‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 277 sur 292 · INDUSTRIE · texte numérisé non relu

INDUSTRIE

Coup d'œil sur F industrie des Chinois.

Il existe à la Chine quelques arts dont l’origine se perd dans la nuit des temps. Ainsi, d’après M. Stanislas Julien , l’art d’élever les vers à soie , la culture du mûrier et la fabrication des étoffes remontent chez les Chinois au vingt-sixième siècle avant notre ère. La polarité de l’aimant, suivant M. Abel Kéniusat, avait été remarquée par eux, quoiqu'ils n’en eussent pas tiré parti pour les usages de la navigation, et, suivant M. Klaproth, les Chinois inventèrent la boussole pour les voyages de terre et de mer mille ans avant Jésus-Christ. D’après les données fournies par le Chi-king, le plus beau et le plus ancien monument, comme tableau de mœurs, que l’Asie orientale nous ait transmis , la culture avec irrigation était établie six cents ans avant notre ère dans la vaste plaine qui forme la vallée inférieure du fleuve Jaune, de-

(*) Voy. le Résumé des principaux traités chinois sur la culture des mûriers et l’édu-

cation des vers à soie, traduit par Stanislas Julien, membre de l'Institut, p. 78, 79, 81, Ha, go, 91, 97, 100, toi, 10a, 108, 109, 110, 117, 118, ia4, ta5, 144 > <45, 1S8, 160, 16a, i63 et 164.

puis le défilé des Portes-du-Dragon (.Long-men) jusqu’au golfe du Pe-tchili , ou se jetait alors ce grand fleuve. On y cultivait le riz, le froment, l’orge le blé noir ou sarrasin, les deux sortes de millets, appelées chou et foi, qui se rapprochent, l’une du milium globotum , l’autre de Yholcus sorgho. On y cultivait aussi l’indigo (lan-hoa), ou des plantes analogues, dont on extrayait une teinture bleu foncé. Le bambou était déjà employé aux usages de la pêche et de la marine (•). « Ce gigantesque roseau , dont la croissance est si rapide, dit M. Léon d’Hervey, sert aujourd'hui à faire des coiffures pour les soldats, des boucliers, des parasols, des semelles de souliers, des solives , des échafaudages de maisons en construction , des paniers , des cordages, du papier, des manches de plumes , des balais , des chaises, des éventails, presque tous les outils agricoles, des milliers d’ouvrages de toute espèce (**). »

Les indications fournies par le Chiking (600 ans avant J. C.) montrent que l’or, l’argent , le fer, le plomb , le cuivre , étaient alors connus des Chinois. L’ode III, chap. xi, p. 4, cite le métal par excellence (l’or), que l’on tirait des mines du midi. Le poitrail des chevaux de guerre était recouvert d’acier (page I, chap. xt, ode 3). Une autre ode parle des mines de fer, ex-

filoitées dans le Chen-si , par Kongieou , dès le dix-huitième siècle avant notre ère. Les instruments en fer sont cités passim dans le Chi-king. Plusieurs odes mentionnent l'art de tailler et de polir les pierres précieuses. On trouve dans le musée impérial de Péking des objets d'art, et particulièrement des rases, qui datent de plus de trois mille ans , et qui , suivant M. G. Pauthier, peuvent rivaliser avec ce que la Grèce et l’Étrurie nous ont laissé de plus beau en ce genre. C’est donc avec raison que M. Abel Rémusat affirme que de tout temps les Chinois ont su (*) Recherches sur les moeurs de» ancien» Chinois, d’après leChi-lung, par M. Édouard Biot, Journal asiatique, cahier de novembre 1843, p. 3a3 et 3^7.

(**) Recherches »ur l'agriculture et l'horticulture de» Chinois, p. 184.

C!2 L’UNIVERS

travailler les métaux , faire des instruments de musique , tailler les pierres dures. Nous avons cité précédemment la plus grande partie du mémoire de M. Édouard Biot sur le traitement des métaux et sur quelques procédés industriels connus des Chinois dans le seizième siècle. « De ce même pays ( (a Chine) , dit le savant auteur, nous est venu, dans le dix-huitième siècle, l’art de fabriquer la porcelaine , et son introduction en Europe est due aux travaux du P. d’Entrecolles , qui, le premier, put étudier à la Chine les détails de cette fabrication. A la même époque plusieurs autres Inventions de ce peuple singulier furent signalées par les missionnaires, et parmi elles on trouve l'usage des puits forés pour chercher les eaux souterraines, l’emploi du gaz naturel pour l’édairage des villes, "en le conduisant par des tuyaux dans les rues , l’application du ter i la construction des ponts suspendus ; mais d'abord on lit peu d’attention à ces indications. L’emploi du gaz pour l'éclairage fut presque révoqué en doute, et l'invention des ponts suspendus fbt critiquée comme inutile par M. de Paw.

Près d’un siècle après , ces inventions ont reparu parmi nous comme des découvertes nouvelles (*1. »

D’après les écrivains chinois cités par le P. Amiot, les propriétés de la poudre à canon étalent déjà connues quatre cents ans avant notre ère.

M. Stanislas Julien place la découverte de l’Imprimerie à la Chine, avec des planches de bois, entre les années 58t et 593 après Jésus-Christ; avec des planches de pierre gravées, vers l’an 904; avec des types ‘mobiles , entre les années I04l'et 1049. « I.es Chinois, dit encore M. Rémusat, excellent dans la broderie, la teinture, les ouvrages de vernis. On n’imite qu’imparfaiternent en Europe certaines productions de leur industrie, leurs couleurs vives et inaltérables , leur papier a la fois solide et fm , leur encre et une infinité d’autres objets qui exigent de la patience , du soin et de la dextérité. Ils ae piai-

(*) Notice sur quelque procédés Industriels

connus en Chine au seizième siècle J Journal asiatique, cahier d’août tS JJ, p. tJo et t St.

sent à reproduire des modèles qui leur viennent des pays étrangers : ils les copient avec une exactitude scrupuleuse et une fidélité servile. Ils fabriquent même tout exprès pour les Européens des objets qui sont du goût de ces derniers, comme des magots ou des figurines en stéatlte, en porcelaine, en bois peint; et la main-d'œuvre est à si bon marché chez eux , qu'il y a souvent de l’avantage à leur commander des ouvrages que des artisans européens ne pourraient exécuter qu’à grands frais (*). »

Notiscraindrions trop de nous écarter du but de cette publication, si nous nous arrêtions aux détails. Un autre motif encore nous empêchera de nous étendre sur les procédés mécaniques; c’est qu’il est difficile d'apprécier, impossible de concilier ce que les missionnaires nous en disent , quand on n’a pas fait soi -même une étude spéciale de la matière. Nous nous bornerons donc à cinq ou six documents , d'une date récente , qui , nous en avons l’espoir, seront jugés dignes d'un grand intérêt. Nous emprunterons au savant professeur, M. Stanislas Julien, la description des procédés chinois pour la fabrication du papier et un mémoire sur l’imprimerie; à M. Natalis Rondot, une notice sur le travail de la laque à Canton, travail qui a été, pour l’estimable auteur de cette notice, l'objet d’une attention sérieuse.

Description (les procédés chinois pour ta fabrication du papier, traduite de r ouvrage chinois intitulé : Thienkong-khaï-we; par M. Stanislas Julien.

(Extrait des Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences, séance* du 17 avril et du 4 mai 1840.)

ouanTXTio» raétaNiHAian.

Les substances propres à faire du papier sont :

1° L'écorce de l'arbre te hou ou kotchou broussonetia paptfri/era) ;

1° L’écorce du mûrier ;

*° La secoude écorce de la plante

(*) Nom-vaux Mélanges asiatiques, t. I**', p. a3 et 04.

fou-gong (hibiscus rosa tfnruHs), etc.

Ce papier s’appelle pi-tckl ou papier

d’écorces ;

4° Les filaments de la seconde écorce du bambou. O. papier s’appelle tchoutchi ou papier de bambou. Celui dont la pâte est très-fine et parfaitement blanche s’emploie pour écrire, pour imprimer et pour taire des billets de visite.

Le papier le plus grossier devient du ho-tcni ( papier qu’on brille dans les sacrifices) et du pao-Ko-lchi (papier à envelopper les fruits).

Le papier de bambou s'appelle aussi cha-tsiny ; il tire alors son nom de ce qu’on coupe les bambous par morceaux.

Ou. lui donne en outre le nom de hantsina, parce qu’on fait bouillir et égoutter la pâte du bambou.

L’auteur chinois ajoute plusieurs réflexions qui paraissent contraires au témoignage des auteurs des livres classiques et des historiens. Il se refuse à croire que, dans l'antiquité, on ait écrit l'histoire sur des planchettes de bambou amincies et réunies ensemble par une lanière, ou bien sur des feuilles de l’arbre peï-to ( borastus JlabelliformU), comme cela se pratique encore aujourd'hui au Tliibet et dans l’Inde.

Fabrication du papier de bambou (*).

Tout le papier de bambou se tire des parties méridionales de la Chine; mais c’est dans la province de Fo-kien que cette fabrication est le plus florissante.

Lorsque les premières pousses de bambou commencent à se montrer, on visite tous les endroits de la montagne qui en sont plantés, et l’on choisit de préférence les bambous qui sont sur le point de donner des branches et des feuilles.

Après l’époque appelée mang-tchong (le 5 juin ], ou va sur la montagne pour abattre les bambous. On les coupe par morceaux de cinq à sept pieds de lon-

(*) Le Cabinet dei estampe! de la Bibliothèque du roi possède deux recueils in-fol. des planrbes peintes en Chine, qui représentent tous les procédés relatifs à la fabrication du papier de bambou. L’un d'eux est accompagne d’exnlicaliuDs en chinois. Dans I autre , le sujet de chaque planche est indiqué en français.

gncur. Sur In montagne même, on creuse un bassin , et l’on y amène de l’eait pour faire tremper les bambous.

l>e peur que l’eau ne vienne à se tarir, on établit des tuyaux de bambou qui communiquent au bassin , et y amènent continuellement l’eau dea cascades ou des ruisseaux.

Lorsque les bambous ont trempé pendant plus de cent jours , on les bat arec un maillet, et l’on enlève l’écorce grossière et la peau verte. Au-dpssotis de cette peau verte ae trouvent des filaments qui ressemblent à ceux de la plante appelée tchou-ma (espèce de chanvre).

On prend de la chaux de première qualité que l’on fait dissoudre dans l’eau. Cette bouillie de chaux se met (avec les filaments du bambou) dans une cuve ètt bols que l’on chauffe par en bas. On a coutume d’entretenir le feu pendant huit jours et huit nuits.

La chaudière de métal (qu’on place audessous de la cuve en bois), et qui doit être exposée à l’action directe du feu , a ordinairement deux pieds de diamètre.

La cuve, placée au-dessus de cette chaudière , est encastrée dans un mur circulaire en maçonnerie ; elle a quinze pieds de circonférence et environ quatre pieds de diamètre. Elle peut contenir dix chi d’rau (le chi contient dix boisseaux et pèse 120 livres chinoises), et ressemble, par sa forme et sa dimension, â celles dont on se sert dans la province de Canton pour préparer le sel marin.

Après avoir fini de poser cette cuve (qui est supportée par un fourneau en maçonnerie!, on commence à chauffer.

Au nout de nuit jours (et de huit nuits), on éteint le feu.

Le lendemain on découvre la cuve supérieure, On en retire les filaments de bambou, et on les met dans un bassin rempli d’une eau pure pour les laver et les nettoyer.

Le fond et les parois des guatre faces internes du bassin doivent être garnies de planches de bols parfaitement ajustées ensemble , et dont les interstices soient bouchés avec le plus grand soin pour empêcher que la terre molle ne se mêle à l’eau et ne la salisse.

6j4 L’UNIVERS.

(On ne prend point cette précaution Au moment où la pâte liquide flotte à pour le papier le plus commun.) la surface de la forme , I eau s écoule

Apres avoir bien lavé les filaments par les quatre côtés du châssis et rede bambou , on les passe dans une les* tombe dans la cuve. I. ouvrier retourne sive de ceudres de bois, et on les re- la forme et fait tomber la feuille de pamet dans une chaudière. On les recou- pier sur une grande table ou Ion en vre d'une couche de cendres de paille entasse ainsi un millier, de riz d'un pouce d’épaisseur. Quand ce nombre est complet , on

Quand l’eau de la cuve est en ébulli- place par-dessus une autre planche , et tion , on les retire, on les met dans une I on entoure la table et la planche d une autre cuve , et on les fait tremper de longue corde que l’on serre avec un bâii ou veau dans une lessive de cendres. ton , comme lorsqu on presse le vin (*).

Dés que l'eau de la cuve est refroi- De cette manière. , l’eau contenue dans die, on la fait chauffer jusqu’à l’ébulli- le papier s’écoule et s’égoutte entièretion, on en retire les filaments de bam- ment. En suite , avec une petite pince bou qu’on y avait mis , et on les ar- de cuivre, on lève les feuilles de papier rose de nouveau avec une lessive de une à une, et on les fait sécher parla cendres. On continue les mêmes pro- chaleur du feu.

cédés pendant dix jours. Voici le moyen que l’on emploie. On

Alors les filaments commencent à élève avec des briques et du ciment répandre une mauvaise odeur et à se deux murs parallèles qui forment une pourrir. On les retire, et on les met espèce de ruelle. Le sol de cette, ruelle dans de larges mortiers pour les piler, doit être garni de briques. A l’ouvcr- (Dans les pays de montagnes, on a ture de la ruelle, on allume du feu avec toujours des pilons qui sont mus par du bois sec.

la force de l'eau.) Quand ou les a pilés La chaleur pénètre parles interstices de manière qu'ils forment une sorte de des briques , et bientôt celles dont la bouillie, on la verse dans une auge en ruelle est garnie en dehors deviennent bois. Cette auge doit être proportion- complètement chaudes. On y applique née à la forme, et la forme à la gran- ( à l'aide d’une brosse ) les feuilles de deur qu’on veut donner au papier, papier humide ; on les enlève à mesure Quand la pâte de bambou est faite, quelles se trouvent sèches, et on les l'eau pure qui est dans l’intérieur de met en rames.

la cuve flotte à deux ou trois pouces Dans ces derniers temps , on a comau-dessus de la pâte. Alors on jette mencé à fabriquer du papier d’une dans la cuve une substance liquide ap- grande dimension, appelé ta-ssé-lien. pelée tchi-yo (littéralement, drogue du Pendant un temps , les livres étant depapier). Des ce moment, l’eau se tarit venus très-chers, on recueillait le vieux et la pâte devient parfaitement pure et papier (imprimé ou écrit), on en enblanche. levait la couleur rouge, l’encre ou la

Pour faire les formes destinées à le- saleté , on le faisait pourrir dans l’eau, ver les feuilles de papier, on se sert de et l’on remettait cette pâte dans la cuve filaments de bambou que l’on ratisse pour en fabriquer du nouveau papier, avec soin pour les rendre minces com- On s’épargnait ainsi les diverses manime des fils de soie, et l’on en fait une pulations qui sont nécessaires lorsqu’on espèce de tissu. Ce tissu se monte sur fabrique le papier pour la première fois, un cadre de bois, muni de barres lé- Ce papier ressemblait exactement à l’aueères qui le traversent en long et en tre , et n’occasionnait que peu de délarge. penses. Cette pratique n'est point suivie

L'ouvrier prend la forme des deux dans le midi de la Chine, où le bambou mains, la fait entrer dans l'eau et en- est commun et à bon marché, lève la pâte de bambou. Il dépend de

lui , s'il sait donner le tour de main (*) L’un des recueils de U Bibliothèque convenable , de faire entrer dans la rojaie offre le dessin d’une presse qui resforme la quantité de pâte nécessaire semble beaucoup à celles dont on se sert en pour obtenir un papier mince ou épais. Europe.

Mais dans les parties du nord, dès qu’un petit morceau de papier se trouve par terre , on le ramasse avec soin , n'edt-il qu’un pouce de large , pour l’employer à une nouvelle fabrication.

On l’appelle hoan-hoen-lchi , c’est-àdire papier ressuscité. On fait le même usage des débris du papier d’écorce (voir l’article suivant), soit qu’ils proviennent du papier fin, soit du papier grossier. Quant au papier appelé ho-tchi (papier qu’on brille en l'honneur des morts), et tsao-lchi (papier grossier), on coupe des bambous, on en fait cuire les filaments, et on les fait tremper dans une lessive de cendres; enfin, on suit de point en point les procédés décrits plus haut. Seulement après avoir détaché les feuilles de la forme, on ne prend point la peine de les sécher par la chaleur du feu ; on se contente de les mettre en presse pour en exprimer l’eau, et de les faire sécher au soleil.

Dans le temps où florissait la dynastie des Thang, les sacrifices aux esprits s’étant fort multipliés, on commença à brûler en leur honneur des monnaies de papier au lieu d'étoffes de soie. (Le papier qu’on fabrique pour cet objet dans le nord de la Chine, avec des débris de papier, s’appelle pan-tsien-tchi.) C'est pourquoi les fabricants de papiers destinés à cet usage l'appelèrent hotchi, littéralement feu-papier , c’est-àdire papier à brûler.

On a vu depuis peu, dans le pays de Khing et de Tsou, des hommes prodigues oui, en une seule fois, ont brûlé jusqu’à mille livres de ce papier. Sur trente parties de ce papier, on en emploie dix-sept que l'on brûle en l’honneur des morts ; les treize autres parties servent aux usages journaliers.

Le papier le plus commun et le plus rossier s’appelle pao-ko-tchi, c’est-àire papier à envelopper les fruits. On le fabrique avec les filaments du bambou, que l'on mêle avec le chaume de riz qui est resté dans les champs après la moisson.

Quant aux papiers de toutes couleurs qu’on emploie pour les billets de visite, et qui se fabriquent sur la moniagne Youen-chan, on se sert uniquement de la plus belle pâte des filaments de bambou.

40 Livraison. (Chine modebnb.)

Le papier le plus estimé de cette espèce s'appelle kouan-kien. Les personnes riches ou d’un rang élevé s’en servent pour leurs billets de visite. Il est solide, épais et sans vergeures.

Quand il est coloré eu rouge, on l'ap»pelle kié-khien, ou papier pour écrire des billets de félicitations. On commence par le coller avec une dissolution d'alun blanc, et ensuite on le colore avec du suc de cartbame.

Fabrication du papier d'écorce.

C’est en général à la fin du printemps ou au commencement de l’été qu’on enlève l’écorce de l’arbre tchou ( brous sonetia papyrifera). Pour obtenir de l’écorce des arbres qui sont déjà vieux, on les coupe près du collet, et on les recouvre de terre. L’année suivante, ils poussent de nouveaux jets. Leur écorce est préférable à toute autre. Ordinairement, pour faire du papier d’écorce, on prend 60 parties (littéralement 60 livres) d’écorce de l’arbre tchou , lorsqu’elle est extrêmement tendre, et 40 parties de filaments de bambou. On les fait macérer ensemble dans un bassin rempli d’eau ; ensuite on les fait bouillir dans une chaudière avec de la chaux fusée, jusqu'à ce qu’elles soient réduites en bouillie.

Depuis quelque temps, des personnes parcimonieuses emploient seulement 17 parties de filaments de bambou auxquelles elles ajoutent 13 parties de ébaume de riz.

Elles jettent dans la cuve certains ingrédients dont elles possèdent la recette, et qui ont la propriété d’épurer et de blanchir la pâte, ainsi qu’il a été dit dans le chapitre précédent.

Toute espèce de papier d'écorce est ferme et solide; il a des raies transversales, et lorsqu’on le déchire, on dirait qu'il est fait de fils de soie. C’est pour cette raison qu’on l’appelle mien-tchi , littéralement papier de soie. Il faut un certain effort pour le déchirer en travers. Le papier le plus estimé de cette espece s'emploie dans le palais de l’empereur. Celui que l'on colle aux châssis des fenêtres s'appelle ling-cha-tchi. Ce papier vient du district de Kuuang-sin, où on le fabrique. Il a plus de sept pieds de long et plus de quatre pieds ae large.

i/trÿiTvEîis.

Les différentes couleurs qii’on donne au papier d'écorce se préparent d’avance, et on les mêle dans la clive avec la pâte.

I)e cette manière, on n’a pas besoin de le colorer après la fabrication, l a seconde qualité s’appelle tten-ssé-tchl.

Le papier le plus blanc de cette sorte s’appelle hnng-chang-tchl.

Le papier d'écorces auxquelles on ajoute des filaments de bambou et du chaume de rit, s'appelle kié-tié-lchingwen-tchl.

Le papier fait avec l’écorce de la plante foii-yong (A ibltcuh rosa si nensis), ou autres écorces du môme genre, s’appelle sino-pi-iïhi , OU papier de petite écoree. Dans la province de Kiauy-si on l'appelle tchong-kia-tchl. J ignore, ajoute l’auteur chinois, quelles plantes ou quels arbres fournissent la matière du papier qu’on fabriqué dans la province de //o-nd/i. Dans le nord, il fournit aux besoins de la capitale. Cette province en produit une immense quantité.

Le papier que l'on fait avec I écorce de mûrier s’appelle sang-jancj-lchi. Il est très-fort et très-épais. Le papier (de cette sorte) que produit la partie orientale du Tcné-kiang est constamment employé dans les trois districts de cette

Îirovince, appelés san-ou, pour recevoir a graine des vers à soie.

Pour taire des parapluies et des écrans vernissés, on se sert habituellement du papierappelés/ao-pf-fcAi (c’està-dire papier de petite écorce).

Toutes les fois qu'on veut fabriquer du papier très-long et tres-large, on a besoin d'une cuve d'une grande dimension. Un seul homme ne saurait manier la forme. Deux ouvriers se placent l’un devant l’autre et la lèvent en môme temps. . . ,

Lorsqu’il s agit de faire du papier de fenêtre (qui a quelquefois plus de 7

Ï lieds de long et plus de 4 pieds de arge), il faut plusieurs (trois ou quatre^ personnes pour cette opération.

Le papier d’écoree qui est destiné aux peintres doit être passé d'avance a l’eau d'alun. Alors l’artiste ne rencontre ni poils, ni aucune particule ligneuse qui puissent s'attacher au pinceau.

La partie du papier qui est appliquée

à la sUffbcc de là forme est regardée comme l’eHdbolt. V.tl effet, la matière forme prrsqilé immédiatement une feuille strlidé , InalS les particules de pâte qui flottent fi'là 'surface lui laissent une apparence rude et grossière (ce cflfé ésf rénitTS du 'papier;. J ignore avec quelle matière se fart le papier de Cotée, appelé pe-lc/unil tchi.

Au .laport, il y a des fabricants qui ne sé servent pdïnt de forme pour lever les feuilles. Quand la pâte du papier est réduite én bouillie, ils placent une large pierre bleue Sur une espèce de poêle que l’on chauffé, en dessous. La pierre ne tarde pas à devehit' brûlante.

Ils prennent alors une brosse semblable à eelieS dont se servent les colleurs, et la trempent dans la pâte liquide. Ils e i appliquent une couche mince saé toute la surface de la pierre, et à l'instant le papier est fait. Les feuilles se lèveht L'ime après Pautré (et se mettent en rames). Il béni à pas été possible d'apprendre, si cette méthode est usitée ou non en Corée. Je ne sais pas non plus s’il y a dés personnes qui la suivent en Chine.

Le papier appelé kiun-kiang-tchi, du district de Ÿony-kia, sè fait avec de l'écorce de mûrier.

le- papier appelé sié-lcheou-lsien, qui vient de la province du Ssé-tchouen, se fait avec l’écorce de la plante fou-youg ( hibiscus rosa sinensis). Lorsqu’elle, est cuite et réduite eu bouiilie, on y jette le suc des Ueurs pulvérisées de la plante même. Peut-être a-t-il été inventé pr un homme appelé Si-tcheou, qui lui aura donne sou nom, sous lequel on l'a désigné jusqu’a< présent; mais l’estiiue particulière qu’ou y attache tient à sa couleur, et nou à la matièr# avec laquelle il est fabriqué.

Documents sur l'art d'imprimer à l aide de planches en b/is , de planches en pierre et de types mobiles, inventé à la Chine bien longtemps avant que l’Europe en f it usage • (Extrait de» livre» ebinoi» pur M. Srasiaca» J mm-)

« Planches stéréotypes en bois. — Suivant Klaproth ( Mémoire sur la boussole, p. 129), le premier usage

Digiti;

Jm plnnrhes stéréotypes en bois remonterai1!' hu indien du dixième siècle de notre ère : » Sous le règne de Ming- « tsohg, de la dynastie des Thang pos- « térieurs, dans la deuxième des années « TChang-hing (932 de Jésus-Ohrist) , «'les ministres Fonî-taô et Li-yu pro- « posèrent à PA cad èmie Koue-tseu- « kien, de revoir les neuf Ring (livres « canoniques), et de les faire graver « SU? des planches de bois pour les im- « jiHlner et les vendre. L'empereur

* adopta cet avis; mais ce ne fut mie

* sous l'empereur Tlinï-tsou, de la dy- « nastie des Telieon postérieurs, dans « In deuxième des années Rouang-chim « (ou en 952), que la gravure des plan- « elles 'des Ring (ou livres canoniques) « fut achevée. On les distribua alors, « et ils eurent cours dans tous les can- « tons de l’empire. »

« M. Klaproth fait observer que l'imprimerie, originaire de Chine, aurait pu être connue en Enroue environ 150 ans avant qu’elle n’y fxlt découverte, si les Européens avaient pu lire et étudier les historiens persans; car le procédé de l'impression employé par les Chinois se trouve assez clairement exposé dans le Djemma'a H-tewarikh de Râehid-Eddin , qui termina cet immense ouvrage vers l’an 1310 de Jésus- Christ.

« Nous ajouterons que l’Europe aurait pu connaître l'imprimerie plus de GOü ans avant qu’elle ne fût découverte dans nos contrées, si, quelques années ayant le commencement du sixième siècle, elle edt été en relation avec la Chine. Grâce à ce procédé , quelque imparfait qu'il fût dans l'origine , il edt été possible de reproduire a peu de frais, en nombre immense, les chefsd'œuvre de l’antiquité grecque et romaine, et d’en préserver un grand nombre d'une perte aujourd’hui irréparable.

«L’usage de la gravure sur bois, pour reproduire des textes et des dessins, est, en Chine, infiniment plus ancien qu’on ne l’a cru jusqu’iri. Nous lisons, en effet, ce qui suit dans l'encyclopédie chinoise Ké-tchi- kingt/tmrni liv. XXXIX, fol 2: «Le hni- « tième jour dit douzième mois de la « treizième année du règne de Wen-ti,

« fondateur de la dynastie des SOuT

«(l’an 593 de JésiK-ofirlstk il fut or- « donné, par un décret , de recueillir «les dessins usés et les textes inédits, «et de les graver sur bois ponr les pu- « blier. Ce fut là, ajoute l’ouvrage que «nous oitons, le commencement de «l’imprimerie sur planches Ile bois; « l’on voit qu’elle a précédé de beau- « coup l’époqlie de Kong-ib-wang ou « Fong-tao (à qui l’oU attribue nette ln- « vention vers l’an 982); *

« CettP citation sé trouve reproduite dans une autbe encyclopédie chinoise intitulée Po-t'ong -/tien - M « , liv. XXI, fol. 10. Suivant Un autre recueil intitulé Pl-tsonn , l’imprimerie sur bols prit naissance dès le commencement du règne des Soûl (581 de Jésus-Christ); elle se répandit sensiblement sous les Thang (618 a 904), prit une grande extension sous les Cinq petites dynasties (907 à 960) ; enfin, elle arriva a sa perfection et à son plus grand développement sous la dynastie dés Song f!)00 à 1278).

« Un savant chinois du milieu dtl onzième siècle, que j’aurai l’oCcasion de citer tout à l’heure, à propos des types mobile*, ne rapporte pas, il est vrai; la date précise de l'invention; mais il la fait positivement remonter pins de 300 ans avant Fong-ing-wang, aqni beaucoup d’écrivains chinois, et, après eux, plusieurs savants d’Europe, ont fait honneur de cette découverte.

Il est même permis de penser que cette invention était déjà connue et en usage avarit 593, puisqu'on dit que l’empereur ordonna bloft d’imprimer avec des planches en bois. Si c'eût été un art tout à fait nouveau, on n’eût pas manqué d’en faire connaître l’origine et Fauteur.

« Impression sur planches de plerrè gravées en creux. — La découverte de ce procédé, qui eut lieu entre l’invention des planches stéréotypes en bois et celle des types mobiles en pâte de terre cuite, n\i pas été connue, que Je sache , des missionnaires français ni des savants d’Europe.

«On commença d’abord, au milieu du deuxième siècle de notre ère, à graver sur pierre des textes anciens pour en maintenir la correction, qu’altéraient chaque jour l’ignorance ou la négligence

r> as

L’UNIVERS

des copistes ; mais il ne parait pas qu’à cette époque reculée on ait songé à faire servir ces planches gravées à reproduire et à multiplier les principaux monuments de la littérature chinoise.

•. On lit dans les Annales des Han postérieurs, biographie de Tsaï-yong :

« Dans la quatrième annéede la période «Hi-ping (175 de Jésus-Christ), Tsaï- « yong présenta à l'empereur un mé-

• inoirc dans lequel il le priait de faire « revoir, corriger et fixer le texte des « sir livres canoniques. Il l’écrivit lui- « même en rouge, sur des tables de « pierre, et chargea des artistes habiles » de le graver en creux. On plaça ces « tables en dehors des portes du grand « collège, et les lettrés de tout âge ve- « naient chaque jour consulter ces « planches pour corriger leurs exem-

• plaires manuscrits des six livres ca- « noniques. »

« Les caractères de ces textes gravés étaient écrits à l'endroit , et par conséquent n'auraient pu servir à en multiplier des copies, puisque après l’impression les signes chinois seraient venus en sens inverse. La seule destination de ces planches était, on le voit, de servir à conserver l'intégrité des textes.

Sous plusieurs dynasties suivantes, ces mêmes planches turent successivement reproduites et copiées, tantôt en une seule écriture, tantôt en trois caractères différents. Les historiens nous apprennent qu’il était accordé un an aux étudiants pour étudier les six livres dans chaque écriture; au bout détruis ans, ils devaient être en état de les lire couramment sous ces trois formes.

« Ce ne fut que vers la fin de la dynastie des Thang (904-907) que l’on commença à graver des textes sur pierre, en sens inverse , pour les imprimer en blanc sur fond noir.

» Eou-yang-siun s’exprime ainsi dans son recueil archéologique intitulé Tsikou-lo : « Par suite des troubles qui eu- « rent lieu sur la fin de la dynastie des « Thang, Ouen-tao ouvrit les tombes « impériales, et s'empara des livres et « des peintures qu’on y avait renfermés.

« Il prit l’or et les pierres précieuses « qui en ornaient les enveloppes et les

• rouleaux, et les abandonna surplace.

• De là vint que les manuscrits auto-

« graphes des hommes les plus renom-

• niés des dynasties des Wei et des Tsin, « que les empereurs conservaient pré-

• cieusement, s’égarèrent et tombèrent « entre des mains indignes.

« Dans le onzième mois de la troi-

• sième année de la période Chun-hoa « (993), l'empereur Thaï-tsong ordonna,

• par un décret, de graver sur pierre et « de reproduire par Ta voie de l’impres- « sion tous les manuscrits de ce genre « qu'on avait pu acheter et recueillir.

«On les imprimait à la main sans « qu’elle fût salie par l'encre (*). »

« Dans l’encyclopédie intitulée Tchipou-tso-lchai (recueil X), on a reproduit un petit ouvrage en deux livres, où sont décrits minutieusement toutes les inscriptions antiques et tous les autographes d'hommes célèbres qui furent imprimés de la sorte (c’est-à-dire en blanc sur fond noir), depuis l'an 1143

S' ’en 1243 de Jésus -Christ. J’ai ueur de présenter à l’Académie une inscription funèbre, imprimée ainsi sur pierre, et qui, pour l'élégance et la netteté des formes, ne le cède pas aux plus belles éditions imprimées avec des planches en bois.

« Impression en types mobiles, entre 1041 et 1049 de Jésus-Christ. — On lit dans le Mong-khi-pi ■ lân, Mémoires de Tchin-kouo qui fut reçu docteur en 1050 de notre ère (liv. XVIII, fol. 8 ; Bibliothèque rovale, fonds de Fourmont, n° 394. voi. 24) :

«On imprimait avec des planches de « bois gravées à une époque où la dy- « nastie des Thang (fondée en 618) n’a- « vait pas encore jeté de l'éclat (allusion « à l'emploi des planches stéréotypes « en bois, sous la dynastie précédente). « Depuis que Fong-ing-ouang eut com- « mencé a imprimer les cinq King «(livres canoniques), l’usage s'établit « de publier, par le même procédé, tous «les livres de lois et les ouvrages his- « toriques.

« Dans la période King-U (entre 1041

(*) L’auteur veut dire qu’aprés avoir encré la pierre et y avoir étendu le papier, on passait la main sur le revers de la feuille , pour qu’elle reçût uniformément l'impression. Aujourd’hui les Chinois se servent d’une brosse douce, et obtiennent ainsi un tirage plus régulier.

• et 1049 de Jésus-Christ), un homme « du peuple (un forgeron , même ou- « vrage, lie. XIX, fol. 14), nommé Pi- «chiiig, inventa une autre manière « d’imprimer avec des planches appe- « lées ho-pan ou planches formées de « types mobiles (cette expression s’em- « ploie encore aujourd’hui pour dési- « gner les planches de l’imprimerie im- « périale qui se trouve à Péking, dans « le palais IV ou-ing-tién). En voici la « description :

« Il prenait une pâte de terre fine et « glutineuse, en formait des plaques « régulières de l'épaisseur des pièces de « monnaie appelées tsién, et y gravait les « caractères (les plus usités).

■ Pour chaque caractère, il faisait un « cachet (un type) ; puis il faisait cuire « au feu ces cachets (ces types) pour les « durcir.

« Il plaçait d’abord sur une table une « planche" en fer. et l'enduisait d’un « mastic (très-fusible) composé de ré-

• sine, de cire et de chaux.

« Quand il voulait imprimer, il nre-

• nait un cadre en fer (divisé intérieu- « renient, et dans le sens perpendicu- « laire, par des filets de même métal; « on sait que le chinois s'écrit fie haut

• en bas), l’appliquait sur la planche « de fer, et y rangeait les types en les « serrant étroitement les uns contre les « autres. Chaque cadre rempli (de types « ainsi assemblés) formait une planclie.

« Il prenait cette planche, l’appro- « chait du feu pour faire fondre un peu « le mastic; puis il appuyait fortement, «sur la composition, fine planche de « bois bien plane (c’est ce que nous ap-

• pelons un laquoir ), et, par ce moyen, « les types (s'enfonçant dans le mastic) « devenaient égaux'et unis comme une « meule en pierre.

« S’il se fût agi d’imprimer seute- « ment deux ou trois exemplaires d’un « même ouvrage, cette méthode n’eût

• été ni commode ni expéditive; mais « lorsqu'on voulait tirer des dizaines, « des centaines et des milliers d’exem-

• plaires , l’impression s'opérait avec « une vitesse prodigieuse. D’ordinaire, « on se servait de deux planches en fer «(et de deux cadres ou formes). Pen- « dant qu'on imprimait avec l’une des « deux plauches, l’autre se trouvait déjà

garnie de sa composition. L’impression de celle-ci étant achevée, l'autre, qui était déjà prête, la remplaçait de suite. On faisait alterner ainsi l’usage de ces deux planches, et l’impression de chaque feuille s’effectuait en un clin d’œil (*).

«Pour chaque caractère, on avait toujours plusieurs types semblables, et jusqu’à vingt épreuves (vingt tvpes répétés) des signes les plus fréquents, afin de reproduire les mots qui peuvent se trouver plusieurs fois dans la même planche. Lorsqu’on ne se servait pas de ces doubles, on les conservait enveloppés dans du papier.

« Les caractères étaient classés par ordre tonique, et tous ceux de chaque ton étaient disposés dans des casiers articuliers. S’il se rencontrait, par asard, un caractère rare qui n’eût « pas été prépare d'avance, on le gravait • de suite, on le faisait cuire avec un feu « de paille, et l’on pouvait s’en servir à « la minute.

« La raison qui empêcha l’inventeur « de faire usage de types en bois, c'est « que le tissu au bois est tantôt poreux, « tantôt serré, et qu’une fois impré- « gnés d'eau, ils auraient été inégaux, « et que, de plus, ils sc seraient agglu- « tinés nu mastic de manière à ne pou- « voir plus être enlevés pour servir à « une nouvelle composition. Il valait « donc beaucoup mieux faire usage de « types en pâte de terre cuite. Lors- « qu’on avait achevé le tirage d'une « planche, on la chauffait de nouveau « pour faire fondre le mastic, et l’on « balayait avec la main les types qui se « détachaient d'eux-mémes, sans garder « la plus légère particule du mastic ou « de saleté.

« Quand Pi-ching fut mort, ses amis « ont hérité de ses types et les conser- « vent encore précieusement. »

« On voit, par ce dernier passage,

2ue l’inventeur des types mobiles, en hine, n’eut pas d'abord de successeur,

(*) Les Chinois n'imprinient que deux pages i la fois, sur un seul râlé du papier, qu’ils plient en deux avant le brochage. La partie blanche qui se trouve entre les deux pages porte ordinairement le titre de l’ouvrage , le numéro et la section du livre, et le chiure de la page.

L’UWVEHS.

et que l’qn continua à imprimer, comme auparavant, avec des plaucbes 4e bois gravées.

« O retour bien naturel g l'ancien mode d’imprimer ne t< nait ceptainement pas à l’ipiperfect/qi) du procède de f*i-cliing, mais à a nature dp la dingue ' l'inoise. qui, Haut dépourvue d’on alphabet formé d’un petit nouibre de signes, avec lequel u.fl.piH composer Joute sorte de livres, incitait l’impritiieur dans la nécessité de graver plusieurs (bis autant de types uu'il y a de mots différents, et d'avoir (suivant la division des sops en eent six classes) ceht six casiers distincts, renfermant chacun un nombre énorme de types, plusieurs fois répétés, dout lu recbcrehe la "cpnipojptiçn, ei la distribution après le tirage, devaient exiges un temps considérable fl était doue plus aisé et plus expéditif d'écrire ou taire écrire. comme ajyourd'hvi, le texte tpeou voulait iniprimep, de coller ce texte sur une planche en bois, et d’en faire évider au burin les parties blanches. Depuis Cette époque jusqu’à nos jours, les imprimeurs chinois ont continué. en général, à imprimer avec des planches en bois, ou avec des plaucbes stéréotypés de cuivre, gravées en relief. Mais, spus. le règne 4e l'empereur Khang-hi, qui monta sur le troue en j6C2,des missionnaires européens, qui jouissaient d'un grauid crédit auprès de ce monarque, |e décidèrent à faire graver 250,000. types ipbiles. en cuivre

3 ni servirent a imprimer, sous le titre c Aou ■Mn-thnu-chuu, une collcctiuu d’ouvrages anciens et modernes qui forme 6,000 ypl urnes ju-rS- 1‘), et dunt la Bibliothèque royale de Paris possède plusieurs parties considérables 0' Histoire <jc ( il musique, ni CO liv. ; l' Histoire de la langue chinoise et- êtes caractères de récriture dans les différents siècles, en 80 liv. ; et ï‘ Histoire

O Quelque* innée* sprej, on commit U faute de faire fondre et de détruire ce» a5o opo caractère* enivre. Ce fait regrettable rions est ijprnj, par |a pgélace d'un petit ouvrage Mir l'igtjrgltVrc, loppciuiù plus uurd, P», b même p-ovçàc, dans réJaUiwweut •ypotjraph |q w du iMgwrwl appelé H ou.

<db»W parler avec quelque

des peuples étrangers connus des Chinais, en 75 liv.). < ’-ette édition peut .rivaliser , pour l’elégance des formes et la beaute de l’impression, avec les plus beaux ouvrages publiés en Europe.

« Il existe, dans le pahus impérial de Eekiiig , un vdilioe appelé tVou-inn- Iten, où, depuis 177H, l’on imprime, chaque année, un grand nombre d'ouvrages avec des types mobiles obtenus, comme en Europe, à l'aidedo poinçons grqves et de matrices.

« l.a Bibliothèque royale possède plusieurs éditions, d’une liuesse et d’une beauté admirables, qui portent la cachet de cette imprimerie, dont les types mobiles ont reçu de l’empereur le nom élégant de Tsiu-lekin, c est-a-dire Perles assemblées.

« Le rapport officiel qui précède une de ces edilions, nous apprend un fait très - intéressant , > dont l'observation pourra peut être donner lieu, an Europe, à des expériences et à des résultats d une sérieuse importance. Nos poinçons en acier et nos matrices en cuivre entraînent de grandes dépenses et sont exposés à se détériorer rapidement par l'oxydation. J, es Chinois ont pare a ce double inconvénient, en gravant leurs poinçons en bois dur et tf’un grain lin (ce qui coûte, pour chaque type, de 5 a 10 centimes), et en s en servant pour irapi>er des matrices dans une sorte de pâte de porcelaine qu'on fait cuire au four, et où l’on fond les çgiacteres destinés à imprimer, avec un alliage de plomb et de zinc, et quelquefois avec de l’argent, «este à savoir comment l’on peut réussir à justifier (comme l'on dit en termes de fondeur) des matrices d’une telle matière. Il est permis de penser que la justification de ces matrices ne laisse rien à désirer, car les résultats typographiques que nous avons sous les veux (par exemple, l’édition en petit-texte du ChouMïng- IcJtau, ou Lion des Hirières, avec un Commentaire, qui a été communiquée1 à M. Arago par l'auteur de la pré-' sent» uotioo) sont de nature à satrsfairo les juges |e,s plus compétents et l«s phi s difficiles.

n Je ne terminerai pas cet article sans exposer les motifs qui décidèrent l’em-

CHINE,- MODERNE- m

pereur Khien-loug à fonder, en 1776, l'imprimerie en type* mobiles du t>alai» iroit-iny-tun. Ce monarque éclairé, ayant rendu un décret, en 1773, pour Caire graver sur toi* et imprimer aux Irais de I État 10,413 <J«S ouvrages les plus importants de la 'littérature ehinuise, un membre du ministère des finances. nomme Kln-Jdén, considérant qu'il faudrait nu nombre énorme de

eanehes pour imprimer nette vaste eolrtion de livres, et que les frais de gravure seraient immenses, proposa à l'empereur d'adopter le système d’impression en types mobiles, irt lui soumit les modèles do ce» types, .disposés sur seize planches, et accompagnés de tous les vengoigoemanta ; nécessaires pour la gravure des poinçons en bois, la frappe des matrices la fonte et la composition.

« L'empereur approuva ce projet par tm déchet spécial. et ordonna d’imprimé», solvant le plan de K-in-kiên, cea 10. 112 nnvracm, dont le catalogue àtserlptif et rWisonnéç publié par ordre impérhf, forme IW volumes in-*°. Oa pée»letix ouvrage existe à la Bibliothèque royale de Paris, et nous y avons •Mfo,' iiv.'LXXXII, fol. sa, les détails qui précèdent. • '

-* « IMtrs edè dentiers tempe, Pimprimerie:’èii typés mobiles. appelés pn\- ■fttii (on varactèri'f. composes),' a-fort des progrès sensibles en Chine, et Pon peut-être, dans tm avenir proèLoin > par renoncer à l’usage des planches de boit Nous possédons,

?! Paris, plusieurs grands onèrages publiés d’après ce. procédé : par exemple, lui Traité strr t’an militaire (M'oitihsrwlièà/ù-yien). eu 54 vo(. ; un Dieiicttiiiaîèe tonique des noms de villes (ïi-M-ti-ti-gun-pien), en 16 vol. in-4“; une descripticui geoçraçliiouedu globe, d’après les" auteurs finnois, orientaux et européens ( Haï-kmir-thou-tM ), 20 ‘Vol. in-4‘; été. Ces éditions, H est vrai, sont loin d’avoir ta même pureté que ■Sellés qui sortent de» presses impériales ; mais elles sont foft nettes et lieau- 'cbup plus correctes que celles qui proviennent de planches en bois , les auteurs ou les éditeurs chinois ayant pialutepant, cqraine nous, l'habitude de revoir les épreuves du texte jusqu’il ce

u'il leur paraisse tout à fait exempt e fautes typographiques. »

-, Ou Uouve dans un excellent travail, publié l'année dernière par M. Ambroise-Firmin DhUtt, u«e notice sur l’art de l'imprimerie a U Chine. L'Itistoùre de la typographie est un sujet important, et les question» qu'uu tel sujet fait naître ront quelquefois difficiles à traiter. M. DUlol devait au public le tribut de ses lumières et de son expérience. L'accueil favorable que son ouvrage a reçu prouva qu'il s est acquitte de sa tirbe fort honorablement. Après la notice sur l'imprimerie ehinoisei placée à la fin de l'JBtfai,, nous signalerons au lecteur la description d’un procédé eliinois et les rép flexions qui la suivent (psg. 563 et 563) (*).

-H TAAVA 1 1. DK LA T.AQUB K CAC! T OIT.

agisi nu as»B jiubttv tes sb paaiaqs srfa

il» La laque, dit M. Diatalis Rondo t, est, plus encore que l’encre, la poroeiaiur, la tabletterie d’ écaille , d ivujre, de nacre, un article spécial a la Chinet sa manufacture est franchement originale, acquise à tout jamais au pays, puisqu’elle en utilise un dqe> produits végétaux indigènes, et s’assure, pour un faible salaire, la patiente babilete de» ouvriers cantonnais. i -oui

« Le» phases diverses du travail sont assez curieuses pour que nous essayions d'en donner la description ; elles sont d’ailleurs bie* pen connues , que nous sachions , et nous doutons que l’on eu oit souvent lu les details notés par un témoin oeulaireé**).

" « La laque (en kounn-hon, tsi; en dialecte de Carton , ha( ) est un vernis ni prend à l’air une couleur noire et rillnnte eptmbe CeHe dti fais, et qui s'applique lé plus nabifoeUemcnt sur les boites 4 thé, fes' guéridons, les échiquiers, les paravents, les consoles. etc. Ces petits meublés sont établis'en bois biçn sec, et aussitôt que le menuisier les a livres p Hrp-qtia (ma-

(’) %iiaxfW L typographie*, pat.M. Ambrùisc-l'ugiiii Uidul; l'an», (Extrait du [ouïe £\VI d# l’Eucy çlopâlie m#Jerire.)

(**) M. Natal u Kondol était attaché, connue délégué du commerce , i l'ambassade de M- dc’Xagrenée.

L’UNIVERS

nufacturier de Canton), ils subissent la série d’opérations suivantes :

« 1° Un ouvrier plane le bois avec soin, dégage les rainures d'assemblage, et avec un stylet de fer les garnit de fine étoupe de ma. On colle ensuite sur les joints et les rainures des bandes de papier de broussonetiu, et l’on nerve toute la surface en y appliquant un canevas de soie ou une feuille de papier.

.3” Sur une table de bois verni, garnie de rebords , longue d'un mètre et demi environ et large d'un mètre , on mélange ensemble, avec une plaquette d’ébène sun-chi, du fiel de buffle ou de porc et du grès rouge , pulvérisé très-lin et tamisé; cette opération doit se faire très-lentement et dure toute une journée. Il se dégage une odeur ammoniacale assez vive pour que l’on doive faire le mélange dans la rue.

« 3° On étend sur le meuble une couche épaisse de cet enduit avec un large pinceau plat, à soie courte, large de quinze centimètres environ , en ayant la précaution de la répartir avec régularité -, on la laisse sécher à l'air, et elle prend un aspect grenu et une couleur brun rougeâtre.

« 4° Le polissage de cet enduit est facile et rapide; il suffit d'y promener plusieurs fois un brunissoir de grès rouge. Pour que le petit meuble soit prêt a être laqué, il ne faut plus que passer dessus une couche d'eau gommée avec de la craie en suspension , ou que le frotter, comme on fait au Japon , avec de la cire, afin d’empêcher que le vernis pénètre dans le bois.

« Qu’est-ce que la laque ? C’est assurément la question que chacun a voulu nous poser, et , si on la soumet à un Chinois , on obtiendra de lui cette invariable réponse : • Nan-king corne from , taî-pan. » Les marchands cantonnais attribuent, en effet, à Nanking les fabrications qu’ils ignorent, et aux artisans de cette fameuse cité une supériorité en toutes choses. — Si l'on consulte les PP. Ricci, Martini, d’Incarville, Lecomte , Duhalde et de Charlevoix , Barrow et Kæmpfer, on apprend que la laque est une résine roussâtre qui exsude des incisions pratiquées sur un arbre indigène des provinces de Sse-tchouen , de Kiaog-si ,

de Tche-kiang, de Ho-nan , en Chine, et de celles d’itsikoka , de Figo et de Jamatto au Japon. — Cet arbre s’appelle /si en chinois, sitz djou et ourousl no ki en japonais. Le P. d'incarville l'a figuré dans la planche première de son mémoire , et c'est , sans aucun doute , le même que l'abbé Grosier a décrit , d’après les ouvrages des missionnaires, et qu’il a rapporté à Vaugia sinensis de Linné.

Suivant d’autres, la laque serait le produit d’un melanorrhœa, du rhus succedaneum, ou bien du rhus rernijc , ui est cultivé en France dans les jarins; enfin, nous savons que les vernis - laques communs s’extraient des fruits du dryandra cordala et du rhus sernialala.

« Quelle que soit son origine , la laque arrive a Canton des provinces de Sse-tchouen et de Kiang-si, eu échange de tissus de coton, de laine et d’autres articles européens. 11 y en a de différentes qualités , et le prix varie de 40 à 96 piastres le picul (de 364 à 864 fr. les cent kilog.). Suivant Duhalde (vol.

II, p. 176), le catty ne coûte, sur le lieu de la récolte , que 40 sous.

« La laque la plus estimée a une couleur de café au lait foncé , tirant sur le rouge. Elle vaut de 90 à 100 piastres le picul (de 818 à 909 fr. les cent kilog.), et vient ordinairement du Ssetchouen.

« La deuxième qualité est de la même provenance; sa nuance est plus claire, et son prix varie de 75 à 80 piastres le picul (de 682 a 728 fr. les cent kilog.).

« La troisième, enfin, encore plus pâle, c’est-à-dire café au lait léger ou gris mastic rosé, se paye de 40 à 50 piastres le picul (de 364 à 455 fr. les cent kilog.).

« Ainsi, plus la couleur est blanchâtre, moins la laque est fine et supérieure , et nous ferons observer qu'elle noircit d’autant moins vite à l'air.

«Le vernis-laque brut arrive, en exhalant une odeur âcre et pénétrante, renfermé dans des fuis ou petits seaux elliptiques. Ces barils ont 37 centimètres de profondeur, 47 centimètres de grand axe et 31 centimètres de petit axe; leurs parois sont épaisses de 5 mil-

limètres , et ils sont fermés d’un simple couvercle de bois sur lequel est collée une feuille de fort papier de coton ou de broussonetia. Chaque tu b contient de 40 à &0 catties (de 24 kilog. 20 à 30 kilog. 25).

« Tel est l'emballage de la matière première que nous avons vue arriver à Canton.

« Le P. d’Incarville distingue plusieurs sortes de vernis bruts et préparés. Nous avons pensé utile de résumer les détails qu'il donne sur chacun d'eux dans son mémoire :

« Aiçn-tsi (vernis deYen-tcheou-fou, Tche-kiang).

Le nien-tsi donne un noir plus brillant que le sse-tsi; il coûte à Pé-king environ & fr. la livre.

« Sse-tsi (vernis de Sse-tcheou-fou , Koueî-tcheou).

« Le sse-tsi ne se vend à Pé-king que 3 livres.

« Kouang-tsi (vernis de Kouangtcheou fou, Kouang-tong).

• Le kouang-tsi tire sur le jaune et vaut à Pr-king 9 livres; il est plus pur que les deux autres. II a un autre avantage: c’est que, pour l’employer, on y ajoute environ la moitié de tongyeou, huile du vernicia montana, très-commune en Chine, qui ne coûte, sur les lieux où on la recueille , que 2 ou 3 sous la livre.

« Kouang-tsi (vernis brillant).

« Pour faire avec le nien-tsi pur ou mélangé d’un quart de sse-tsi le beau vernis de la Chine, on le fait évaporer à moitié ; on y ajoute . par livre de laque, 4 ou 6 gros de fiel de porc épaissi au soleil, puis 4 gros de vitriol romain dissous dans un peu d’eau; on agite vivement le tout jusqu’à ce que l'écume prenne une couleur violette. Ce vernis, ainsi préparé, s'appelle kouang-tsi.

« Yanq-tsi (vernis d’au delà de la mer).

« Quand le kouang-tsi est évaporé en entier, on y ajoute, par livre de vernis, un gros de charbon d'os de cerf ou d’ivoire réduit en poudre fine, et une once d'huile de thé siccative; on obtient ainsi le yanq-tsi ou vernis noir des Japonais.

« Tchao-tsl (vernis enveloppant).

« Le tchao-tsl est d’un jaune transpa-

rent; il est composé de moitié kouangtsi (vernis de Kouang-tcheou-fou) et de moitié tong-yeou siccatif; on en applique une couche sur la poudre d’or dans les imitations d'aventurine.

• Kln-tsi (vernis doré).

« Le kin-tsi est jaune doré ; on le prépare avec moitié de sse-tsi ( trèscommun ou provenant de la troisième récolte) et moitié de tong-yeou. Pour imiter l’aventurine, on sème la poudre d’or sur une couche de ce vernis et on la recouvre d’une couche de tchao-tsï.

« Hoa-kin-tsi (vernis doré pour les peintres).

« Le hoa-kin-tsi est le vernis dont se servent les peintres sur laque pour délayer leurs couleurs; c'est aussi une sorte de mordant pour fixer l'or ; dans ce cas, on y ajoute un peu de vermillon ou d'orpiment. Il est composé de moitié tchao-tsi et de moitié kin-tsi.

• Ces faits posés , nous allons entrer maintenant dans le petit laboratoire où l’on prépare le vernis-laque pour l’application.

« 5* On commence par verser , dans chaque catty (605 grammes) de laque de première qualité, deux catties (1 kilog. 21) d’eau, ou un cattv (605 grammes), si l’on emploie (a deuxième qualité.

« Ensuite on ajoute par chaque catty de laque : I tael ( 37 grammes 80 ) d’huile de cametlia sesanqua ou olei- /era (tcha-yeou);

• Un fiel de porc (si la vésicule est grosse, on n’en met que la moitié) ;

« 5 mèces (18 grammes 90) de vinaigre de rix (en cantonnais, tchi-tso).

« Quand la laque s'épaissit, on lui donne plus de fluidité par l'addition de vinaigre, et non plus d'eau.

« On mélange intimement ensemble ces diverses substances , et l’on obtient un vernis pâteux très-fin et d’un noir brillant.

« 6° C’est dans un atelier fermé de tous cdtés que l’on applique, sur les meubles, la laque en couches minces avec un pinceau plat ( tsat-chun ), qui s'achète a Ping-po, province de Kouangtong, une demi- piastre (2 fr. 75c.) Ta douzaine. Il faut éviter, on le conçoit, que la poussière, en voltigeant, ne granule la surface, que les moustiques

L’UMVERB. ■>

et les mouches 11e viennent s'y poser.

Aussitôt 1'apptaiio» de la couche, on porte le meuble daua un petit séchoir attenant au laboratoire.

« Même dans les moindres détails de fabrication, les Chinois font habituellement le contraire de* Européens :

nous voulons des séchoirs chauffés et bien secs , ils les choisissent frais et humides, et minnd, dans la mousson de sud -ouest, la ahaleur est très-forte, ils arrosent le sol.

7* Du séchoir, la pièce passe dans les mains d’nn ouvrier qui V-humectc d’eau , et la plane soigneusement avec, un petit polissoir de liw-haug-cki , schiste tendre à (trahi lin , de couleur chocolat foncé, avec lequel on fait les encriers.

« 8" Le meuble revient recevoir une' deuxieme couche de laque, puis, au sortir du séchoir, un deuxième poli , et ces deux opérations se réitèrent jusqu'à ce que la surface soit parfaitement unie et brillante. — On n’applique (amais moins de trois couches, ni pins de dix-huit.

<• Lorsqu’on remarque un petit grumeau ou un grain, on l’enlève et l’on polit avec une poudre argileuse blanche, fine et douee, qui vient de Chaoking, province de Kouang-tong, et qua l’on appelle ckao-klny fini fan; on reprend ensuite le travail habituel.

" 9” Le guéridon ou le coffret est enfin laqué; tout a réussi à soudait; nous entrons alors daiis la région artistique de la manufacturé.

« Dans deux grandes salles sont assis , chacun snr un escabeau et devant une petite table à tiroirs, une cinquantaine d’ouvriers, que Ion trouve nus jusqu’à la ceinture, ayant toujours en ipaig l'éventail et le pinceau, et l<-ur longue' inèche de-cheveiix roulée autour de la tète.

« L’ouvrier commence par esquisser d’idée, avec un pinceau mandé d’ini peu de céruse , le dessin qui lui est désigné. Quand il est satisfait de son croquis, il le repasse avec une pointe très- Ipie d’acier, et trace alors les mille petits détails du sujet. La manière do«t U tient |e burin , qui est toujours dans

Sic position verticale, donne au tracé us de rectitude et de sûreté.

« Plus souvent le chef de l’atelier da peinture dessine à l’encre de Chine la composition sur du papier, puis l’élàve ou l’apprenti en suit las traits au pinceau avec de l’orpimenfen suspension dans l’ean , et . lorsqu'ils sont encore frais, le* décalque sur la pièce laquée. Il les repasse alors, pour les fixer, avec de l’orpiment ou du vermillon, délayés cette fois avec de l’eau saturée de colle.

• On couvre ensuite les traits du dessin aven la laque du Kouang-si ou le hon - kin-lsi , rendu plus liquide par l'addition d’un peu de camphre, et destiné a servir de mordant pour l’or.

Quand ce nouveau vernis est sec , on le dore avec un tampon chargé d’or en coquille.

« Cet or se prépire dans la cité de Canton avec, du kien-choul (eau de po— tasse , se vetid une piastre les 2 randariiics 9 caches en poids ( 5 fr. le gramme), et donne la teinte jaune vif.

• Pour la nuance jaune pâle, on emploie de l’or allié à un pm dVgent, qui se pjiyfc nnepiastre les 3 candarines ffraches'cn poids (3 fr. 7$ r. le gramme); et s'applique aussi au tampon.

■< Lorsque l’on verft obtenir des reliefs , oh aiipïï'qun tjjic nouvelle cmie|ie <|e ' hon k'M-t<\ sahs' camphre, et l'on passe à pmslcuiV reprisés dé l’or eu coquille, §'i! l’agit de trfiretdex tjgnes noires sur les donqfès , d’emotlvef cel- Ijjs-cï par dés miniatures, de dessiner 1rs veux, la bouche, la coiffure, les détails thi costume des personnages ou .es parties du pajsàpcf. pn se cçrt 4? wqpe'.ûû Fo kien, <ml coûte de (on à j 20 piastres [epicnl ( de 908 à 1,092 fr.. los 100 ki|d".). Rolin pour, dorçr directement au pinceau. les petits décors, on a O1 us des gqtlçts (je l’or fin çt rie |’pr allié porphyres , préparés , et en suspension dans une eau légèrement gommée,

• Qu fait aussi à CgotCB des meubles et dos boites à thé blanches, dont les sujets sont peints de diverses couleurs; cette laque blanche .-je fait avec du hoaktu-lsi, mélangé intimemenjt. avec du l’argent en feuilles très-ténues, e,l rendu plus hqtiujé pas la présence <Tuu peu.de

camphre. . „

« Le rouge est donné par le Icliou-

Di

CHIÛiBlMOBERKE.

cha, einnbra natif, Le rose parla laue de Heur de canihame, le vert par orpiment et l'indigo du kouang-tien~ boa , le violet par le tse-chi ou le colcotar calciné, et le jaune par l’orpiment. Toutes lee couleurs que, l'on mélange avec le ventis-lnque deviennent d amant plus belles qu elles sont plus anciennement appliquées.

• La fit, esse de certains pineeaux est réellement reniar<|unble; i aussi ils se payent jusqu'à trois quarts de piastre et une piastre la pièce et se tirent de Chanbing, province île Tche-kiang.

• 10° Lie l’atelier de peinture où II 3 «té couvert d'une miniature dorée, dessinée a'ec la patiente minutie et la liuesse originale qui oaractériséèt le talent de l’ouvrier chinois, le menble revient aux mains du menuisier, qui le monte, y place des charnières, des poignées, une serrure en enivre blanc, et Rajuste avec gotlt.

« Le travail est alors achevé; le coffret passe de la fabrique à la boutique.

I < Les ouvriers qui récoltent le vernis ne reçoivent, malgré le danger auquel ils s’exposent, qu’un tael d’argent par mois, tant pour leur travail que pour jeur nourriture; c’est je «sentîmes par jour. Les salaires des autres ouvriers sont proportionnés à leur capacité Ceint qui appliquent les couches de fiel et de grés rouge pulvérisé ont so piastres (1175 francs) par an, environ T5 centimes par jour. Oux qui laquent les pièces sont payés de 5 à 6 piastres (de *7 fr. 50 cent. ,t8S fr.jpar mois; en moyenne, t fr. par jour ; et les peintres sont , suivant leur habileté, engagés à raison de 7 à 15 piastres par rnojs , ç’està-dire de 1 fr. 28 cént. à 2 fr. 75 cent, par jour.

«Tous sont lo»és dans la manufacture, mais leur aménagement est fort simple; il leur suffit d'un lit de banihoù , avec sa natte et sa moustiquaire, jnchê n'importe où. Tlip-qna les nourrit et estime à 30 piastres (165 fr.) la dépense annuelle par tête MS cent, par jour).

« Les nnvriérs travaillent toute l’année saqg Mâche, car les Chinois uc.

connaissent ni diuignchçs ni jours (je fête, et (‘atelier, ne se ferme guère qu’au nouvel an et à ta fête des lanter-

nes. On accorde néanmoins à ces pauvres gens la permission d’aller, deux ou trois fois par an, voir leurs femmes, qui habitent ordinairement la campagne.

- * Le travail d* la laque est très-insalubre; aussi ceux qui la préparent et qui l'appliquent sont-ils souvent malades. Murant tout le trmps de leur indisposition,Ils tie reçoivent aucun salaire, et doivent paver le médecin et les médicaments.

■-«Le loyer'de la fabrique est de 200 piastres (t.too fr.) par an, et II n’y a aucune contribution S payer au gouvernement ni aux mandarins (*). »

Natioe sur le vermillon chinois, Traduite et extraite de l’Enryrlqpédïe technologique intitulée : Thitn-koug %/iai-ivt,

par M. ÀrXéVsùs Juins. ■

» Le cinabre, Hnrgant liquide, le rouge d’argent, ne Fonlau fond qu’une seule et mène choge. Ce qui leur fait donner différents nntiis, c’est que celle substance est tantôt pure, tantôt grossière, tantôt .vieille, tantôt récemment extraite. u ■ ' ,

« Le cinabre de première qualité vient de Céfri-pefaujouud’ltui Ma-yany) et de SMcbonon. Il s‘y trouve a létàt pur dans le sein de la terre, et l’on n’a pas besoin de le purifier par le feu. C« cinabre, qui sert à donner du poli aux pointes de flèches, aux miroirs (métalliques), etc., a trois fois plus de valeur que le mercure; c’est pourquoi on le trie avec soin et on le vend sous > sa forme native, c’est-à-dire sous relie de sable ou poussière roége. Si (là le fond, il perd une grande [iartle de sa valeur.

■ Le cinabre grossier et de seconde qualité a besoin d’être purifié par Te feu; il forme alors le mercure.

« Le cinabre de première qualité se trouve en creusant la terre à que profondeur d’environ soixante-dix pieds.

L’approche du minerai est indiqnéepar un filon composé de pftites pierres blanches et granulées. Les plus grands

(*) Une Promenade dans Canton , par M. ’Valalis Roiu|ot. (Voy. le Journal asiatique, cahier de janvier 1848, p. 4a-5S.)

L’UNIVERS

morceaux sont de la grosseur d’un oeuf. Le cinabre de seconde qualité n’entre dans aucune préparation pharmaceutique. On le broie, et il sert aux peintres et aux coloristes, de même que le cinabre que l'on prépare directement avec le mercure. Son filon ne se présente pas toujours sous la forme de pierres blanches. On le trouve à une vingtaine de pieds plus bas que celui dont nous venons de parler. Sa gangue pierreuse offre à l’extérieur un mélangé de bleu et de jaune; quelquefois il se forme au milieu des terrains où se trouvent des couches de sable, alors l’enveloppe de pierre et de sable se fendille et se sépare facilement. Cette espèce de cinabre se trouve en abondance à Kouel-tcheou, à Sse-yn et à Thongjin, etc. On le trouve aussi en grande quantité à Chang-tcheou et à Tsintcheou.

• La cavité où l’on trouve le cinabre de seconde qualité offre partout un aspect blanchâtre. Quand il est récemment extrait, on peut le séparer sans avoir besoin de le broyer. Ce cinabre, au sortir de la minière, a une apparence brillante qui se ternit bientôt au contact de l'air.

« Lorsqu’on veut préparer le vermillon, on prend du cinabre, on le met dans une auge en fer qui a la forme d'une petite barque, et on le pulvérise à l'aide d'une sphère aplatie, en pierre, placée au bout d’un levier vertical que uatre hommes font mouvoir à l’aide 'un bâton qui le traverse. Ensuite on le met dans un vase rempli d’eau pure, et on le laisse tremper pendant trois jours et trois nuits. Une partie se dépose au fond du vase ; l'autre, plus légère, nage à la surface; on la recueille avec une écumoire, et on la remet dans un nouveau vase: on l'appelle alors eulh-tchou ou second rouge Quant au cinabre qui s'est déposé au fond du vase, on le fait sécher au soleil, et il prend alors le nom de theou-tchou ou premier rouge.

« Pour obtenir le vif-argent (le mercure), on se sert tantôt de cinabre de seconde qualité, blanc et récemment extrait, tantôt de celui qui s’est déposé au fond du vase, tantôt enün du second rouge, recueilli à la surface de l’eau.

« Lorsqu’on veut préparer le mercure, on prend trente livres de l'un des cinabres cités plus haut, et on les met dans un vaisseau de fer. On place sous ce vase une trentaine de livres de charbon, et on le recouvre avec un autre vase de même métal qui doit avoir (au centre de sa partie convexe) une petite ouverture. On lute hermétiquement les bords de ce vase à l’endroit où il s'emboîte avec le vase intérieur; puis, dans l'ouverture laissée au vase supérieur, on place un arc en fer, creux à l’intérieur ; on le corde tout autour avec un lien de chanvre, en rapprochant les anneaux autant que possible, ensuite on le lute avec soin.

« Quand on chauffe le vase inférieur, un bout de l’arc communique avec l’intérieur du vase, afin de conduire la vapeur, l’autre bout plonge dans un vase rempli d’eau. Par ce moyen, la vapeur qui sort du vase de métal pénètre dans l’eau dont est rempli le vase opposé, et s’y condense.

« Quand on a chauffé pendant cinq heures, tout le cinabre est transforme en mercure qu’on retire du vase rempli d’eau , après l’avoir laissé reposer pendant vingt-quatre heures.

« Quelquefois on traite de nouveau le mercure pour obtenir du vermillon, qu’on appelle alors yn-tchou , c’est-àdire rouge de vif-argent. Tantôt ou se sert d’un creuset de terre , tantôt de deux vases de métal superposés. On ajoute à une livre de mercure deux livres de soufre que l’on triture ensemble. Il se forme une poussière noirâtre ; on la met dans le creuset, que l’on recouvre avec un couvercle en fer, et l’on fixe le couvercle en plaçant dessus une barre de fer que l’on arrête à l’aide d'un DI d’archal qui embrasse le creuset de chaque côté, dans une direction verticale ; ensuite on lute hermétiquement les fentes que laissent les deux vases à leur point de contact. On éleve le vase sur un trépied en fer, au-dessous duquel on brûle des bâtons de bois résineux. Pendant longtemps, on refroidit le couvercle avec un vieux pinceau saturé d’eau ; alors le mercure se combine avec le soufre et se sublime en une poudre très-ténue qui s’attache aux parois du vase. Le cinabre qui se

fixe 5 In partie interne du couvercle est du plus vif éclat. Lorsque le vase est entièrement refroidi, on enlève le vermillon. L’excès du soufre dont on s’est servi se précipite au fond du vase et peut être employé une seconde fois.

Une livre de mercure donne 14 onces de cinabre de première qualité et 3 onces — de seconde qualité.

« Le cinabre obtenu par l'action du feu et le cinabre natif qu’on a pulvérisé ont absolument la même apparence. Néanmoins, pour peindre dans les maisons des princes et chez les personnes de distinction, on ne se sert point de cinabre artificiel. Le seul qu’on emploie est celui qu’on tire, à l’état pur, des mines de Thong-chin et de Pe-tchouen, et qu’on prépare par la pulvérisation.

« Quantau vermillon destiné à écrire, on le broie avec de la gélatine, et on en fait de petits pains. Lorsqu il est répandu sur un encrier en pierre, il présente un rouge du plus bel éclat ; si on le broie sur un encrier d'étain , il forme une couleur noire, et alors il sert aux vernisseurs et donne aux objets un lustre et une teinte luisante qui en rehausse le prix. Si on le mêle avec de l'huile de l'arbre toung , il prend un aspect brillant : si on y met du vernis, il perd son éclat et devient d'un noir ioncé (*). »

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