I.igustruin lucidum
Liliui» concolor.
Lilium japonicum.
Liliunl tlgrifllim.
Leonicera perlrlVrnettdm.
Lychnis cofonttta.
Lycopodidlh.
Maba vaceinoides.
Magnolia fu6i‘dtdj Magnolia (ilimila.
Magnolia piPpurêd.
Magnolia cotisplcuâ.
Mrtlachfa afenà.
Melanthiurti coehlnfhlndliSe Melastomft (loddcflhdrtim.
Mehstoifia niâlàbcMIifieotti.
Melia azedatddh.
Melodinds rnoflOgyttUs.
Mlchelia cbalrfbacà.
Mirabilis jalapjrt.
Moriis albS.
Mnricia cochlrii'fiiûénsis.
Miirraya exôtidâ.
Musa sapienfiortf.
M«sa éofctfiriel MdssaOOla dhinOdsiS Myrtns tdmeOtoXd.
Nandina doinestltd.
NdrcisSUS tèzettA.
Naueled COfdifolid.
Neludfbitlm sjteciOsurti.
Nepenthes pttyllîrmpliofa.
Nerium olaAhddE Nieotiana frntie'OsA.
Nydtarithês arbor-tHAlis.
Nymptiæa pygmfpa.
O'dmurti gratidSilttt/fll.
Otea fragrâfts.
Onobrycin'S àrtntfd
l’tToniâ niiomtafl.
PæoniO albfhoM.
Panax qdfoqwefolibflT.
Panda ruH odoi'flflSsirïttis.
Papayer SOmofferurri.
Pardanthds sitieOSiS.
Paris polyiibyda.
Parki&sômi ôrleAttfid.
Passiflord Oæi'ulea.
Pentdoetes phdrdfWa.
Pergulafia oddffltfssidtâ.
PliObrroS drironsis.
Pions longifolia.
Piper bette.
Piper nigrtim.
Piltosponlin tobifâ.
Plantago ioajor.
Plnmbago Zeylafiira.
Plufnbago rosdA.
Plumearia alba.
Pœderia fetida.
Poinciana puloherrima.
Polyanthes tuberosa.
Polygonum barbatum.
Polygonum tartaricumi Polygonum tinctofiilfffi Punica granatum.
Prunus domestica.
Prunus armeniaca.
Psidium pyriferum.
Pvrus cummunis.
Pyrus malus.
Qmsqualis glabra.
Quisqualis indiea.
Kanunculus sceleratus.
Raphanus sativus.
Rapliiolepis indiea.
Raphiolrpis phceostemdl»
Rapliiolepis salicifolia.
Raphis QabelliformMi Rlius suecedanea.
Riciiius communis.
Rosa Banksiæ.
Rosa indiea.
Rosa miiltiflora.
Rosa Spinosissitft*.
Rosa seinpefflofefl».
Rosa siniea.
ROtms reflrtus.
RObUS paCrifolliis.
ROta angiistifolia.
SdccharOm siflensé.
Sagittaria iotegrlfofi#, Sagittaria obtusifoli#.
Saglttdfia sineox».
Sngus RUmflffll.
Saiisburia ndiaOtifOWS.
Salis babylOOiOii.
Sambucus chine nsll*.
Santalnin alburfi. Sapindud abruptOS.
Saxifraga SdrineotoSÉ.
Sedurtl.
Sér'issa fcttkla.
SésafOnm iridtctim.
Sida tiliécfôfla.
Side'AoXylon rnritonféOW?.
Sin ipis brassiratâ.
Sniilax lârtceoltffa.
Spioifex squarrosof.
sjiîræa erooafa.
SpondidS amar/f ?
Staehys aCtemlsid.
Stercülia balangbas’.
Sterduti# lanceoldta.
Stercülia platanifolia.
CHINE
L’UNIVERS
Stiliinga sebifera.
Stvrax.
Tàbernæmontana coronaria.
Tagetes patula.
Tamaris chinensis.
Tecoma grandiflora.
Thunbergia angustifolia.
Thuya orientalis.
Trapa bicornis.
Tricosanlhes anguina.
Tropæolum minus.
U non a discotor.
Vanda.
Vinca rosea.
Vismia dealbata.
Vitex spicata.
Webera corymboaa.
Zea mays.
Zinziber officinale.
Zizyphus jujuba.
Zizvphus ramosissimum.
Zornia pulchellum.
Travaux de J. Hoffmann et H. Schultes, sur la Flore du Japon et de la Chine.
L’Index botanique de MM. J. Hoffmann et H. Schultes, actuellement sous presse, est , comme on va le voir, beaucoup plus etendu que celui de M. Wells- Williams. Nous nous félicitons de pouvoir mettre sous les veux du lecteur la préface de cet Index, préface où M. Hoffmann retrace les principales époques des recherches scientifiques sur la flore japonaise.
« Ce fut, dit cet habile orientaliste, vers la fin du dix-septième siècle que les premières notions de la flore japonaise pénétrèrent en Europe. Le docteur Andréas Cleyer, qui, en 1683, avait visité la cour de Yédo , en qualité d'ambassadeur de Hollande, demeura jusqu’en 1686 à Nagasaki, comme chef de la factorerie du commerce hollandais, et, de retour à Java, publia, jusqu'en 1700, une série de traités sur les plantes japonaises, dans les Éphémérides de l'Académie Naturæ curiosorum, et après avoir fait dessiner, au Japon , par des indigènes , treize cent soixante figures, les envoya à Berlin, au docteur A. Menzel , lequel en composa une Flore japonaise, qui se trouve jusqu'aujourd’hui inédite dans la Bibliothèque royale de Berlin.
« Le docteur Cleyer s’occupait en-
core de la description des plantes japonaises , quand le naturaliste Engelbert Kaempfer arriva au Japon (1690), et pendant deux ans fit de la flore japonaise le sujet de ses études. La valeur scientifique de ses recherches , en général, surpasse.de beaucoup celle des ouvrages contemporains; mais, de son vivant , on n'en publia que la partie botanique. C’est dans les descriptions et les figures de plantes japonaises, formant le cinquième fascicule de ses Amœnitates exotlcsc (1712), que Kæmpfer a consigné avec beaucoup d'exactitude les noms japonais et chinois, en profitant de beaucoup de notices intéressantes sur l'histoire naturelle indigène, qui lui furent communiquées par ses amis japonais. Il mourut en 1 7 1 6, et ses collections se trouvent aujourd’huiau Musée britannique ; entre autres une collection de figures de plantes japonaises, dont sir Joseph Banks publia, en 1791, une série de uarante-neuf planches, sous le titre e Icônes Ksempferianm.
« Le premier qui traita la flore des lies japonaises d’après la méthode de l'école de Linné fut C- P. Thunberg.
Arrivé au Japon en 1775, il avait formé, au bout d'une année, une collection de mille espèces, dont il décrivit huit cents. Dans sa flore japonaise, Thunberg donna, à l’exemple de Kiempfer, les noms japonais, empruntés, ce nous semble, en partie à des ouï-dire, en partie aux Amœnitates exafreæ de ce dernier auteur. La haute valeur attribuée d’abord par quelques botanisies à la flore de Thunberg a considérablement diminué. Le botaniste y cherche en vain une exactitude scientifique, et quant aux noms japonais, c’est à peine si la sixième partie est exempte de fautes d'orthographe ou d’impression.
• En 1823, M. Ph.-Fr. de Siebold arriva au Japon. L’étude de la flore de ce pays occupa une place considérable dans le cercle de ses recherches. La collection de plantes japonaises qu’il forma endant son séjour dans ce pays n'emrasse pas seulement la flore fies environs de Nagasaki, ou de file de Kiousiou , mais encore un grand nombre de plantes qu'il rassembla pendant son voyage à Yédo. Elle fut encore aug-
itized
mentée par des envois que lui firent ses amis et élèves japonais, de divers points de l’empire, et a l’aide d’herbiers formés par des naturalistes indigènes.
Cette collection , comprenant de deui mille deux cents à deux mille trois cents espèces de phanérogames , fut placée , au retour de M. de Siebold , dans l’herbier royal de Levde, et augmentée, plus tard, dedeux'à irois cents espèces provenant d’envois du Japon , faits par M. Burger.
« Ces matériaux , joints à un choix de plus de six cents figures que M. de Siebold avait fait dessiner d'après nature par des artistes japonais , sont entrés dans l’ouvrage intitulé : Flora japonira, sive plantæ quas in imperio japonico collegit, descripsil , et ex parte in ipsis locis pingendas curavit doctor Ph. Fr. de Siebold ; sectio prima : Plantæ ornatui vel usui inservientes.
Digessit doctor J. G. Zuccarini , Lugd.
Bat., 1835 44.
« M. Zuccarini donna au monde savant une revue systématique des familles et des genres des plantes japonaises en rendant (le 12 juin 184 1 et le 20 janvier 1844), à l’Académie royale des sciences, à Munich , un compte de la flore japonaise et de ce qu’elle doit aux recherches des Européens , aussi bien qu’à celles des Japonais mêmes. Il montra la connexion et l'ensemble qu'il y avait entre la flore du Japon et celles d’autres pays; mais ce n'était qu'en traits généraux. Cette matière fut traitée par lui, plus en détail, dans un ouvrage
Îui a paru plus tard sous le titre de : ’torte japonic m famlliæ naturales, adjectis generum et specierum exemplis xo/utis ; sectio prima et altéra:
Plantæ dicotyledoneæ. Auctoribus doctore Ph. Fr. de Siebold et doctore J. G. Zuccarini.
« Le but que se proposa l’auteur de l’ouvrage que je viens de citer, était de tracer un tableau de la végétation des pays les plus orientaux de l’Asie. Pour y arriver, il a rassemblé, aussi complètement que possible, toutes les familles de plantes constituant la flore japonaise, en faisant ressortir principalement les classes et les genres caractéristiques. Il a montré la grande ressemblance de la flore des îles méridio-
nales du Japon, des Iles de Sikokf, Kiou-siou et de la partie sud du Nippon , avec celle des régions moyennes et plus chaudes de la Chine, et il a prouvé que beaucoup de classes et presque toutes les plantes cultivées sont communes aux deux pays et à la Corée, et que les découvertes faites dans une de ces contrées sont, pr conséquent, très-importantes pour les autres.
« Si ces pays étaient occupés par des barbares, nous nous contenterions de ce que les voyageurs y découvriraient et nous communiqueraient ; mais les indigènes de la Chine et du Japon, jouissant d'une très-ancienne civilisation , et ayant examiné et déterminé la végétation du sol, se sont créé une littérature indigène sur le régne végétal.
Cette littérature nous offre une ample moisson de notices intéressantes sur la patrie, la migration, la distribution géographique et l’usage des plantes cultivées, et nous promet, outre la connaissance de cette Flore, les notions les plug intéressantes sur l’industrie et les arts de ces pays.
« Pour faciliter l’accès de ces sources, il nous faut un lien qui unisse la littérature botanique de ces peuples avec les recherches et les découvertes de nos savants; il nous faut une synonymie, enfin, où, à côté du nom systématique donné par nos naturalistes, soit rangé le nom japonais et chinois.
« Le travail que je publie aujourd’hui est un pas vers ce but. Ce qui m’a surtout engagé à l’entreprendre, c’est qu’un heureux concours de circonstances en avait mis les matériaux entre mes mains il y a environ dix ans. M. de Siebold avait fait faire au Japon, par un savant du pays, une liste complète en japonais et en chinois des plantes rassemblées par lui , et il me permit de l'employer comme base d'une nomenclature botanique. Dans les manuscrits botaniques de M. de Siebold, les déterminations systématiques se bornaient simplement , pour les formes nouvelles, à rénonciation des familles et des classes, tandis que l'espèce était exprimée par le nom japonais. A mesure que la publication de la Flore du Japon avançait, ces déterminations préalables subirent bien des change-
L’UNÏVÈRS.
menls, el elles furent remplacées par les nouveaux noms systématiques. L'achèvement de la nomenclature botanique, basée sur les matériaux que nous venons de citer, dépendait de l'achèvement de cette Flore.
« Malheureusement, la publication de la Flore du Japon s'est arrêtée, en 1844, à la vingt-cinquième livraison, et un des plus beaux travaux de nos jours reste inachevé. La promesse que Zuccarini avait laite de publier les familles monoeotylédones n'ayant pas pu se réaliser, les Familial n oturales de Zuccarini eurent le même sort. Il mourut en 1848, et avec lui s'évanouit l'espérance de voir s’achever cet ouvrage.
« Pour ne pas renoncer complètement à la publication de l'Index botanique, qui jusqu'à cette époque avait marché de pair avec la Flore de M. de Siebold , je me vis forcé de restreindre les limites de mon plan , et de borner mon catalogue aux plantes systématiquement déterminées dans ccqui avait paru de ces deux ouvrages. Le premier comprenait alors environ cent viiigteinq especes avec trois cents noms indigènes. Si les noms indigènes avaient été ajoutés dans le dernier ouvrage, qui comprend huit cent quarante-sept espèces de plantes dicotylédones, toutes déterminées et décrites d’après les exemplaires originaux , il m'eût été facile d'achever la synonymie : mais comme il ne s’agissait pour Zuccarini que de donner une revue systématique du règne végétal, tandis que la description détaillée des plantes avait déjà été insérée dans la Flora japonica , ou lui restait réservée, il avait supprimé tous les noms japonais des plantes.
« Heureusement les matériaux que j’avais déjà rassemblés pour l'Index me permettaient de remplir cette lacune, et , dans des cas douteux , je pouvais consulter l'herbier royal, où sont conservés les exemplaires originaux qui ont servi à l'ouvrage sur les Familles naturelles, et portent les synonymes japonais et chinois ajoutés' par des Japonais.
« Dans ces circonstances, la collaboration que m'offrit M. le docteur Scluilte6, durant l'été de l’année 1840, m’a été d’autant plus agréable, que ce
botaniste , al tâché alors 8 l'herbier royal , s’était occupé depuis longtemps de la stmoriymie indigène de la Flore du Japon, s'était assez familiarisé avec les caractères japonais pour les lire, et avait déjà pris beaucoup de notes sur ce sujet. f.iifln, M. ScllulteS et moi, nous nous réunîmes pour faire cet Index, et nous réussîmes à Constater, avec une certitude parfaite, la synonymie de plus de six cent trente espèces de plantes systématiquement déterminées dans les deux Outrages cités.
Parmi les matériaux employés pafnous, je dois mentionner encore une lloredu Japon intitulée: Kica-wl, ou collection de fleurs, par Yô-nan Den-siou; Miyako, 1765, 8 volumes in-8"v puis un index de noms japonais et chinois d'objets d’histoiré naturelle , publié sous le titre de Ht) ut s bin si/il nui, par Midsou tani; Soukérok , 1809, 4 vol.
in- 12. Le Pën-ls’ùo-kang-mô, ou ('histoire naturelle chinoise de Li-chi-tchi», édition japonaise, et la section botanique de la grande Encyclopédie japonaise, furent consultés Comme faisant autorité pour la bonne orthographe des noms. etc.
« Si avec tous ces matériaux notre Index n'a pas reçu une plus grande étendue, c'est que nous nous sommes rigoureusement astreints à n'admettre aucune espèce qui ne fût parfaitement déterminée, et par conséquent représentée dans l'herbier de Lejde, par des exemplaires auxquels les Japonais euxinéines avaient ajoute les noms japonais et chinois.
« Ün nombre considérable de noms chinois de plantes (488; se trouve aussi dans la Flora cochinchinensis de J. Loureiro, et nous l’aurions consultée plus souvent, si nos botanistes n'eussent élevé des doutes fort graves sur la valeur scientifique de cet ouvrage. Comme cette flore est Jepourvue de figures, il est impossible aux botanistes de résoudre bien des problèmes et de fixer bien des points restés obscurs. Pour que l’ouvrage de Loureiro pût inspirer de la conliance, il faudrait que ses déterminations fussent examinées, rectifiées, complétées d'après son propre herbier, qui se trouve à Lisbonne. Il faudrait encore
chine Moderne. &ti
qu’on consultât les remarques Je M. von Bunge, de Beechey et de Uooker sur la flore de la Chine et des îles de Lieoukieou et de Bonin , et qu'on déridât quelles sont réellement les plantes qu'on trouve dans la Flora cochinchinensis de Loureiro. Ces recherches seront considérablement facilitées par la comparaison des noms chinois qu'il cite avec ceux de notre Indes.
« Je terminerai en disant quelques mots sur l’usage que font les Japonais des noms chinois des plantes. La littérature d'histoire naturelle de la Chine a servi aux Japonais de point de départ dans l’étude de la nature, et d'autorité dans la médecine, l'industrie et les arts. De là vient qu'au Japon les noms chinois des plantes jouent presque le même rôle que chez nous les noms latins, tandis que les noms japonais indigènes sont abandonnés au langage du peuple. Voilà pourquoi les Japonais, dans les déterminations scientifiques d'objets d’histoire naturelle, se servent de la dénomination chinoise à côté du nom indigène.
« Cependant , la prononciation du chinois adoptée au Japon diffère considérablement du dialecte officiel (des mandarins) que nous avons l'habitude de suivre, de sorte qu'il nous faut observer deux manières différentes de prononcer les noms marqués en caractères chinois : la forme purement chinoise, en dialecte mandarin, et la forme japonaise, qui constitue un dialecte particulier. C'est dans ces deux dialectes que la prononciation des noms marques en caractères chinois sera donnée dans notre Index. »
ZOOLOGIS.
Nous avons reproduit le jugement que M. Abel Rémusat a cru pouvoir porter sur la botanique et la minéralogie. L’autorité de cet illustre savant, qui avait entrepris la rédaction d une histoire naturelle de la Chine, du Japon et des pays voisins, est assurément d'un très-grand poids en ces matières. Nous croyons encore faire une chose utile en tirant de la notice intitulée : Coup d’oeil sur la Chine et sur ses habitante, l’exposé général de
ce dui a rapport à la zoologië (*) :
« La Chine, dit M. Rémusat, nourrit un grand nombre d'espèces d'animaux, parmi lesquelles il y en a plusieurs qui ne sont que peu ou mal connus en Europe. Le cheval y est moins beau et □lus petit On y trouve le chameau de la Bactriane.le buffle, plusieurs espèces d’ours, de blaireaux, de ratons, une espece particulière de tigre, plusieurs espèces de léopards et de panthères. Le bœuf est moins commun qu'en Europe, et le cochon est plus peut. Il y a plusieurs variétés de chiens, et entre autres une que l'on mange. Le chat y est mis en domesticité, et la variété blanche à poil soyeux n'y est pas inconnue.
On compte beaucoup d’espèces différentes de rongeurs, parmi lesquelles il y en a qui multiplient au point de devenir un fléau pour les provinces qu'elles parcourent en troupes immenses. Les gerboises, les polatoui Ites, les écureuils, les loutres, les zibelines, se trouvent dans les forêts. L’éléphant, le rhinocéros et le tapir oriental habitent les parties occidentales du Kouang-si , du Yun-uan et du Sse-tchoueu. De nombreuses espèces de cerfs, de chèvres et d'antilopes, le musc et d’autres ruminants moins connus peuplent les forêts et les montagnes , particulièrement dans les provinces occidentales. Ou trouve aussi vèfs le sud-ouest plusieurs quadrumanes, et même de grandes espèces de singes assez voisines de l’orangoutang.
• La Chine contient un nombre infini d’oiseaux, la plupart étrangers à nos climats; le faisan doré et le faisan argenté en sont originaire». On connaît plusieurs espèces île cormorans , de cailles, diverses variétés de gallinacés et de palmipèdes, un assez grand nombre d'oiseaux de proie de jour et de nuit , et d« nombreuse» espèce» de la famille des passereaux- Mai» l’ornithologie chinoise n’» fait encore que peu de progrès, et l'on est souvent rédoit à faire usage des peinture» du pay», qui ne sont pas toujours assez exactes pour qu’on puisse parvenirà la détermination des espèces.
(*) Voy. les Nouveaux Mélange; asiatique*,
par M. Abel Rénuual , t. I,r, p. 17 à *<>.
L’UNIVERS
« La même remarque peut s'appliquer aux autres branches de la zoologie. Les poissons des mers de la Chine sont mieux conous, parce qu'on a souvent péché dans ces parages ; mais les poissons des lacs et des rivières ont été peu étudiés. On n'a pas non plus de renseignements sur les serpents et les lézards ; les tortues ont été mieux décrites, et l’on sait que plusieurs espèces sont particulières a la Chine.
« Il y a aussi des mollusques, dont les coquilles ont été envoyées de ce pays et font connaître des "espèces remarquables. Parmi les insectes, il ne faut pas oublier les papillons, dont la Chine possède plusieurs belles espèces, et les vers à soie, dqnt l’espèce vulgaire n'est pas la seule à laquelle les Chinois donnent des soins. »
La zoologie occupe beaucoup d’espace dans l'ouvrage de l'abbé Grosier. Parmi les articles les plus intéressants, les plus curieux peut-être pour le plus grand nombre des lecteurs , M. Abel Rémusat cite ceux des abeilles, de la cigale et des papillons, la notice sur les termès ou fourmis blanches, les articles relatifs au cheval, au tigre (léopard ) et à quelques autres mammifères. Nous les reproduirons successivement, en y ajoutant la notice de M. Rémusat sur le tapir.
Le* abeille*.
* Il suffit d’ouvrir les anciens livres de la Chine pour s'apercevoir qu’on y a connu de tout temps les abeilles, le miel et la cire. On élevait un grand nombre d'abeilles domestiques sous les trois premières dynasties, et cet usage ne fut interrompu que par les troubles et les guerres qui accompagnèrent la célèbre révolution de l'empereur Thsin-chihoang-ti , qui , dans le troisième siècle avant notre ère, entreprit d’anéantir l’ancien gouvernement chinois. Les historiens ont remarqué que , vingt huit ans après, le fondateur de la dynastie suivante reçut comme un présent distingué quelques vases de miel et deux cents bougies de cire. Mais les abeilles sauvages, qui naissent et se reproduisent sans le secours de l’homme dans la plupart des forêts, eurent bientôt réparé la perte de celles qu'on avait
laissées périr. Ces abeilles se multiplient tellement dans certaines années, qu'elles ont été quelquefois, dans les temps de disette, une ressource précieuse pour le peuple; car il faut savoir que les Chinois mangent les nymphes de ces mouches sauvages, soit macérées dans le vinaigre ou dans une saumure, soit frites dans la graisse ou dans l'huile. Ils en sont venus ensuite à manger les nymphes des abeilles domestiques, dont les Apicius des campagnes se montrent fort friands.
« Quoique les naturalistes chinois distinguent plusieurs sortes d'abeilles, d’après leur couleur, leur taille, leurs mœurs et les lieux où elles s’établissent, quelques-uns d’entre eux réduisent toutes ces espèces à trois : aux abeilles des forêts, a celles qui habitent les rochers sur le bord de la mer, et aux abeilles domestiques. Les premières sont plus grosses et d’un jaune qui tire sur le gris; les secondes sont presque Doires, et les dernières jaunes comme celles d’Europe. La saveur, le parfum et les qualités du miel varient selon les lieux, et il en est de même de sa couleur, qui est tantôt blanche , jaune de citron Jaune orangé, tantôt rougeâtre.
* On élève aujourd’hui à la Chine assez peu d’abeilles domestiques, et plusieurs causes ont concouru à faire négliger cette branche d’économie champêtre. Les plantations de cannes à sucre, qui s'introduisirent dans les provinces du midi vers la fin du troisième siècle, firent considérablement tomber l’usage du miel. La découverte des insectes à cire blanche (pe-la-tchan), faite dans le même siècle , acheva de décréditer les abeilles, parce que, leur cire étant trouvée moins belle que celle de ces insectes, celle-ci fut préférée par la cour et la seule admise dans les appartements de l’empereur. Ajoutons que les hivers trop rigoureux dans les provinces du nord, et les étés trop pluvieux dans celles du midi, sont deux circonstances qui rendent plus difficile la conservation des abeilles, et qu’elles ont dû contribuer, sinon à faire perdre totalement le goût de les élever, du moins à le restreindre.
* Le P. Cibot nous a transmis quelques détails qui peuvent donner une
idée de la méthode chinoise pour le gouvernement des ruches. Les abeilles sauvages, dans les provinces du sud , fixent leur habitation au haut des arbres et sur leurs brauches; mais, dans celles du nord, elles établissent leur demeure à la naissance du tronc, et même en partie dans la terre. Les Chinois ont suivi cette indication de la nature pour disposer le logement des abeilles domestiques. Les cultivateurs du midi placent leurs ruches sur des terrains exhaussés, secs, bien aérés, pour préserver leurs essaims des dangers de l'humidité ou de la trop grande chaleur ; ceux du nord , au contraire , disposent les leurs dans des lieux enfoncés, soigneusement abrités et tournés au midi.
« Quelques-uns établissent les ruches de leurs abeilles dans une muraille de pierres sèches, bâtie en hémicycle, où on laisse des vides proportionnés au nombre des ruches qu'ou doit y placer.
Ces vides, qui occupent toute l'épaisseur de la muraille, offrent aux abeilles deux ouvertures, l’une au midi et l’autre au nord , afin qu’elles puissent entrer et sortir des deux côtés; mais, en hiver, ou ferme avec du gazon et de la terre grasse l’ouverture du nord , pour garantir les mouches du froid. La muraille d’ailleurs est assez épaisse pour qu'on puisse y enfoncer la ruche de manière qu’elle s’y trouve à l’abri de la pluie, du vent et même du soleil pendant l’été. Les abeilles aiment à habiter près des ruisseaux et des fontaines; il est à propos que les hémicycles de pierre bâtis pour recevoir les ruches n’en soient pas trop éloignés, et que tout le terrain d'alentour soit en gazon ; s’il est planté d’herbes odoriférantes, les abeilles ne s'en trouveront que mieux ; mais il importe que le lieu de leur demeure soit solitaire et peu fréquenté.
« On regarde à la Chine comme un point essentiel de ne laisser ni trop ni trop peu de miel aux abeilles : si on leur en donne trop, elles deviennent paresseuses, infirmes, et ne se multiplient pas ; si Pon use d’une économie trop rigoureuse, elles s’épuisent et dépérissent en peu de temps. Dans les provinces du midi, on fait annuellement deux
récoltes de miel et de cire, une au printemps, l’autre après le commencement de l’automne : on ne connaît que celle du printemps dans les provinces septentrionales.
« Les ruches chinoises varient beaucoup entre elles par leurs formes : les unes sont en berceau renversé, les autres en caisse de tambour, quelquesunes en tour carrée; mais les plus recommandées et les plus accréditées sont celles qui se forment et se composent de plusieurs étages mobiles, parce qu’on les regarde comme les plus commodes pour la récolte du miel et de la cire, et comme les moins meurtrières pour les abeilles. On trouve encore les mêmes avantages réunis dans une autre espèce de ruche, qui s’ouvre d'un câté par une porte, laquelle s’emboîte comme un couvercle; à la surface intérieure de cette porte sont fixées des étagères de bambou , auxquelles les abeilles attachent et suspendent leurs gâteaux de cire. Lorsqu’on veut exploiter une ruche, il suffit d’ouvrir ou plutôt d’enlever cette porte latérale, qui amène au dehors tous les trésors qu’elle renferme. On écarte ensuite les abeilles avec la fumée d’une grosse torche d’armoise séchée qu’on allume et qu’on tient au vent; soit que cette fumée plaise aux abeilles par son odeur, soit qu’elle les enivre, elles ne s’effarouchent ni ne s’irritent et se laissent paisiblement dépouiller.
• Dans les contrées où les froids de l’hiver sont trop longs et trop rigoureux pour que les abeilles puissent les supporter, on les enferme dans leurs ruches, qu’on garnit en dehors de gazon séché au soleil et qu’on recouvre en totalité d’un enduit de terre grasse, afin que l'air extérieur ne puisse pas y pénétrer. Elles passent l’hiver dans cette exacte clôture, et leur prison ne s’ouvre qu’au retour du printemps.
« Il y en a, ait l’ auteur du livre chinois Hoa-king, qui suspendent une poule dans la ruche, avant d’y enfermer les abeilles ; mais ils la vident et la laissent quelque temps exposée à l’air, afin qu’elle se dessèche uu peu et ne répande pas de mauvaise odeur. Quand on ouvre la ruche au printemps, ajoutet-il, on Retrouve plus que le squelette
574 L’UNIVERS
de la poule : plumes et chairs, tout a été mangé.
« Si l'on ne blanchit pas aujourd'hui à la Chine une grande quantité de cire d’abeilles, ce n’est pas qu’on y ait ignoré le secret de cette opération. Il est certain par l’histoire de la dynastie des Thang, qui a commencé l'an 619 et fini en 907, qu’on blanchissait alors la cire d’abeilles, on en la faisant tremper pendant cent jours, vers le temps de la canicule, dans de l’eau de pluie d’orage, ou en la lavant à plusieurs reprises dans l’eau d’une petite rivière, alors connue sous le nom de Yan. Les procédés de cette manipulation n’ont cessé d’étre en pratique que depuis la découverte de la belle cire d'arbre, blanche par sa nature, et dont on se sert aujourd’hui à la cour. Les missionnaires font blanchir, dans leur résidence de Pe-klne, de la cire d’abeilles our l'usage de leurs églises, et l’on en lanchit également à Canton pour la consommation des Européens ; ces bougies sont fort belles, mais elles coûtent presque aussi cher qu’en France.
« Peut-être n’apprendra-t-on pas sans quelque surprise que les cierges longs ne sont pas inconnus à la Chine et que de tout temps on s'en est servi dans les sacrifices au Chang-tl et dans les autres Cérémonies religieuses. Cet usage porte tous les caractères de l'antiquité et paraît dater des commencements mêmes de la monarchie. *
La cigale.
« Les p us anciens livres de la Chine ont parle de la cigale, de manière à ne laisser aucun doute sur les idées qu'on se formait alors de cet insecte singulier : ils l'ont désigné par un mot qui signifie l 'insecte qui crie ou qui chante par tes flancs. Peut-être les anciens Chinois n’ont-ils pas étudié, comme nous , ni su aussi bien démêler le mécanisme et le jeu des organes par lcsuels ce petit animal fait un si grand ruit; mais il paraît qu’ils ont bien connu ses métamorphoses, ses habitudes et toute l'histoire de sa vie. Un ancien livre expose tous les details de son histoire naturelle : il enseigne que la cigale commence par être un vèr, qu’elle s’enterre, en automne, au pied des
arbres pour y passer l’hiver; qu'elle sort de terre au printemps , monte sur les arbres et s’y métamorphose. l& lettré Ou-ta , qui vivait sous la dynastie des Thang , allait déterrer lui-même des nymphes de cigale, pour les foire voir aux paysans, auxquels il montrait aussi les branches de bois mort où la mère avait déposé ses œufs, afin de désabuser ce peuple crédule des fables et des idées superstitieuses qu’on se plaisait à répandre alors sur l’histoire de cet insecte.
« La Chine paraît être plus riche que l’Europe en cigales , dont elle compte jusqu’à six espèces, savoir : la cigale aux cinq couleurs, c'est-à-dire sur laquelle on distingue du jaune , du rouge , du bleu , du vert et du noir ; la cigale de blé , qui est verte et petite; la grosse cigale, qui a jusqu’à trois pouces de long ; la cigale moyenne; la cigale verdâtre et argentée, et enfin la cigale couronnée , qu’on ne trouve que sur les bambous. On ne croit pas que celle-ci laisse aucune dépouille après sa métamorphose, et la prétendue couronne dont on orne sa tête ne paraît être qu'une double antenne à plusieurs aigrettes. On cite encore une autre variété de cigales, qu’on dit être richement nuancée de jaune et de rouge.
La plupart de ces espèces ne se trouvent que dans les provinces du midi.
« Les anciens Chinois se faisaient un amusement , dans la belle saison , d’aller à la chasse des cigales , et cette chasse s'exécutait la nuit, à la clarté des (lambeaux. Les anciens livres semblent donner à entendre qu« la lumière attirait ces insectes ailés et les faisait descendre des arbres. Au reste, le plaisir seul ne dirigeait pas les chasseurs, et le gibier qu'ils prenaient n'était pas our eux une proie inutile : les Chinois 'alors mangeaient les cigales, qu'ijs regardaient comme un mets très-délicat. Les Grecs en furent également friands : elles faisaient, suivant Aristote, les délices de leurs tables. Il nous apprend qu’avant l’accouplement on préférait les cigales mâles , et qu’après la fécondation on accordait la préférence aux femelles, à cause des œufs qu’elles contenaient.
«Les cigales, pendant un temps,
obtinrent à la Chine tous les honneurs de la mode, et y devinrent tout à coup l’objet d'un engouement général. Elles durent cette éclatante fortune à un pauvre lettré de la dynastie des Tliang, qui , pour alléger sa misère, s avisa de recourir à l’expédient de faire un commerce de ces insectes. Il alla dans la campagne , choisit les plus belles cigales , leur lit à chacune de petites cages, et revint les montrer et les offrir dans les rues de Tchang-ngan, alors capitale de l'empire. C'était une nouveauté : il n’en fallait pas davantage pour qu'elle réussit dans une ville riche et voluptueuse. L’ascendant de la mode lit trouver agréable à la ville le cri de la cigale, dont on était excédé dans les campagnes. L’impératrice, les reines, les dames du palais voulurent avoir de ces mouches chanteuses ; on érigea même en titres d'offices, avec de forts appointements , des charges de pourvoyeurs , qui n'avaient d'autres fonctions que celle de fournir la cour d’une certaine quantité de cigales de toutes les tailles et de toutes les couleurs. C’était un délire, une vraie fureur: on rencontrait des cigales dans toutes les maisons , on en portait avec soi dans les visites; toute la ville retentissait de leurs cris. Les arts s’emparèrent sur-le-champ des cigales; elles entrèrent dans les broderies, dans les dessins des étoffes, dans la ciselure des vases. On en lit en émail, en pierres de yu, en or, en pierreries, et une femme dégante ne se serait pas crue bien parée , si elle n’eût porté une cigale parmi ses ornements de tête. La mode de ces insectes bruyants a passé à la Chine; mais il en est resté un amusement de plus pour le peuple et pour les enfants : les gens de la campagne ont continué à prendre des cigales pour les venir vendre à la ville, et l’on continue à les leur acheter.
« Les poètes ne furent pas les derniers à partager l’ivresse générale. Des flots de vers coulèrent en l'honneur de l’insecte à la mode, et les recueils du septièmeet du huitième siècle sont pleins de ces pièces de poésie, toutes aujourd’hui plongées dans l’oubli , à l’exception de quelques-unes que leur mérite a fait surnager.
« Les médecins chinois font entrer dans plusieurs de leurs remèdes les dépouilles de cigales, et quelquefois la cigale elle-même. Il faut avoir soin de recueillir ces dépouilles avant les pluies. On en détache tout ce qui n’est pas le corselet; on lave celui-ci dans une eau chaude pour en enlever toute la terre, et après l’avoir fait passer à la vapeur de l'eau de gingembre, on le fait sécher. Cette dépouille , réduite en cendres, est excellente, dit-on, pour arrêter une dyssenterie invétérée ; mise en poudre et donnée en potion , elle apaise les convulsions des enfants, calme les migraines violentes et facilite les suites de l’accouchement; prise eu infusion , elle aide à l'irruption de la petite vérole et tempère l’ardeur de ta üèvre qu’elle cause. Les jeunes cigales dont on a retranché la tête, les ailes et les pattes, et qu’on a fait sécher après les avoir exposées à la vapeur de l’eau de gingembre, ont les mêmes vertus que leurs dépouilles , mais dans un degré d’énergie supérieur pour toutes les maladies internes. On les recommande surtout contre les convulsions des enfants , accompagnées de l'extinction de voix , et contre les vers auxquels ils sont sujets. On les emploie avec un égal succès pour délivrer les femmes de leur fruit , quand il est mort dans leur sein, et pour soulager dans les rétentions d’urine. Ce même remède, dans ce dernier cas, est indiqué par Dioscoride et pnr plusieurs de nos médecins modernes (*). »
Papillon» de la Chine.
« On sait que cet insecte a six pieds, uatre ailes plus ou moins poudreuses, es yeux et des antennes; qu’il vient originairement d'une chenille, et qu'a-
firès avoir passé par l'état de elirysaide, emblème de la mort , il se métamorphose. renait, sort vif, brillant, radieux , du milieu des débris de son ancienne dépouille, et s’élance dans le sein des airs , dont il devient l'habitant le plus volage et le plus sémillant. I,es plus grandes espèces se rencontrent
(*) Voy. Grosicr, De la Chine, ou Descriplion générale de cet empire, rédigée d'après les Mémoires de la mission de Pékin , I, III, p, 3y3 à 400.
L'UNIVERS
parmi les phalènes ou papillons de nuit ; dans toutes , les couleurs des mâles sont ordinairement plus foncées,
filus vives et plus éclatantes que dans es femelles, et le corps de celles-ci est , en général , plus gros. Les papillons de l’Asie et des deux Indes sont les plus beaux de l'univers. Rien ne peut être comparé à l’éclat et à la richesse des nuances qu'ils étalent : on croit voir étinceler, sur le reseau léger de leurs ailes, l'or, le saphir, l’émeraude et la topaze. Ces magnifiques insectes sont aussi plus forts et plus grands que les nôtres; mais on prétend que leurs espèces sont moins nombreuses que celles des papillons d'Europe, dont nous comptons plus de deux cents variétés.
« Les plus beaux papillons de la Chine sont ceux qui se trouvent sur la montagne Lo-feou-chan , située dans la province de Canton. Leurs couleurs sont singulièrement variées, et sans être très-éclatantes, forment des compartiments et des dessins d'une extrême délicatesse. On en fait un si grand cas, qu’on les envoie jusqu’à la cour. Ces papillons, qui sont de la classe des phalènes , sont beaucoup plus gros et ont les ailes bien plus larges que ceux de l’Europe. Ils restent comme immobiles sur les arbres, pendant le jour, et ils s’y laissent prendre sans peine. Ce n'est que vers le soir qu’ils commencent à voltiger, à peu près de la même manière que les chauves-souris, dont auelques-uns semblent égaler la grandeur par l’étendue de leurs ailes. On vante aussi les papillons de la montagne Si-chan; dans la province de Pe tche-li; mais ceux-ci sont moins grands, et ne jouissent pas de la même célébrité que ceux de la montagne Lo-feou-chan.
* Le beau papillon violet de la Chine mérite en particulier d’être décrit. Ce papillon, qui est de la classe des diurnes , a trois pouces et demi de largeur, lorsque ses ailes sont étendues. Les
Îieux sont grands et d’un brun rouge, a tête et le corselet sont noirs, tachetés de blanc. Le corps est petit en proportion des ailes ; le ventre est long , mince et noir, marqué seulement, à l'extrémité, de quelques anneaux ou raies de bleu de ciel. L’insecte a six
pattes , dont les deux antérieures sont extrêmement courtes , et ne peuvent lui servir à marcher; les pieds ou griffes sont noirs.
« Ce papillon porte ses ailes bien étendues ; les deux supérieures sont en dessus d'un violet vif et velouté, qui est changeant en noir. Ce fond violet porte des taches bleu céleste de différentes grandeurs, blanches au milieu, et vers le bord extérieur sont quelques petites taches blanches. Le dessus des ailes inférieures est de couleur brune, à bords tachetés de blanc; le dessous des quatre ailes est brun, parsemé de différentes taches blanches , un peu bleuâtres.
■ On a imaginé quelques instruments, tels que des filets légers de gaze ou de soie, pour aller à la chasse de cet insecte volage , et faciliter les moyens de le saisir vivant. On dit que les dames chinoises , dont un grand nombre savent mêler à leurs amusements le goût pour l’étude et l’observation de la nature, s’y prennent plus sûrement pour se procurer de jolis papillons. Elles choisissent les plus belles chenilles, lorsqu'elles les voient parvenues au moment de filer leur coque , et les enferment toutes ensemble dans une boîte intérieurement garnie de petites tringles ou bâtonnets disposés en etage.
Elles attendent ainsi l'epoque de la métamorphose de ces insectes, et quand elles les entendent battre des ailes , elles s’empressent d’ouvrir la boite, et lâchent ces brillants prisonniers dans un appartement bien fermé et rempli de fleurs. C’est par ce procédé facile que les dames chinoises obtiennent chaque année des papillons choisis et des plus superbes espèces, soit qu’elles veuillent en former des suites pour un cabinet, soit qu’elles cherchent seulement à se procurer des modèles qu’elles uissent imiter dans leurs ouvrages de roderie ou de peinture.
« Les papillons desséchés ont si peu de poids et occupent si peu d’espace , qu’il en est parvenu en Europe un assez grand nombre d'individus, mêlés dans les bottes et les caisses qu’on reçoit de la Chine (*). »
(*) Grosier, Deacript. générale de la Chine, t. III, p. 407 à 41 1.
Les tenon ou foomû blanches.
« Parmi les nombreuses espèces d’insectes connues à la Chine, une des plus singulières et des plus malfaisantes est celle des fourmis blanches. Elle est généralement répandue dans tous les pays situes entre les deux tropiques :
on la trouve en Amérique, en Afrique, aux Indes , à la Chine , au Japon , à la Nouvelle-Hollande ; et , dans toutes ces parties du monde, elle se signale par ses invasions soudaines, par ses sourdes et obscures dévastations.
« Cel insecte, dans les divers pays où il est répandu , a reçu différents noms, la plupart fondés sur son génie destructeur. Linné et quelques naturalistes l'ont désigné sous le nom de termi.i. On s’accorde assez à lui donner celui de Jourmi blanche, non qu’il ait aucun des caractères essentiels qui distinguent nos fourmis proprement dites, mais uniquement à raison de la conformité qu’on remarque entre la manière de vivre de ces insectes et celle des fourmis communes. Comme cellesci, les termes vivent réunis et forment des sociétés nombreuses et régulières; ils se construisent des habitations souterraines, se dispersent dans tous les lieux d’alentour pour butiner, et paraissent s'occuper du soin d’amasser des provisions. Ces habitudes sont les seuls traits de ressemblance qui les rapprochent des fourmis . dont ils diffèrent même par leur forme, quoique d’une grosseur à peu près égale.
• Les termes sont d’une blancheur de neige, à l’exception de la tête et de la gorge , parties dures . rudes au toucher et d’une couleur obscure , tirant sur le brun. La tête est terminée par un museau armé de quatre dents, ou plutôt de quatre petites pinces recourbées et tranchantes. Le reste du corps est mou et simplement recouvert d'une peau fine et délicate , qui les laisserait sans defense contre le plus faible ennemi , si l’instinct , comme nous le dirons, ne pourvoyait à leur conservation.
« On compte cinq à six espèces ou variétés de termès, qui diffèrent par la grosseur, par quelques accidents de forme et de couleur, et surtout par leur manière de se loger et de bâtir;
37' Livraison. (Chine modeene.)
mais on remarque dans toutes les mêmes habitudes générales. Chacune de ces espèces est composée de trois ordres d’individus : d’ouvriers, de soldats et de parfails ou ailés. Le premier de ces trois étals suit immédiatement la naissance; les deux autres paraissent être le résultat de deux métamorphoses que subit l’insecte. Les termès ouvriers sont les plus petits de l’espèce , mais les plus nombreux; leur nombre est à celui des soldats comme cent est à un. Eux seuls sont chargés de tous les soins domestiques, de tous les travaux de l’intérieur. Les soldats ont le corps plus gros et plus long , une tête énorme qui a la consistance de la corne, et des pinces plus grandes et plus dures. Ils n’ont d'autre fonction que celle de veiller à la sûreté de la colonie. Si l’on fait une brèche à l’habitation commune, ils s’y portent aussitôt pour repousser l’ennemi. Celui-ci a-t-il disparu , ils se retirent eux-mêmes, et font place aux ouvriers, qui s’empressent de réparer et de fermer la brèche. Le troisième ordre offre l’insecte parvenu à son état de perfection Toutes ses dimensions se sont agrandies; son corps, qui a huit à neuf lignes de longueur, déploie quatre superbes ailes ordinairement brunes, rouges dans quelques espèces.
Les termès ailés sont les seuls qui aient la puissance de se reproduire, et c’est parmi eux que les colonies nouvelles choisissent leurs rois et leurs reines.
Parvenus à cel état, ils cessent de prendre part aux travaux domestiques et aux combats; ils se livrent mollement au repos, et ne s'occupent plus que de leurs amours. Quelques semaines après leur métamorphose, ils émigrent et abandonnent les toits paternels. Quelques-uns, accueillis par d’autres termès, fondent avec eux de nouveaux établissements ; tous les autres périssent dans l’espace de quelques jours. Ces fourmis ailees ne peuvent voler que dans un temps pluvieux et humide. Bientôt l'ardeur du soleil dessèche leurs ailes, oui se détachent; elles tombent , se traînent péniblement sur la terre, après avoir été quelques instants les tilles de l'air, et ne tardent pas à être dévorées par de nombreux ennemis.
Dgle
L’UNIVERS
« Les termes se multiplient avec une rapidité prodigieuse, et lorsqu ils se sont empares d'un appartement, il n y a que les seules fourmis noires, dont ils sont mortellement haïs, qui puissent les en chasser. Ces insectes mettent une telle activité dans leurs ravages, que, dans l'espace d'une nuit, ils percent, non-seulement les ballots les plus épais, les pièces de draps, les soieries, les toiles, mais encore les tables, les buffets, les armoires; ils attaquent même le fer, le cuivre et l’argent, sur lesquels ils laissent l'empreinte de leurs petites dents; à moins qu'on ne veuille attribuer les érosions qu on y remarque à l’acrimonie de quelque huimur qu ils laissent échapper. Ces fourmis blanches, d ms les provinces méridionales de la Chine, sont le fléau des bibliothèques; elles dévorent les livres et en détruisent jusqu’aux couvertures. Le meilleur moveu, dit-on, pour s’en garantir dans les magasins, est d’étendre sous les ballots une rouche de sel qui les déborde; et dans les appartements, d’elever les meubles, qu’on veut préserver, sur des piédestaux enduits de goudron.
« Une habitude naturelle et tres-smgulière distingue spécialement ces fourmis : elles fuient la lumière comme les taupes, et ne marchent jamais découvert; mesure de sûreté, que l’instinct leur fait prendre, sans doute, pour défendre leurs petits corps, qui sont d’une substance molle et absolument nus. Elles percent et s’ouvrent des routes à travers toutes les matières qui ne peuvent résister à l'active corrosion de hurs petites dents tranchantes ; mais rencontrent-elles un corps solide et d'une dureté impénétrable, elles s’r.n détournent . et se construisent une voûte ou galerie qu’elles prolongent, à mesure Quelles avancent, jusqu'au lieu où elles se proposent d'e.vercer leurs ravages. Out-eJles à frauchir des tas de grains, un amas de petits corps détachés et mobiles, qui n’offrent aucun point d'appui, leur galerie «e métamorphose en un long tuyau , à travers lequel tout le détachement liasse et chemine. Telle fut un jour leur tactique , dans un magasin de la compagnie des Indes orientales.
pour gravir au haut dun enorme tas de dons de girofle, qui s’élevait jusqu’au plafond : parvenues à ce point , elles percèrent le plancher, et détruisirent, dans le magasin supérieur, une quantité considérable d’étoffes précieuses, qu’elles déchiquetèrent.
« Ces chemins couverts s’exécutent avec une étonnante célérité ; le nombre des ouvrières et le bon ordre qu’elles observent abrègent et facilitent le travail. Les fourmis s’avancent sur deux files. L’une des deux qui se trouvent à la tête dépose un peu de terre, dont elle s’est munie, sur le lieu où doit commencer la voûte: l’autre y dégorge une liqueur visqueuse. Elles pétrissent toutes deux cette terre, lui donnent la forme qu’elle doit avoir, et se retirent de part et d’autre, le long des deux files, pour aller se charger de nouveaux matériaux et revente ensuite prendre place à la queue de toutes les autres.
Les deux fohrmis qui. après le départ de celles-ci , se trouvent les premières en rang, exécutent la même manœuvre, laquelle est successivement répétée par toutes celles qui composent la double file. Ainsi <|es milliers de fourmis travaillent continûment et sans s'embarrasser, et la galerie s'achève en trèspeu de temps.
« Le voyageur JÇæmpfpr a observé ces fourmis blanches au Japon et dans l’Inde. « On m’a rapporte, dit-il , plu- « sieurs particularités surprenantes sur « la vitesse de leur marche et les rava- « ges qu’elles ont faits : niais je n’en « dirai rien dont je n’aie été moi-même « témoin oculaire. Pendant que j’étais
* à Cnylang. fort des Hollandais sur la
* côte de Malabar, j’avais un apparte- « meut dans la maison du gouverneur.
« Il arriva un jour qu’étant foçt occupé, « je ne me couchai qu’à minuit. Le « lendemain matin lorsque je me levai, » j'aperçus sur nia table des marques « de ces voûtes, qui èujent à peu près « de la grosseur de mon petit doigt, et, « en regardant 4* P' 05 prèvs. je trouvai « que ces animaux avojeut fait uhttou, « de cette même grosseur, dans un « des pieds de la table en montant, un
• autre au travers de là tapie, et un
• troisième au milieu de l’autre pied en « descendant, qui entrait dans le pla.a-
CUIKK M0DKRWE • W
. char, Cè fut un bwbuur quelles ne . touillèrent pointa me* papierstioaux « autr. s chose* qu« ïhwte i«r
. la t.ili'e. Tout eelq *e 41 dam* l'espace , ,k qtntlquéS bsure», « fie voyageur remarque qu* la matiecs 4é fifjft voûtes en galerie est » P' M Près lu mfip|g que celle dont Us guêpe» construisent leurs nids.
« Cos insectes rongeurs se fixent infime quelquefois dans lus caisses qu'ils ont eq? alites t et trouvent commode d’y établir leurs nids- « C'e-H «g, qui « est arrive, (lit un voyageur anglais, à
• i'étui de mon migroseope. oui était a en acajou et où- comme ou (e pensa « Lieu, j ai été très-surpris de trouver « un jour «es insectes établis. I. ayant « laisse, pendant un voyage que je fis « aux lies du Vent, dans les magasins
« de M. Campbell, gouverneur ik Ta-
• bngo, je m'aperçus a mon retour qe « les fournvs b'anches y avaient lait « beaucoup de dégâts. Mon microscope
• n'avunt point été épargné, tout était
• rongé, excepté le métal et le verre.
• En revanche, je trouvai plusieurs cel-
• iules sur le pied , qui était de cuivre,
• et. sur les verres, où il resta une eui- « preinte gommeuse que je n'ai fait dig-
• paraître qu'avec beaucoup de peine.
« Quant au cuivra, il avait entièrement
• perdu son poli. » Dans ce même magasin, ces fourmis criblèrent de trous uae pièce de vin vieux de Madère, dont toute la liqueur s'écoula par les ouvertures faites au tonneau.
a M. Philip, capitaine de vaisseau, « ajoute le même voyageur, m’a raconté « qu'une personne ayant laissé, pendant
• vingt-quatre heures, sa malle sur une
• table, trouva ses liabits percés d'une « infinité de petits trous et ses papiers «entièrement rongés; il n’en restait « que de tres-petites parcelles. Quant à « ses crayons, il n'en retrouva pas le « moindre morceau. Quelques pinces « d'argent furent couvertes de petites
• taches produites par une liqueur si > corrosive, que le métal en est resté « marqué très-longtemps. »
« Le génie malfaisant des tevmès ne se borne pas à ravager ira magasins, à détruire les meubles d’un appartement; Hs attaquent quelquefois les édifiées mêmes, dont un grand nombre, en Afri-
que et dans l'Inde, ne sont que de bois. Leurs invaaious sont d'autant plus sûres cl dangereuses, qu'elles ue sont pu-- aperçues: ils cumin iiicnl leurs premières approches sous terre et s'elgblissent sous les fondements de la maison où ils veulent pénétres. Ils s'introduisent et s’ouvrent des routes dans les poteaux qui la soutienueut, dans ceux qui les traversent et tonnent avec eux la cage du bâtiment. Cette année sjlepcieusf fie mineurs s'élève ainsi jusqu'à la charpente qui porte le toit, L ail n’aperçoit aucun désordre, aucun changement extérieur ; qjais tous ces bois sout percés, ronges, avides ; bientôt ils fléchisseut sous le poids, et la maison s'écroula, «vaut même qu’un ait soupçonné le danger.
« Quelquefois ces insectes, par instiuct sans doute pour leur propre conservation, rempiaçent la quantité de matière qu’ils ont tirée de I intérieur des poutres et des sofivgs par uue sorte d'argile qu’ils préparent. Ils eu remplissent les excavations qu’ils ont faites, et n’y laissent qu’un seul passage ou chemin, dont les embranchements conduisent a toutes les paft'mi de la maison. Celle argde. en sa desséchant, acquiert la dureté de I» pierre et donne aux bois, dans lesquels ejfii s’incruste, plus de solidité qu'ils n'eu avaient dans leur premier «Ut- Cette difi*r«nce de procèdes, delà part de ces insectes, serait-elle fondée sur le séjour plus OU moins long qn ils su proposent de taire dans les fieux où iis s’établissent?
« Quelque redoutables que soient b s dévastations des tenues, oit ne peut s’empêcher d’gd, itérer tes merveilles de leur industrie, et surtout Tari et l’a? dresse qu'ils mettent dans leurs érosions. Ces insectes fuient la lumière, et semblent craindre le contact de l’air libre ; aussi, tant qu’ils le peuvent, tra. vaillent-ils dans les tanniires. S’ils s'mn. parent d'une planche (surtout lorsqu'elle est de pin ou de sapin . espèces de hnis qu'lie semblent préférer), ils en creusent toute l’épaisseur, sans toucher aux parois des deux côtes ni aux deux surfaces, qui se maintiennent parallèlement et restent unies par l'appui que leur prêtent quelques légères parties de bois laissées ça et là dans l’intérieur. Un
L’UNIVERS
buffet, une armoire, ainsi envahis et travaillés par ces invisibles mineurs, n'offrent extérieurement aucune trace de dégât ; leur ensemble subsiste et parait le même. Cependant, de tous les ais qui les composent , il ne reste que les deux surfaces, aussi minces et aussi légères que des feuilles de papier. Au moindre choc, le meuble chancelle, s’affaisse et se brise.
« M. Smeathman rapporte qu’il a été témoin de la marche d'une forte colonne ou armée de termes, qu'il eroit d’une espèce différente de celte dont nous venons de parler. Une colonne d’infanterie européenne ne garde pas mieux ses rangs et ne s’avance pas en pays ennemi avec plus d’ordre et de circonspection. « Je chassais un jour, « dit ce voyageur, aux environs du « fleuve Camerankoês , lorsque j’en-
■ tendis tout à coup, au milieu d’une « épaisse forêt, un grand sifflement « qui me fit craindre l’approche de « quelque serpent ; mais quelle ne fut
• pas ma surprise, lorsque je vis qu’il « était occasionné par une armée de « fourmis qui sortait de dessous terre « par un trou de quatre à cinq pouces « de diamètre ! Elles étaient très-près
• les unes des autres : à quelques pieds
• de distance, elles se sont divisées en « deux colonnes, marchant sans se dé-
• tourner, sur un rang de douze à « quinze de front. Presque toutes « étaient de ia classe des ouvrières; on « voyait çà et là quelques soldats . dont « la fonct’ion paraissait être de mainte- « nir le bon ordre; plusieurs se tenaient « hors des rangs, sur les côtés et à « quelque distance de la colonne. Ils
• s’arrêtaient de temps en temps,comme « pour faire sentinelle, se retournant « de tous côtés, pour s'assurer, sans « doute, s’il n’y avait rien à craindre de
■ la part de quelque ennemi. D'autres « soldats montaient sur les plantes les « pins élevées, et se perchant sur leur < sommet, faisaient l’office de vedettes, « tandis que t’armée défilait au-dessous.
■ JVntendis plusi-urs fois le même « bruit que j’avais déjà observé en d’au- « très circonstances : c’était une de ces « sentinelles qui frappait contre les « feuilles d'une plante avec ses pinces, « et donnait ainsi l’alarme à cette petite
• armée, qui répondait par une espèce « de sifflement, et doublait le pas avec
• inquiétude. La sentinelle n’aoandon- « nait cependant pas son poste ; elle y « restait tranquille , faisant seulement « de temps en temps, quelques mouve- « ments de la tête. A quinze ou vingt- « pas de là, les deux colonnes se réuni- « rent , et les fourrais rentrèrent sous « terre par deux ou trois ouvertures.
• Quoique je sois resté plus d’une heure « à les examiner, leur nombre ne m’a « paru ni augmenter ni diminuer. »
« Plusieurs especes de ces fourmis blanches, telles que le termes belticosus, le termes atrox, le termes arbor»m, pourraient encore nous fournir un grand nombre d'observations également neuves et piquantes ; mais ces espèces, plus répandues en Afrique et en Amérique, paraissent être étrangères ou au moins peu counues à la Chioe (*).•
Ven à «oie Havages.
Il existe à la Chine trois espèces de vers, dont les cocons sont utilisés depuis les temps les plus anciens, et qu'on
Î' laisse vivre à l’état sauvage, comme es chenilles ordinaires, sans autre soin ue celui de conserver les œufs et de rposcr les jeunes larves sur les arbres qui doivent les nourrir.
C'est au P. d’incarville que nous devons la première connaissance de ces vers, qui sont très-distincts de l’espece domestique; car ils en different par la forme, les couleurs et les proportions, aussi bien que par les habitudes et les
Sroduits. Son excellente notice, publiée ans ia collection dfs mémoires des missionnaires de Pékiog, date de l’année 1777, « époque, dit M. Léon d’Hervey, où ia sériciculture commençait à
K inc à se faire jour en Europe, et où n ne pouvait donner pr conséquent qu’une médiocre attention à eette découverte; mais depuis que l’éducation des vers a soie est devenue chez nous une grande industrie, les agronomes, les savants se sont préoccupés de ces nouvelles races, et, lors de la dernière ambassade envoyée en Chine sous la direction de M. de Lagrenée, il fut re-
(*) Voy. Grosier, Description généwle de U Chine, 1.111, p. 41 3-4*6.
commandé d'une manière toute particulière aux membres de la commission scientifique de prendre à ce sujet de nouveaux renseignements et de faire parvenir en France des graines de ces vers avec les plantes nécessaires à leur alimeniation.
« La commission aura sans doute été dans l'impossibilité de se procurer des races qui ne se rencontrent point au voisinage de la côte, car nous ne sommes guere plus avancés aujourd’hui, à l’egard des vers sauvages, que nous ne l'étions au temps du P. dincarville; c’est à peine si l'on sait à quel genre appart ennent ces trois espèces dans la famille des lépidoptères, et il règne encore plus d’obscurité sur la détermination des espèces végétales qui servent à leur nourriture (*). •
Nous donnerons ici quelques fragments du mémoire du P. d incarville, tel qu’il se trouve dans la collection mentionnée plus haut.
• On compte , dit le savant jésuite , trois espèces de vers à soie sauvages, savoir : ceux d «fagara ou poivrier de la Chine, ceux de frêne et ceux de chêne. Avant d’entrer dans aucun détail, il est essentiel de bien connaître ces trois arbres. •
« Nous avons appelé fagara le poivrier de la Chine, d'après le P. d'Incarville, ajoutent les éditeurs de la notice. Il parait en effet lui ressembler, mais nous doutons que ce soit la même espèce. Comme cet arbre est d’une culture aisée et très-commun dans la province de Canton , où abordent nos vaisseaux , il serait facile d’en porter quelques pieds en France; outre que les graines et surtout leurs coques peuvent tenir lieu de poivre, ce qui serait un objet important pour le royaume, les vers à soie de cet arbre sont ceux qui donnent la plus belle soie et en plus grande quantité. Sur la manière dont M. Duhamel, cet illustre zélateur du bien public, a parlé du fagara, il nous paraîtrait fort douteux que celui de Chine pût réussir dans les provinces septentrionales du royaume ; mais nous
(*) Recherches sur l'agriculture et l'horticulture des Chinois, par le baron Léon d'Hervey Saint-Denys, p. i5a.
sommes persuadés qu’il réussirait trèsbien dans la Provence, en Languedoc et dans le Roussillon...
■ On distingue en Chine deux espèces de frêne, savoir : le tchrou-tcnun et le hiang -tchun. Le tcheou- tchun est le même que le nôtre, et c'est celui sur lequel on nourrit les vers à soie sauvages. Le hiang-lchun est tort différent du premier par sa fleur, sa graine et surtout son odeur , comme on le verra dans la notice que nous en envoyons. Nos modernes se sont peutêtre trop pressés de se moquer de ce que Pline le naturaliste a dit du frêne; nous ne serions pas surpris que le hiang-tchun le justifiât complètement.
Le compas de rEurope n est pas assez grand pour mesurer l’univers. Que de mondes dans le monde des plantes et des arbres! Celui de Chine, qui est immense, ne sera peut-être pas connu en Occident de bien des siècles.
« Le chêne dont on nourrit une espèce de vers sauvages est, si nous ne nous trompons, celui que nos botanistes nomment guercus orienlalis castanex folio, glande recondita in capsula crassa et sguammerosa.
« Les vers à soie sauvages du fagara et du frênes ont les mêmes et s’élèvent de la même façon. Ceux de chêne sont différents, et demandent à être gouvernés un peu différemment.
« La grande et essentielle différence entre les vers à soie du mûrier et les vers à soie sauvages, c’est que le Créateur s’est plu à donner a ces derniers un genie de liberté et d'indépendance absolument indomptable. Le. flegme, le sang-froid et l’industrie chinoise vont échoué ; il serait donc inutile de vouloir risquer de nouvelles tentatives. »
• Le papillon de ces vers sauvages , dit le P. d’Incarville, est à ailes vitrées, de la cinquième classe des phalènes, selon le système de M de Réaumur. Il porte ses ailes parallèles au plan de sa position et laisse son corps entièrement à découvert; il ue les a guère plus étendues quand il vole que lorsqu'il est pose. Ce papillon a à peine ses ailes séchées, qu'il cherche à en faire usage et à s'enfuir.
L’ÜUltERS.
5te
« La nature apprend à tes petits vers à gagner vite les feuilles de l’arbre qui doit les nourrir^ et à S’y réunir dàns le même canton, sur differentes feu 'Iles, comme poüf y Caire étirps él effrayer letirs ennemis par leur nombre. fis ôht même l'attention de sp loeer t-lir l'eb- Vers des fMiilfes, i-ù ils se tiennent âéerrtchés à inerte! Ile, et ou il est plus dlflicite de vente les attaquer. A peiné se Sont-ils sécheS ét àtvdulumés à l’impression de l'air , qti’ifS sç mettent à manger de bob appétit, et attaquent lés feuilles du fbgnrâ dit dit frêne par les bords, les entament et les broütentsans presque se HlpoSer. Lé premier jolir préi isément que ravala porté mes vers noue, an-nés sur farbre, dit le F. d’Iiiéarifllé, il sumnt tbut à eriup une
fraude pluie qtli me donna beaucoup 'inquiétude pour leur Vie. Je rfùé que était lah (l’eut, et qu'aucun n'aurait resiSté ativ tbVrenls îi'éau qui étaient tiimtiés. fiés tjlie lorage (ut passé, j'àllni Vôir si j'en trouverais encore qtielmfW Jé leS trouvai qui msogéafétu de grand appétit et avaient
déjà SefiSiblétiieiit gloSSl.
* LeS quatre mues étant passées, et elles s’opèrent, comme nous i avons oit, de quatre jours èri dilatée jours, le vec à sole sauvage A presque toute sa rrue; il est plus gros du double au moins que les vers a sole du mûrier. C’est une ehenille de là première élassr, selon le ststéme de M de Itéamiinr; el|e est tf'uti vert mêlé de blanc, i»ni arfailement rase, à six ttibereulcs syr cliauue anneau. I.es poils île ces tubercules sont chargés d une espèce uê poudre blanche. Après le dix-huitième jour ou le dix-neuvième, les Vers à soie sauvages perdent tout appétit et passent successivement d'une morne apathie, ou d'un engourdissement, à des inquiétudes et une .agitation très- vives. Ils courent çà ét là, cOitune s'ils craignaient de se méprendre dans le choix qu'ils vont faire d'une feuille et d’un rnuroit pour (ibr leur cocon et préparer leur résurrection de l'année suivante. C’est ordinairement entre le dut-nruvieme et le vingtième Joué depuis leur naissance qu'ils commencent ce grand ouvrage.
Soit pour avoir de quoi arrêter les pre-
miers fils du tombeau qu'il va 6e bâtir, soit pour en augmenter l 'épaisseur et la solidité, ij rccoquiUe que feuille en fertndpTe et s'enferme dedans, sous la trame de la soie qu'il uie, dont d finit par former un cocon de la grosseur 4’un œuf de poule ej pnsque aussi dur. t.e cocon a T une de «rt eAtremités ouverte efi fpnne d'entonnoir renversé; c.est lut passage préparé pour le papillon qui doit en sortir. Avec le secours dé la liqueur dont il est mouille, et qu'il dirige vers cet endroit, les Us butiiéêlés cedeut à ses efforts et il perce Sa prison lorsque le temps en est tenu.
•• Fui rassemblant tout ce que nous venons île dire, il est évident que les vers à sole, sauvages sont plus aisés à élever, a bien dis égards! que les vers à soie du imlrier. et mériteraient prutêtte d'attirer l'attention du ministère public, à qui seul il convient de décider s'il serait utile au royaume de procurer une nouvelle > spece de soie à celles de nos provipefs où des essais faits avee soin auraient prouvé qu’pu peut réussir à les élever. TOut ce qu’il nous convient d'ajouter à ce que nous en avons dil, c’est que ces vers soat une source de richesse pour la Cliioe ellemême, quoiqu'on y recueille chaque année une si prodigieuse quantité de soie de v’rrg de müner, qu'au dire d'un écrivain moderne on pourrait en foiré des montagnes,
«Il est vrai que la soie des vers sauvages n’est pas eompurahls à l'autre, et ne prend jamais solidement aucune teinture; niais, 1" elle colite moins de soins, ou plutôt n’en coûte presque aucun dans Tes endroits où Je climat est favofable aux vers sauvages, pnrre que tout ce qu'on risque en les négligeant, e’est d'avoir une recolle moins abondante: encore est-on niait ru de ['avoir plus grande en multipliant le nombre des arbres qu'on destine au* Vers; 2” comme on ne dévide pas les cocons des vers sauvages, mais qu'on les file, ils dépensent moins tic temps et de main - d’œuvre 8° la soie qu’ils donnent est d'un beau gris de lin, dure le double d>- l'autre au moins, et ne se iaehe pas aussi facilement; les taches même d huile ou de graisse ne s’y étendent point et s’effacent très-aisé-
ment; te» étoffes qu’ oa en fait** lavent comme le lins*; 4° la soie des vers sauvages, nourris sur des fagotas, est si belle d»n» certains endroits, qu* les étoffes qu’Ort en fait disputent de pris avec les plus belles soierie», quoiqu'elles soient unies et de simples dmeriiets.
Quand nous avons dit que cette sole ne se dévide point et ne prend point la teiatupe, c’est un fait que nous racontons. L'industrie européenne, aidée et éclairée par les élans du génie français, viendrait peut-iitre à bout de dévider le» cocons des vers à soie sauvages et d'en teindre la soie (*)» »
Nous erovon* devoir reproduire la note suivante que M. Julien Bertrand, missionnaire apostolique en Chine, ou il habile depuis plus de quiuae ans , adressait, il y quelques années, à l’un de ses confrères. Cette lettre donne des détails fort eurieu* ftlr l’espèce dés vers sauvages du chêne, mentionnée déjà par le P. d’Iiicarvjne. M. Julien Bèrirand nomme ces chenilles Vers querciens, du nom de l’arbre sur lequel elles vivent.
- Thong-jin-foU, tp juillet t8g».
« Je crois vous avoir dit, il y a quelques années, qu’il se trouve ici une espèce de vers à soie sauvages qui se nourrissent (fé la feudle de chêne, vers auxquels le gouvernement français semble attacher un grand intérêt. Je peine que vous servi bien aise d'en avoir une notion. Je regrette de nêtre pas un peu naturaliste pour vous parler dignement d'une matière si importante.
» Ces vers se trouvent dans les départements les plus montagneux du Koneï-trbeou, et aussi dans quelques départements du Ssetchoueii. Quoiqu'on les imn-porte et qu’ofi les élève avec avantage dans divers lieux, on peut dire cependant qne leur pairie favorite est dans le Rmn l-tcheou . sur les plu, hautes montagnes, où l'air est plus pur et plus frais
Sue partout ailleor». Vous veret étonné sans mite que «s vers se développent avec plus de succès sur les montagne» que dans la plaine où le eliroat est plus doux, vu que les vers du mûrier rruMi'Seul mieux dîna les ya chauds que dans les pays froids. M. Hérl , delegué de I1' rance en Chine, oi'en a témoigné sa surprise. Cela est vrai pourtant,
(*) Mémoires di s missionnaires de Pé-hiug,
t. U, p. 575 et suiv.
et confirmé par la longue expérience des Chinois, et en même temps par les produit» de ces vers, qui sout plus abondants sur les hautes montagnes tirailleurs ; Wr, sur les hautes montagnes^ ou ftilt deux récoltes de soie par an j tandis , dafi4 fen etioroiW lias, on n’en fait qu'une, bien inférieure à la première, qui a lieu dans lés régions élevées. C’est une preuve évidente qu’il faut aux vers qiiercicni une température plutôt froide que chaude.
- L'éducation des vers quereletVs esl tout a fait différente de celle des vers Uidri.tr», Tes vers quercieôs sont Meves sué le» sr lires , non dans les maisons, liés qu’ils sonf nés, on les porte àla montagne et oti 1< s met sur les arbres. Si on voulait les élevrr à la maison, en leur distribuant des feuilles de rliènc, comme on distribue des reiiitles de nul'l'er aux vérs mûri,!,-s, ils ne mangeraient pas et inuiu r i, ni de suite : ils veulent manger sur l’arbre et se choisir eux-mêmes 1rs feuilles selon leur godt. Les chênes sur lesquels on êli-vV le, ver, qurrcieiisnr requièrent auriineculturé partirai ère; ils sont dans leur étal naturel. Avant daller plus loin, je dois vous fane ici quelques observations sur les chênes. En Chine, on distingue deux espèces de chêne : 1 une appelée tùu-kan, l’autre Jou-li. Ces deux espèces sont très-peu différentes; il faut les examiner de bien près pour les distinguer. La seule différence consiste dans les feuilles et la dureté tiu bols ; le tain-Kan est plus dut- que \tfon-li , ses feuilles sont longues et denlelces , elles ressemblent un peu à celles du châtaignier; le fon-li a les feuilles plus courtes et plus larges : à nia manière de voir, c’est l'espèce de chêne qui se trouve en Frartcc , au moins dans le Vrlay. car dans les autres provinces je n’ai pas examiné les chènev. Quoique les vers qurrcieiis mangent les feuilles ue l'un et de Paulre, ils préfèrent pourtant le hin-kan au fou-li. Ici on lie laisse pas vieillir les chênes, tous les huit ou neuf ans on les coune à ras de terre; de leurs racine» pullulent de» rejetons que l’on coype de nouveau au bout de huit ou oeuf ans : ainsi luuie. les forêts de ebènes ne sont que de simples taillis, Ici, toule» les montagnes sont Couvertes de ces arbres. ,, •
« Au bout de dix i onze jours, on voit remuer. dans |e panier où les papillons quetciens ont déposé leur» neufs , des millier» de petitea'cheiiilles noires, qu'on se hâte de transporter sur la montagne et de placer sur les arbres dont les feuilles ne sont qu'à demi formées, car e.’tst à la fui de mars ou pu commencement d'anril. L ue. fois sur le» arbres, on les y laisse et le jour et la nuit, qu’il pleuve
L’UNIVERS
ou qu’il vente. Il n’est pas nécessaire de les garder pendant la nuit; pendant le jour, il suffit qu’une personne se tienne tout près pour épouvanter les oiseaux , et pour aider les vers à émigrer d’un arbre à l’autre et relever ceux qu'un coup de vent ou un autre accident aurait fait tomber à terre.
« Les chenilles quercienncs changent quatre fois de couleur : d’abord elles sont noires, plus tard elles deviennent violet les, quelque temps apres elles sont jaunes, et arrivent en dernier lieu à un violet qui approche du noir. Le temps requis pour atteindre leur quatrième et dernière période est de quarante à cinquante jour» , et alors elles sont grosses comme le petit doigt d un homme ordinaire. Ces vers quel riens sont doués d’un instinct particulier pour se prévaut lonner contre les injures du temps : s’il pleut , ils se placent au revers de la feuille ; si le vent est froid, ils savent aussi se mettre sur le côté de la feuille qui n’est pas exposé au vent. En 1840, vers la fin de mars, je me trouvais dans une chrétienté où l’on élève beaucoup de vers querciens; le a8, les vers récemment éclos étaient sur les arbres; le 3o, il tomba de la neige ; les trou jours qui suivirent, le froid était si piquant qu’à la maison on 11e pouvait quitter le feu. Alors je me mis à dire aux chrétiens : Cette fois-ci, je crois bien que vos vers à soie vont tous mourir. — Oh ! non, répondirent-ils; ils sont un peu engourdis, il est vrai, par le froid, mais ils ne mourront point. En effet, ils ne moururent point, car le 3 avril, en passant moi-même par l'endroit où les vers étaient sur les arbres, je les vis manger de très-bon appétit.
« Après avoir mangé des feuilles pendant quarante à cinquante jours, ils se mettent à ourdir leur cocon, dont la longueur a plus d’un pouce et dont la grosseur est celle d’une noix ordinaire. Comme il y a toujours des vers plus vigoureux que les autres, il se présente aussi dev cocons d’une taille plus forte que le reste; ils ourdissent leur cocon sur une feuille qu’ils roulent en cornet , et, si une seule ne suffit pas, ils en rapprochent une seconde. C'est là-dedans qu'ils font leur précieux ouvrage; ils commencent par ourdir le dehors du cocon, dans lequel ils s’enferment et travaillent, et puis ils le terminent en dedans, ce qui ne demande pas plus de trois jours. Ce cocou est de couleur jaune, tirant un peu sur le blanc. L'époque de la récolte des cocons varie selon la différence des climats : ainsi, dans la plaine et sur les montagues peu élevées, on recueille les cocons vers le ao et le 24 mai, ou quelques jours plus tard ; tandis que sur les monta-
gnes du Kouei-tcbeou ce n’est que du i5 au 3o juin. Sur les montagnes , la végétation étant plus tardive, les vers à soie sont aussi plus tardifs à sortir.
- Dans les pays montagneux du Kouatrlieou, et même dans les endroits du Ssetcliouen, on ne fait pas mourir tous les cocons ; on en réserve une petite quantité pour commencer de suite une nouvelle éducation.
Dans les pays moins élevés, on se contente d'uue seule récolte, parce que la seconde ne compenserait pas le travail et la peine, à cause des chaleurs de juillet et d’août, qui feraient mourir presque tous les vers.
« Sur les liantes montagnes , où les nuits sont toujours fraîches et la chaleur tempérée par le souille des vents, et où le* insectes ennemis sont rares, les vers querciem se développent avec la même vigueur que la première fois; cette seconde récolte se fait vers le I tr octobre.
« La soie quercienne , quoique inférieure à celle des vers de mûrier, ne laisse pas que d’élre très-belle et très-solide. lorsqu'elle est tissée, elle donne une toile très-fraîche. Je crois qu’en France on tirerait un très-grand parti de cette soie. Ce n’est donc pas sans raison que le gouvernement français attache un grand prix à l’acquisition de cette race de vers à soie, et désire ardemment pouvoir la transporter en France (*). »
L'hirondelle dite de la Chine ou la
salangane. Célèbres nids d'oiseaux.
La plus célèbre de toutes les hirondelles connues, la seule qui donne un produit aussi riche que singulier, est celle qui fournit ces nids comestibles, si recherchés par tous les Apicius de l’Asie, et dont il est si souvent parlé dans les récits des voyageurs. Un grand nombre de naturalistes l’ont désignée sous le nom d 'hirondelle de la Chine , parce qu’elle frequente ses mers; d’autres l’appellent salangane , du nom qu’on donne à cet oiseau dans les îles Philippines. La plupart des écrivains ornithologues s’accordent aussi peu, sur la configuration de*cette hirondelle et sur les lieux qu’elle habite, que sur la matière dont elle construit son nid. Les uns la prennent pour l’alcyon des anciens. et prétendent qu’elle compose son nid d’une espèce odorante de goémon , qui croît au fond de la mer, le long de
O Annales forestières, t. II, p. 644(1843).
ses rivages. Ils ajoutent que ces oiseaux traînent leurs nids jusqu’au bord de la mer, et que, lorsqu il s'élève un vent de terre, ils dressent une de leurs ailes pour que le vent les pousse au large, et qu’ils voguent ainsi au milieu des1 eaux, placés sur leurs nids. Cette idee est riante et poétique, mais elle ne s’accorde pas avec les faits, puisqu’on ne rencontre jamais de ces nids flottants sur la surface des mers. D’autres ont avance que ces hirondelles, lorsqu'elles sont en amour, jettent par le bec une ecume blanche et visqueuse, dont elles se servent pour former leurs nids et les attacher aux rochers, ce qu'elles exécutent en multipliant les couches de cette substance gluante, et en les appliquant successivement les unes sur les autres, à mesure que les premières se sèchent. Selon quelques naturalistes cet alcyon est de la forme et de ta couleur de l' hirondelle ; il a des membranes aux pattes comme les canards, et l'extrémité de ses ailes est d’un jaune aurore.
— V * Les Anglais qui accompagnèrent le lord Macartnev dans son ambassade , nous apprennent qu’on trouve une grande quantité de ces nids dans le détroit de la Sonde et dans l’île de Java. Quoiqu'ils ne s’accordent pas avec la plupart des naturalistes sur la substance dont ces nids sont formés, leurs observations ne peuvent que contribuer à nous en faire connaître l’histoire. « Sur l’Ile « du Bonnet , dans le détroit de la " Sonde, on trouve, disent-ils, deux « cavernes qui s’étendent horizontale-
■ ment dans les flancs du rocher, et « contiennent une immense quantité
• de ces nids d'oiseaux , qui sout si re- « cherchés par les gourmands de la « Chine. Ces nids sont composés de
* filaments très-délicats , que réunit « une matière transparente et visqueuse.
* Les nids sont adhérents les uns aux « autres, ainsi qu'aux côtés de la ca- « verne, et forment des rangs sans au- « cuite interruption. Les oiseaux qui « les construisent sont de petites liiron-
■ déliés grises arec le ventre blanchd- « tre. Elles vont en troupes considéra- « blés ; mais elles sont si petites et si
• rapides, qu'il est impossible de les
« tirer au vol. La même espèce de nids « se retrouve dans les profondes caver- « Des des hautes montagnes qui sont au « centre de l’île de Java et éloignées de
* la nier. Aussi croit-on que les hiron-
* deiles qui bâtissent, ces nids ne ti- « rent rien de la mer. ni pour leur « nourriture, ni pour leur délicat ou-
* vrage. Il est en effet probable qu’elles « ne volent point au-dessus des hautes « montagnes qui sépareut la mer des « cavernes de Java, et qu’elles ne sont
* pas même en état de vaincre les vents « tempétueux qui régnent souvent sur « ces montagnes. Elles se nourrissent de « nuages d'insectes qui sont suspendus " sur les étangs stagnants des vallées,
« et leur large bec semble être fait « exprès pour les prendre. Ce qui leur « sert d’aliment sert aussi à la cons- « tructioo de leurs nids. On les trouve « dans ces cavernes par rangées hori- « zontales, et à différents degrés ; il y « en a à cinquante pieds de profondeur « seulement, et d'autres jusqu’à cinq « cents pieds...
* La valeur de ces nids est fixée
* principalement d'après l’égalité et la « délicatesse de leur texture On estime « davantage ceux qui sont blancs et « transparents, et on en donne souvent « à la Chine leur poids en argent. Ces « nids sont un commerce très-impor- « tant pour les Javanais, et plusieurs « d’entre eux y sont occupés dès leur « enfance. Lorsque les oiseaux ont
* employé près de deux mois à prepa- « rer leurs nids, ils pondent deux œufs « dans chacun, et ils les couvent envi- « ron quinze jours. Quand les petits « ont des plumes, on juge qu'd est “ temps d’enlever les nids, ce que l’on « fait régulièrement trois fois par an-
* née Il est possible qu’il y ait
* plusieurs espères de ces oiseaux « dont les nids soient également pré- « deux. »
« Les variétés et les contradictions que présentent les divers récits de voyageurs anciens et modernes, nous laisseraient dans une pemble incertitude sur ce que nous devons penser de la nature de ces nids et des oiseaux qui les façonnent, si nos doutes n'étaient fixés' par un témoignage tranchant et décisif; nous le trouvons dans une lettre de
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