‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 267 sur 292 · HISTOIRE NATURELLE · texte numérisé non relu

HISTOIRE NATURELLE

Minéraux de la Chine.

• La minéralogie de la Chine est fort peu connue, a dit un orientaliste trèsverse dans les sciences naturelles (feu M. Édouard Biot); quelques notions sur ce sujet intéressant se trouvent éparsrs dans les Mémoires des missionnaires, dans V rit las sine unis de Martini et dans la Description générale de la Chine par Duhalde, qui , à cet égard , n’a fait qu’abréger le texte de Martini. Plus récemment, les savants attachés aux ambassades anglaises des lords Macartney et Amherst, y ont ajoute quelques observât ions rapidement faites sur la route, dont ils ne pouvaient s'écarter ; on les trouve réunies dans les relations de Barrow, de Staunton, d'Abel, et dans le troisième volume de la compilation sur la Chine (**), qui fait partie de i'Edinburgh cabinet library. »

Suivant M. Abel Rémusat, il n’y a pas de minéraux qu’on ne puisse s attendre à voir sortir de la Chine. L'or et l'argent se trouvent dans les provinces du sud et de l'ouest. L’Iie de Uaïnan possédé plusieurs mines d’or, et le

(*) A bel Rénuisal , Mélangea asiatiques, ta II, 339 À 343.

(•*) Journal a»iati<|ue, rallier de septembre 1839, article de M. Édouard Bio(.

fleuve Kin-eha tire son nom des parcelles de ce métal qu’il roule dans ses eaux. Le fer, le plomb et le cuivre sont extrêmement communs. Plusieurs alliages naturels ou factices de cuivre et de zinc, de zinc et d'étain, de plomb et d’étain, viennent de diverses localités dans l'intérieur de la Chine. Le mercure natif et sulfuré s’y trouve en abondance. On y recueille du lazulithe, le quartz , le rubis, peut-être aussi l'émeraude, le corindon, la pierre ollaire, qui sert à faire des vases et particulièrement des écritoires, la steatite, qu'on taille en ornements et en figurines, diverses espèces de schistes, de roche cornéenne et de serpentine, dont on fabrique des instruments de musique.

Le jade, si célèbre sous le nom de Ytt, se trouve aussi à Taï-thong dans le Chan-si ; mais la plus grande partie de cette pierre si estimée des Chinois vient de Khotan, et est apportée de Tartarie par les Boukhares (*).

M. Abel Rémusal a placé à la suite de son Histoire de ta ville de Khotan une dissertation sur cette pierre célèbre que les Chinois nomment ru, et qui est, ditil, In production la plus remarquable de ce pays. Cette dissertation , composée h l'occasion d'une discussion qui s’était élevée dans le sein de l'Aeademie, est une monographie complète, où l’auteur a rrpris, pour tâcher de les éclaircir, 1rs nombreux passages des livres chinois qui parlent de cette substance minérale (** (***)).

Dti minéraux chinois appartenant à la collection du Muséum d’histoire naturelle (*'*}.

« La galerie minéralogique du Jardin du Roi possède, depuis fort longtemps,

(*) Voy. les Nouveaux Mélanges asiatiques de M. Abel Rémusal, t. I*r, p. 18.

(**) Voyez l'Histoire de I* ville de Khotan, tirée des Annales de la Chine , et traduite du rhiuois ; suivie du recherches sur la substaure minérale appelée par les Chinois pierre de ) U, et sur le jaspe des aurieus ; Paris, l8»o.

(***) Celle notice est empruntée au Jourual asiatique, rallier de septembre t83g. Elle est intéressante , et montre que son regrettable auteur, feu M. Édouard Biol , ne négligeait aucune occasion d’étudier la minéralogie chinoise.

environ quatre-vingts échantillons de minéraux de Chine, renfermés dans des bocaux ou des boîtes aveedes étiquettes portant leurs noms, écrits tantôt en caractères chinois, tantôt simplement en caractères romains. L’époque où ces minéraux ont été déposés dans cette collection n’est pas parfaitement certaine; cependant M. Ad. de Jussieu , dont la famille s’est perpétuée dans l'administration du Jardin du Roi , présume qu’ils ont été rapportés ou envoyés à son grand-père par un médecin du dernier siècle, nommé Vandermonde, qui se rendit en 1720 à Macao, y exerça la médecine pendant tlix années, et revint en France vers 1781. Ce Vandermonde, dont on peut lire l’article dans la biographie uni cer sellé publiée par Michaud, a laissé un extrait manuscrit de la partie minéralogique et botanique du Pen-thsao. Les noms placés dans les bocaux se retrouvent dans cette partie du Pen thsao , comme dans l'extrait que M. de Jussieu a bien voulu mettre a ma disposition, et dont j’ai pris copie. Il est donc probable que ccs quatre-vingts échantillons étaient annexés comme pièces de vérification au manuscrit de Vandermonde.

•> M. Alexandre Brongniart a consacré plusieurs séances à identifier res quatre-vingts échantillons avec les espèces connues. J’ai assisté à ce travail. J’ai noté ses déterminations ainsi que les titres des étiquettes que j’ai pu déchiffrer ; je les ai rapprochés des noms de l'Encyclopédie et des déterminât ons données' par M. Rémusat. .;. . Les

déterminations de M. Brongniart, rap-

Iirochées des noms de l’Encyclopédie aponaise, meparaissent utiles à publier pour rectifier la table de M . Rémusat.

Je n'ai pas pu me servir, dans le même dessein. des echanl illuns de M . Cadcrill , car aucune étiquette chinoise n’v est

6inte. M. Constant Prévost, averti par . Stanislas Julien , a depuis écrit â M. Cadrrill de joindre, aux échantillons qu’il pouvait adresser, leurs noms chinois; mais aucun nouvel envoi n’a été adressé jusqu’ici par ce savant missionnaire.

« Je vais rapporteras uomsdes espèces minérales reconnues par M. Brongniart, et je joindrai à chacune les noms

L’UNIVERS

chinois indiqués par les étiquettes. Je noterai à côté tapage du livre de l'Encyclopédie japonaise où se Usent ces mêmes noms, et au moyen de rette indication , on retrouvera facilement les articles correspondants dans les diverses éditions du Pen-thsao. Je donnerai un extrait du texte, lorsqu'il pourra offrir quelque intérêt.

« Chaque bocal examiné a reçu un numéro; mais comme ces numéros ne suivent pas un classement scientifique, et qu'ils seront nécessairement changés, je crois inutile de les rappeler.

« Deux bocaux contiennent des échantillons de cristal de roche. Le premier est un quartz hyalin limpide. L'étiquette qui s'y trouve jointe porte : Pechi-yng, ou cristal blanc. Ce même nom se lit pages 7, 8, livre lx de l'Encyclopédie japonaise. Le texte cité au Pen-thsao dit que les morceaux précieux de cette espèce de pierre sont longs de deux à trois ihsun (six à neuf centimètres), qu’ils ont six faces, et que si on frotte leur surface, elle paraît limpide et brillante. La figure jointe au texte représente des prismes a section hexagonale. L’un d’eux est terminé par des plans perpendiculaires à l’axe ; un autre se termine par deux pyramides à six pans. Le texte ne dit pas que l’on s’en serve pour faire des lunettes ou des besicles comme on en trouve à Canton et dans les autres villes chinoises. L’éditeur japonais cite cet emploi du cristal de roche à l’article Chouithsing, nom qui désigne le cristal de roche limpide, et il dit également à l’article Siao-tseu, verre, qu’on fait avec cette, matière des yen-king ou lunettes, aussi bonnes que celles de chou i-thsi ng. L’édition japonaise est de 1715. Le second échantillon est un quatz hyalin enfumé.

(Minéralogie de Brongniart, t.I. p. 280.) Le bocal contient l'étiquette Tse-chiyng, ou cristal bleuâtre. Ce même nom se lit p. 7 v», liv. lx de l’Encyclopédie japonaise. Le texte du Pen-thsao dit que ces pierres sont de diverses dimensions, toutes à cinq angles, et à deux extrémités en fer de flèche. Cependant un des morceaux représentés dans la figure est de forme hexagonale, et il faut très-vraisemblablement lire six angles au lieu de cinq angles. La forme

la plus ordinaire du quartz cristallisé est en effet celle d’un prisme à six pans , et ces prismes sont terminés de chaque côté par une pyramide à six faces. ( Minéralogie de Brongniart , t. I , p. 272.) Cette forme est exactement celle d’une des pierres pe-chi-yng, représentées dans la figure de l’article

firécédent. (Encyclopédie japonaise, iv. lx, p. 7 v*.)

« A farticle Tse-chi-yng , le texte du Pen-thsao rapporte que cette pierre, plongée dans l’eau chaude, perd son éclat; qu’elle est semblable au cristal de roche ( choui-thsing ) ; que seulement sa couleur est bleuâtre. L’auteur japonais dit en note que ce nom de tse-chiyng est donné à beaucoup de pierres dont la forme n’est pas semblable à celle que décrit le Pen-thsao; elles ont seulement toutes la couleur bleuâtre.

« M. Kémusat a traduit, dans sa table, pe-ciii-yng par cristal de roche, ce qui est exact. Il a traduit tse-chiyng par améthvste. L’améthyste est un quartz coloré en bleu; on peut ajouter : « et quartz hyalin enfumé. »

• Il y a quatre échantillons qui se rapportent aux espèces dites amphibole actinote et grammatite fibreuse.

Le premier est l’amphibole actinote; il est joint à l’étiquette yn-tsingehi , pierre curieuse du principe inerte ; ce nom se lit (Encyclopédie japonaise, liv. lxi, p. 31) parmi les noms en petits caractères. Le second a l’étiquette pe-sang-chi, pierre de mouton blanc ; ce nom se lit ( Encyclopédie japonaise, liv. lxi, p. 18 v')' parmi les noms en petits caractères. Le quatrième a l’étiquette yang-ki-chi, comme le second échantillon.

« Les second et troisième échantillons sont identiques. Ils correspondent à l'espèce appelée wollastonite. Dans la table de M. de Rémusat, on lit zéolithe pour l’article correspondant à la désignation yang-ki-chi. Dans cet article, le Pen-thsao dit que cette pierre yangki se trouve sur une montagne nommée Yang-ki dans le district de Tsitcheou, et que de là vient son nom. La figure représente des lames de forme triangulaire superposées irrégulièrement. Le texte du Pen-thsao ne rapporte, en outre, que des fables sur la

manière dont se forme cette pierre, et dit que, d’après la croyance générale, la pierre yang-ki est le principe de la substance dite yun-mou ou mère des nuages. Jeparlerai plus loin de ce terme, qui désigne le talc ou le mica.

« Le nom yn-tsing-chi de l'étiquette du premier échantillon se trouve placé dans l’Encyclopédie japonaise à l’article Hien-tsing-tchi, pierre curieuse noirâtre. I,a ligure représente des cristaux de forme hexagonale, dont deux edtés sont plus longs que les autres.

Suivant le texte du Pen-thsao, cette pierre se tire de Kial-tcheou (chan-si); sa forme est semblable à celle d’une écaille de tortue, et sa couleur verte. Si on la frappe, elle se divise en fragments semblables à ceux d’un miroir, et ayant tous six angles, comme des feuilles de saule. Si on la chauffe fortement , elle se divise en plaques semblables à des feuilles de saule et blanches comme la neige. Ces indications me semblent pouvoir faire présumer que le texte parle de bérils. Il ajoute : Celles dont on se sert maintenant proviennent de Kiang-tcheou (Chan-si); ce sont des pierres rouges, et non des pierres noirâtres. D’apres cette indication de couleur rouge, celles-ci sont peutêtre des corindons.

« Neuf échantillons se rapportent à l’espèce des stéatites , laquelle parait comprendre les divers minéraux appelés par les Chinois graisse de pierre.

* Le premier échantillon est une stéatite blanche.

« Le second est une stéatite nuancée de rosâtre et de violet. Il a pour étiquette kan-chi-tchi , graisse de pierre bleuâtre.

“Un troisième est une stéatite roueâtre terreuse. Il a pour étiquette ouang-chi-lchi , c’est-à-dire graisse de ierre.... Le premier caractère n'est pas ien lisible. Littéralement, il signifie large , et indique très-probablement que cet échantillon provient de la province de Kouang-tong ou de celle AeXouang-

« Un quatrième échantillon est une stéatite rosâtre. Il a pour étiquette tchichi-tchi, graisse de pierre rouge. Ce nom se lit à la page 9 v* du livre lxi de l’Encyclopédie japonaise. Le texte

cite du Pen-thsao dit qu’il y a des graisses de pierre de cinq couleurs différentes ; il cite l’espèce rouge et l’espèce blanche comme les principales. Celles-ci sont employées pour luter les joints des vases qui se placent sur le feu. Les autres especes, bleue, jaune, noire, ne sont pas aussi bonnes.

« M. Rémusat a écrit : graisse de pierre, à l’article Tchi-chUtchi : il faut lire : stéatite rosâtre et autres.

« Le cinquième échantillon est une stéatite blanche, un peu onctueuse, semblable au carbonate de magnésie. Il a pour étiquette kouang-si-hoa-rhi, pierre onctueuse du Kounng-si.

« Le sixième échantillon est une stéatite blanche très-onctueuse. Il a pour étiquette sse-tchouen-hoa-chi , pierre onctueuse du Sse-tchouen.

“ Ce nom de hoa-chi se lit à la page 8, livre lxi de I Encyclopédie japonaise.

Le Pen-thsao, cité par l'Encyclopédie, dit que le hoa-chi ou la pierre onctueuse se tire principalement du département de Kouei-lin , capitale du Kouang-si , et qu’elle sert à peindre les maisons et à nettoyer le papier. L’éditeur japonais I indique, comme utile pour enlever les taches d’huile, comme notre craie de Briançon. D’après les observations du célèbre missionnaire d’Entrecolles, rapportées au tome II de Duhalde, p. 180 et 181 , cette pierre onctueuse , dite hoa-chi, est très-employée par les Chinois dans la fabrication de la porcelaine, et remplace le kao-lin. Cette application est récente, d'apres le P.

d’Entrecolles, et ceci explique comment elle n’est mentionnée ni dans le texte du Pen-thsao, ni dans la Petite Encyclopédie pratique intitulée Thien-kongkhal-we. La stéatite de Cornouailles, qui contient 14 pour cent d’alumine, est employée à Worcester dans la fabrication de la porcelaine. (Minéralogie de Brongniart, t. I”, p. 497.) Us échantillons du Jardin du Roi montrant que la pierre hoa-chi est bien une stéatite , il me semble qu’il serait utile de les analyser, et de tenter de nouveaux essais des stéatites dans la fabrication de la porcelaine.

« M. Rémusat a traduit, dans sa table , hoa-chi par sorte de craie. Il faut lire stéatite.

L’UMVEBS.

« Les septième et huitième échantillons sont des stéatites rosâtres, sans étiquette. Ce sont évidemment des tchi chi-tehi.

« Le dernier est une pagodite isabelle avec l'étiquette thao- hoa-chi , pierre fleur de pécher.

« Il y a deux échantillons d’argiles bolairesqui doivent suivre les stéatites. Le premier est une argile bolaire rougeâtre. Il a pour étiquette ou-sse-chitc/ti, graisse de pierre à cinq couleurs, avec l'indication qu'il provient du Ssetchouen. Le second est une argile bolairo, rougeâtre et tendre. Il a là même étiquette que le précédent, avec l’indication qu’il provient du Rouang-si.

« Ce nom de graisse de pierres à cinq couleurs se rapporte évidemment à l’article de la page 9 v*. livre lxi, Encyclopédie japonaise.

« Il y a sept échantillons de mica.

L’un est du mica argentin. L’étiquette porte les caractères thong-hong-chi, littéralement pierre de mine de cuivre.

Un second est du mica à grandes lames , talqueux , verdâtre. L’étiquette porte les caractères fang-hoang chi , littéralement pierre brillante et lâche.

Un troisième est du mica métalloïde laminaire, avec l’étiquette tsing-mongchi, pierre de minerai bleuâtre. Un quatrième est du mica pailleté, bronzé, avec l’étiquette kln-mong-chi , pierre de minerai d’or; et un cinquième est du mica pailleté jaune doré, avec l’étiuette kin-sing-chi , pierre aux étoiles ’or.

« Cette dernière dénomination se lit à la page 25 du lxi' livre de l’Encyclopédie japonaise, et y désigne des variétés de mica, comme M. Rémusat a traduit dans sa table. La figure représente du mira en feuilles, et le texte du Pen-thsao distingue, à cause de leur couleur, l’espèce dite pierre aux étoiles d’or, et l’espèce dite pierre aux étoiles d’argent. Toutes deux se tirent principalement de Hao-tcheou ( Ho-nan ) et de Pien-tcheou ( Kiang-nan ).

« Les caractères de la troisième étiquette, tsing-mong chi , se lisent à la page 2fi, livre i.xi de l’Encyclopédie japonaise. La ligure représente deux sortes de plaques parsemées de petits ronds. Le texte du Pen-thsao distingue

l’espèce verte et l’espèce blanche. Il dit que si l’on prend celle qui est vert noirâtre et quon la frappe, on trouve à l’intérieur des taches blanches romrae des étoiles. M. Rémusat a écrit serpentine pour le titre de cet article, qui parait correspondre à un mica noirâtre.

« Le sixième échantillon a été reconnu pour un mica laminaire, un peu nacré et transparent. Il est joint à l’étiquette ffun-mou, littéralement mère de nuages, et ce même nom se lit à la page 54 du livre vu i du Pen-thsao, ei a la page 6 du nx" livre de l'Encyclopédie japonaise. Vandermnnde a traduit re nom par talc dans son extrait du Pen-thsao. La table de M. Rémusat porte nacre de perte. Il ire paraîtrait uc cette dernière interprétation doit tre corrigée.

« Il y a encore deux échantillons de schiste eoticule,cinqde stalactites, trois de chaux sulfatée, neuf qui se rapportent à l’espèce fer, deux d’oxyde d’arsenic , cinq de sulfure d’arsenic, etc., échantillons sur lesquels on trouve des renseignements dans la notice de M. Edouard Biot. « Le mémoire de M. Rémusat sur le Peu-thsao et sur quelques traités chinois d’histoire naturelle, dit en terminant le savant auteur, inontrp qu’à la Chine ies sciences naturelles sont restées à l’état rudimentaire ainsi que les sciences mathématiques; et comme étude réellement utile, on ne doit y chercher que des faits isolés... En me bornant ici à la minéralogie, je rappellerai que les Chinois divisent les minéraux en trois classes, savoir : les métaux, les pierres précieuses, et les pierres de diverses espèces. Parmi ces dernières, une subdivision est faite pour les sels dans le Penthsao : elle comprend le sel commun et les sels vilnoliques ou fan... Ce classement est tel qu'il se ferait dans la boutique d’un marchand; il est tout à fait commercial. »

Traitement des métaux; procédée chinois.

C'est encore à M. Édouard Biot que nous sommes redevables de quelques détails sur le traitement des métaux à la Chine, sur la fabrication de la cérusc, de ta litbarge et des aluns, sur le» pré-

parafions mercurielles, etc. Voici en

f 'ramie |»artïe le mémoire qu’il a pu- >lié, à ce sujet, dans le Journal asiatique (cahier d’aoôt 1835) :

Au seizième siècle , le traitement des métaux, à la Chine, était de la plus grande simplicité, comme on en peut uper d’après le Thien-kong-khai-we et 'Encyclopédie japonaise.

D’après ces ouvrages. For s’obtient rrincipalement en le ramassant dans les rivières, et en le débarrassant de sa gangue par des lavages.

L’argent se retire, en majeure partie, de minerais, où il se trouve mélangé avec le plomb. Le minerai lavé est fondu dans un fourneau à vent Ce fourneau a cinq pieds de haut, et peut contenir 240 livres chinoises, ou 2t>0 livres françaises environ. Le minerai s’y trouve mêlé avec du charbon de châtaignier. On obtient ainsi une boule métallique, qui est refondue dans un autre fourneau en terre, où le plomb se sépare de l’argent, et forme le fond de la musse. On retire encore l’argent de sables argentifères, qu’on nettoie par des lavages et que l’on fond avec du plomb. Les proportions indiquées sont deux de plomb pour un d'argent. Ou voit que le procédé de la coupellation est depuis longtemps connu à la Chine.

D’après l’Encvclopedie japonaise et le Thien-kong-knaî we, le 1er s’extrait à la Chine de minerais en grains ou terreux , ou de minerais en rognons, entre autres, de minerais magnétiques ( tteu-chi , pierre d’aimant, nom caractéristique des minerais magnétiques, comme M. Klaproth l’a remarque dans son mémoire sur la boussole). Les minerais se trouvent généralement presque à la superficie de la terre. On se contente d'écrodter le sol avec une charrue, et on ramasse le minerai. On le lave, et on le traite dans des fourneaux bas qui tiennent à peu près 2,000 livres chinoises (environ 1 ,100 kilogrammes). On y mêle le minerai , tantôt avec du charbon de bois, tantôt avec du charbon de terre. Rien n'indique dans les ouvrages chinois que ce charbon de terre ait reçu aucune préparation, comme celles qu'on lui fait subir dans nos usines à fer, où on le transforme en coke avant de le jeter

dans le haut-fourneau. Mais les fourneaux usités à la Chine étant très-petits, et semblables aux feux d'affinage de la Catalogne, ou conçoit qu’on puisse y employer le charbon pur plus facilement que dans nos hauts- fourneaux, où il ne donne pas assez de chaleur. Le vent se donne avec des caisses soufflantes eu bois, manœuvrées par quatre à six hommes.

Quand le minerai est fondu , on le coule, à la manière ordinaire, dans des moules de sable, si on veut avoir simplemeut du fer cru ou de la fonte ; mais si l’on veut avoir du fer malléable, l’opération se fait immédiatement sur la fonte à sa sortie du fourneau. Pour cela, suivant le Thien-koug-kh.iï-we, « on creuse d'avance, dans la terre, un » espace rond de plusieurs pieds de « diamètre et de quelques pouces de « profondeur, à côté duquel on bâtit « un petit mur d’un pied ou deux. I.a « fonte coule dans cette espèce de ré- « servoir, et de suite plusieurs hom- « mes. armés de bâtons de bois de péa cher, se placent sur le haut du mur; « la fonte se dessèche peu à peu, comme « la boue dans les eaux staguantes ; il « se fait une poudre sèche ; à ce mo- « meut un homme frappe dans ses « mains pour donner le signal de bat- « tre; les hommes aux bâtons remuent • fortement la matière, et quand elle « s'enflamme, elle est devenue fer mal- « léablr. Quand la matière se refroidit, « il y en a qui la divisent en morceaux « carrés ; d’autres l’enlevcnt, la battent, « la rrmùeul, et la roulent en barres « rondes qu'ils vendent ensuite. »

Celle manière de fabriquer le fer, toute grossière qu’elle est, m'a paru assez curieuse par la ressemblance qu’elle présente avec le puddlage anglais ou la méthode de fabriquer le fer malléable à la houille, qui ne date eu Europe que de cinquante a soixante ans. La description chinoise iudique très-bien le moment où se forme lajnatière sèche (le dry mark, comme disent les Anglais!, et dans lequel l’excédant de carbone se brille et la fonte passe à l'état de fer. Mais le fer puddlé a besoin d’élre purifié par la pression de lourds marteaux et de cyliudres Lamineurs ; et comme les Chinois n'ont au-

L’UNIVERS

cun de ces agents mécaniques, leur fer est généralement très-mauvais, quoi-

?iu’ils excellent dans les ouvrages en onte. (Voyage de Macartney ; Voyage de Barrow.)

Les Chinois distinguent deux espèces d’acier : l’acier naturel , qui s’obtient directement par la fusion de certains minerais ; et l’acier cuit, chu-kan. Pour obtenir celui-ci , on enveloppe un barreau de fonte ou d’acier nature! avec des lames minces de fer forgé, et l'on garnit d’argile l’extrémité de chaque paquet. On chauffe le tout dans un fourneau à vent, et quand le barreau intérieur commence à fondre, on retire le paquet et on le bat au marteau ; puis on le réchauffe et l’on rebat , jusqu’à ce que le tout soit bien soudé ensemble. Ils appellent cet acier Vacier rond (touan-kan). L’explication est malheureusement assez imparfaite. Quand iis emploient de l’acier naturel avec des barreaux de fer, le résultat correspond à ce que l’on appelle l’acier d’etoffe, qui est employé pour les gros instruments. L’emploi de la fonte indiqué ici né réussit bien probablement qu’avec les minerais qui donnent facilement de l’acier naturel, et dont la fonte doit conséquemment différer tres-peu de cet acier.

Le cuivre s’extrait ordinairement, à la Chine , de minerais qui contiennent du plomb. On fond le minerai dans un fourneau à vent, au bas duquel on perce deux trous à des hauteurs inégales. Le plomb surnage sur le cuivre et coule par le trou supérieur, tandis que le cuivre coule par le trou d’en bas. Ce moyen est employé aussi en Europe pour opérer la première séparation dans les minerais où le cuivre et le plomb sont mélés. Mais les Chinois paraissent peu connaître l’art difficile de bien raffiner le cuivre.

Avec le cuivre est un minerai appelé lou-kan-chi , et qui est de la calamine ou de la blende. Les Chinois ont fait depuis longtemps du laiton. Alors on emploie, suivant le Thienkong-khal-we, 6 livres de lou-kan-chi pour 10 livres de cuivre. Le Pen-thsao kang-mou , cité par l'Encyclopédie japonaise, donne des proportions différentes, un de cuivre et un de lou-kan-cbi , pour produire

un et demi de laiton. On fait aussi un alliage plus estimé avec six de cuivre et quatre de zinc. Ce dernier métal , le zinc, est appelé par les Chinois ya-uan , ou second plomb. D'après l’Encyclopédie japonaise et le Thien-koug-khaï- we, le zinc n’était pas connu autrefois des Chinois et des Japonais. L’éditeur japonais du premier ouvrage indique, dans une note, que le zinc s’extrait du lou-kan-chi; mais il ajoute qu’il ne sait pas comment se fait l’extraction. Le thien-kong-khaï-we donne plus de détails : « On met, dit-il, 10 livres de lou-

• kan-chi dans un creuset de terre. On « les y comprime fortement; ou les « divise avant de les exposer au feu ;

« ensuite on place les creusets les uns « sur les autres, en les entremêlant de

• galettes de houille, et on allume le « feu. Le lou-kan-chi fond dans le mi-

• lieu du creuset, et devient tout rond. « Quand le feu est éteint , on retire « cette boule, qui est le ya-yan. Celte « matière se combine avec le cuivre.

« Quand on la met dans le feu, elle « produit une vapeur enflammée. »

Sir G. Staunton, dans son ouvrage sur le voyage de lord Marartney a la Chine, rapporte que les Chinois font communiquer les creusets où est la calamine à des récipients où le zinc coule. D’après cela, la fabrication aurait été perfectionnée à l’époque de son vovage.

L’étain est divisé en étain de montagne et étain des eaux (étain d’alluvi.in). L’étain de montagne, qui est l’étain des mines, et qui est le plus impur, est lavé et débarrassé de sa terre ; puis on fond l’un et l’autre rainerai dans un fourneau qui contient plusieurs centaines de livres de minerai et plusieurs centaines de livres de charbon de bois. La combustion est excitée au moyen d’une caisse soufflante. Si le minerai a de la peine à fondre, on y ajoute un peu de plomb ; alors il commence à s'étendre ; puis il coule par un conduit en fer placé au bas du fourneau.

Quant au mercure, on sait que les Chinois le retirent depuis longtemps du cinabre; mais ils ne le regardent pas comme un métal, et le procédé de l’amalgamation pour l’extraction de l’or et de l'argent ne leur paraît pas connu. Le

mercure ne leur sert presque qu’a polir des miroirs de métal.

Ces extraits de l'Encyclopédie japonaise et du Thien-kong-khaï-we prouvent qu'à l’époque de la publication de ces ouvrages, les Chinois n'etaient pas bien avances dans l'art d'rxtraire les métaux, et cette indication s’accorde avec les récits des voyageurs qui ont visité leur pays.

Ou sait qu'à la Chine rien n'est si fréquent, dans le commerce, que les mélangés frauduleux ; et de là on pourrait présumer qu'on a dirigé aussi dans ce pays quelque attention sur les moyens de distinguer ces mélanges, surtout pour les métaux, dont la valeur peut être si facilement altérée. D’après les récits des voyageurs, les Chinois sont fort adroits pour reconnaître , avec la pierre de touche, le titre approximatif des objets d'or et d'argent ; mais, quant à des procédés d'analyse exacte , on ne trouve, dans les ouvrages que nous avons cités, que des indications bien imparfaites.

Suivant le Thien-kong-khaï-we. pour séparer l’or de l’argent avec lequel il se trouve souvent mêlé, il faut envelopper le métal que l'on veut purifier dans des boules d'argile, le jeter dans un creuset et le fondre avec du borax (pong-cha) ; alors l'argent se mêle à l’argile, de sorte que l’or reste pur, et on sépare ensuite l'argent en v ajoutant du plomb, c'està-dire par le procédé de la coupellation ordinaire. M. Boussingault a trouvé un procédé analogue, en usage dans les Cordillères , pour la purification de l’or ; mais là c'est uu sel marin qu'on ajoute au lieu de borax.

M. Boussingault a expliqué l'opération américaine par la réaction de l'argile du ciment sur le sel marin à la laveur de la vapeur d'eau, de sorte qu’il se forme de l'acide bydrochlorique qui attaque l’argent et en forme un chlorure.

Cette explication ne paraît pas pouvoir s’appliquer au cas où l'on emploierait le borax. Une tentative faite dans un laboratoire, pour répéter le procédé indiqué par le Tnien-kong-khaï-we , n'a donné aucun résultat, et l'argent ne s'est pas séparé de l'or. Il est vrai que des circonstances accidentelles peuvent

36* Livraison. (Chine moderne.)

empêcher de réussir dans une expérience semblable , lorsqu'on n'a pas d'indication plus précise que celle rie l'ouvrage chinois. Ainsi , suivant M.

Boussingault, l'opération qu'il a observée en Amérique ne réussit qu'avec des creusets assez poreux, de manière que l'air puisse avoir accès dans le mélange.

Nous devons dire aussi que, d’après les valeurs données par les poids relatifs de l'or et de l'argent dans le Souanfa-tong-tsong , ouvrage qui date de 1593, il paraîtrait que la séparation de l'or contenu dans l’argent se faisait alors d'une manière très-imparfaite; car le poids du pouce cube d'or est indiqué comme 16 onces, et celui du pouce cube d'argent comme 14 onces; de sorte que les poids relatifs de l'or et de l'argent seraient comme 16 à 14, ou comme 1 1 à 10 ; tandis qu'il est constant que le centimètre cube d'or pur pèse 19 grammes, et le centimètre cube d'argent 10 grammes 47 centigrammes ; de sorte que les poids relatifs des deux métaux sont comme 19 a 10 1/3. La valeur donnée au poids de l'argent dans l'ouvrage chinois est donc beaucoup trop forte; elle est presque égale a celle du poids de l'or, ce qui ne peut s’expliquer que par le mélange d'une forte proportion d’or dans l’argent chinois ; car le plomb, l’autre métal qui pourrait s'y trouver mélé, n'est pas assez pesant pour donner lieu à un tel excédant de poids.

D’après leTbien-kong-khat-we, quand on veut retirer l'argent des ustensiles où il se trouve combiné avec le cuivre rouge et le plomb, ou quand on reconnaît aux taches noires du métal qu'il renferme une proportion sensible d'alliage, on le met dans un vase de terre avec un peu denitre. On le fond; une grande partie du cuivre et du plomb se sépare de l'argent et coule au fond du vase. On reprend l’argent ainsi à demi purifié avec les parties de cuivre et de plomb qui semblent encore assez riches en argent, et on les met dans le milieu d’un creuset de terre dans le fourneau à séparer les métaux. Le plomb parait le premier ; bientôt il s’écoule , et le cuivre reste collé, comme enveloppe du résidu d’argent. On comprime cette

noole

L’UNIVERS

masse avec îles tiges de fer, et aussitôt l’argent se répand et se sépare.

Ce procédé, à ce qu’il paraît, est connu et employé aussi, par les rafflneurs, en Europe.

L’étain du commerce, à la Chine, est souvent mélé de plomb. Pour le purifier, on lave cet étain, et on le fond daus une solution de vinaigre assez fort: le plomb se consomme et coule dehors ; l’étafn reste seul. Ce procédé, donné par la Thien-kong -khal-we, s'explique aisément. L'acétate d'étain est presque insoluble et se forme beaucoup plus difficilement à froid que l'acetate de jilomb, qui est très-soluble.

Je passerai maintenant à l'examen de quelques produits dont les métaux forment la base principale.

Le procédé hollandais pour la fabrication de la réruse peut être venu du Japon , avec lequel les Hollandais ont eu pends nt longtemps des relations très-importantes. En effet, ce procédé est presque identique avec celui qui est indique dans les ouvrages chinois et japonais pour la préparation de cette matière. Au reste, ce ne serait pas le seul emprunt que les Hollandais auraient fait aux Japonais. Ainsi, pour l’agriculture, c'est de lé que sont venus en Europe les semoirs mécaniques , qu’on trouve dans le Thien-konukhaïwe et dans le Cheou-chi-thong kao, et qui existent depuis une haute antiquité A la Chine. De même la machine a vanner le blé, connue en France sous le nom de tarare, est représentée dans le Thien-kong-khaî-we avec son ventilateur et telle que nous l'employons; on en retrouve aussi la descri ptiôn , mais sans figure, dam la première édition chinoise de l'Encyclopédie japonaise, laquelle date de IG09. D'apres les encyclopédies anglaises, les Hollandais reconnaissent que cette machine leur vient du Japon,

Voici la description du procédé suivi à In Chine pour In fabrication de la céruse, d'apres le Thien-kong-khaï-we :

" Pour faire le hou-mién (la poudre « blanche , la céruse), on prend 100 li- « vres de plomb coulé; on les coupe, * on les divise en morceaux, et on en ■ forme des tubes qu’on met dans un « vase de bols, au fond duquel est placée

* une petite tasse pleine de vinaigre. En « dehors on lute avec de l’argile et on «ferme le pot avec du papier collé; « puis on met un peu de feu. et on l’en- « tretient pendant sept jours. Cet es-

* paee de temps suffit pour l'opération. « Les morceaux de plomb qui ont pro- ■ dult de la poudre blanche (de la eé- « ruse) sont jetés dans un vase plein « d'eau. Les morceaux qui n’ont pas « produit de poudre blanche sont re-

* placés dans les pots pendant sept « jours, et au sortir on les jette dans «l'eau. On continue ainsi jusqu’à ce « que le principe soit épuisé. Les mor- « eeaux qui ne sont pas épuisés com- « plétement sont réserves pour faire de «ta poudre jaune rouge (rouge de « plomb, massicot). »

La méthode qu’on suit en Hollande est presque Identique avec celle des Chinois ; seulement, au lieu de chauffer les pots avec du feu, les Hollandais entourent les pots avec du fumier et du tan, ce qui donne à la réruse ainsi faite une teinte grisâtre. Auprès de Vienne, on chauffe les pots avec du feu, et le blanc fabriqué est très-pur; alors c’est exactement le procédé chinois.

La description de l’ Encyclopédie

iaponaise diffère peu de celle du Tnien- [ong-khsï-we. Suivant l’Encyclopédie, au lieu de tubes de plomb, on emploie de petites plaques rondes superposées.

Le rouge de plomb ou tan que font les Chinois se fabrique avec les résidus de plomb non convertis en céruse, que l’on chauffe avec du nitre et de l’alun : on doit obtenir ainsi un produit analogue à la variété de minium connue sous le nom de mine orange. On tire encore ce rouge directement au plomb en chauffant ce métal avec du soufre et du nitre. Dans ce cas, on obtient un mélange de massicot avec une forte proportion de sulfure et de sulfate de plomb.

D’après le Pen-thsao-kacg-moii, dont le texte est rapporté par l'fncvclqpédie japonaise et le Thien-kong khai we, bn prend ; 1* plomb, I livre; soufre, 10 onces; nitre, I once. On fond le plomb, et on y ajoute successivement Soit du nitre, soit du soufre. M. Gaultier de Claubry, qui a bien voulu répéter l’expérience d’après ces données, n’a pu obtenir une couleur rouge qu’avec

beaucoup de peine. Au fait, la proportion de soufre est singulière. Quand on fabrique chez nous le minium, on évite avec grand soin le contact des matières sulfureuses, qui nuisent pour la fabrication de cristaux où le minium entre en proportion notable. On doit se rappeler, il est vrai., qu'on ne fait pas de cristaux en Chine; et remploi de leur tnn ou rouge sulfuré peut être suffisant pour la peinture ou pour d'aulres usages : mais jl est cependant probable

3u’i! y a erreur dans les proportions onnees par le Pen-thsao-kang-mou.

Quoi qu’il en soit , le texte chinois ajoute : « Si l’on veut nue le tan rede» « vienne plomb, on doit le mêler avec du « jus d'oignon et le chauffer ainsi ; le « plomb reparaît et se reproduit. »

Il y a quelques années, M. Berihier a fait connaître un procédé pour utiliser les résidus de sulfate de plomb provenant de la préparation de l'acétate d’alumine, lequel consiste à chauffer ce sulfate avec une certaine quantité de charbon en poudre, ou avec du soussulfure de plomb: le sulfate se décompose , et l’on obtient du plomb pur.

L’identité de ce procédé avec celui qu’indique le Pen-thsao-kang-mou est évidente. L’emploi du jus d’oignon dans l’ouvrage chinois indique uniquement l’emploi d’une matière végétale.

D’après ce même texte, avec 100 de plomb, on obtient 153 de tan. Pour tirer le plomb du sulfate de plomb, les proportions données par M. Bertnier étaient 63 grammes de sulfate de plomb et 77 grammes de sous-sulfure, qui donnaient ioo de plomb. On voit que les quantités indiquées ne sont pas trèséloignées. Ce rapprochement me paraît assez curieux.

Voici encore quelques préparations que les Chinois connaissaient au seizième siècle.

D’après le Pen-thsao-kang-mou, les Chinois savaient faire depuis longtemps des préparations mercurielles, qu’ils désignaient sous les noms de hiong-fen et de fen-chouang, et qui se rapprochent de celles que nous connaissons sous le nom de sublimé corrosif et de sublimé doux, ou bichlorure et protochlorure de mercure.

Le hiong-fen se fait avec une once

de mercure, 2 onces d’alun blanc, 1 once de sel marin , que l’on renferme dans un vase de terre couvert. En chauffant, une poudre se rend dans le haut du vase : cette poudre est le hiong-fen ; et à l’exception de l’emploi de l’alun au lieu d’aciar sulfurique, c’est le mode qu’on emploie pour la préparation du sublimé corrosif. La poudre chinoise doit être mêlée de principes étrangers au chlorure de mercure; mais on ne pouvait faire autrement tant qu’on ne se servait pas directement d’acide sulfurique.

Pour la préparation du fen-chouang,

• on se sert de bon hiong-fen , dit le « Pen-thsao-kang-mou; on en met « une once dans un vase de terre, dont

• l’ouverture est surmontée d’un cou- « vercle, dont le dedans est garni d’une « feuille de papier mouillé. On lute le « couvercle avec de l'argile détrempée, « et on garnit le bas du vase avec du « petit charbon de bois qu’on allume.

« On augmente peu à peu la quantité « de charbon jusqu’à ce qu’on atteigne «le col supérieur du vase; alors on « laisse le feu se refroidir, et on retire

• le papier garni d une poudre sembla- « ble à de la cire blanche: c’est le/m-

• chouang. » L’auteur a évidemment oublié l’addition du mercure au sublimé corrosif, addition necessaire pour enlever à ce dernier une portion de chlore.

Sous le nom de fan, les Chinois rangent plusieurs substances qui se rapportent à l’alun et aux diverses sortes de vitriol.

Le fan blanc est l’alun , dont on trouve des mines naturelles, d'après le Thien-kong-khaï-we, et qui se purifie par des lessives et la cristallisation.

L’alun sert, en Chine, à divers usages, entre autres, à la clarification de l’eau trouble. Ce procède a été rapporté par Barrow, dans son Voyage à la Chine, et on en trouve quelque trace dans le Thien-kong-khaï-we. En ajoutant une très-petite quantité d’alun avec de l’eau trouble, il se forme un soussulfate insoluble d’alumine qui se dépose et entraîne avec lui les particules terreuses. D’après une note insérée dans le Bulletin de la Société d’encouragement (année 1830), ce même procédé a été appliqué, il y a quelques

L’UNIVERS

années, par M. Darcet, à la clarification de reau de Seine, et son fils l’a porté en Égypte, où il parait inconnu.

Les autres fan. noir, rouge, jaune et vert, s'extraient de pierres qui se trouvent dans la bouille, et qui sont évidemment, d'après cette indication, des pyrites de fer et de cuivre.

Le minerai est brûlé à l'air, en l'entremêlant avec de la houille. Le résidu est lessivé et concentré dans une chaudière. On obtient ainsi le fan vert : c’est du vitriol vert ou sulfate de fer.

En calcinant cette substance avec 4 onces de terre jaune, on en retire le fan rouge, qui sert pour les ornements des maisons, quand on les peint. Ce fan rouge est le colcotar ou rouge <T Angleterre.

Le fan jaune se fait en cuisant le fan noir, qui est un mélange de sulfate de fer et d’alumine. On le place en tas que l’on couvre de terre. On y met le feu , qui dure lentement pendant le printemps et l’été, et au commencement de l’hiver il s'eflleurit à la surface de la terre une poudre, comme les murs de briques produisent une espèce de salpêtre. On racle cette poudre, et on la recueille : c'est le fan jaune. Ce fan jaune est de l’alun efifleuri à la surface des pvrites de fer, mais encore impur ; d’ailleurs on n'obtient ainsi que de petites quantités d’alun.

On indique aussi dans le Thien-kongkhaï-we gu’on retire des fan des montagnes à leu mouvants, ou des volcans.

Ils sont mélangés avec le soufre. On les lave, et on en fait du fan bleu foncé. Ce fan bleu s'appelle aussi la pierre de fiel, et paraît se rapporter à l’alun mélangé de sulfate de cuivre.

Page 1