‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 282 sur 292 · l*» jour de la 1** lune. Fêtr · texte numérisé non relu

l*» jour de la 1** lune. Fêtr

DU PREMIER JOUR DK L'AN. « C>St

une fête que les Chinois célèbrent avec appareil et qui produit ungraud mou-

(*] Grosier , Description de la Chine , tonie V, p. 383 et 38a .

(**) Voyez le Livre des récompenses et des peines , traduit du chinois par M. Stanislas Julien, p. 17.

vement dan* tout l’empire. Elle commence dès la veille, ilernier jour du deuxième mois. Toutes les affaires, tant du gouvernement que de la nation, sont suspendues. Les tribunaux sont fermés dix Jours à l'avance, le service des postes est interrompu , tous les travaux cessent dans les ateliers.

Dès le grand matin, une foule Immense assiège les temples ; on accomplit les rites sacrés. I.es mandarins inferieurs vont saluer leurs supérieurs ; les enfants rendent le même devoir à leurs pères, les domestiques à leurs maître*.

Toutes les familles s’assemblent le soir, et terminent leurs mutuels compliments de congratulation par un grand repas (*).

•< Pendant les deux ou trois jours qui suivent, on ne s'occupe que de jeux, de festins, de spectacles. Chacun revêt son plus riche habit. O11 visite ses voisins, ses amis, ses protecteurs; on se félicite, on s’accable de protestations d’amitié, on se fait réciproquement. des dons et des radeaux. Rien i cet égard, disent les missionnaires^ ne ressemble mieux à nos visites du Jour de l’an et à nos étrennes. Comme chez nous, on consacre les derniers jours de l’année qui Unit à régler les comptes arriérés. »

13 — î* jour de la l™ lune. Fête de Tchi-ta, célèbre guerrier, mis au rang des dieux.

17.— 6'jnurde la l« lune. Fête de Ting-kouang. Elle a été instituée par les bouddhistes.

18 — 7e jour de la D'Inné. Naissance de L’noMstE (Jin-jT). On a cru voir dans l'institution de cette fête une tradition altérée, un souvenir confus de la création du monde et de la célébration du sabbat.

20. — 9* jour de la 1'* lune. Nativité DF. YtJ-HOANG-CHANG-Tl. C’est une divinité des Tao-sse.

21 . — 10* jour de la 1” lune. Fête des cinq Lares ou dieux domestiques.

Comme gardiens de chaque maison et de .chaque famille, on leur fait des offrandes et on implore leur protection.

— On renouvelle cette cérémonie le

(*) Grosier, Description de la Chine, t.V, p. 3*5.

dixième jour des quatre mois suivants.

26. — 1 S* jour de la i'« lune. Fétb dhs lanternes. . Ce st la plus brillante des Mes chinoises, dit l’abbé Grosier, celle qui est célébrée avec le plus d’ivresse, de pompe et de dépenses. Elle est fixée, comme on le voit, au quinzième jour du premier mois; mais elle commence dès le 13 au soir et ne finit que dans la nuit du 16 au 17. Elle est générale dans tout l’empire; et I on peut dire que, pendant ces trois ou quatre nuits, toute la Chine est en feu. Les villes, les villages, les rivages delà mer, les bords des chemins et des rivières sont garnis d'une multitude innombrable de lanternes de toutes les grandeurs et de toutes les formes, l es villes, les rues, les places publiques, les laçades, les cours des palais en sont ornées ; on en voit aux portes et aux fenêtres des maisons les plus pauvres.

Tous les ports de mer sont illuminés par celles qu'on suspend aux mâts et aux agrès des jonques et des sommes chinoises. On allume peut être dans cette fête plus de deux cents millions de lanternes. Les Chinois opulents rivalisent de magnificence dans ce genre d’illumination et se piquent de suspendre devant leur maison les plus belles lanternes ; celles que font faire les grands mandarins, les vice-rois et l'empereur même sont d'un travail si recherché, que chacune d'elles coûte quelquefois jusqu’à quatre et cinq mille francs. On en construit de si vastes, quelles forment des salles de vingt à trente pieds de diamètre, où l'on pourrait manger, coucher, recevoir des visites et représenter des comédies. On y donne en effet, par I artifice de gens qui s’y cachent, plusieurs spectacles pour l'amusement du peuple. « Ils y font paraître, «dit le P. Duhalde, des ombres qui « représentent des princes et des prin- « cesses, des soldats, des bouffons et « d’autres personnages, dont les gestes « sont si conformes aux paroles de ceux « qui les font mouvoir, qu’on croirait • véritablement les entendre parler. »

Quelques-unes de ces lanternes reproduisent aussi toutes les -merveilles de nos lanternes magiques, autre invention joyeuse que nous devons peut-être aux Chinois.

« Outre ces lanternes monstrueuses ui sont en petit nombre, une infinité autres se fout remarquer par leur élégante structure et la richesse de leurs ornement». Le plupart sont de forme hexagone , eomposées de six panneaux de quatre pieds de haut sur un pied et demi de large, encadrés dans des bois peints, vernis ou dorés. Le panneau est formé d’une toile de soie fine et transparente, sur laquelle on a peint des fleurs, des rochers, des animaux et quelquefois des ligures humaines. Les couleurs employées dans ces peintures sont d’une vivacité admirabe, et reçoivent un nouvel éclat par le grand nombre de lampes ou de bougies allumées dans l’intérieur de ces machines.

Les six angles sont ordinairement surmontés du figures sculptées et dorées, qui forment le couronnement de la lanterne : on suspend tout autour des banderoles de satin de toutes les couleurs, qui retombent areo grâce le long de ces mêmes angles, sans rien dérober de la lumière ni des six tableaux.

. Ces lanternes sont aussi variées par leurs formes nue par la matière qu’on emploie pour les faire. Les unes sont triangulaires, carrées, cylindrique», en boules, pyramidales; ôn donne aux autres, suivant un missionnaire, la forme de vases, de fleurs, de fruits de poissons, de barques, etc. On eu construit de toutes les dimensions, en sole, en gaze, en corne peinte, en nacre, en verre, en écailles transparentes d’huttres, en papier fin. Le travail fini et délicat qu’on remarque dans un grand nombre de ces lanternes, contribue surtout à les rendra d’un très-grand prix. °

« Toutes les merveilles de la pyrotechnie se joignent à celles de l'illumination, pour donner le plus grand éclat a ces fêtes de nuit. Il n’est pas de Chinois aise qui ne prépare, quelque plèc« d artifice ; tous tirent au moins des fusées ; et de toutes parts des gerbes, de* ilois a étoiles et des pluies de fea éclalrentet embrasent l'atmosphère.

* Il est plus facile de décrire cetle fêle singulière, continue l'abbé Grosier, que d'en assigner la date et l'origine. Le» auteurs chinois citent de»

632 L’UNIVERS

faits et des anecdotes anciennes pour en expliquer l'institution ; mais les histoires qu’ils racontent ont tellement l’air de fables, que nous nous dispensons de les rapporter. Il est plus vraisemblable de supposer que cette fête nocturne avait quelque rapport avec l’ancien culte religieux de la nation (*). »

Page 1