‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 270 sur 292 · SR · texte numérisé non relu

SR

ï.'Ül'rttfcRS.

M. Poivre, ancien intendant dans les îles de France et de Bourbon, qui a parcouru lui-même plusieurs fous les

mers qui baignent les extrémités de

l'Asie, et dons qui I on s accorde a reconnaître un observateur aussi éclairé qu’incapable d’altérer les faits qu il transmet. Dans cette lettre, pressé?*

M. de Montbeillard, qui avait pris le uarti de consulter M. Poi're, noüs apprenons quelle est l'espèce et b) forme de ces oiseaux , les pai'.igcs qu ils fréqueutent, les lieux ou ils construisent leurs nids, et quelle est la matière qu ils emploient pour les former. Voici les observations que cet habile voyageur a faites sur les lieux mêmes:

. M'étant embarqué, en 1741. sur le «vaisseau le Mars, pour aller en « Chine, nous nous trouvâmes au mois « de juillet de la même année dans e « détroit de la Sonde, très-près de I Ile « de Java, entre deux petites lies qu on « nomme la Grandet! h Petite-Toque.

, Mous fûmes pris du calme en cet en- « droit; nous descendîmes sur Ih Pelite-

« Toque, dans le dessein d'aller a la

• chasse des pigeons verts Tandis que « mes camarades de promenade gra- « vissaient les rochers pouf trouver « des ramiers verts, je suivis les bords « de la mer pour y ramasser des eoqull- « lages et des coraux articulés qui y « abondent. Après avoir fait presque

• le tour entier de l'Ilôt , un matelot « chaloupier qui in’aceomp >gnait de- « couvrit une caverne assei proTondc,

• creusée dans les ruchers qui bordent « la mer; il y entra. If® A1}11 , ;iPPr°'

« chait. A peine eut-il fait deux ou » trois pas qu'il m'appela à grands cris.

« En arrivant, je vis I ouverture de la « caverne ohscurcie par une nuee de « petits oiseaux qui en sortaient COmnic « des essaims ; j'entrai , en abattant « avec ma canne plusieurs de ces pau- « vres petits oiseaux, que je ne con- « naissais pas encore. En pénétrant dans « la caverne, je la trouvai toute tépiSsée, « dans le haut, de petits nids en tonne « de bénitiers. Le matelot eu avau déjà « arraché plusieurs, et avait rempli sa « chemise de nids et d'oiseaux ; j en déa tachai aussi quelques-uns : je (es trou- • val tres-aUbercnts au roi lier. La uuit « vint ; nous nous rembarquâmes, eut-

« portant ehacuti dos chasses et nos « collections. ,

« Arrivés dans le vaisseau, nos nids i furent Reconnus , par les personnes a qui avaient fait plusieurs voyages en i Chine, pour être de ces nids si re- « cherchés des Chinois. Te matelot en « conserva quelques livres, qu'il vendit « très-bien a Canton. De mon cote, je i dessiiiai et peignis en côuleiirs natu- < relies tes Oiseaux avec leurs nids et i leurs petits dedans; car ils étaient « tous garnis de peiits de Tannée, ou i au muins d'ccuts. F.n des-inant ces k oiseaux , je les reconnus pour de « vraies hirondelles; leur taille était a « peu près celle des colibris.

« Depuis , j’ai observé en d autres « voyages que, dans les mois de mars

• et d’avril, les mers qui s'étendent « depuis Java jusqu'en Cocbihchine au « nord, et depuis la pointe de Sumatra « à l'ouest, jusqd’a la NoUvelle-Guinee

• à l’est, soDt couvertes dé rogue ou

• frai de poisson, qui forme sur l'eau « comme une colle forte Ji demi délavée.

« J’ai appris des Malais, des Cochin- « chinois, des Indiens Bissagas des îles . Ph lipp! lies et des MoluquoiS, que la k salangane fait son nid avec ce frai de « poisson. Tous s’accordent sur ce « point. Il m’est arrivé, en passant aux ■i Moluques en avril et dans le détroit « de la Sonde en mars, de pécher avec « un seau de ce frai de poisson, dont la « mer était couverte, de le séparer de

• l’eau, de le faire sécher, et j’ai trouvé « que ce frai ainsi Séché ressemblait

• parfaitement à la matière des nids de « salangane.

« C'est à la (lu de juillet et au com- « mencemenl d’août que les Cochin- « chinois parcourent les Iles qui bor- » dent leurs côtes, surtout celles qui « forment leur Paracel, à vingt lieues « de dislance de la terre ferme, pour « chercher les nids de ces petites hiron- « déliés.

« Les salanganes ne se trouvent que « dans cet archipel immense qui home « l'extrémité orientale de l’Asie. Tout « cét archipel , où les îles se touchent « pour ainsi dire, est très-favorable à « la multiplication du poisson : le frai « s'y trouve en très-grande abondance; « les eaux de la mer y sont aussi plus

t chaudes qu’atl leurs. O n’est plus la « même chose dans les grandes mers. »

■ M. de Monlbeillart) a ru occasion d'examiner quelques-uns de ers nids de aalançaites : IIS représentaient par leur forme la moitié d’un ellipsoïde creux et coupé à atiglcs droits par le milieu de son grand axe; on voÿait qu’ils avaient été adhérents au rucher par le plan de leur HMi. Leur substance était blanchâtre et dethi-transparente; Hs étaient composés 4 l'éxtérieur de laihes très- mi dues, 6 peu prés concentriques et couchées en recouvrement les unes sur les autres, comme on l’observe en certaines coquillrs.

L’intérieur présentait plusieurs couches de réseaux irréguliers, formés par une multitude de Ois de la théine matière que le* lames extérieures, qui sé croisaient et reerolsaient en thot sehs.

« SI. Delntour avait reçu aussi de Pé-king une boite de ces nids d'oiseatix ; leurs dimensions en tout sens se sont trouvées moins fortes que celles qui leur sont assignées par M. l’abbé Ravnal ; mais il faut observer qu’ils n etalent plus frais, et que l’état de dessiccation dans leqoel ils nous parviennent en Europe doit leur faire perdre de leur volume. Desséchés, ces nids ont une consistance de cire ou de corne, et ne conservent plus la même transparence qu’ils ont dans leur fraîcheur; bouillis, ils ressemblent à des cartilages de veau.

« D’apres les éclaircissements donnés par M. Poivre, les salanganes, si longtemps IhronmiPB , cessent de l’être.

Elles ne sont point des oiseaux de passage; elles vivent constamment toute l'année dans les Ilots et sur les rochers où etlrs ont pris naissance. Leur vol est celui de nos nirondelles. mais elles vont et viennent moins Continuellement ; leurs ailes sont aussi plus courtes. Leur plumage n’admet que deux couleurs :

l’Une noirâtre, qui règne Sur toute la ârtie supérieure du corps l’autre lanchâtre, qui règne sur la partie inferieure, et termine les pennes de la queue. Elles ont l’Iris jaune, le bec noir ét les pieds bruns. Leur longueur totale est de deux pouces trois lignes (•). »

(*) ttoy. G rosier, Description générale de la Chine, t. IV, p. iix-iia.

te tapir de la Chine.

« L’animal qu’on désigne SouS le bom de tapir oriental était encore Si peu conuù, il V a quatre ou cinq tins, dii'on doutait de Son existence, et qu’on était disposé à croire que lé genre Irtpiï était particulier ad nouveau monde.

Pour se convaincre que Cette opinion était une erreur, il eut suffi de parcourir les recueils tl’hiStOîre naturelle médléalè dés Chinois; on v trouve une figuré assez exaèté; oli du rliolHs trèsréCohriùissàble; dit tâjiir, et les explications qui ÿ sent jointes né hu-sent anciiit fmtité Mtr la résilié des deseriptidtts qn’on èn a faites. I.es dtivraecs élémentaires destinés ii l'instruction dés enfants, et les encyclopédies chinoises etjapOnaises cdltflènnent la figure dit même aniMat, au hotpbrc des mammifères les plus communs. Ainsi les Chihdis Ont ebnmi dé tout temjra cette espèce, qui a etc si récemment trouvée à Matacèa et & Sumatra, et dont la découverte est due S MM. Farquhnr et Dtivaucel...

« tfii très-ancien dictionnaire chinois, intitulé Eul-ya , donne le nom de mè h One panthère dé couleur blanche; mais les commentaires de ce dictionnaire, qui sont aussi fort anciens, disent que le me est semblable à un ours, et qu’il a la tête petite et les pieds bas} il est tacheté de blanc et de noir; il peut ronger le fer, !ë cuivre et le bois de bambou ; scs os sont durs, compactes, les articulations droites et fortes, et II a peu de moelle ; sa peau préserve trèsbien de l’humidité.

« Suivant le Choue-wen, autre dictionnaire tiès ancien et très-estimé, le me est semblable à un ours, mais de couleur jaunâtre. On le tire du pays de Chou; c était le nom que portait la province de Sse-tchouen avant la quatrième dynastie.

« D'après le Tchina-tseu-lhong, les dents du me sont si dures, que, si on les frappe avec un marteau de fer, c’est le marteau qui sc brise ; si on les jette au feu , on ne peut 1rs brûler, il n’y a que la corne du ÏÏng-yang (sorte d’antilope) qui puisse les entamer. Le même lexicographe , toujours enclin à assembler des contes populairès, et

L’UNIVERS

les rédacteurs du Khang-hi-Ueu-tien, qui l’ont suivi en cette occasion, ajoutent d'autres particularités également fabuleuses et un trait d histoire qui n’offre pas plus de vraisemblance.

« Le Pen-thsao-kang-mou, ou Traité énéral d'histoire naturelle, va ni us roit au but. Le me, dit-il , est semblable à un ours ; il a la tête petite et les jambes basses ; le poil, court et luisant, est tacheté de noir et de blanc ; il y en a qui disent qu’il est d’un blanc jaunâtre, d’autres d'un blanc gri>âtre; il a une trompe d’éléphant, des yeux de rhinocéros, la queue d’un bceuf et les pieds d’un tigre; il est très-robuste, et peut ronger le fer, le cuivre , le bambou et dévorer les plus gros serpents ; ses articulations sont fortes, droites, ses os épais et presque sans moelle; ses excrements peuvent servir à aiguiser les armes et a tailler le jaspe ; son urine dissout le fer; ses os et ses dents sont si durs qu’ils résistent à l’action du fer et du feu, et il est arrivé que des charlatans qui s’en étaient procuré, les ont fait passer pour des reliques précieuses, comme les dents ou les os de Bouddha.

« La peau du me sert à faire des matelas pour se coucher et des couvertures; elle garantit de l’humidité, du mauvais air et des maléfices. La représentation même de l’animal produit cet effet; aussi, sous la dynastie des Thang, on avait coutume de peindre sur les paravents des figures de me pour se préserver du mauvais air.

« Suivant les géographies du midi , le me est de la grandeur d’un âne, semblable à un ours, etc.

« A travers les extravagances dont ces descriptions sont remplies, il est impossible de méconnaître les traits caractéristiques du tapir: sa taille, la forme de ses membres, sa trompe plus longue que celle du tapir d'Amérique et comparable à celle de l’éléphant, la solidité de ses os, naturelle dans un gros pachyderme , y sont indiquées de manière à ne s’y pouvoir tromper. La figure confirme aussi une particularité remarquable, en ajoutant à tous ces signes un indice de plus : celui de la livrée que l’animal porte quand il est jeune, suivant l’observation de M. Far-

quhar. L’indication de sa patrie et les usages économiques auxquels on emploie sa peau sont aussi deux circonstances assez remarquables, parce u'elies prouvent que le tapir habite ans les pronnces occidentales de la Chine, et qu’il doit y être assez commun.

« Les livres chinois sont remplis d'observations d'histoire naturelle, trèscurieuses et généralement assez exactes. Il suffit de savoir les distinguer des fables qui y sont mêlées , et c'est ce qui n'est pas toujours fort dilficile. La vue (les ligures que contiennent leurs traités de zoologie et de botanique permet souveut de distinguer des especes nouvelles ou peu connues ; et les descriptions qui y sont jointes aident presque toujours à lever l'incertitude que peuvent laisser les figures. C'est une mine abondante que l’on ne doit pas négliger d’exploiter, et dont rien ne pourra remplacer les produits, tant que les Européens seront exclus de la Chine, c’est-à-dire pendant longtemps encore, si le gouvernement de ce pays entend ses véritables intérêts, et qu’il ne mette pas en oubli le soiu de sa tranquillité (*). »

AGBlCULTtlHB.

Parallèle de l'agriculture de la Chine et de celle de C Europe.

Un jeune littérateur que je m’honore de compter parmi mes élèves, M. le baron Léon d'Hervey Saint-Denvs, a publié sur l'agriculture et l’horticulture des Chinois d'excellentes recherches, auxquelles il a joint l’analyse des matières contenues dans la grande encyclopédie agricole et horticole intitulée:

Cheou-chi-thong-khao. On lira avec intérêt le morceau suivant, où l’auteur décrit rapidement, mais exactement, l’état de l'agriculture chinoise , comparé à celui de l’agriculture européenne :

« Les voyageurs et les missionnaires qui ont parcouru le Céleste Empire s’accordent à nous faire le tableau le plus

(*) Abel Rémiuat, Mélange» wiatiquea, t. 1», p. î53-j56

séduisant de l'aspect que présentent les campagnes. Point de ces landes arides gu’on rencontre si souvent dans nos plus fertiles provinces; point de friches, pas un coin de terre oublié : la culture a tout envahi , quelquefois même jusqu'à la surface des nvières, qu’en certains endroits elle couvre ae jardins flottants. Partout aussi se presse une population industrieuse, principalement adonnée aux travaux agricoles.

Des villes immenses, des villages qui, ailleurs, seraient des villes, une multitude de hameaux, reliés entre eux par un véritable réseau de fleuves navigables et d'innombrables canaux, entretiennent et facilitent la prodigieuse activité du commerce intérieur.

« Si le travail et la production pouvaient à eux seuls constituer la prospérité réelle d’un peuple, la Chine devrait occuper le premier rang dans la hiérarchie des nations civilisées; car l’excessif développement de la culture semble y avoir atteint sa dernière limite. Malheureusement pour les Chinois, ces grands résultats sont dus à leur état permanent de gène et de souffrance , et ce que nous admirons surtout chez eux , pour en tirer quelquefois parti au point de vue européen, ce sont les efforts continuels d'une population exubérante qui doit arracher sa subsistance au sol ; efforts sans lesquels la disette, avec son hideux cortège de troubles et de maladies, viendrait fondre sur le pays. N'est-ce point un spectacle digne d'intérét que celui de ce peuple qui lutte avec tant d'énerie contre l'appauvrissement séculaire 'un sol que le manque d’engrais ne lui permet pas de renouveler, et qui supplée en quelque sorte par les ressources de son industrie a la dureté des conditions dans lesquelles se pratique son agriculture?

« Cette corrélation entre de tristes causes et d'admirables effets avait frappé les savants missionnaires qui portent en Chine l'enseignement évangélique.

Pénétrant au cœur de l’empire et séjournant dans les provinces plus longtemps qu'aucun Européen, ils sont certainement plus à même que personne d’apprécier à sa juste valeur l’agriculture chinoise prise dans son ensemble.

« Nous croyons donc ne pouvoir mieux commencer l'esquisse que nous nous proposons de faire , qu'en plaçant ici tout d'abord le tableau qu'un de ces missionnaires traçait lui-même au commencement du siècle dernier:

• Que le lecteur jette un coup d’œil sur la carte d’Asie, pour voir l’étendue de notre Chine, la variété de ses climats et les peuples divers dont elle est entourée. Il trouvera qu’elle est d’une étendue immense, qu’elle réunit tous les climats , et qu’elle n’a autour d'elle que des nations errantes ou a demi barbares, et il en conclura d'abord ue, réduite à elle-même, elle peut et oit se suffire ; mais en songeant qu'elle est prodigieusement peuplée et qu'elle le devient tous les jours davantage, parce que les grandes maladies sont rares, que les lois sont florissantes, que le mariage est en honneur, que le nombre des enfants est une richesse , et que la paix au dedans et au 'dehors est presque inaltérable, il sentira bientôt que ce n’est qu’à force de travail, d’industrie et d’économie qu'elle peut avoir, nous nedisonspas l'agréable, mais l'honnête et le nécessaire.

« En France, les terres se reposent de deux années l’une; de vastes terrains demeurent en friche ; les campagnes sont entrecoupées de bois, de prairies, de vignobles, de parcs, de maisons de plaisance, etc. Rien de tout cela ne saurait se rencontrer ici. La doctrine même des anciens sur la piété filiale n’a pu sauver les sépultures dans les révolutions. Les petites surgissent et disparaissent dans les champs, d’une génération à l’autre; la superstition a aidé la politique à reléguer peu à peu celles des grands et des riches dans les montagnes ou dans les endroits stériles fermés à l'agriculture. Bien que la terre soit épuisée par trentecinq siècles de moissons, il faut qu’elle en donne chaque année une nouvelle pour fournir aux pressants besoins d’un peuple innombrable. Cet excès de population, dont les philosophes modernes de l’Europe n’ont pas même soupçonné les inconvénients et les suites, augmente ici le besoin de l’agriculture, au point de montrer les horreurs de la famine comme la consé-

ü9o ^univers.

qttence subite et inévitable des moindres négligences.

„ Sans les montagnes et les marais, la Chine serait absolument privée du bénéfice de» bois, de la venaison et du gibier : ajoutons que |a force et l’industrie de l’homme font tous les frais de l'agriculture. 11 faut plus de travail e! plus d'hommes pour avoir la même quantité de grains qu'ailleurs. La somme totale en est inconcevable ; cependant elle n’est que sufü.-ante, et ne suffit encore que parce quelle est régie et distribuée avec une écouotuie prévoyante, qui compense une aimée par l'antre et qui entretient le niveau dans toutes les provinces.

« Les cochons et la volaille soqt presque la seule viande de la Chine, d’où il suit qu’on doit eq manger peu, distributivement, et que l'industrie a besoin de toutes sas ressources pour en nourrir une certaine quautité. Nous avons dit presque, parce que nous parlous de l’empire, envisagé dans sou universalité par rapport a cet objet.

II va, en effet, des districts mieux partages à cet égard et qui nourrissent beaucoup de troupeaux. U y en a où le labourage se fait avec des boeufs, des buffles et des chevaux; mais, proportion gardée, il y a au moins dix boeufs «U France contre un en Chine.

• L’auteur du mémoire que nous citons se pose alors a lui même la question desavoir si la Chine est. en résumé, plus mal partageg <!**« l'Europe sous le rapport de la nourriture, li u’bésiierait pas à se prononcer pour l'affirmative, si la comparai sou 110 portail que sur le régime alimentaire de»

habitants de nos gr.qnlcs ville*. Mais, ajoute-t-il , il fa it examiner impartialement a quoi se réduit eu France, comme dans le reste de l’Europe, la boucherie des campagnes. D’ailleurs, c’est surtout dans les provinces méridionales du Céleste Empire que 1- bétail est rare, et l’usage de la viande n'est ni nécessaire ni sain dans les pays chauds. Les anciens habitants de la Chine, auxquels la viaude ne manquait pouit, eu mangeaient encore moins que les ugodei nés. Observous cependant, 1° que U Tartane fournit tous les ans à la ville

de Pé-king et à toute la province une quantité prodigieuse de boeufs, de moutons île cerfs, etc.; que les cêtes de la nn-r, depuis In Grande muraille jusqu'au bout de la province de Canton, les lacs, les étangs , les rivières, etc., donnent continuellement toute sorte de poissons (la pêehe seple du grand Kiang, situé au militu de l'empire, équivaut à celle des plus grands fleuves d Europe réunis), 2° que les montagnes dont toutes les provinces sont entrecoupées , oui quantité de gibier etde venaison ;36 que la nécessité . mère de l’industrie, a appris aux Chinois à tirer parti de beaucoup de légumes . d'herbages, de plantes, de racines qui croissent d’elles - mêmes dans les campagnes et qui ne demandent point de culture; 4° que, bien u’il ne puisse pas y avojr ueaucoup e terrus en vergers et en jardins, les enclos îles maisons , les avenues des villages, les collines y suppléent; et sans leur extrême population, la plupart des provinces de Chine seraient au qiveau des provinces de France les mieux partagées.

• La Chine a peu de laines, et ne fait presque point de toiles de chauvre ni de lin ; mais la soie , les colons . les racines et les écorces de plusieurs espèces y suppléent abondamment. La quantité de soie qu’on recueille chaque année est incroyable. La récolte du coton vq plus loin eqeore. parce qu’elle est plus générale, plus facile, et que ' toutes les provinces sont également bleu partagées. Quant eux racines et aux eoorces , elles ue. sont guère qu'un agrément, à cause de la légèreté des tuiles qu'on en fait pour l'éte. Remarquons. en passant, que la consommation en vêtements est près- restreinte dans toutes les provinces méridionales, et que, dans les antres même, elle est beaucoup moindre qu’eo France peudant plu* de quatre mois (*),

• On sait aujourd hui que l’agriculture n'est pins un art a principes absolus, un art qui puisse s'exercer indépendamment des circonstances qui l'environnent. Lqiud’être indépendante, elle est essentiellement subordonnée

(*) Mcaioires des missionnaires <U Védùug, t, IV.

CHINE MOPEBNK. 591

aux conditions politiques, tout au moins autant qu’à celles oui proviennent du sol ou du climat. La Chine nous en fournit l'pxempje : parce qu'elle est démesurément peuplée , le morcellement de la propriété foncière a été poussé à ses dernières limites. A part un nombre inDniment restreint de familles qui possèdent encore des terres d'une certaine étendue, tout le reste cultive des parcelles tellement réduites , qu'elles ne comportent plus le travail des animaux de ferme; et, d'ailleurs, comnieot nourrir ers animaux, lorsque le sol tout entier, sans oe»se pressuré par ta culture, livre à peine ce qui est suffisant pour faire vivre la famille? De là résultent, à notre point de vue du moins , les plus graves inconvénients :

outre la rareté de la viande et des autres produits animaux , il y a pénurie d'engrais, malgré le soin extrême qu'apportent les Chinois à recueillir tout ce qui peut sendre à la terre un peu de sa fertilité. Le défaut de fumure fait qu'elle s'épuise et ne peut plus donner ces riches produits que nous offrent les champs de l’Angleterre ou du nord de la France. Il laut des lors renoncer à la culture des espèces exigeantes, pour se rabattre sur celles qui ne demandent presque rien à la terre; abandonner le blé , si ric|ic en principes azotés , pour lui substituer le riz, si pauvre de ces mêmes principes; substituer de même le coton et la soie à la laine et au chanvre, comme le thé à la vigne , c’est-à-dire remplacer, par des produits qui sont partout ailleurs du luxe , les objets que l’on considère avec raison comme les plus indispensables à l’existence.

« Prise dans son ensemble, l'agriculture chinoise ne trouve donc point sou analogue dans l'agriculture européenne, puisque cette dernière, outre qu’elle s'exerce plus spécialement sur des espèces végétales dont le rôle en Chine n'est que très-secondaire, considère la production du bétail comme sa base la plus essentielle, et que raiipme du vieux Caton , ttene pascere, est plus

Î|ue jamais regardé cnez nous comme a régie dominante, pour ne pas dife l’unique règle, du cultivateur. Toutefois , si J’ou abandonne J’eusembic de

l'agriculture de l’Europe pour en scruter les détails , on trouvera certains modes d’opérer qui se rapprochent davantage des allures de l’agriculture chinoise. Il existe, par exemple, une certaine analogie, une certaine ressemblance même, au point de vue agricole, entre la Flandre et la Lombardie d’une part et la Chine de l’autre. En Flandre comme en Chine, la propriété est trèsmorcelee; là aussi le travail de l’homme remplace en partie celui des animaux domestiques, et l'engrais humain celui des étables. La Lombardie, outre qu'elle nous montre un sol également morcelé, sè livre en grand à la culture du riz , suivant en cela des procédés ui ne s’éloignent pas beaucoup de ceu* es Chinois. Mais là s'arrêtent les analogies , car pour ces deux contrées les résultats sont tout oppo-és : tandis que la Chine ne fournit rien ou presiiue rien a l’exportation, consommant ellemême la totalité de ce que son sol peut produire, la Flandre et la Lombardie comptent parmi les contrées les mieux cultivées et les plus riches de l'Europe, et fournissent d'immenses quantités de leurs produits à l'exportation. La différence de ces résultats est, du reste, facile à expliquer.

» Ainsi que nous l’avons dit, l’agriculture est toujours puissamment subordonnée aux conditions politiques et commerciales, qui en déterminent quelquefois d'une manière absolue, nonseulement la marche, mais aussi les succès et les revers. En Europe, il est rare qu'up pays ne produise que les objets qu’il consomme, comme il est rare qu il n’ait pas à demander aux pays voisins quelques-uns des objets dont il a besoin. De là ce mouvement commercial, cgi échange des produits de la terre, qui vivifie l'agriculture en assurant à chaque district agricole l’écoulement des denrées que son sol est le plus apte à produire. Là est tout le secret delà prospérité de la Flandre et de la Lombardie. Entourées toutes les deux de pays riches eu bestiaux qui leur fournissent les engrais nécessaires , elles peuvent consacrer la presque totalité de leur territoire à des cultures exceptionnelles dont les produits trouveront dans les pays voisins un prompt et fa-

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cile débouché. Ce seront le riz, le betterave, la garance, le lin, le tabac, ou autres plantes industrielles qui ne viendraient point ou viendraient plus mal ailleurs. Mais que le sort de la Lombardie ou de la Flandre serait différent, si le reste de l'Europe pouvait produire aussi bien qu’elles, et à aussi bon marché , les denrées qui font toute leur richesse , ou seulement si leur position géographique les eût éloignées des principaux foyers de la consommation européenne.

« On voit qu’il serait inutile de chercher dans l’agriculture chinoise cette science des assolements, science tout européenne , et nous pouvons ajouter toute moderne, puisque c'est elle qui a détrôné l’ancien système des jachères, qui règne même encore en certaines provinces de France, pays où l’agriculture est loin cependant d'étre aussi arriérée que certains théorieiens affectent de le croire. La jachère ellemême, qui est l'enfance des rotations, n’est pas usitée en Chine , non par défaut de connaissances de la part des Chinois, mais par suite de la néce-sité de demander tous les ans à la terre les mêmes produits. C'est la conséquence forcée de cet extrême morcellement du sol , dont les causes ont été développées plus haut.

« Nous allons essayer de donner une idée moins superficielle de l'état de l’agriculture chinoise, en empruntant quelques détails aux notes publiées il y a trois ans sur ce sujet par M. Fortune, qui, indépendamment des rapports relatifs à la mission spéciale dont l’a chargé son gouvernement, envoie soutient au Gardner's Chronicle des articles d’un vif intérêt.

« Nous devons dire d’abord que M. Fortune ne professe pas une grande admiration pour le peuple chinois et pour ses procédés agricoles. Peut-être la comparaison qu’il a dû faire, en arrivant dans le Céleste Empire, de son agriculture avec celle de l’Angleterre, l’a-t-elle conduit à exagérer l’infériorité de la première. Mais cette prévention même en faveur de l’agriculture de son pays donnera plus de force à son témoignage , lorsqu'il reconnaîtra quelque supériorité aux méthodes chinoi-

ses, que ses connaissances spéciales lui permettent d’ailleurs de bien apprécier.

« Le sol des montagnes et des collines dans les provinces méridionales est trèsmaigre. Il se compose d’une argile sèche, ardente, mêlée à de petits fragments de granit. On y aperçoit cependant quelques herbes, et les* habitants récoltent de chétives broussailles , comme matériaux de combustion, telles que les campanula grandiflora , glycine sinensts , azalean, clématites de différentes espèces, rosiers sauvages.etc. La plus grande partie de ces montagnes est inculte et incultivable; le seul produit utile qu’on en pourrait retirer serait celui du buis , si les Chinois se doutaient de l’importance des forêts sur les terrains en pente; mais, absorbés par les soins de la culture morcelée et individuelle, le reboisement des montanes est une opération trop vaste, et ont les résultats sont trop éloignés, pour qu'ils songent à l'exécuter, bien que le bois soit déjà très-rare dans tout l'empire.

« Si les flancs des montagnes sont improductifs dans certaines provinces, 1rs vallées en revanche sont toutes cultivées, bien que toutes soient loin d’être naturellement fertiles ; c’est là que les Chinois plantent leur thé, leur pomme de terre douce et l’arachide.

« Vers le nord, l’infertilité des montagnes est plus générale, écrit M. Fortune; les voyageurs peuvent parcourir des espaces de plusieurs milles sans rencontrer un brin d’herbe.

« Mais dès que l'on arrive vers la rivière de Min prés de Foü-tcheou-fou , capitale du Foü-kièo (lat. 26*, long.

117*), la végétation des montagnes change subitement d'aspect, et ce changement est dû à la nature du sol qui les recouvre: il se compose alors d'une argile assez tenace, mélangée, dans une assez forte proportion, d'humus et de débris végétaux ; aussi ces montagnes sont-elles cultivées jusqu’à une hauteur de trois mille mètres au-dessus de la mer.

« Le sol des plaines et des vallées varie tout autant suivant les provinces. Au sud, par exemple, il se compose d’une argile forte, mêlée à une trèsfaible portion de matières organiques.

Dans la district deMin, où la proportion d’humus est très-considérable, le sol est extrêmement fertile. On peut dire en général que plus les plaines et les vallées sont basses , plus leur sol se rapproche par son peu de fertilité de celui des provinces du sud, et vice versa ; par exemple, le district de Chang-hai, qui est de quelques mètres plus haut que le district de Ning-po, contient plus d’humus que ce dernier, et est par conséquent le plus fertile des deux

« Le riz est, on le sait, la céréale par excellence du Céleste Empire; c’en est aussi la principale culture, surtout dans les provinces méridionales , où deux récoltes en sont faites dans l'année.

Pour la première, le sol se prépare au printemps. Les charrues , ordinairement attelées d’un buffle, de mulets ou de jeunes boeufs, sont un instrument rossicr, mais qui remplit cependant len les conditions exigées ; les Chinois les préfèrent aux nôtres, qui leur paraissent trop lourdes.

« Le champ destiné à la culture du riz est inonde avant d'étre labouré, de sorte qu’il s’y dépose une couche de limon de 15 a ÎO centimètres d’épaisseur. La charrue n’entame et ne retourne que cette couche; et, pour l’y faire passer, le laboureur et son attelage marchent dans la vase et dans l’eau . ce qui constitue un travail extrêmement fatigant. Après le labour vient le hersage pour égaliser le sol. Le laboureur se place ordinairement sur la herse afin de la faire entrer davantage dans le limon.

« Le sol ainsi préparé, et recouvert d’une couche d’eau de huit millimètres, est apte à recevoir les jeunes plants de riz, semés d’abord en pépinière dans un autre endroit, pour en être retirés avec beaucoup de précaution. On choisit les plus beaux pieds, qu’on réunit par petits paquets d’une douzaine environ. Un homme les répand sur le sol , à une certaine distance les uns des autres; puis un autre, oui le suit, creuse avec sa main droite de petits trous disposés en ligne et éloignés les uns des autres d’environ trente centimètres, dans chacun desquels il place un des petits paquets de plants , dont les racines sont immédiatement couvertes de limon,

88* Livraison. (Chine modebne.)

entraîné par l’eau qui coule dans ces trous dès que l’ouvrier en retire la main. Cette opération se fait avec une grande célérité.

« Dans les provinces du sud de la Chine, la première récolte du riz a lieu vers la fin de juin ou au commencement de juillet. Immédiatement après, on façonne de nouveau la terre, et l’on plante de jeunes pieds pour la seconde récolte, laquelle a lieu en novembre.

« Aux environs de Ning-po, par 30* de latitude, l’été est déjà trop court pour obtenir deux récoltes successives; afin de suppléer autant que possible à ce désavantage, le cultivateur plante deux ou trois semaines après la première plantation, et dans les intervalles, d’autres jeunes pieds de riz, qui lui donneront une seconde récolte. Il faut seulement, après avoir enlevé la première, remuer un peu la terre et la fumer, ce qui se fait en brûlant les chaumes et les racines du riz de la récolte précédente, qu’on enlève avec précaution, de peur de déraciner les plantes qui croissent à côte, et dont on répand les cendres sur le champ. C’est là un bien faible engrais; mais le riz en demande peu, et d'ailleurs les Chinois n’en ont guère à distribuer. Ils se servent , pour moissonner le riz, d’une faucille trèsanalogue à la nôtre. La moisson , une fois enlevée et séchée, est battue sur une aire en plein soleil , comme on en agit à l’égard du blé, dans le midi de l’Europe , si le climat le permet ; dans le nord de l’empire, on le rentre pour le battre en grange. On voit que les mêmes besoins, sur des points excessivement éloignes du globe, ont fait découvrir et employer les mêmes procédés.

« Ces détails sur la culture du riz, dans lesquels nous sommes entrés a dessein, confirment ce que nous disions plus haut de l’agriculture chinoise : elle abonde en main-d'œuvre et n’opère qu’en petit; c'est un véritable jardinage exercé sur le soi agricole ; aussi les auteurs chinois donnent-ils, au sujet des soins réclamés par les céréales, des instructions plus minutieuses que celles qu’on trouverait chez nous dans un traité de floriculture. La manière de fumer, de labourer, de semer, de

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herser ,atc,, subira, suivant eux, des modifications infinies, subordonnées à mille éventualités soigneusement prévues. Cône-entrant tous ses efforts sur line étroite parcelle de terre, le cultivateur recueille avec une attention extrême tout ce qui peut rendre au sol un peu de sa fertilité primitive, et surtout l'engrais humain , le seul vraiment digne du nom d'engrais que produise la Chine; c’est d’ailleurs quelque chose de tout à fait instructif pour le cultivateur européen , que l'art avec lequel les Chinois le reeueillent et le préparent pour les besoins de leur oulture. Sous ne rapport, la Chine est beaucoup plus avancée aue l'Europe, et pourrait lui fournir d’excellents exemples.

« indépendamment de l’engrais dont H vient d’étre question, le cultivateur chinois ue négligé rien de ce qui peut amender la terre, Il économise les restes des laissons de toute espèce, des crabes et autres erusiaces marins, les cheveux et les crins coupés, des débris de végétaux entassés avec des pailles de rebut, des herbes potagères avariées, des épluchures, etc., qu’il fait fermenter, ou bien auxquelles il met le feu, et dont il fabrique ensuite differents composts, en y mêlant de la cendre ou de la terre brûlée. Les chiffons, les os, les coquillages, la chaux, la tuie, et enfin toutes les espèces de décombres, «ont recherchés et utilises en Chine comme en Europe. Il n'y a pas jusqu’au limon du marais et des rivières qui ne soit recueilli et débité comme engrais.

« Mais une des branches de l’agronomie qui parait avoir été le plus perfectionnée par les Chinois, sans doute en raison du rôle Important qu'elle joue dans leur politique, c'est celle de la conservation des graios durant plusieurs années.

« Le système des greniers publie», où l 'impôt en nature s'accumule dans les années d’abondance, et que l’empereur ouvre littéralement dans les années mauvaises, est un des rouages les plus importants du gouvernement chinois.

« On sait combien est coûteuse cher nous la conservation du blé en grenier; le budget des manutentions militaires

pourrait au besoin nous fournir des chiffres, s'il n'etait point superflu d’en donner L’etablissement de bons silos, dans les provinces dont le sol est souvent humide, présente aussi des difficultés que jusqu'ici on n'a pu surmonter que trèsimparfaitement elles nous ; tandis qu'eu Chine on eu construit d'irréprochables au milieu drs districts les plus marécageux. De sérieuses recherches sur le mode de construction de ces greniers souterrains, sur le choix des matériaux

2u’on y emploie , peut-être même sur es préparations à taire subir aux grains avant de les emmagasiner, amèneraient probablement de nombreux et intéressants résultats.

« Quant à l’outillage agricole des Chinois, nous croyons que les emprunts à lui faire seraient beaucoup moins importants.

• On peut dire eu général que ce qui caractérise les instruments ruraux de la Chine, comparés aux nôtres, c'est leur simplicité et leur légèreté. La charrue, cette primitive invention de tous les peuples agriculteurs, parait n'avoir pas changé depuis les temps anciens.

Elle é quelque ressemblance avec ce que nous appelons houe à cheval.

Ajoutons cependant que , dans quelques districts, elle a reçu d’ussex importantes modifications pour la rapprocher de quelques instrumentsd'Europe, et qu'on » même cherché à lui imprimer des formes diverses, en rapport avec les différentes constitutions du soi à labourer. Nous avons au Conservatoire des arts et métiers uu modela de charrue chinoise destiné à tracer plusieurs sillons à la fois, et qui ne manque pas d'un certain art dans sa construction ; mais c’est plutôt un objet de curiosité qu’un appareil véritablement utile, et dans tous les cas. on ne conçoit pas t'avantage d'un instrument qui,' tout en exigeant une dépense de force proportionné* à la quantité de terre remuée, e*t, a raison de. sa corn-

rwition même, beaucoup plus difficile manier que ceux qu’une longue expérience a fait prévaloir.

« Peut-être aurions-nous plus d’avantage à emprunter à la Chine quelquesuns des semoirs dont on y fait usage, surtout pour la cultuxe du blé. Nous

trouvons dansle Irai U Càe^u-chi-^onakhao diverses ligures représentant des semoirs, dont la forme parait aussi ingénieuse qu'originale; mais ces ligures sont exécutées avec trop peu de soin, pour qu’on puisse se faire une idée exacte de la structure intérieure de ces instruments, que le texte d’ailleprs n'explique pas sufpsaqimqit- Qp sait tous les essais de nos agriculteurs pour fabriquer des semoirs remplaçant la main de l'homme, et combien les appareils, pourtant si variés, que l’on a inventés sont loin de répondre au but que l’on s’était propose. Les Chinois auront-ils été plus heureux sur ce point? c’est ce que 1’expériuientaLiou pourrait seule nous apprendre, si l'on avait entre les mains des instruments importés du pays.

« Dans la catégorie des instruments nous rangerons les appareils servant aux irrigations, opérations fort importantes, et qui sont certainement mieux entendues à la Chine que parlout ailleurs, et cela, ou le conçoit, à raison de la nature même de leur principale culture, celle du riz, qui ne peut prospérer qu’avec des arrosements copieux et pour ainsi, dire perpétuels. La nécessite, mère de l’invention, a appris aux Chinois è tirer parti, non seulement des sources naturelles ou des puits creusés de main d homme, mais aussi des fleuves et des riv lères, dont les eaux, elevees au moyeu d’appareils hydrauliques, sont partout utilisées gu profil des cultures, ils ont, eomiue nous, des manèges et norias mus par la force d’animaux domestiques, ou par celle des cours d'eau eux-

niéipes, . . , ipsui , i

« Il serait mureeçant de «avoir s’ils n'utilisent pas aussi la force du vent' pour élever l’eau des puits et la faire servir aux irrigations. Bien que , dans les ouvrages chinois que nous avons entre les mains, nous n'ayons rien trouvé oui indiquât l'emploi du vent dans un but agricole, il nous parait peu présumable qu’un peuple si industrieux n’ait pas senti depuis longtemps l'uiilité d’une fareequi existe partout yu ne coûte nue la peine d’être recueillie.

Après les efforts qui ont été faits en Europe pour appliquer la force motrice de l’air aux appareils hydrauliques,

efforts qui u’ontétè cqwpunés jusqu’ici que de demi-succès, ou n q pas de peine, a comprendre quel service, on rendrait à 1 agriculture du midi de 1 Europe, si l'qa pouvait lui procurer un inécanisme répondant bien au bqt qu Qfl se, propose, mais simple dans sq structure et surtout écuuomique, c’est-à-dire accessible au petit cultivateur.

v De tous les appareils proposés dans ces dernières années pqur utiliser la force du vent en hydraulique agricole, celui de AL Amédee Durand , qui a été de la part de AI. Séguier l’ojqet d'un rapport favorable a l'Académie des sciences, parait le Mul véritablement recommandable ; mais ce mécanisme , excellent pour les agriculteurs qui opèrent en grand et qui peuvent se livrer à des dépensés considérables, est, par son prix élevé, tout à fa t hors de la portée du simple paysan , c’est-à-dire de l'immense majorité des cultivateurs méridionaux. 11 est d'un autre côte trop complexe, trop artislenient construit, pour qu'on puisse espérer que les habitants de nos campagnes l'exécutent de leurs propres mains. C'est là d’ailleurs le défaut de presque tous les instruments modernes, empruntés poqr la plupart a l’Angleterre, et qui ne trouvent guère leur placement eu France, en Espagne et en Italie que dans les fermes modèles, les salons du cercle agricole ou la galerie du musee provincial (*).»

HOBTICT71T0BB.

« Si , continue JL le baron Léon d’ÏTervey.nous nVot s nas eu de grands éloges a donner a l’agriculture chinoise prise dans son ensemble, il n’en sera pas de même du jardinage, que les Chinois entendent admirablement, et dans lequel ils possèdent mèmè certaines pratiques, certains secrets , pour mieux

O Recherches sur l'agriculture et l'horticulture dev Chinois, ci sortes végétaux, les animaux et 1rs procédés agricoles que l’on pourrait inlroduire avec avantage dans I’P.hrope occidentale et le nord de l’Afrique, suivies d'une aiiaij se de la grande Pncjclopédin Oivou-ctii-rtping-liliao, par le liaron Léon d’Hervey Saint-Oenya, p. 35-63.

S06 L’UNIVERS

dire, que nos jardiniers auraient tout intérêt à leur emprunter. On pourrait écrire tout un volume sur cette branche de la culture chinoise

• Nulle part au monde on ne cultive mieux les plaHte* potagères qu’en Chine, comme nulle part aussi on n’en cultive un plus grand nombre d’espèces. Ici se montre dans tout son jour l’adresse du jardinier chinois qui , sur une parcelle de terre où chez nous un homme vivrait à peine, trouve le moyen de se nourrir avec sa famille, et quelquefois de s’enrichir, par la vente des produits de quatre ou cinq récoltes annuelles.

C’est que le jardinier chinois pratique de temps immémorial l’art, comparativement nouveau chez nous, de forcer les légumes, c’est-à-dire d’en hâter le développement par la chaleur artificielle, comme aussi de les faire venir à contre-saison. On pourrait dire d'une manière générale, pour caractériser le jardinage à la Chine, qu’il vise à surmonter des difficultés, ou, si l’on veut, à faire des tours de force , ce qui est du reste tout à fait en harmonie avec les goûts des Chinois. Nous en citerons quelques exemples en parlant de leur jardinage d’ornement.

• Cette supériorité des Chinois en horticulture n’a rien qui doive surprendre ; elle est le contre-poids, ou , pour mieux dire, la suite même de l'insuffisance de leur agriculture, qui les oblige à chercher dans le jardinage un complément indispensable aux substances alimentaires quelle leur fournit.

L’homme ne pourrait pas vivre exclusivement de nz; mais il vivra s’il peut y ajouter les graines des légumineuses, qui compenseront par leur richesse en azote ce qui manque sous ce rapport à la céréale de prédilection du Celeste Empire.

• D’un autre côté, le besoin impérieux de varier sa nourriture a conduit l’homme à multiplier le nombre des espèces auxquelles il demande ses aliments ; de la le grand nombre de végétaux cultives dans les jardins, si on le compare avec celui des espèces simplement agricoles. Ces conditions ne sont point du reste les seules qui president au développement du jardinage; il en est une plus décisive encore que celles

qui naissent des besoins des individus isolés : c’est, pour l’horticulteur de profession, la nécessité de trouver un débouché rapide et assuré aux produits souvent tres-fugitifs de son industrie ; aussi pouvons-nous dire que, si le besoin de varier sa nourriture a fait créer les jardins, ce n’est qu’autour des villes que l’industrie horticole a pu se développer, puisque là seulement elle est assurée d'échanger ces produits contre de l’argent.

• On est étonné lorsqu’on lit , dans les statistiques, le prodigieux développement du jardinage maratcber autour de Paris. Il y a peu de personnes encore aujourd'hui, même parmi les plus éclairées, qui se doutent de l’importance qu’a prise en France cette partie de l'art agricole , probablement parce qu’elle s’exerce le plus souvent sur des espaces fort limités. Mais si les jardins sont généralement petits, ils rachètent leur exiguïté par leur nombre ; on les trouve partout, depuis le hameau, depuis la ferme isolée, presque toujours entourée de son ouche, comme on dit en Bourgogne, jusqu'au centre des villes les plus populeuses (*). »

... «Chez nous, dit encore M. Léon d’Hervey, on aime les fleurs ; chez les Chinois, on se passionne pour elles. Ce qui nous plaît dans un jardin, c'est la variété du coup d'œil, la richesse des couleurs, la beauté ou la rareté des espèces; pour les Chinois, chaque plante est l’objet d'un culte véritable, d’une espèce d’amour mystique , qui inspire à lui seul une grande partie de leurs poésies. Dans les romans, dans l’bistoire, jusque dans les habitudes de leur vie pnvee, on trouve des exemples d- cet amour naïf et passionné, lie graves magistrats s’invitent mutuellement à venir admirer leurs pivoines et leurs chrysanthèmes. Il est même question, dans les monuments de la littérature chinoise, d’une sorte d’extase , que nos moeurs ne permettent guère de comprendre, et qui consiste à s’enivrer de la vue des plantes en cherchant à saisir, par une attention continue , les progrès de leur développement. Cette

(*) Recherches sur l'agriculture et l'horticulture des Chinois, p. 114-117.

passion s’explique, du reste, chez un peuple étranger a toutes les préoccupations de la politique, et qui, placé comme un voyageur sur une route unie, entre un passé sans bornes et un horizon dont il n’aperçoit pas les limites, s'abandonne tout entier à la contemplation des objets qui l’entourent, en y mettant tout ce que son âme et son imagination peuvent avoir de forces vives et de poésie. Si nous citons ces curieux exemples, ce n’est assurément pas que nous songions à les importer chez nous; nous voulons seulement donner une idée du degré d’expérience et d’habileté auquel un goût si prononcé, nous dirons presque si exalté, a. dû nécessairement conduire les horticulteurs chinois.

• On ne s'étonnera donc pas s’ils excellent dans l’art d’embellir les espèces rustiques, d'en faire doubler les fleurs, d'en modifier les couleurs et la forme primitive, tout comme d'en hâter la floraison. C’est ainsi qu’ils eu sont venus tantôt à donner a des espèces naines un développement considérable, tantôt à réduire aux plus chétives proportions des arbres ordinairement de

rande taille; on cite particulièrement

es ormeaux dont ils ont fait des arbrisseaux de moins d’un mètre de hauteur, mais qui conservent toujours en petit leur ancien aspect.

• Au reste, en voyant à la dernière exposition centrale d’horticulture des azaléas, des rhododendrums, des rosiers, des camélias en fleur de deux ou trois décimètres de haut, chacun a pu remarquer que le goût pour le rabougrissement des espèces se naturalisait insensiblement à Paris, de même que s’introduisit vers le milieu du dix-septième siècle celui de la taille des massifs de nos parcs, auxquels on se plut à donner des formes bizarres ou monumentales.

« Longtemps avant le règne des jardins dits à la française , le même système d’ornementation était déjà en honneur è la Chine, et il est probable qu'il se maintiendra longtemps encore chez un peuple où les modes voient passer les générations, comme chez nous les générations voient passer les modes.

« On conçoit sans peine que l’horticulture chinoise a dû nous fournir un nombre considérable de plantes ornementales. Les floriculteurs de profession n’ont pas besoin que nous les mentionnions ici, et d'ailleurs la liste en serait trop longue pour offrir de l’intérêt aux personnes qui ne s'occupent pas de jardinage. Nous nous bornerons a citer, parmi les espères les plus répandues, ces pivoines en arbres (pæonia meou tan), d'un si splendide effet dans les massifs, lorsqu’elles sont couvertes de leurs grandes fleurs d'un rouge clair; la reine-marguerite ( chrysanthemum sinen.se), aujourd'hui si populaire, et toujours si belle et si recherchée ; les hortensias roses et bleus ; la glycine de la Chine(ÿ/yrine ou xoistaria sinensis), dont les longues tiges sarmenteuses, le beau feuillage, et surtout les admirables grappes d’un bleu tendre, sont au printemps le plus bel ornement des berceaux et des treillages de nos jardins. Mais, depuis l’introduction de ces espèces déjà anciennes et de mille autres que nous passons sous silence, l’Europe en a reçu un nombre considérable de nouvelles, et le répertoire des Chinois est loin encore d’être épuisé. Qu'on nous permette d’en citer quelques-unes dues aux recherches de M. Fortune, et qui par conséquent sont pour nous de date toute récente. Ce seront entre autres le fortunea sinensis ( platycarya strobilacea , Sieb. et Zuec.), arbre dornement delà famille du noyer, et que l’on croit capable de résister aux Divers de la Grande-Bretagne; le plumbago larpentæ, charmante plombaginée que le bleu vif de ses fleurs fait ranger avec raison parmi les plus brillantes acquisitions de pleine terre que l’horticulture européenne ait faites depuis plusieurs années ; le weigelia rosea, qui commence à se répandre dans les jardins de tous les amateurs, et qui, jusqu'à un certain point, rivalise d'éclat avec quelques azaléas; la rose à fleurs d'anémone ( rosa anemoneflora ), déliée et grimpante comme la rose de Banks, qui est d’ailleurs du même pays, et qu’elle surpasse peutêtre par la délicatesse de ses pétales d’un Diane de neige; le kum kwat, variété ornementale du citrus japonica, espèce rustique, qu'on s'attend à voir

L’UNIVERS

braver nos hivers les plus rieooreux, et qui permettra de cultiver à l’air libre une espece de la familledes hespéridées presque jusqu’au rentre de l'Europe i le stalice / artunei, ai remarquable par la couleur jaune de ses fleurs nu milieu d’un groupe où elles sont généralement bleuâtres ou purpurines; le barbuta Minentit, V mAiijofera décora , le pterostigma grandi (tara , enfin l ‘attentons japon ica , production dp sol chinois, maigre son nom qui semblerait la confiner au Japon , où en effet on ta retrouve aussi (*). *

Cultures particulières.

DIS CULTURES bu THÉ , d'aTrEs LES MlSStOR- RAtREtt ET TfV VOYAGEURS (**).

« Au Japon, dit Kæinpli-r, on n’affecte aux plantations de thé ni jardina ni enclos particule rt; on les fait sur la lisière des champs de rir. et de blé, pour que l'ombre projetée par les arbres ne nuise point aux mois-mtis. On n’ensemence pfts non plus les groines dans un ordre régulier et symétrique. De distance en d stance, on ereuse des irutladans lesquels on met six graines ou moins et douze au plus, c’està-dire autant qu'eu contiennent les capsules. O nombre est necessaire, parce que l'huile que renferment les graines les rend sujettes a se rancir promptement; il en leva à peine un cinquième. Il arrive souvent que deux ou trois arbustes poussent ensemble et sont si étroitement entrelacés, qu’on croirait, au premier abord, qu’ils sortent de la meme tige.

a On ne donne généralement aucun soin aux jeunes plants; seulement, quelques cultivateurs, plus industrieux, ont le bon sens d’extirper les mauvaises

(*) RrehreebcE sur l'ogrimtiure et l'horticulture dci Chu. ou, p. 209-214,

{**) tes détint» que je donne ace sujet sont tires d’un ouvrage intitule Monogrcp/ù* An thé, et publié • Part», en t*4J, per M. J. G. Unnuaye.

(•") En chinois, on désigne le tbe par le Uiot Cchà; dans le dialecte du Fo-lvien, tut l'appelle thé. Le ttout de thé vieul vlonc du dialecte populaire usité dans ta province du FS-Vien , où cet arbuste est principalement ciiltiré.

herbes qui croissent autour, de labourer la terre, et même de la fumer avec divers engrais. Les feuilles ne sont bonnes à cueillir que la troisième année, époque où elles sont abondantes et dans toute leur beauté. Au bout de sept ans environ, l’arbuste a atteint la hauteur d’un homme; comme il croft ensuite très-lentement et qu’il porte peu de feuilles, on le récèpe jusqu'au troue. A la suite de cette opération. II pousse des rejetons plus vigoureux et en plus grand nombre. On la diffère quelquefois jusqu’à eé que l’arbuste ait atteint l’âge de dix ans, mais toujours le cultivateur est largement indemnisé de re sacrifice temporaire. Quant à la récolte et à la manipulation des feuilles, elles sr pratiquent conime à la Chine.

« [/agriculture a été portée depuis des siècles, dans ce dernier empire , à un degré de perfection qui a émerveillé tous les Européens. A rhaque pas , fis ont eu occasion d’admirer aver quel art, quelle persévérance, les Chinois savaient tirer parti dtt sol et du climat. Il n’est presque point de landes, point de bruyères sur leur vaste territoire qu’ils n’aient su utiliser Le docteur Abel , attaché à l'ambassade de lord Amherst, en I8t8,a publié une description des provinces qu’il traversa, et ce récit s'accorde parfaitement avec celui des personnes qui ont pénétré plus tard dans cette contrée. Il dit que partout il eut sons les veux le magnifique spectacle de la puissance de l’homme sur la nature; qu a rhaque pas sé dérotilèreilt devant lui les preuves multipliées du caractère industrieux , tenace et laborieux des Chinois. Il vit sur sa route, tantôt des champs couverts de céréales et de plantes légumineuses, telles que riz, orge, millet, haricots, fèves, navets, pommes tle lerre ; tantôt des vergers de Cotonniers, de iVifirierS. deéatmes à sucre , de camélias , d’n/ea fragrans , d'arbres 5 suif, de lauriers -camphre, de citronniers, d’orangérs, etc., etc.

Dans les intervalles des arbres étaient ensemencées des plantes utiles en méd reine comme dans l'usage domrsti-

?ttc. A coup stlr, rien ne doit être plus ittorrsque qu'un paysage dont les productions sont si variées et offrent un si riche assortiment de couleurs bigar

CHINï MODERNE. 599

rèes. Il suffit de l’avoir Vu udefois, pour être convaincu de la Vérité du proverbe qui dit: qu'un Chinois tient ses champs en meilleur état que sa maison. Ses instruments aratoires, tels que charrue, herse, houe, etc., sont d’une construction aussi simple qu'ingénieuse.

Son système d'arrosage et d’irrigation est parfait; les aqueducs, les canaux qui sillonnent leur territoire en tout sens ; les puits artésiens , qui y sont connus depuis les temps les plus reculés, attestent des connaissances hydrauliques très-étendues. Le plus pet» cultivateur chinois a des machines pour distribuer de l’eau à volonté sur toutes les parties du territoire qu’il exploite. Un fermier anglais ou flamand ne saurait pas mieux que lui mettre à profit la moindre parcelle de terre etdiscerner le genre de production qui lui est lé plus approprié. Par instinct et par habitude, il sait tenir compte des différences géologiques du sol, des diversités de climat et de température, des influences atmosphériques, etc.

• Chez un peuple aussi avancé dans la pratique des arts agricoles, la culture du thé a dû être et a été effectivement portée à un degré incomparable de perfection. Quoique l’arbuste croisse spontanément dans plusieurs endroits, et que dans d'autres il serve de haie pour les champs, comme au Japon, il est des provinces de l’empire où l’on n’a épargne ni soiijs ni dépenses pour l’acclimater et en tirer les produits les plus exuis et les plus abondants. Li s sortes e thés 1rs plus connues de» européens viennent des provinces centrales et maritimes de la Chine, les plus belles et les plus fertiles de tout l’empire.

« L’affluence de plus en plus grande des acheteurs étrangers a eu pour conséquence nécessaire d’en propager considérablement |a culture eu Chine. On l'éleve aujourd'hui dans des localités où, il y a une trentaine d’années, il était inconnu ou complètement négligé. Les provinces du Fô-kien, du ixiang-nan, du Tchr.-kiang, du KJang-si et du Kiaugsou en produisent la plus grande partie, et les Anglais prétendent que c’est le meilleur. Toutefois, celui qui se récolte aux environs de Péking est le plus estimé parmi les hautes classes

du pays. Les Russes achètent relui qiti se cueille Sur lés cohfins de I# ThrUrié chinoise, et ce thé, d’unfc qtnlilé réellement supérieure, est préfcté dans le nord de l’Europe, et inêmé'ert Krenée, comme nous le verrons plus loin.

« C'est du FÔ kien (jUe vlèht la plus grande partie des thés consommés en Angleterre, en Hollande, en France et en Belgique. Le Fô-kien est séparé du reste ae l’empire par Uhé éhalne de montagnes qui fentbUrent du côté des terres ; le reste est bordé de rochers escarpés dont lés Cimes vont en diminuant et se prolongent jusqu'à la mercdtnme les gradins d'un amphithéâtre, Quoique très-montueux, lé Fô-kien ttroi nuit autant dé thé que lés plus ferliles vallées. Dans Un district de eette province , qu'on appelle Kien-ning-foU -, sont situées deux fermes oui ont ncquis une grande ceiéhrité par la supériorité de leurs produits provenant des monts Wou-y-cnan, qui sont jreuplés de temples et de rouvents de bonzes. Les thés de cet endroit sont fort recherchés, quoique leur transport, qui sé fait à dos d’boinme, à cause de la rareté des bêtes de somme et du manque de routes praticables, entraîne de grandes dépenses. Ce district n’est éloigné de Canton que de 18 milles (environ 8 lieues); mais les fermes à thé sont situées à 500 milles dans l’intérieur des terres.

Comme l’on a à traverser des montagnes, des ravins, des rivières et des canaux , il en résulte atté le transport des thés peut durer des semaines et même «les mois entiers. F.n général, In végétation du Fô-kien n’est poiht naturellement abondante; le sol en est

fiauvre; le génie industriel!* des liabiants est seul parvenu h le rendre productif, à un tel point qu’oh a réussi à y élever les fruits les plus râres et les plus savoureux.

« Le Kiang-nan , qui a été récemment divisé eh deux provinces, est une des contrées du globe que la nature s’est plu à combler Hë seslargesses. On assure que lés habitants l’emportent beaucoup sur les autres Chinois, nonseulement sous le rapport de l’agriculture et de l’aptitude manufacturière, mais aussi pour les arts libéraux, les sciences et les lettres. Ce beau pays

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forme nne plaine immense, entrecoupée de quelques collines et arrosée par un des plus grands fleuves de l’ancien continent, le Tang-tseu-kiang.

C’est là où se cultive et se prépare le Song-lo. Le Tche-kiang est encore une province très-agricole et une pépinière d'arbustes à thé. Le Kiang-si et le Kiang-sou sont tous deux renommés par la salubrité de leur climat, et la population y est employée presque exclusivement à élever et à torréfier le thé.

• L’arbuste se plaît sur la pente des coteaux et dans le voisinage des eaux courantes. Le P. Lecomte assure que le meilleur thé vient dans une terre pierreuse, la qualité moyenne dans un sable léger, et la qualité inférieure dans une terre jaune et glaise. Son confrère, le P. Duhalde, affirme que cette plante affectionne une terre légère , blanchâtre, sablonneuse , mais non pierreuse.

Tous deux s’accordent à reconnaître que le meilleur thé vient dans les endroits exposés au midi, opinion qui est entièrement partagée par M. J. F. Davis et par M. Bruce, déjà cités. Les observations de ces deux écrivaius , revêtus l’un et l’autre d’un caractère officiel, qui ont visité plusieurs provinces de la Chine et qui ont expérimenté par euxmêmes les cultures du thé, méritent la plus entière confiance. Dans son rapport, M . Bruce s’exprime en ces termes:

Je fais observer que le soleil exerce une action extrêmement puissante sur les feuilles de l’arbuste; car, dès que les arbres qui servent à ombrager les jeunes plants ont été abattus, la feuille, qui alors était d’un vert foncé, devient rapidement jaunâtre et conserve cette couleur pendant quelques mois, au bout desquels elle reprend graduellement son ton vert et vigoureux ; les branches deviennent plus touffues, et produisent des feuilles en beaucoup plus grand nombre que lorsqu’elles étaient à l’ombre

« Le thé qui se fait avec les feuilles poussées à l'ombre est notablement inférieur à celui dont les feuilles ont réfléchi les rayons du soleil. Il est reconnu, 1* que ces dernières poussent plus rapidement, 2° et que celles des plans ombragés expriment, quand elles

sont ronlées, une liqueur très-fluide, tandis que les autres rendent un jns beaucoup plus visqueux.

« Ce témoignage est imposant, et s'accorde pleinement avec ce que nous savons de l’action vivifiante du soleil sur la plus grande partie du règne végétal. Cependant, au premier abord , il semble être contredit par d'autres observations dont nous n'apprécions pas moins le caractère de sincérité. M1’ de Carpena, vicaire apostolique du saint-siège dans le Fô-kien, où il réside encore, a écrit une instruction manuscrite, concise mais substantielle, sur la manière dont on cultive le thé dans cette province. — Le terrain plat et élevé, dit-il, est le plus propice pour les arbres à thé. Ce terrain doit être humide, mais non pas trop bourbeux; solide, c’està-dire non mouvant. Quand sa surface serait couverte de sable, cela ne nuirait point aux arbres; mais il ne doit pas être pierreux , parce que ces arbres redoutent la sécheresse. La meilleure qualité de terre est la rouge ou la pâle, comme l’appellent les Chinois. En un mot, ces arbres aiment les lieux humides, froids, élevés et exposés aux vents d'est. Il y a aussi au Fô-kien beaucoup de plantations dont le terrain n’est pas absolument plat; mais parce que ce terrain est trop humide , quoique fertile d’ailleurs, les arbres à thé qui y croissent ne sont ni aussi touffus ni d’une aussi bonne qualité qne ceux des lieux plats. Tous les endroits du Fôkien qui réunissent les qualités énoncées plus haut sont plantés d'arbres à thé, principalement dans le district de KJng-ning.

« Ces assertions, émanées d’une source aussi respectable, pour peu qu'on les pèse, n'infirment aucunement celles de MM. Davis et Bruce; elles donnent seulement à comprendre que l'arbre à thé ne se plaît ni dans un sol trop aride , trop exposé à un soleil d’airain, ni dans un terrain trop visqueux et trop marécageux; c'est la conclusion qu’avait déjà déduite le P. Duhalde, en déclarant que cet arbuste n’aimait ni le soleil ardent ni une humidité prolongée, et qu’il était froid de sa nature. On sait , d’après les récits des voyageurs vivants, qn'il prospère en Chine,

dans des contrées froides , et que la neige ne lui fait aucun mal. Les Chinois estiment, suivant M. Bruce, que les sept dixièmes de la production totale de leur empire croissent dans les montagnes, et les trois autres dixièmes seulement dans les plaines. Le climat qui lui parait le plus favorable est situé entre le 25* et le 33” de latitude, si on en juge par le succès de sa culture en Chine. Une température moyenne, telle est donc la condition indispensable de la bonne venue de cet arbuste. On a pu s’en assurer en France, où il réussit mieux dans le nord que dans le midi.

« Suivant monseigneur de Carpena , la province du Fô-kien et celle du Kiang-si, dans la partie qui y confine, sont celles où existent les plus florissantes plantations de thé. Le terrain est soigneusement préparé ; on ne laisse ni herbes, ni broussailles, ni végétaux parasites. Après qu’il a été bien sarclé (et M. Bruce dit qu’on répète cette opération deux fois par an), on y fait des trous à deux métrés environ l'un de l’autre. M. Delamarre, missionnaire en Chine , dans une lettre communiquée au Journal d'agriculture pratique par M. l’abbé Voisin, directeur des missions étrangères, prétend que cette distance est seulement de 0®, G5 ; distance évidemment trop faible et qui aurait des inconvénients pour la croissance et la culture de l’arbuste, non moins que pour la récolte des feuilles. Ces petites fosses doivent avoir , suivant monseigneur de Carpena, 33 centimètres de profondeur; elles n’en ont que 10, d’après M. Delamarre. Ici encore nous adoptons la première assertion comme la plus vraisemblable, d’autant mieux uVIle est confirmée par le témoignage e M. Bruce. On jette clans chaque trou de six à dix graines qu’on couvre d une poignée de fumier de brebis, de cheval ou de gros bétail, mêlé avec de la cendre et réduit en poussière; puis on comble la fosse avec de la terre sans la fouler. Cette opération se fait, non dans le mois d'octobre , comme le prétend M. Delamarre, mais dans le mois de février, après les pluies, afin que le sol ne soit pas trop sec. Lorsque l’on sème sur couche pour transplanter ensuite ,

on a la précaution, en plantant chaque élève, de fouler la terre autour des racines, jusqu’à ce que la tige ait atteint la hauteur de 23 centimètres hors du sol.

Quant à l’arbuste planté en pleine terre, on le ferait mourir en foulant la terre qui couvre ses racines et en sarclant les herbes qui croissent autour. On entrelace ordinairement des petites baguettes sur les fossés, afin de reconnaître les endroits ensemencés et en même temps les protéger contre les piétons et les bestiaux.

«Les détails que donne M. Bruce, dans son rapport, coïncident parfaitement avec cette description.

« MM. Bruce et de Carpena disent que les cultivateurs chinois n’empêchent pas directement le thé de croître; mais comme ils en cueillent les feuilles trois ou quatre fois l’an, cette opération répétée suffit pour arrêter le développement de l’arbuste. Cette conséquence est rigoureusement conforme aux principes les plus élémentaires de la botanique; cependant, il ne faut pas lui donner iei un sens trop absolu. Sans doute qu’une défoliation trop répétée est un obstacle à la croissance de l’arbre à thé; mais le plus puissant consiste dans l’opération du recépage pratiqué par les Chinois; ils ont même soin de forcer l’arbuste à se ramifier par la section fréquente des branches supérieures.Suivant les mêmes auteurs, dans le Fô-kien et le Kiang-si, un plant de thé, lorsqu’il est bien entretenu , peut donner des feuilles pendant trente, quarante ans et plus; ensuite on le recoupe au niveau du sol, afin que de la souche il s’élève de nouveaux rejetons; ce qui indique clairement que l’opération du recépage, au lieu d’être prat iquée dans ces deux prov inces, comme ai Heurs, de sept ans en sept ans, ou de dix ans en dix ans, ne l’est que beaucoup plus tard, en raison probablement d’une plus grande aptitude de terroir ou d’une culture plus savante.

« Les arbres à thé se propagent généralement en transplantant les racines des individus trop vieux ou en employant la méthoae de boutures, car les Chinois ignorent l’art de greffer; toutefois il y a exception pour le Fôkien, où on ne pratique que le semis.

L’UNI VMS j

« Dans eetté dernière provinee, la plupart des champs à thé n’ont pas besoin d'être arrosés; leur position inclinée permet d’jr creuser facilement des rigole^ et des ‘tranchées: mais dans cette contrée, comme dans d'autres, l’ariosage à bras ou par machines est de toute nécessité sur les hauteurs escarpées et les plateaux des monta gnes; il est même à présumer qu’on le pratique Svée une sollicitude toute particulière dans les grandes exploitations.

« La plupart des voyageurs qui mit écrit sur la Chine affirment que le filmage des plantations de thé n’est observé que par un petit nombre de cultivateurs. Sans infirmer leur témoignage, que nous croyons impartial, il est permis de ne rappliquer. I* qu'aux terrains plats , humides . riches en humus ; 2* qu’aux pauvres gens qui exploitent isolement leurs modestes propriétés sans avoir les moyens de l’amender, et qui en Chine, comme partout ailleurs, sont les plus nombreux. Mais le fumage est Indispensable pour les champs situés sur le versant des montagnes, sur le flanc des collines; car, de l’aveu des mêmes écrivains, les inondations fréquentes occasionnées par les pluies y entraînent les terres végétales , qui y sont quelquefois si rares qu’elles laissent A nu les racines. Aussi les colons,

fiour réparer res pertes ou suppléer à ‘insuffisance du sol, sont-ils obligés de transporter dans leurs champs un engrais qu’ils tirent du lieu le plus voisin et qu'ils ont soin rie choisir, autant qu’il leur est possible, analogue au terrain de leurs plantations. C’est à peu près la même méthode que suivent nos vignerons.

« Le docteur anglais Falconer a conclu, d’après uhe étude approfondie des diverses localités où le thé se enltive en Chine, qu’il croît sous une température de 73* a 54“ 5’ Fahrenheit (22" cent, à 12*); qu'en été, la chaleur ne va pas au dessous de 80* (26* cent.), et qu’en hiver, lebaromètre descend de 54" à 46* (1 2” 7’ à 6° cent.) ; que la différence entre l’été et l’hiver sur les frontières du nord était de 59* (14* cent.) et sur celles du sud de 30* (l“cent. au-dessous déglace); que les endroits les plus propices au

thé varient de température, année commune, de 54° à 64“ (28* à 28r cant.); que la pluie tombe également dans tous les mois de l’année, et que l'humidité du climat est généralement modérée. Le docteur Abel, que nous avous déjà nommé, a fait un travail curieux sur la structure géologique des terrains où l’on cultive le thé. Ce travail s'accorde sur tons les points avec les observations de M. Falconer rt celles des vovaireurs qui ont exploré les provinces à thé de la Chine (*). »

Classification des thés.

« Le commerce, observe avec raison l'abbé Grosier. distingue plus de sortes de thés que la botanique n’en admet d'espèces réelles : l'Age ou le choix des feuilles, les préparations plus ou moins recherchées qu'on leur donne, suffisent pour les faire distribuer en différentes classes sons des ntmis différents ; mais tous ces thés de qualités et de dénominations diverses peuvent provenir du même arbre. » Aujourd’hui les Chinois éux-mêmes ne reconnaissent que deux espères de thés, les thés noirs et les thés verts.

Nous croyons que la classification adoptée par M. Brigdman , dans son grand ouvrace. intitulé : A Chinese chrestomathy fn t/ie Canton 'tiatect, est la plus exaete et la meilleure, sous tous les rapports; c’est aussi la plus récente; nous la suivrons donc, en y ajoutant les documents curieux que l’on trouve dans la Monographie .

■ Thés noirs.

moi (duvet blanc).

En chinois, pi-hào; dans ie dialecte de Caillou, pak-ho.

« Le pekoé a la feuille très-allongée, d’un noir argenté et couverte d’un léger duvet blanc et snveui ; sas extrémité* sont tachetées dé noir, de gris et de blanc. Dans celui que l’on tire de Canton, on trouve souvent des petit* bâtons venant de la tige des feuilles; mais dans celui de Russie, dont les feuilles sont presque toutes argentées, il ne s’en rencontre pas.

(*) Monographie du thé, p. *7 el suiv.

CHINE MODERNE. m

« Ce thé est In première récolte de l’arbuste, lorsque les feuilles sont encore en bourgeons; d'ê là lui viertt ce parfum s] délicat que les Chinois augmentent encore en y mêlant qurlijües Heurs rie l'ofea fragrans. dont on trouve fréquemment desgr.i’nespahni lepekoë.

Comme re thé se torréfie très-légèrement pour n’en point altérer le parnim, il est tritis susceptible que tout autre de se détériorer par le voyage, l'Humidité ou par le temps.

• Sou goût à l’infusion ressemble un peu à celui de la noisette fraîche. C'est le plus G». le plus aromatisé et le plus citer des thés noirs.

« En France, où l’usage du thé u'est encore répandu que parmi les classes aisées, le pekoë y est très-connu, trèsapprécié, et noire marché est mieux approvisionné que celui de Londres pour les qualités qu’on y importe. Mais c'est la Russie surtout qui acheté et consomme les prem eres sortes, dont elle va s’approvisionner a Kiakhtu et à la célébré foire de Nijni-Novogorod. Ces tliéa viennent loua des provinces septentrionales de la Chine, et sont expédiés par caravanes à travers la Tartarie chinoise. Soit en raison du mode de transport, du soin extrême qu’on apporte aux emballages; ou du sol où on les récolte, ils ont un parfum supérieur à ceux qui nou* viennent de Canton; aussi leur prix en Russie s’élève de 20 à 80 roubles la livre russe. Les Anglais n'emploient ce théqu'en le mélangeant avec d'autres tliés noirs, pour leur douner du parfum, et encore eu mettentils fort peu. *

osamos ruok.

En chinois, ching-htiïng (parfum supérieur).

« Nous ne désiguerous ce thé que par le nom (orange pekoë) qu’il porte sur les caisses qui viennent de Canton, et que les Anglais lui out donué en raison, sans doute, de sa couleur, qui est d'uu uoir foncé mélangé de jauue orange. Il est très-menu ; son odeur est agréable, quoiqu’elle ue paraisse pas naturelle, car ou trouve parmi les feuilles beaucoup de petites graines semblables à celles de \'ulea frayraiis, dont cependant il n’a pas le partum. Ôn le

boit raèenient seul ; mai* en lé mélangeant avec du sou-chortg, il ldi donne de la fofce et produit uhe boissori assez agréable, mais un peu stimulante. Cètte sorte n’est apportée sur nos marché* d’Euhope que depuis dix à douze ans.

« C’est ce thé qui, mélangé avec du congo. sb vend à Londres sous la dénomination assez connue de howqua mixture.

« Sa cOdlénr à l'infusion est beaucoup tndihs transparente que célle du sou-choug. » i

moi nom.

En rhinoh, lutng-mrï (fleur de prunier rouge ).

« Cette sorte est fort rare sur notre marché, et surtout eu boune qualité; la meilleure s’apporte eu Angleterre.

Sa feuille est inégalé en grosseur; erie est frisee à la mauiere de l’orange pekoë; on y trouve quelques pareilles blanches, des petits bàtous et des pétioles rougeâtres.

« Son arôme à l'infusion se rapproche du bon eougo. »

coaoo.

En chiuois, K Ung foû (travail).

« Le congo, qui est presque inconnu sur notre marché, est de tous les thés noirs celui qui mérite le plus de Jher Potre attention.

a En Chine, où ses propriétés bienfaisantes sont avérées, il forme à lut seul la boisson journalière des habitants du pays; en Angleterre, où le chiffre de la consommation du thé dépassé annuellement 30 millions de demi-kilogrammes, le congo V figure à lui seul pour plus des deux tiers,' d’après les relevés officiels des importations de ia Grande-Bretagne. Anciennement la Compagnie des Indes avait établi des primes pour ies meilleurs lots qui lui étaient offerts; mais depuis l'abandon de cet usage, on y importe souvent des qualités communes, qui cependant conservent leur goût de congo bien distinct. En Russie, où on lui a donné le nom si heureusement significatif de • thé (le famille , » on le trouve sur toutes les tables. 11 y est certainement d’une qualité ïupérieure à celui qui nous

L’UNIVERS

vient de Canton, mais son prix est beaucoup plug élevé.

« Le congo se récolte sur le même arbre qui a produit le pekoë, et se cueille immédiatement après lui ; seulement il faut que l'arbre ait atteint l'âge de six ans. Ses feuilles sont minces, courtes, plus petites que celles du sou-chong; sa nuance est d’un noir

Î;risâtre. C’est ainsi que le désignent es essayeurs experts ae la Compagnie des Indes. Les qualités inférieures sont plus foncées.

• Le congo superfin est plein d’arome et de saveur; son parfum a quelque analogie avec celui du pekoë; aussi rappelle-t-on souvent pekoë noir. 11 est sans contredit un des plus sains et des plus agréables que produise l’arbuste à thé; et je ne mets point en doute qu’on ne lui accorde chez nous la préférence qu’il a trouvée chez tant d’autres peuples, dès que nous aurons pu apprécier son mérite incontestable par un plus fréquent usage.

« Il donne a l'infusion un goût savoureux auquel se joint une sorte d'amertume agréable et presque impossible à décrire. >

soo-chohg.

En chinois, liào-tchàng (petite espèce).

• Ce thé est fait avec les feuilles de l'arbuste qui a produit le pekoë et le congo ; mais c’est la seconde récolte et lorsqu'elles sont arrivées à leur maturité.

« Le sou-chong jouit d'une grande réputation à la Chine. Sa feuille est un peu plus large que celle du congo; elle est mince et tant soit peu concassée, ce qui dénote sa qualité, car les feuilles jeunes, tendres et bien torréfiées se brisent plus facilement que les autres.

C’est le plus fort des thés noirs, et lorsqu'il est mêlé avec du pekoë, il forme une boisson d’un arôme exquis. >

poucHûvn.

En chinoii , pâo-tching ( espèce à enveloppes).

« Ce thé est supérieur au sou-chong et très-estimé par les Chinois. Les feuilles en sont larges, longues et bien roulées; elles sont mélangées d’une assez grande quantité de pétioles. « L’o-

rigine de son nom vient de ce qu’il s’apporte presque toujours en petits paquets enveloppés de papier d’un jaune clair; ces paquets pèsent envi rou 200 grammes chacun.

« L’arome de ce thé est très-fin, suave et délicat. Il est fort léger, et il faut en mettre un peu plus que d’une autre sorte, si l’on veut obtenir une bonne infusion ; il donne à l'eau à peu près la même nuance que le sou-chong. «

aurai.

En chinois, kUrt-péi ( choisi et séché au feu).

« Il est rare sur notre marché, et surtout en bonne qualité. Cette sorte est formée des feuilles les plus délicates et les mieux choisies de la troisième récolte. Elles sont plus longues et plus épaisses que celles du sou-chong, auquel il ressemble beaucoup à l'infusion par sa couleur ; mais son goût est moins aromatique et plus faible ; c'est pour cette dernière raison qu'il est peu goûté des consommateurs. Cependant c'est un bon thé, quand il est bien choisi, et, en Angleterre, on l’ordonne comme boisson rafraîchissante. •

THS SQHB OU TH É HOD.

En chinois , w'ou-j ; dam le dialecte du Fô-kien, Aou-y.

‘ Autrefois tous les thés noirs étaient désignés sous ce nom, qui dérive de celui d’un district de la province du Fô-kièn , d’où on les tire principalement. Aujourd'hui cette sorte seule a conservé cette désignation. On peut la classer en deux espèces différentes : le bohé du Fô-kien et le bobé de Canton.

Ce thé est le plus commun de ceux qui viennent en Europe; cependant le bobé du Fô-kien est d’une qualité moins grossière que celui de Canton. Mais on n’importe guère que de ce dernier, en raison , sans doute , de son bas prix ; sa consommation, qui en Angleterre s’était généralisée parmi les basses classes, a tellement diminué d’année en année, qu'elle disparaîtra probablement de ce marché , comme du nôtre , oi) il est presque inconnu. Les Chinois font entrer dans sa composition des feuilles de toutes sortes qu’ils préparent comme du vrai thé, et auxquelles ils mêlent une

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