux d’un homme délicat et sensible, est l’un des dénoûments auxquels on a le plus souvent recours dans les romans chinois ; et cependant , en voyant la complaisance de sa première épouse, Liang ne peut s'empêcher de s’écrier :

« Peu de femmes dans le monde sont capables d’un dévouement aussi vertueux ! »

Tel est le fond, assez commun, sur lequel le poète a cherché à répandre les ornements de la poésie. Il a partagé son ouvrage en cinq livres, subdivisés en soixante chapitres assez courts. Le rhythmequ'ila choisi est celui des stances composées chacune de quatre vers de sept syllabes ; mais il ne s’est pas tellement asservi à cette mesure, qu’on ne trouve en beaucoup d’endroits des vers de six , de huit, de neuf et même de onze syllabes. Par une attention dont les étudiants doivent lui savoir gré, quoiqu'elle puisse rendre la lecture de sa traduction moins agréable aux gens du monde, M. Thoms s'est

astreint à interpréter toujours chaque vers chinois par une ligne de prose. Le texte occupe le haut de la page, et la version , la partie inférieure. C’est le premier exemple d’un poème chinois imprimé en original (*}. »

PING-KOÜEÏ-TCHOUKN ,

Ouvrage du neuvième Thsaï-tseu.

Le Ping-kouei-tchouen, ou le Récit de la victoire remportée sur les démons, a été mis au rang de Thsaïtseu-chou. Cet ouvrage n'est pourtant u’un roman mythologique rempli 'extravagances et de puérilités. Excepté dans son dernier chapitre, l’auteur m’a toujours paru au-dessous du médiocre.

Voici le sujet du Ping-kouei-tchouen:

Sous la dynastie des Thang , vivait un bachelier dont le nom de famille était Tchong, le surnom Koueï, le titre honorifique tcbin-nan. Ce bachelier, d’une étrange figure, avait la tête du léopard et la barbe du dragon; mais, fortement appliqué à l’étude depuis son enfance , épris de la littérature ancienne, plein de goût pour l’eloquence, aimant les beaux vers, il s’était couronné de gloire au concours des docteurs. Nommé tchoang-vouên , il est admis dans le palais aux clochettes d’or (le palais impérial).

Malheureusement, l’empereur des Thang, Të-tsong, effrayé de la présence de Tchong-koueï , refuse de confirmer le choix honorable qu’on a fait : « Non ! s’écrie-t-il , je ne puis me résoudre à prendre pour ministre le nouveau tchoang-youén ; il est trop laid. . Tchong-koueï se permet alors d’adresser à Të-tsong quelques représentations : « Je demande si, dans le choix d’un ministre, la beauté du visage... » « Gardes, qu’on l’arrête! » interrompt l’empereur d’une voix tremblante. Tchong-koueï, transporté de colère, tire son glaive et met fin à ses jours.

Après cette catastrophe , l’empereur revient peu à peu de son épouvante; son coeur se ranime. Sentant qu’il a commis une injustice , et voulant user

(*) Nouveaux Mélangea asiatiques, ou Recueil de morceaux de critique el de mémoires, par M. Abel Remuant, 1. 1", p. 338-345.

548 L’UNtVERS.

des belles prérogatives dont il jouit comme nis du ciel, il comble le spectre de Tchong-koueï d’honneurs, de distinctions , et le charge d’exterminer tous les démons qui infestent son empire.

Le spectre obéit , pénètre jusqu'au centre de la terre, et informe le roi des morts du mandat qu'il a reçu.

On connaît l'affabilité du souverain des enfers (*); Tchong-koueï est accueilli par ce monarque de la manière du monde la plus civile et la plus obligeante. Pouf lui faciliter sa tâche , oh lui adjoint deux compagnons d’une valeur à toute épreuve, Han-youén et Fou khiue. Si te début de Fourrage est un peu ridicule, le chapitre qui nous représente le souverain des enfers investissant Tchong-koueï et ses compagnons d’un pouvoir surnaturel, ne manque pas d'un certain intérêt.

Tchong-koueï, Chen-youén et Foukhiue sont donc les trois personnages principaux du roman; ils quittent les régions inferieures , apparaissent tout à coup sur la terre, et ne tardent pas à se mettre eu campagne. Les démons du Ping-koueï-tcnouen , comme on doit s'y attendre , ne sont pas des êtres inoffensifs qui se laissent exterminer sans défense; ils livrent des combats terribles; à chaque moment, Tchongkoueï et ses compagnons sont exposés aux plus affreux dangers; mais ce qui diminue singulièrement l'intérêt, c’est qu'ils ue s’eu lireut pas toujours, comme les héros du Sau-koüe-tchi , par des prodiges de valeur, d’intrépidité ou de constance, mais trop souvent par des prodiges de magie.

Le dernier chapitre doit produire un grand effet à la Chine: c’est celui où l’auteur, après avoir fait parcourir aux trois principaux personnages que j’ai nommés, une série d’aventures plus ou moins étranges, les ramène tous les trois dans l’enfer, victorieux des démons. Tchong-koueï et ses compagnons

Î découvrent Wang-mang, Tsao-tsao, 'ong-leho, le Turc Ngan-Io-chan , l'impératrice Liu-heou, la courtisane Yang, une foule d'hommes et de femmes célèbres. Tou? ces personnages font l’entretien de Tchong-koueï avec le roi des

(*) Voy. plus haut, p. 4«.

enfers , nili jôUê exactement le même râlé que Vifgile dans là bivtne Comédie.

Lé Ptng-kouet-lchtiUen H’a pas encore été traduit.

PB-KOUKUtCttî,

Ouvrage du dixième ftuaï-Ueu.

Le Pe-konei-tehi , oit VHislôfre ctu s&plre rte faite, est une rtrddurtion plus estimable à beaucoup d’égards que le Ptnrj-konet-tchouen ; le merveilleux y entre aussi , mais il y entre moins.

Nous transcrirons ici le premier chapitre de cet ouvrage , qui n’a pas encore été mis en français :

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