‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 4 sur 292 · DESCRIPTION DE PÉ-KING · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE PÉ-KING

Selon des observations ast ronomiques faites à Pé-king. par les missionnaires français, la latitude de cette ville a été déterminée à 39° 4? 15" nord, et sa longitude à 1 14° est du méridien de Paris.

Elle est située dans la partie septentrionale de la province de Tchi-U,k quatre cents li (quarante lieues) de la grande muraille (*) : à trente li {**) à l'ouest s'élève une chaîne de hautes montagnes, qui se dirigent du nord au sud-ouest , et d’où sortent de petites rivières qui arrosent une partie de la plaine; l’une d'elles entre dans la résidence impériale. Sa partie septentrionale se séparé en plusieurs bras, environne le palais impérial, forme plusieurs lacs, la plupart artificiels, entoure toute la ville chinoise, et. réunie en un seul bras sous le nom de Canal de transport ( ï'un-ho ), elle se jette dans le Heure septentrional ( Pé-ho ), à plus de vingt-cinq li à l’est de Pé-king.

Cette ville (que l’on nomme aussi Chun-thien-fou , « Pille du premier ordre ou départementale obéissant au ciel, » ) se divise en deux parties distinctes : l’une est la Cille intérieure (, Veitching ) , l’autre la P'ilte extérieure ( IP'al-tching ). La première contient encore une outre ville, entourée de murailles, que l'on nomme Cil te impériale (Hoang-tching) , au sein de laquelle se trouve encore une troisième ville, ceinte de murs, que l’on nomme Cille interdite ( Tseu-kin-tching ) (***).

pl«n chinois de la même capitale. L'ouvrage chinois traduit par le P. Hyacinthe a pour titre Chin-yottan-clti-lio , « Notice abrégée de la résidence impériale, » en 16 livres , dont l’auteur se nomme On-tchang-youan . Il fut public en 1788, sous le règne de K lu un loimg. N'ayant pas le texte chinois à notre disposition, nous avons été obligé de nous en rapporter presque constamment à la traduction du P. Hyacinthe (traduction française de M. Ferry de Pigny).

(*) Ou trouvera une vue de Pé-king dates notre premier volume, pl. 65.

(**) Nous continuerons à employer cette dénomination chinoise pour mesure de distance, en prévenant que l’on en compte a5o pour un degré, et xo pour une ancienne lieue de France.

(”**) Voy. le Plan, pl. 1.

ASrSCT C.étfFRAL.

La situation de Pé-king peut être envisagée sous deux rapports : sous le point de vue politique et sous le point de vue physique. La province de Tchili, dans laquelle se trouve Pé-king, n’est point centrale (°), si l'on ne considère que la Chine proprement dite, mais elle semble avoir été destinée par la nature à devenir le siège d’un puissant empire. Quand un danger est prochain et toujours menaçant, la vigilance doit être sans cessé éveillée et la protection active : c'est ce qui fait que, dans de pareils ras, la sûreté d’un pays est mieux assurée quand le gouvernement siège près des lieux menacés :

voilà pourquoi, aux deux extrémités du monde, Pé-king et Paris furent choisis originairement près des frontières septentrionales des deux empires pour les protéger contre leurs ennemis au Nord, les Tartareset les Anglais.

L’aspect extérieur de é’é-Amo est formidable, disent les auteurs de la grande Céograph ie impériale (**); son terri toire est très-étendu ; la vaste mer l'entoure à l’orient ; une grande chaîne de montagnes ( Tal-hang ) forme sa limite occidentale; les nombreux défilés fortifiés des Picsjoyeux ( Iti foung ) protègent sa frontièredu nord ; au midi il s’appuie sur le sol de l'empire, et se trouve entouré de toutes parts comme d’une ceinture.

Pé-king (***)est situeau milieu d une

(*) Il est rare que la capitale d'un empire soit placée au centre du territoire. Paris, Londres, St-Pétcrsbourg , Vienne, etc., ne sont pas des villes centrales. Le choix qui a été fait do ccs positions pour siège du gouvernement. a été quelquefois dit au hasard, d'autres fois ce sont des considérations |K>litiques ou militaires qui les out déterminées.

(*•) Kiouan I, f” 1.

(*") Le P. Hyacinthe : Description de Pékin. Cet archimandrite russe, qui a demeuié quatorze atts dans cette ville, aurait pu en donner une description plus détaillée cl plus instructive peut-être que celle qu'il a livrée au publie, laquelle 11'est guère que la traduction abrégée de l'ouvrage chinois précédemment cité. Ce sont quelques maigres extraits, toutefois beaucoup moins intéressants que celui-ci, qui ont fait dire légèrement à Malte-ISnm : » Les géographies chinoises ne sont que d’a- « rides nomenclature» qui ne nous appren-

CHINE MODE IUS E.

vaste plaine sablonneuse et fangeuse en plusieurs endroits. Les temples qui se trouvent hors de ses murs, par leur immensité; les monastères, par leur magnificence ; les cimetièresdes grands, par leur exposition pittoresque, formeraient d'admirables points de vue, sans l’usage qu’ont les Chinois d’ensevelir leurs édifices dans les enclos de leurs Tcours (*), ce qui détruit toute la majesté extérieure des lieux les plus dignes d’admiration. Les campagnes environnantes, couvertes de moissons en été, offrent dans leur inégalité montueuse des paysages variés dont l'effet plaît à l’œil ; mais en hiver, elles sont défigurées par les ravins, par les excavations et par les collines. La ville elle-même, du haut des monts qui la dominent au loin , se présente comme si elle était au milieu d'une épaisse forêt ; cet effet est produit par la disposition oblique lies Bouquets de bois attenant aux différents cimetières , puis des arbres plantés en avenue, près des couvents et de l’enreintc de la ville. Lorsque le voyageur approche de la capitale du côté du nord, la hauteur des murailles arrête son regard impatient. Les formes extraordinaires et gigantesques des tours surprennent par leur nouveauté; niais dès qu'on a pénétré dans l’intérieur de Pé-king, l'etonnement absorbe tout sentiment. On n’aperçoit point de ces beaux, de ces superbes édifices, et ees rues propres et régulières qui font l'ornement principal des capitales des Etats de l’Europe. Ail lieu de rues se décou- \ rent de longues files de marchandises étalées; au lieu d'hôtels et de palais, un mélange de boutiques, d'auberges et de couvents. On rencontre rarement

- nenl que peu de chose. » Une géographie comme la Géographie impériale , composée de plus de trois cents volumes, une ariJe nomenclature ! Les écrivains devraient bien être sûrs de ce cpi’ils disent avant de porter si légcrrmenl des jugements si tranchants,

(’) Kn Chine les appariements sont bàlis dam t’inléricur d’une cour, et quelquefois , après avoir franchi le seuil extérieur, on a encore à franchir deux on trois portes cocheres pour arriver aux appartements intérieurs.

même, dans les rues de premier ordre, quelques palais ou quelques cours de justice. Les bâtiments de cette espèce, de même que les utilisons des habitants, sont dans de petites rues, dans d’étroits passages. A la vérité, les principales rues , et même le plus grand nombre des rues communes , sont assez larges et assez droites, mais, dans quelques endroits, les maisons sont mal alignées et délabrées; ailleurs, se trouvent des puits au milieu même des rues, qui sont, en outre, bordées d’égouts infects (*).

Eu général , l’inégalité, le mauvais entretien des rues, ou plutôt des sentiers qu’on est obligé de suivre dans les rues, est un juste sujet de blâme contre la police chinoise; et l'insupportable puanteur d’urine (**) qui sort des trous pratiqués dans les petites rues, presque à chaque recoin, est une chose qui implique contradiction lorsqu’on songe à l’extrême délicatesse des Chinois sur les autres objets. Mais comme la partie antérieure de chaque boutique ou magasin est disposée d’une façon particulière et avec des ornements variés selon la nature des marchandises qu’on y vend , cette diversité de constructions, embellies par le cinabre, le bleu de montagne, le vernis et la dorure, comme aussi par l’arrangement symétrique et remarquable des marchandises, enfin les arcs de triomphe qui décorent les places publiques, ces choses-là, dis-je, attirent souvent l'attention de l’etranger, et lui font oublier les désagréments dont j’ai parlé.

Parmi les plus beaux endroits qui puissent s’offrir aux regards du public, on cite le lac ThaUi-lchi (’**), avec Plie de marbre, et les sommets ravissants du mont A ’ing-chan (****) , ainsi que la magnifique entrée qui se trouve au sud ; mais l’accès de ces endroits est interdit- Il n’y a autour de Pé-king aucune rivière navigable, et qui mérite

(*) Il n’y a pas longtemps que Paris offrait encore aux yeux de pareils égouts.

(**) Paris encore n’a rien à envier à Pc-king sans ce rappor t , malgré les mesures que l'on a déjà essayées de prendre contre uu tel inconvénient.

L’UNIVERS

d'étre nommée. Un seul petit canal, honoré du nom de rivière, Yu-ho, traverse la ville, et encore les eaux qu’il apporte ne sont-elles destinées qu’à alimenter les étangs et les canaux du palais. Les habitants du moins ont de l’eau à discrétion, mais en général cette eau , dans l’intérieur de la ville , se trouve être salée, et il faut envoyer au delà des barrières- pour se. procurer de l’eau douce et potable. Les puits qu’on trouve au delà des barrières du nord donnent une eau parfaite en tout point.

Ainsi Pi-king n'a qu’à se louer des avantages de son emplacement et des proportions colossales de ses murailles; , mais, d’autre part, cette ville ne reçoit que par le sud-est toute sa subsistance; le Canal de transport (Y toi -ho) par où arrivent dans Pé-king les vivres et le combustible, se dessèche quelquefois à la suite des grandes chaleurs ; et dans le temps des discordes civiles, il est facile d’en fermer le passage; cette dernière circonstance, qui met cette capitale pour ainsi dire a la merci de la force extérieure , fut une des principales causes de la chute de la dynastie yottan ou mongole.

Après avoir décrit l’aspect général de Pe-king et de son territoire, il nous reste à jeter un coup d’œil sur la distribution intérieure de cette capitale de l’empire. La dynastie tartare très-pure (ta-thsing), qui règne aujourd'hui en Chine, aussitôt qu’elle se fut affermie sur le trône des Ming, imposa à cette capitale son organisation militaire, en la divisant en huit bannières ou corps d’armée , qui sont tous répartis dans l’intérieur de la ville pour la défense du palais impérial. La bannière jaune occupe un quartier situe entre la porte de ta victoire vertueuse (leching-men) (*) et la jtorte de la grande perfection ( feou-tching-men ) (**) dans la ville intérieure ; la bannière jaune à bordures occupe le quartier oriental de la ville extérieure. La bannière blanche occupe le quartier oriental de la ville intérieure entre le mur d’enceinte et la Jtorte du soleil levant ( tchan-yang -

(■) N° i63 du Plan.

met i) (*); une autre bannière blanche à bordures occupe le quartier occidental de la ville intérieure. La bannière rouge occupe le quartier sud-est de la ville intérieure, et la bannière rouge avec bordures le quartier sud-ouest.

La bannière bleue occupe le quartier central de la partie ouest de la ville extérieure ; la bannière bleue arec bordures est située près de la porte de la guerre proclamée ( siouan - woumen) (*").

Les sections de la ville ont été établies d'après cette répartition en quartiers militaires. Sous le rapport de l'administration civile, la ville intérieure a été divisée conjointement avec la ville dite extérieure, en cinq quartiers, qui tous dépendent, non pas d’un préfet de police, mais du ministère de Injustice.

Dans le ressort de ces quartiers se trouvent plusieurs arrondissements.

Par exemple : le quartier du centre a neuf de ces arrondissements; le quartier de l’est cinq; le quartier sud sept; le quartier ouest six , et le quartier nord neuf. Ces quartiers dépendent de la police pour la partie militaire.

TOPOGUAPHIK DE PÉ-KING. Les murs de la Cille de la cour {Kingtching) (***), qui forment presque un carré parfait, ont quarante li de circonférence ou quatre lieues , et trente-cinq pieds cinq pouces de hauteur (****). La Cille impériale (Iloang-lching), située dans l'intérieur de la précédente, a dixhuit U de circonférence; la muraille

(*’; Nu il 3. Cette situation des bannières est Irès-rceenle , mais elle u’a rien de permanent. Leur emplacement est figuré sur les plans chinois de Pé-king , par les teintes diverses de leur dénomination.

(***) Non compris la ville extérieure, qui est figurée sur le plan, sous le chiffre romain

(’***) Ta-tluing-i-tkoung-tcki ; Kionan /, f° i. L'ouvrage chinois traduit par le P. Hyacinthe ajoute que tes murs ont soixante-deux pieds de largeur à la hase, et cinquante au sommet ; auxquels il faut encore ajouter cinq pieds huit dixièmes pour 1rs créneaux ou parapets à embrasures. Tinikottski dit (Voyage à Pè-king, tome II, p. i3o) que <vs murs n'out que ut pieds d'épaisseur. Pour que le lecteur puisse se former une idét‘ plus uxacto

d’enceinte a Î325 tchang [7,750 mètres] de dévelopjrement. I.a Pille interdite (Tseukin-tchlng) , le Kremlin de Péking, est située dans l'intérieur de la Pille impériale; elle a six li de circonférence. Sa muraille d’enceinte a de chacun des deux côtés, sud et nord, 236 tchang et 2 pieds chinois de longueur (787 mètres environ], et de chacun des lieux côtés, est et ouest, 302 tchang, !» pieds chinois [1,009 mètres] (*).

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