‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 33 sur 292 · XV' PROVINCE. K.OUANG - TOUNG · texte numérisé non relu

XV' PROVINCE. K.OUANG - TOUNG

Capitale : Kouang-tchéou (ou Canton).

Population en 1813 : 19,174,030 habitants.

Aperçu général. La province de Kouany-toung ( orient étendu ) a pour capitale Kouang-tchéou-fou , appelée par les Européens Canton, ville située a 757 lieues (7,570 U) au sud-ouest de Pé-king. Elle a 350 lieues de l’est à l’ouest, et 108 du midi au nord('*); elle comprend neuf départements , sept arrondissements , et soixante et dixbuit cantons; plus quatre arrondissements ressortissant directement au gouvernement central de l’empire.

Les départements sont :

1“ Kouang-tchéou-fou ,

(*) Nous renvoyons , pour plus de details relatifs à l’importante île de Formose (sur laquelle Louis XVI avait dus projets qu’il avait conGés à La Pérouse, deux liantes destinées tranchées avant le temps!), aux Voyages de Valeutyn, t. VI; à ceux de la Compagnie hollandaise dans les Indes orientales , t. V ; à la Relation du P. Maillot, publiée dans les Lettres Édifiantes, t. XIV, etc. 1 A Notice sur Formose , t. III de V Océanie, p. 577, offre un résumé très- court des principales notions données par des Européens sur cette île célèbre.

(**) L’ Almanach impérial de 1 S ; porte I Su lieues, 1,800 ii , au lieu de 1,080 ti que donne la Grande géographie .

3 Chao-tchéou-fou ,

3“ lloel-tchéou-fou ,

4° Tchao-tchéou-fou ,

5“ Chao-khing-fou ,

6" Kao-tchéou-fou ,

7° Llan-tchéou-fou ,

8° Loui-tchéou-Jbu ,

9° Khioung-tchéou-fou.

Caractère physique. La province de Kouang - toung est l’une des provinces méridionales les plus importantes de la Chine. C’est la plus connue des Européens , et celle avec laquelle ils font le plus grand commerce. Elle est bornée, à l’est, par la province de Fo-kien; au nord, par celle de Kidny-sl et les Uu-ting, ou Cinq chaînes de montagnes, dont l’une, nommée Met -lino, est la plus célèbre; à l’ouest, par le Gan-nétn ( Annam ou Tonquin) , et au midi, par la mer. On compte plus de deux mille montagnes dans cette province; mais les plus renommées sont : la chaîne des montagnes Jaunes ( Hoàng-Ung ) ; le Lôféou, qui a 50 lieues de largeur, et 11,340" (3,600 tchang) de hauteur (?). Ses principaux fleuves sont : le Sl-kidng, le l‘ékitimj et le Toûng-kiâng.

Le territoire de cette province est très-fertile; il produit de l’or, de la soie, des pierres précieuses, de l’étain, du vif-argent, du cuivre, du fer, de l’acier, du salpêtre, du sucre, et des bois odoriférants très - recherchés ; la plupart des fruits d’Europe, beaucoup de poissons, etc.

Chef- lieu de la province. La capitale de la province est Kouangtchéou, ou Canton, nommée aussi poétiquement Yang -tching «la ville du « bélier, » ville avec enceinte fortifiée, située sur le bord du fleuve Tchoitkiàng , ou « fleuve des perles, » que les écrivains européens nomment ordinairement le Tigre, du nom chinois de son embouchure: Hoû-mén, «portes « du Tigre » {bocca Tigris). Anciennement Canton avait trois murailles d’enceinte; du temps des Ming, dans les années 1368-1397, des trois on n’en fit qu’une seule, qui eut 1 1,957 mètres de circonférence ( trois lieues), percée de huit portes; un fossé plein d’eau, de 7,421“ d’étendue, longe ce inur d’enceinte. Dans les années kia-thsing

jiti^ed by G

(1522-1566), un nouveau rempart ou mur d'enceinte, de 3,540' de développement, fut élevé en face de la rivière des perles, à quelque distance en avant de l’ancien. C’est près de ce dernier que sont situées les factoreries européennes.

l.a ville de Canton se trouvant décrite plus ou moins exactement dans beaucoup d’ouvrages européens, nous renvoyons nos lecteurs (*), en nous ornant à dire ici que la population donnée à Canton par plusieurs écrivains est purement hypothétique , aucun document officiel chinois n’ayant servi de base à cette estimation.

Canton renferme plusieurs beaux édifices publics, au nombre desquels on distingue plusieurs temples et monastères bouddhiques ou lao-ssé, avec des tours à huit ou neuf étages; une mosquée mahométane comprise dans la vieille ville chinoise; le grand college situé au midi de la ville , et qui fut fondé sous les Soung, en 1096 de notre ere.

On compte ordinairement dans ce collège quatre mille étudiants.

Parmi les temples, on remarque principalement le « temple de la mer méri- « dionale » (Ndii-hai miaô) , situé au sud-est de la ville. Ce fut sous les Soui (14* année kai-hoang , 594 de notre ère) que l'on y établit le sacrifice au génie de la mer méridionale.

Dans le nombre des monastères, on distingue celui de * l'éclatante piété « filiale » ( koûang hiao ssé ) , situé au nord-ouest de Canton, et dont la fondation remonte aux premiers siècles de notre ère. Ce n’était alors qu'une espèce de jardin ou d'ermitage champêtre. Dans le quatrième siècle (en 362), un prêtre bouddhique du pays de Ki-pin (Cophène des anciens, le Caboul actuel) commença à en faire un monastère qu’il nomma le « monastère de * l'enclos royal >• ( wdng wei ssé). Depuis lors, cette retraite bouddhique reçut diverses dénominations.

Deux autres monastères bouddhiques : celui de « la pure intelligence » ( thsing koelssé), situé non loin du précédent, et celui de « la forêt de

(*) La description la plus exacte de. Canton

se trouve dans le Chinesc Repository , vol. a, Canton, iS33-34, p. x45etsuiv.

• fleurs » (hôa lin ssé), situé au sudouest de la ville , furent fondés sous les l.iang ( de 520 à 540 ). Les autres furent fondés , pour la plupart , sous les l'hang et les Soung.

C’est a une petite aistance de Canton que se trouve, au milieu du Tcknükiàng , ou « fleuve des perles , • file de trhampoa ( Hôang-pou ) , où rel fichent ordinairement les vaisseaux qui remontent la rivièrede Canton, et où lut signé, le 24 octobre 1844 (*), le Traité conclu entre la France et la Chine , dit Traité de fP'hampoa, qui reproduit les principales clauses du Traité anglais de Mân-king , du 29 août 1842, et du Traité américain de Ik'âng-hia, du 23 juillet 1844.

Le département de Kouang-tchéou comprend un district et quatorze cantons; il. est arrosé par die nombreux cours d’eau qui fécondent d’immenses rizières. Dans le département de Chao- Ic/iéou, situé au nord du précédent, et que traverse la grande voie fluviale de communication de Canton à Pé-king, se trouve le célèbre et riche inonastere bouddhique que l'on nomme • le nto- « nastère de la fleur méridionale • (nân-hôa ssé) , a six lieues au midi de la ville cantonale de Kio kiang ; il fut fondé par un bonze indien l’année 602 de notre ère.

On voit aussi, dans ce département, un collège ou grande institution littéraire, qui porte le nom du célèbre philosophe Lien-ki (Tchéou-tseu) , fondateur du fameux système de philosophie naturelle que l’on vit fleurir sous les Soung.

Passage de Mkï-ling. C’est dans l’ arrondissement de t\an-hioung ( qui était autrefois un département ), que se rencontre le passage difficile de la montagne Mei-ling , que l’on est obligé de franchir [tour se rendre de Canton à Pé-king. Selon M ..El lis (**), la route pavée qui traverse te passage de Mei-ling,

(*) Ce traité, dans l’insertion an llullrtin des luis (n° ta56) porte-, nous ne savous pour quels motifs, la date du 04 septembre . taudis que le r V jour de la 9* lune de la 34* année Tdo-kouaog, répond réellement au a4 octobre 1844.

(**) Journal de l'ambassade de lord Atnhersl, t. 11, p. ai8.

L’UMVf.RS.

de Ann - hioung - tchéou (province de Canton) a Aon - yan-fou (province de Kiüng-sî), est I ouvrage public qui, excepté le grand canal Impérial, est le plus remarquable et le plus complet qu’il ait vu en Chine. Cette route est pavée en larges pierres de taille ; une partie a été creusée dans des rochers à pic qui s'élèvent des deux eûtes comme de hautes murailles. La partie la plus élevée de la gorge est fermée par un mur au milieu duquel est une porte où l'on a établi un poste militaire chargé de laire la police de ce délilé tellement fréquenté, que l'on se croirait au milieu de la ville la plus commerçante. On ne doit pas s'étonner de ce mouvement de la population , lorsque l’on considère que tous les voyageurs et toutes les marchandises qui \ ont de Canton à l’S-king . ou de Pé-ktng à Canton, par la grande voie fluviale qui réunit les deux extrémités de l'empire, sont obligés de sortir de la voie fluviale pour franchir ce haut délilé.

Ile ue Haï-nan. Près des côtes de la province de Canton se trouvent des Iles nombreuses qui en dépendent, i.a principale est l’ile de tlatnàn , ou « de «la mer méridionale, » qui forme un departement, dont le chef- lieu est hhinung-tchéou-J’ou , et qui est divisé en treize cantons. Cette île, situee à 900 lieues de Pi-kiny, à 170 sud-ouest de Canton , a , selon la Géographie impériale, 97 lieues (970 li) de l'est à l'ouest, et autant du midi nu nord.

Elle comprend trois arrondissements et dix cantons.

A hioung-tchêou, le chef-lieu, est une ville fortifiée, de 3 kilomètres 30 mètres de circonférence , bâtie sur un grand promontoire, dans la partie la plus septentrionale de file ; les murs d’enceinte, percés de trois portes, sont entourés d'un fossé plein d'eau, de 13 métrés de largeur.

Le port de Khioumj-tchéou , formé par la rivière nommée l.i-mOu ( l.t-müu kiàng , « la rivière mère de populations «aux cheveux noirs»), est très-fréquente.

L'île de Hai-nân est riche en productions naturelles ; on y compte plus de 100 montagnes, dont quelques-unes sont très-élevees, et 31 ileuu's ou ri-

vières. On y trouve des mines d’or, d’argent, des perles, des pierres précieuses, des arbres rares, comine le bois d’aigle et le calamba très-estimé des Orientaux, ainsi que le hoa-li, espèce de poirier, que les Européens , a cause de son odeur, ont nommé bois de rose.

L’ile produit aussi du sucre, du tabac, de l'indigo, des noix d'arec, de coco, des pamplemousses, etc.

Le climat de la partie méridionale de l’ile est, dit-on, très-malsain; les eaux surtout sont mauvaises à boire. Jjb centre de file est hérisse de hautes montagnes, et habité par des indigènes que les Chinois nomment t.ijtn, • les « hommes aux cheveux noirs. » Ces hommes ne reconnaissent point l’autorité chinoise. Ils entretenaient autrefois des relations suivies avec les nouveaux habitants de file, auxquels ils livraient de l'or et de l'argent provenant des mines que renferment ces montagnes, ainsi que des bois précieux , contre des produits manufacturés; mais l'empereur Khang-hi, informé de la quantité considérable d'or que ce commerce d'échange faisait passer dans les mains des préfets et autres mandarins de Pile , défendit , sous peine de mort, à tous les Chinois d'avoir aucune communication avec les indigènes. Cette defense singulière a ralenti, mais non supprimé, le commerce de l’or de Elle de Hal-nàn, qui est encore maintenant, dit-on, assez considérable.

Jiaturkls dk Haï-nan. Selon Du Halde, les naturels de Elle, hommes et femmes, portent leurs cheveux passés dans un anneau sur le front , et pardessus un chapeau de paille ou de rotin, d’où pendent deux cordons qu'ils nouent sous le menton. Leur vêtement consiste dans un morceau de toile de coton noir, ou bleu foncé, qui les couvre depuis la ceinture jusqu'aux genonx.

Les femmes sont vêtues d’une espèce de chemisette de la même étoffe, et se distinguent encore par des raies bleues qu'elles se font avec de Vindiyo, depuis les yeux jusqu'au bas du visage.

Les uns ét les autres portent des boucles d'oreilles d'or et d'argent , façonnées en forme de poire , et très-bien travaillées. Leurs armes sont Porc et la

lier lie, et une espèce de coutelas qu'ils portent dans un petit panipr attaché derrière eux à la ceinture. C’est le seul instrument tranchant dont ils se servent pour tous les usages.

Les mœurs , le costume et le genre de vie des indigènes de l’ile de t/ainàn ont une grande analogie avec ceux des Miao-tseu , ou des anciens habitants de la Chine , retirés depuis plus de trois mille ans dans les montagnes presque inaccessibles du ïûn-ndn , de h ’ouel-tchéou , et de quelques autres provinces de la Chine; il est probable qu'ils ont la même origine.

Ile db Houng - koung. L’ile de l/ong-kong ( hiâng kinng , « ondes « odorantes , » dans le dialecte de Péklng), cédée aux Anglais par le traité de jY àn-klng, dépendait antérieurement du canton de Sin-gan, département de Kouang-tc/iéou ; c’est une île assez malsaine, et où les Anglais pourront difficilement se maintenir à cause de son insalubrité. Elle est hérissée de montagnes, et a environ trois lieues d’étendue daus son plus grand diamètre.

XYI” province. Kouang-si. Capitale : Kouei-lin-fou.

Population en 1812 : 7,313,895 habitants.

Aperçu général. La province de Kouang-si (occident étendu) a pour capitale Kouei-lin-fou , ville située à 746 lieues (7,4GO li) au sud-ouest de J‘éklng. Elle a 281 lieues de l’est à l’ouest, et 290 du midi au nord ; elle comprend onze départements, seize arrondissements , et quarante-sept cantons; plus deux arrondissements ressortissant directement au gouvernement central de l’empire.

Les départements sont :

I" Kouei-lin-Jfou ,

2° Liéou-tchéou-fou ,

3» King-gouan-fuu,

4” Sse-ngan-J'ou ,

5” Sse-tching fou ,

6* Ping-lo-fou,

7« ff'ou-tcnéou-Jou,

8° . Sin-tcliiuu foH ,

9" Kan-ning-fou ,

10° Tah ping-fou ,

11” Tchin-ngan-fou.

Caractère physique. La province de Kouang-si est l’une des plus étendues, et, en même temps, l’une des moins peuplées de la Chine. Elle est située entre celles de Kouang - toung , ttou-kuuang , Kouei- tc/iéou et Ïûnndn: au mini elle touche au Kiao-tcki ou Tonquin. De nombreuses montagnes hérissent son territoire; celle qui est la plus renommée est la montagne Kéou léou , située daus le département de tVou-tchéou. Ses plus grands lleuvcs sont le Li-kiùng et le Tsangko kiàng. La partie septentrionale de cette province, la plus élevée et la plus montagneuse, qui est en quelque sorte adossée à cette grande chaîne de montagnes élevées, prenant naissance dans la mer Orientale, entre les provinces de Fo-kien et de Tchê-tüàng, et allant rejoindre les hautes chaînes de l’Hiroâlava , en séparant les provinces de Fokien , de Kouang-toung , de Kouang-si et de ïûn-ndn, des autres provinces de la Chine; cette partie septentrionale de la province de Kouang-si , disons-nous, est couverte d’épaisses forêts; et les nombreuses rivières auxquelles ces forêts donnent naissance, suivant la déclivité du sol, se dirigent presque toutes vers la partie orientale, où elles portent la fécondité. Il y a, dans cette province, des mines d'or, de mercure, d'argent et de cuivre; des pierres précieuses, etc.

On n’en exploite qu'un petit nombre.

Capitale. Kouei-lin-fou , la capitale de la province, est une ville fortifiée de douze li de circonférence. Ses remparts, élevés sous les Soung et les Mongols , ressemblent, eu partie, aux fortifications du moyen âge; ce qui ferait supposer que quelque Européen au service des conquérants mongols, comme Marco - Polo, ne fut pas étranger à leur construction.

Passage de la Chine au Toungking. C’est dans le département de Taï-ping que se trouve le célèbre passage par ou l'on se rend de la Chine dans le royaume du Toùng-king ; on le nomme Tchin nàn koudn, • passage « du midi surveillé, » ou « les colonnes « de cuivre » (thoûng tcluiu). C'est par ce passage que les ambassadeurs du Tonquin portent leurs tributs à l'empereur de la Chine.

124 L’UNIVERS

XVII* province. Yun-nan. Capitale : Yûn-ndn-fou.

Population en 1812 : 5,561,32u habitants.

Apebçu général. La province de Yûn-ndn ( midi nuageux) a pour capitale Yûn-ndn-fou , ville située à 820 lieues ( 8,200 li ) au sud-ouest de Péking. Elle a 251 lieues de l'est à l'ouest, et 150 lieues du sud au nord. Elle comprend quatorze départements, vingtsix arrondissements , et trente -neuf cantons; plus quatre arrondissements ressortissant directement au gouvernement central.

Les départements sont :

1* Yûn-ndn-jou ,

2® Ta-li-fou ,

3° Lin-gan-fou,

4" Thsou-hiouug-fou ,

5* TcMng-kiang-fou,

6* Kouang-nan-Juu ,

7“ Chun-ningfou,

8" Kio-tsing-Jou,

9“ Li-kiang-fou,

10" Phov-eul-fou ,

II* Young-tchang-fou ,

12° Ahai-hoa-fou ,

13° Thoung-tchouanfou,

14° Tchao-thoung fou.

Caractère physique. La province de )’tîn - nàn , qui forme l’extrémité sud-ouest du grand empire de la Chine, est bornée au nord par le Ssé-tcliouan et le Thou-fan, ou Thibet; à l’ouest, par les royaumes d’Assam , et de Mien ou d’Ava; au midi, par le Laos et le Toûng-king. Ses montagnes les plus renommées sont la montagne Tiénthsàng, ou « bleu d’azur , » située à une demi-lieue à l’ouest de la ville départementale de Ta -H; la montagne a i-tsou ou du « pied de poule , » située à 10 lieues au nord-est de la même ville; les montagnes A ’ao-li-koung et Yû-toûng ou « dragon de jaspe, * cette dernière située à deux lieues au nordouest de Li-kiang-fou. Ses lleuves les plus considérables sont : le Kin-chàkiông , ou « fleuve au sable d'or, » qui prend sa source dans la moutagne de la Vache (joù- nieôu ■ c/iàn), située dans le Thibet, d’où, se dirigeant au sud-est, il pénètre en Chine par la frontière nord-ouest du département de

Li-kiang , en passant à l'ouest du fort que l’on nomme Thà-tching-koudn ,

« le fort à la tour bouddhique , » et se rend dans I eSse-tchouan; le lAn-tsàngklàng prend également sa source dans le Thibet, au pied de la montagne nommée Laü-chi-chdn , «la montagne de « la roche des cerfs; » ce fleuve , se dirigeant au sud-est, pénètre aussi en Chine par la frontière nord-ouest de.

Li-kiang-fou , et, après avoir traversé toute la province du Yûn-ndn , sort des frontières de la Chine en coulant au sud-est dans le Kiaotchi, ou Toûngking, pour se jeter enfin dans la mer méridionale («du liât). Le troisième rand fleuve du Yûn-ndn est le Laàiàng , que l’on nomme aussi ,Y»ùkidng. Ce fleuve, selon la grande Géographie impériale!*), prend sa source dans les contrées nommées Sl-yu, « contrées occidentales » (pour la Chine), partie nord-est des Etats du Dalaï-Lama, selon l'empereur A hanghi, où se trouve le lac h'ara-noor. Il traverse la partie occidentale de Likiang-fou , puis la partie sud-ouest de Young-tchang-fou ; et enfin, aprèç avoir coulé au sud-ouest, dans la province de Yûn-ndn , sort de la frontière de l'empire pour entrer dans le Mien-tien, ou royaume d’Ava, et se rendre, de là, dans la mer méridionale.

Un autre grand fleuve passe aussi dans la partie la plus occidentale de la province de Yûn-ndn : c’est le fleuve nommé Piit-làng-kidng (**) , ou « de « l’arbre qui porte Parce, le Bétel, »

dont le cours inférieur, traversant le royaume d’Ava , reçoit le nom indien d'îràvatt , qui signifie , en sanskrit, plein d’eau, étant dérivé d ‘Ira, la terre, l'eau , la parole! C'est ce fleuve dont le major Renncl a le premier reconnu l’identité sur la fin du dernier siècle, et qui porte , dans le Thibet , le nom de ïaeroudzangbotchou, « grand « fleuve du Dzang ou Thibet. » Ce même fleuve, dès le temps des Thang, est nommé , dans les géographies chinoises, Ta kin cka kidng , « le grand • fleuve au sable d'or. >• On trouve dans son lit, disent-ils, du gu, ou jade orien-

(*) Tai-duing-i-thoung-tchi , k. 304,1*4.

(**) Ibid., k. 3aa , f" ï 7 .

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tal, de couleur verte , de l’or en crains et eu paillettes, la pierre précieuse appelée thsing dû, du ju ou jade noir, du cristal de roche, et quelquefois aussi du yu blanc. Au pied des montagnes qu’il traverse, on recueille de l’ambre jaune.

La province du Yûn-ndn ne faisait pas anciennement partie de l’empire chinois. Sous les Thsin (255-206 av.

J. C.) , cette province était nommée le royaume de Tchin des barbares de l'ouest ( sl-i-lchin kouê). Ce fut seulement sous l'empereur lYou-ti, des Han (109 avant notre ère), que ce royaume fut annexé à l'empire, sous le nom de principauté de I-tchéou.

Cette province renferme des mines d’or, de cuivre et d’étain, des rubis, des saphirs, des agates, et autres pierres précieuses ; des perles , de l'ambre rouge, etc. Au nombre des mines de cuivre, il en est qui produisent du cuivre blanc, nommé par les Chinois pi thoilng, On plaçait autrefois, parmi les productions dû Ytln-n&n , des éléphants ; il parait qu’il n’y en existe plus aujourd'hui, car la grande Géographie impériale n’en fait pas ineotion.

Mœurs et coutumes. Les mœurs et coutumes des habitants de la province de Yûn-ndn, comme celles de tous les peuples qui habitent des pays frontières, participent de celles de la nation à laquelle ils appartiennent, et de celles du peuple qui les avoisine.

Tout ce. qui tient a la vie publique est et doit être chinois ; mais ce qui tient h la vie privée se rapproche plus des mœurs indiennes. Ainsi , un trait saillant de ce dernier caractère, c’est que les femmes, dans le Yûn-ndn , ont plus la liberté de leurs actions que dans l’intérieur de la Chine, dans la vieille Chine enfin: dans le Yûn-ndn, elles se montrent dans les rues, aux promenades publiques, et se mêlent familièrement dans la société des hommes. Une partie de la population y brûle aussi les morts. I,a population de cette province, qui habite les montagnes , ayant diverses origines , a conservé les principaux traits de ses mœurs primitives.

Chef-lieu de la province. La capitale de la province de } ûn-ndn est Yûn-ndn -fou, ville fortifiée , d’une

lieue de circonférence, située près du bord septentrional du lac que l’on nomme Tchin, auquel on donne cinuante lieues de circuit. On fabrique ans ectte ville une étoffe particulière de soie torse, qu’on nomme Toung liai touan-tse, « satin de la mer orientale ; • nom qui dérive probablement d'une épithète du lac précité, appelé aussi hui, «mer,* lequel, par la qualité spéciale de ses eaux , a pu donner son nom à l’étoffe en question. On fabrique aussi, dans cette ville, des tapis qui sont considérés comme les meilleurs de tout l’empire.

Le département DE IJ-kiang-fou , le plus septentrional de la province, a son chef-lieu sitneà 1,176 lieueq(l 1,760 II) de Pt-klng ; il s'étend au nord-ouest jusqu'au Thibct, et à l’ouest , jusqu'au fleuve nommé Loûrkidng ou Nou-kiâng, ui forme sa frontière, et dont la rive roitc est occupée par des peuplades que les Chinois nomment A'où-i, ■ bar- « bares «où. » Ce département est arrosé par les trois grands Heures Ai nchurhidng , LAn thsang-kidng et Noükiàng. Ou y voit la célébré montagne Sioui-chdn, couverte de glaciers et de neiges perpétuelles-, elle est situee à deux lieues au nord-ouest de Ukiang.

Pont suspendu enchaînes de fer.

Dans l'arrondissement de A ’lng-toûng, l'un de ceux qui ressortent directement au gouvernement de Pi-klng, on voit un pont suspendu par des chaînes de fer, lequel est vraisemblablement le plus ancien de ce genre qui existe dans le monde entier! On le nomme Ldn-tslnkhiâo , « pont traversant le Ldn, • c’est-à-dire, le grand lleuve Làn-lsang kiàng , au nord-est de King-toûng. Il fut construit dans les années 58 a 70 de notre ère, sous le règne de l'empereur Ming-ti, des Han , et fut ensuite réparé sous les Ming , au commencement du quinzième siècle. Selon la grande Géographie impériale (*), ce pont est élevé, dans toute sa largeur , à une hauteur de mille jin (**), c’est-à-

(•) Tai-thsing-i-thoung-tchi , k. 3a8 , P 4 recto.

(**) Le jin esl uoe mesure de longueur locale sur la dimension de laquelle les opi-

L’UNIVERS

dire, de plus de deux mille mètres. Il est appuyé sur des rochers escarpés ui dominent les bords du fleuve, et sur es colonnes en fer fondu ; des chaînes de fer, suspendues dans la direction du sud au nord, forment le pont sur lequel est établi un radier en bois. On le nommait anciennement Khiü kien , « le grand ouvrage d’art jeté sur de • profonds précipices (*). »

liions ne sont pas d'accord. Les lins la disent être égale à 8 pieds chinois, d'autres à 6, d'autres encore à 5.

(*) Il existe dans les provinces occidentales de la Chine, le Yün-nàn , le Sseicltouan et le Choisi , un grand nombre de ponts suspendus en J'er, dans le genre de celui représenté dans la planche 5o de notre premier volume. Ces ponts sont nommés en chinois Tfûc - lliirio , «ponts de fur,» ou T hié so-hhiào , « ponts en chaînes de fer. « Outre celui dont il est question dans le texte, appartenant à l’arrondissement de Kingtoung , il en existe deux autres dans le département de Yoiutg-fehang, qni avoisine le royaume d’Ava. Lu premier de ces ponts , construit sur le grand fleuve Ldn-thsang , h huit lieues au nord du la ville cantonale du Pùo-chdn , remonte aussi à (époque de la dynastie des Han (ao8 de noire ère); il fut construit, aiusi que plusieurs autres ponts et monuments par le général chinois TchuutouQ-lianq , pendant sou expédition dans le midi du 1 empire. Les pièces de suspension, qui n 'étaient d'abord qu'en bois , furent ensuite formée» de chaînes de fer ; ou nomme ce pont T si-hoting-kh idç , « le pont du brillant arc-en-ciel ; •• il fut réparé sous les Mongols, qui lui donnèrent ce nom.

Le second pont de fur suspendu est situé n 7 lieues à l’est de TSng-yuë-tchéou , sur le fleuve Lunng-tchouan-kidug j quoiqu'on ait employé le bois et la pierre dans sa construction et les ouvrages d’art , des chaînes de fur, placées des deux côtés, supportent le radier un bois sur lequel peuveut passer les hommes et les chevaux.

Les parties eu bois ayant été brillces en 1659 de notre ère, le pont fut reconstruit de nouveau eu 1723; ut lus assemblages fuient si solidement et si élégamment faits, que ce pont ressemble, pour la forme, au pont précédent jeté anciennement sut* le /An- ts dng- kidng. En dehors du pont (à chaque extrémité?) est une tour élevée, et entre les deux tour® , dix-neuf entre-colon ne ment s à orches volantes. Les deux côtés du pont sont soutenus par cinq chaînes ou

Département de Lin-ngan. Ce département , placé sur la frontière du Tothig-klng , a son chef-lieu situé à 1,100 lieues de Pé-khig. Son territoire, parfaitement arrosé, est très -fertile, et offre presque tontes les productions de l’Inde. Il renferme line ligne de places fortes érigées sur la frontière du Toûng klng.

Département de Young - tchang.

Ce département, placé sur la frontière du royaume de Mien ou d \iva, a pour chef-lieu Young - tchang , que Marco- Polo nomme Vncian, Codant , Nocian , selon les divers manuscrits de son curieux voyage. Les mœurs que le voyageur vénitien attribue aux habitants de la province dont Unclan est la mestre cité , comme il la nomme, conv iennent parfaitement aux habitants du département de Young-tchnng (prononcez youn tchaii)i même jusqu’à l’usage de recouvrir leurs dents d'une feuille d'or ; usage mentionné par les écrivains chinois, comme ayant eu lieu anciennement parmi les habitants de cette partie de fa province du Y-ùn-nàn , voisine du royaume À va , dont les

habitants ont en partie conservé les mœurs (*).

câbles de fer ( pdng-wèi-i-tUié-làn-ou) ; les deux Iule* du pont sont maintenues par deux autres chaînes de fer ( tiang twau-mé-i-tluiflàn-culh). Dupuis que ce pont a été ainsi autrefois solidement établi , on y a toujours passé sans aucuue espèce d'inconvénient.

{Tai-t/esing-i-thoung-tcni , k. 3a* , f° ai, edit. de z 744.) 11 existe encore nu pont en fer suspendu , dans le district du Monng-hoa, autrefois département. Ce dernier pont, que l’on nomme Ydng-phi-khiaà , « le pont dus eaux rugissantes, » et aussi Ydng-phi -thië-sokhitio , « le pont en chaînes ou câbles de fer des eaux rugissantes, » est situé à environ dix lieues au nord-ouest de la ville du Monng-hoa. (/ô., k. 3a7, f° 5 v°.)

On voit aussi des ponts suspendus en chaînes de fer, dans le Tbibet. (Voir la Notice sur ce pays.)

(*) La ville de Unciam est placée par Marco-Polo dans la province de Zardandan, mot persan qui signifie dent d’or,- la province du Zardandan est doue la proviucu des homme» à dents d'or !

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