TRADUCTION DU CÉRÉMONIAL CHI- NOIS RELATIF AUX VISITEURS ET
AMBASSADEURS ÉTRANGERS ( PÏH-
Dans le Rituel ou Cérémotiial de l'ancienne dynastie des Tchfou (de 134 à 250 avant notre ère), les hommes qui venaient de loin devaient observer le cérémonial qui est prescrit aux visiteurs et ambassadeurs étrangers. Tout ce qui était situé en dehors des neuf provinces (**), on le considérait comme étant encore en dedans des frontières.
Chacune de ces populations (considérées ainsi comme dépendantes et vassales) faisait part à sa suzeraine (la Chine) • de ce qu'elle avait de plus rare et de plus précieux.
Dès l’instant que l’instruction mo- Tale des familles et de l'État fut achevée, la doctrine concernant les barbares des quatre côtés (ssé i) , qui viennent comme hôtes ou ambassadeurs {pin ) de tous les royaumes maritimes et continentaux situés au delà des conlins de la Chine, fut confiée au ministère des Rites ( Li-poù ). Plus de cent ans se sont écoulés (***) depuis que ce ministère
(*) Tiré du Taï-lluing-tltoung-li, ou Cnrmornal de ta dynastie régnante, publié la ai’’ aimée Kliicn-ioung, 1 7 SC) de notre ère; édition impériale. Le Cérémonial ci-dessus fait partie du xliiic livre.
(**) La Chine était alors divisée en neuf provinces ( kiéou-tchcou ).
("*') Ce texte ayant été rédigé la première
L’UNIVERS
reçut la mission impériale de réviser toute la doctrine concernant le cérémonial. Tout ce qui avait rapport aux formes extérieures et à l’étiquette fut soigneusement examiné, et mis en harmonie avec le sujet ; on en retrancha et on y changea ce qui parut nécessaire pour constituer convenablement le cérémonial des hôtes ou visiteurs étrangers. ainsi que la manière la plus convenable pour les fonctionnaires publics, les lettres et le peuple, de se visiter entre eux.
Le cérémonial spécial , dout il est ici question) est exposé dans les chapitres suivants.
§ 1 . Cérémonial concernant les tributs apportés a la cour.
« Voici le cérémonial concernant les tributs ( koùng ) apportés à la cour. Tous les royaumes dépendants ou vassaux, situes dans les quatre régions barbares (des quatre côtés de l’empire chinois), a des époques déterminées pour payer leurs tributs, enverront leurs ambassadeurs présenter leurs lettres de créance et des présents, consistant en productions du pays.
« Pour se rendre à la cour, dans la capitale de l’empire, les envoyés tributaires ( tioung-ssé ) commencent par franchir la frontière. Si ce sont des envoyés de la Corée, deux délégués du ministère des lûtes, instruits dans la langue et les usages des Coréens, iront au-devant d’eux, et les accompagneront à la ville impériale de Ching-king ou Moukden.
• Si ce sont des envoyés du Tounquiu, des îles Liéou-khiéou, d’Ava, de Siam, de la Hollande, des îles Philippines ou de la Cochinchine, on surveillera attentivement les routes par lesquelles passeront les tributs de tous ces royaumes. Le gouverneur ou le lieutenantgouverneur de la province frontière dépéchera un mandarin, employé assistant, connu par ses connaissances va-
année Kbieu-loung ( 1 73t»), l’établissement de la dynastie remontait déjà alors à cent vingt ans. Et c’est toujours à l'établissement d'une nouvelle dynastie que l'on revise toutes les lois et les règlements de celle qui l'a précédée.
riées, pour aller il leur rencontre jusu’à la frontière. Si ce sont des envoyés e l'océan occidental (l'Europe), lrun des directeurs de l’Intendance de la maison impériale {neï-wou-fou) , avec l’un des Occidentaux ou Européens qui remplissent les fonctions d’astronomes à l'observatoire impérial de Pé-king, iront au-devant des ambassadeurs jusqu’à Kouang-toung (Canton). Ils seront munis l’un et l’autre de mandats sur les établissements de postes du gouvernement par où les envoyés doivent passer pour traverser le pays. Les chefs de ces établissements seront obliges de tenir dans leurs campements et leurs hôtelleries, a la disposition des envoyés, des provisions de bouche et autres, des chars, des bateliers et des chevaux. Pendant la marche de chaque journée, par terre ou par eau, à chaque station militaire que l'on rencontrera, les officiers et les soldats préposés à la garde des envoyés se remplaceront successivement, jusqu’à l’arrivée sur le territoire de la ville capitale de Pé-king. Le ministère des Rites ( Ü-poù ) déterminera à l’avance tout ce qui devra concerner la marche de l’ambassade. Le ministère des travaux publics ( Koùng-poü ) aura soin de préparer pour elle un logement convenable, et décoré pour sa destination. Il aura soin aussi de lui procurer tous les meubles et ustensiles propres à son usage, ainsi que le bois à brûler et le charbon dont elle pourra avoir besoin. Le ministère des finances (//o«po ù) la pourvoira de mais ou blé d'Inde, de fourrages et de plantes légumineuses- L'Intendance des approvisionnements de la maison impériale ( Kouàng-loa-ssé ) la pourvoira de bestiaux, de poissons, de vins ou liqueurs spiritueuses, de sirops, d’herbes potagères, de fruits, et de tout ce qui dépend de cette administration. Le commandant en chef des troupes de Pé-king et des dignitaires -du quatrième rang de la chambre des interprètes pour les quatre points cardinaux [Ssé-l-koùan), ainsi que de la cour de l’étiquette du palais {Hoûng-loù-ssi , feront et prescriront soigneusement tout ce qui dé-
Tiendra de leur ressort, de près ou de oui ; ils entreront dans l’hôtel de l’ambassade, pour, selon les circonstances,
surveiller et contenir leurs hommes et la foule, aussi bien que pour leur distribuer également le boive et le manger.
«Voilà pour la réception des arrivants.
§ 2. Présentationdes lettres de créance,
des tributs et des productions du
pays.
« Les ambassadeurs tributaires se rendent à rhôtel qui leur est destiné, et après quelques jours de repos ils se munissent des produits de leur pays, ainsi que de leurs lettres de créance'; et, accompagnés des ofûciers de leur suite, des secrétaires et attachés de l’ambassade, chacun d’eux revêtu des habits de cour de leur rqyaume, ils se rendent au palais pour attendre la présentation des lettres de créance. L’un des maîtres des cérémonies du ministère des Rites placera la table destinée à recevoir les lettres de créance, nu milieu de la salle dans laquelle les ofliciers du palais se réuniront, revêtus de leurs habits de cour ou de celui de leur dignité. Conformément aux dispositions prises et à l’avis qui leur sera donné, les ambassadeurs tributaires s’avanceront ensuite jusque dans la cour publique, en entrant par la porte de corne de gauche; et toute leur suite se rangera à leur gauche, en se tenant révérencieusement debout.
Le premier de l’ambassade, qui doit présenter respectueusement les lettres de créance, précède toute la députation ; le second de l’ambassade le suit immédiatement; tous les fonctionnaires de la suite viennent après. L’un des vice-présidents du ministère des Rites sort de l’intérieur et se rend près de la table, nu côté gauche de laquelle il reste debout. Deux maîtres des cérémonies du même ministère, deux hérauts d’armes ou huissiers de la cour d’étiquette du palais, se placeront séparément au midi des colonnades de droite et de gauche. Revêtu complètement de ses habits de cour, le grand maréchal (khuj) du palais montera le premier dans la salle, et se tiendra debout, à droite de la colonnade de gauche. Ce héraut d'armes, élevant la voix , apportera les lettres de créance. Deux officiers de l’intendance des hôtes étrangers introduiront l’ambassadeur tributaire, en lui faisant monter les degrés
pour se rendre dans la salle , où il restera debout ; l’ambassadeur en second le suivra, et se tiendra debout derrière, à quelque distance; les autres attachés de l'ambassade se rangeront à la suite, en se tenant également debout.
« Le héraut criera : « Agenouillezvous ! » ( khoüeï ). — L’ambassadeur tributaire et toute sa suite s’agenouilleront. — Le héraut criera : « Prenez vos lettres de créance ! » (tsië piào). — L’ambassadeur en premier saisira la lettre de créance. — Le grand maréchal du palais la prendra respectueusement de ses mains, pour la remettre à l’un des vice-presidents du ministère des Rites. Ce viee-président recevra la lettre de créance, la placera droit au milieu d’une table ou plateau de bois, et retournera vers le trône. — Le héraut criera successivement : « Prosternezvous ! ( khéou ) ; — relevez-vous ! » (hing). — L’ambassadeur en premier et toute sa suite accompliront le cérémonial des trois agenouillements et des neuf prosternemenls (*), et , s’étant relevés , les officiers de l’intendance des hôtes étrangers les reconduiront ; le grand maréchal du palais, conformément à l’ordre de ses fonctions, les accompagnera jusqu’à leur sortie. Les maîtres des cérémonies du ministère des Rites porteront la lettre de créance au conseil privé (néï-AAô), où ils attendront l’ordre que Sa Majesté impériale fera transmettre au ministère des Rites, relativement à la destination et à l’usage qui devra être fait des objets apportes par l’ambassade.
«Voilà ce qui concerne la présentation des lettres de créance, des tributs et des productions du pays.
§ 3. Audience solennelle de l'empereur.
« La cérémonie de la présentation des lettres de créance de la part des ambassadeurs tributaires étant terminée, ceux-ci sont conduits révérencieusement dans la grande cour du palais.
L’empereur , revêtu de ses habits de cour ordinaires, descend dans la grande
(•) On s’agenouille trois fois, el on frappe la terre du front trois fois à chaque agenouillement.
L’UNIVERS
salle d'audience de la suprême concorde (*), où tous les ministres et les grands fonctionnaires de l’État se réuniront pour accomplir les cérémonies prescrites. Ces cérémonies terminées, les officiers de l’intendance des liâtes étrangers introduiront l'ambassadeur tributaire, avec tous les officiers de sa suite. Parvenus à l'extrémité occidentale du vestibule de vermillon , les fonctions des officiers de l’intendance des hôtes étrangers cessent. Les hérauts du palais sont avertis, et se présentent pour faire exécuter le cérémonial prescrit. Ils crient : « La faveur impériale vous permet de vous asseoir ! — la faveur impériale vous accorde du thé! » — Selon qu’il est couvenable alors (**), et si ce n'est pas un jour de réception rituellement reconnue, le ministère des Rites délibère et fixe le jour de la réception officielle. Il en est fait part à l’empereur, qui est prié de vouloir bien accorder cette audience. Le grand maréchal du palais impérial prépare tout pour la cérémonie en donnant les ordres nécessaires, et en prévenant l’ambassadeur tributaire, avec ses interprètes, de se préparer, par des répétitions, à exécuter le cérémonial prescrit.
« Le jour de l’audience arrivé, l’ambassadeur tributaire , conformément aux dispositions prises, vêtu des habits officiels ou publics ( koûng-Jtrü ) de son pavs , les interprètes revêtus de leurs nabits accessoires (d'interprètes), se rendent à l’extérieur de la porte du palais. où ils attendent avec respect qu'on les introduise.
« L’empereur, vêtu de ses habits ordinaires (Ichüng fou) (*’*). se rend alors à la salle d’audience , où se trouvent
(*) Voir ci-devant p. Il, et le plan de Pc-king, ainsi que deux vues de celle salle d’audience, pl. 5 et 6.
(**) Voyex, pour plus d’explication, le Kia-li , ou les Rites domestiques , dans le meme Cérémonial général, liv. xvn.
(.Vole des Édit, chinois.)
(*") Les’ vêtements extraordinaires sont réservés pour les cérémunics extraordinaires relativement à l’empereur, comme les sacrifices an ciel et à la terre , les cérémonies en l’honneur de Coulucius, des ancêtres, etc.
réunis les grands officiers du palais et la garde impériale , commandée à cet effet. Les grands officiers du palais et la garde impériale sont rangés debout à droite et à gauche, selon l’usage constant et habituel. I.’un des présidents (‘) du ministère des Rites , revêtu de ses habits de cour extraordinaires, à dragons brodés, entre en conduisant l’ambassadeur tributaire. Les interprètes entrent à la suite. Arrivés à l'occident du vestibule de vermillon, ils accomplissent le cérémonial des trois agenouillements et des neuf proslernemenls. Ce cérémonial étant accompli, on conduit l’ambassadeur vers la salle d'audience, en lui fartant monter les degrés par le côté occidental (**). Arrivé à l’extérieur de la porte de la salle ou du pavillon du trône, il s'agenouille ( khoùei ). L'empereur daigne alors faire connaître son auguste volonté, et il interroge (l’ambassadeur) par des paroles bienveillantes et gracieuses.
« I.c président du ministère des Rites reçoit les questions, et les transmet; les interprètes les traduisent, et les expliquent à l’ambassadeur tributaire. L’ambassadeur tributaire y répond; les interprètes traduisent ses paroles ; le président du ministère des Rites les reud à l’empereur. Le cérémonial terminé, on se lève; on dirige l’ambassadeur, eu le faisant descendre du côté occidental. Étant sorti , on le reconduit ; et s’il veut attendre, on lui procure le divertissement du spectacle. Voilà le cérémonial de cette journée.
■< Lorsque l’empereur se rend à la salle d’audience, il est accompagné de la garde impériale, comme il a été dit précédemment. Les premiers ministres
(’) Il y a toujours eu Chine deux présidents d’un ministère on d’un tribunal, l’un chinois et l’autre tartare.
(*’) Pour bien romprendre cette description, il faut se rappeler que le palais impérial de Pé-hiug , comme d’ailleurs tous les grands édifices chinois, ne consiste pas en un corps simple ou complexe de bâtiments, mais en bâtiments ou pavillons sépares, dont chacun a sa destination particulière, et auxquels on arrive ordinairement par plusieurs rampes ou escaliers en plein veut , qui huit face ordinairement aux quatre points cardinaux.
by Lii
appelés à délibérer sur les affaires du gouvernement, avec les commandants des huit bannières, tous revêtus de leurs habits de cour extraordinaires, à dragons brodés, entrent dans la salle d’audience, et prennent place sur les côtés en se tenant debout. Le président du ministère des Rites conduit l’ambassadeur tributaire, lequel, arrivé à l'occident du vestibule de vermillon, accomplit le cérémonial des (rnis agenouillements et des neuf prosternevif nts. Lorsqu’il s’est relevé, on le conduit eu le faisant monter à la salle d'audience par le côté occidental. 11 entre dans la salle d’audience par la porte de droite, et se tient debout à l'extrémité de la file des premiers ministres d’Etat de l’aile droite. Les interprètes entrent à la suite. Des aliments sont placés derrière euy
« L'empereur ayant accordé la faveur de s’asseoir, les' commandants supérieurs de la garde impériale, les grands officiers du palais, les premiers ministres d’État appelés aux délibérations du conseil, les généraux commandant en chef des huit bannières, les généraux en second, le président du ministère des Rites, s’approchent du trône, devant lequel ils font un prosternement ; puis ils s’assoient en ordre sur des sièges qui leur sont destinés. L’ambassadeur tributaire les suit ; il s'agenouille, se prosterne, puis s’assied : c’est alors que la faveur impériale accorde le thé. le premier échanson pour le thé le présente à l’empereur : toute l’assemblée se met à genoux et se prosterne. Les gardes du palais font le tour de la salle en présentant le thé aux premiers ministres et à l’ambassadeur tributaire.
Tous s’agenouillent en recevant ce thé, et font un prosternement ; puis ils se rassoient. Le thé étant bu , ils s’agenouillent de nouveau, et font un prosternement comme en commençant.
« L’empereur daigne manifester alors ses volontés (litt. fait descendre ses ordres), en faisant (à l’ambassadeur) des questions pleines d’aménité et de bienveillance. L’ambassadeur tributaire s’agenouille (A/urneï), et prête l’oreille avec attention, afin de pouvoir répondre à Sa Majesté. Le président du ministère des Rites recueille toutes les questions
faites par l’empereur, et les transmet (à l’ambassadeur). Les interprètes traduisent les paroles de l’un et de l’autre, comme il a été dit précédemment.
« Le cérémonial terminé , le président du ministère des Rites reconduit l'ambassadeur tributaire jusqu’au dehors du palais. Arrivés au secrétariat de la cour, le président reçoit communication des ordres de l'empereur, et des faveurs accordées par lui à l’ambassadeur tribut 'ire. La collation terminée dans la salle destinée à cet usage, le grand maréchal du palais reconduit l'ambassadeur, en se conformant aux dispositions prescrites.
» Après, quelques jours de repos, les étrangers sont invités à se rendre en dehors de la porte du sud pour remercier l’empereur des faveurs qu’il leur a accordées. Un huissier de la chambre de l’étiquette de la cour les introduit par séries. Les envoyés tributaires, arrivés à l’occident dû vestibule de vermillon, le visage tourné vers le nord, accompliront le cérémonial des trois agenouillements et des neuf prosternements, selon qu’il est prescrit; puis ils s’en retourneront.
« Voilà ce qui concerne l'audience solennelle de l'empereur.
§ -I. Remise des présents par Tempereur.
« Le cérémonial concernant les tributs apportés à la cour avant été accompli, le référendaire du ministère des Rites demande que des dons soient conférés aux rois vassaux (qui ont envoyé la députation), et qu’en même, temps des faveurs spéciales soient accordées aux ambassadeurs tributaires, ainsi qu'aux attachés de l’ambassade et à toutes les personnes de la suite : en conséquence, il obtient à ce sujet un ordre de l’empereur pour faire transporter parchaque surintendant spécial tous les objets qui devront être offerts (dans le local destiné à cet usage); et, au jour final (au jour où l’ambassade prendra congé), les surintendants ayant tout disposé selon l 'usage prescrit, la distribution des présents et des faveurs accordes par l'empereur se fera à gauche de la rue extérieure de la porte méridionale. Les peaux , les étoffes de
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soie unie, les toiles, les pièces de taffetas, les métaux blancs, sont disposés en ordre sur one taille ; les chevaux sont ranges dans une salle, ainsi (gué les selles, les rênes, et tout ce qui concerne leur harnachement (*). Le grand maréchal du palais, revêtu de ses habits de cour, est présent. Conformément aux dispositions prises, l'ambassadeur tributaire, avec tous les attachés de sa suite, chacun revêtu des habits de cour de leur pays, passent par la porte du long repos de l'orient , par la porte du rppos céleste, par la porte du vrai principe, et arrivent devant le secrétariat de la cour de l'ouest. Le visage tourné vers l’orient , ils se tiennent la debout, rangés en ordre, en attendant tranquillement d'être introduits. Un des viceprésidents du ministère des Rites se tient là debout au côté sud de la table, la face tournée vers l’occident. Le directeur général de l’intendance des bûtes étrangers se tient debout à sa suite. Quatre historiographes impériaux, deux hérauts de la cour du cérémonial ou de l’étiquette, se tiennent debout, partagés à droite et à gauche de la rue impériale, la face tournée à l’orient et à l’occident. Deux huissiers se tiennent debout au nord de l'ambassadeur tributaire, la face tournée à l’orient. Tout le inonde indistinctement est revêtu de scs babils de cour. Des hérauts d’armes, faisant retentir leur voix, des officiers de police et des huissiers, conduisent l’ambassadeur tributaire jusque dans l’intérieur du vestibule de vermillon de l'ouest: là, ces officiers se placent au second rang, la face tournée au nord, et penchant vers l’orient. Les hérauts d’armes s'avancent; tout le monde s’avance à leur suite. — Les hérauts d'armes crient :
« Agenouillez-vous! (kko ùeï) \ — prosternez-vous ! (khéim ) ; — relevez-vous !
(A Ing) : » alors on accomplit le cérémonial des trois agenouillements et des neuf prostemements. Ce cérémonial accompli, le directeur général de l’intendance des hôtes étrangers remet aux rois vassaux les dons et les présents de.
(*) Ce n'est qu’aux rois et aux ambassa-
deurs de la Corée qu’on donne des chevaux en présents. (Note des Édit, chinois.)
l’empereur. Comme antérieurement , lorsque l’ambassadeur tributaire a présenté les tributs (koitng) envoyés parson souverain, il s'agenouille pour recevoir les présents de l'empereur. D'autres présents sont distribués à la ronde à toute la suite de l’ambassade, c'cst-àdire qu’après le, don des présents gracieux de l’empereur, destines au roi qui a envoyé l'ambassade, il en est donné en second lieu à l’ambassadeur tributaire, ainsi qu’à tous les officiers ou attachés de l'ambassade, et à toutes les personnes de la suite (*).
« Pendant que le directeur général de l’intendance des hôtes étrangers offre et distribue ces présents, chacun s'agenouille en les recevant ; la distribution faite, le héraut d'armes crie : « Prosternez-vous ! ( khoiiel ) ; — relevez-vous ! » (hlng). On répète le cérémonial des trois agenouillements et des neuf prosternements, puis on se relève. Ensuite l'ambassade est reconduite. Le grand maréchal du palais , conformément à ses instructions, accompagne l'ambassadeur tributaire . les attachés et les personnes de sa suite, jusqu’à leur sortie. Des faveurs spéciales de l’empereur sont accordées au ministère des Rites, selon qu’il est convenable (**), et chacun s'en retourne.
« Voilà le cérémonial de la remise des présents conférés par l’empereur.
§ 5. Reconduite de tambassade.
« Les affaires de l’ambassadeur tributaire étant terminées, il se dispose à retourner dans son pays. L’intendance des provisions de la cour le pourvoit de bestiaux, de. vins, de fruits et de légumes. L'un des vice-présidents du ministère des Rites fait garnir de nattes de bambous, et de tout ce qui est né'
(*) On peut voir la liste détaillée des présents que donne l'empereur aux ambassadeur* tributaire* de la Corée , des iles Licou-khieou , du Toung-king , de Siam , de la Cochinchine et même de la Hollande, dans le Tai-thsing-hoeï-tien , k. XXXI, f 1 S et suiv. On peut aussi y voir la liste des tributs que doivent porter ces mêmes ambassadeurs. //*. , P à -7.
(**) Voyez, pour plus de détails, le Kia-ti ou les Rites domestiques.
(Note des Édit, chinois.)
cossaire pour se reposer, les hôtelleries, dans lesquelles l'ambassadeur et sa suite s’arrêteront; le tout conformément à l'usage du ministère. Si ce sont des ambassadeurs de la Corée ou du Tounquin, ils seront accompagnés, à leur départ , jusqu’à leur sortie de la frontière, comme on a envoyé au-devant d’eux, aussi jusqu’à la frontière, des mandarins pour les recevoir et les accompagner à la cour. Si ce sont des ambassadeurs de la Cochinchine, des îles Liéou-khiéou,d’Ava, de Siam, de la Hollande, des Iles Philippines, ils seront accompagnés et reconduits par l’un des directeurs du ministère des Rites, chargé de rendre compte à l’empereur du résultat de sa mission. Si ce sont des ambassadeurs européens (*), deux fonctionnaires ou mandarins (”), natifs de leur pays , et préposés antérieurement pour aller à leur rencontre, leur foumiront des mandats sur les postes et les relais du gouvernement, dont ils pourront avoir besoin ; et, dans leur marche par terre ou par eau, ils leur procureront des hôtelleries, des chars et des bateaux, le boire et le manger. Les mandarins civils et les mandarins militaires veilleront à la sûreté de leur marche. On observera le même cérémonial qu’à l’arrivée des tributs, protèges sur toutes les routes où ils passent pour se rendre à leur destination. Les présents gracieux de l’empereur seront dirigés par un employé de l'intendance des routes, qui conformera ses instructions à celles du ministère dos Rites. Un grand mandarin, préposé par le lieutenant gouverneur de chaque province, chargera plusieurs autres mandarins de conduire et d’accompagner l’ambassade jusqu'à sa sortie de la frontière. Les mandarins qui auront accompagné l’ambassade , leur mission terminée; se rendront à la cour pour rendre compte de leur mandat.
(*) Les Chinois ne considèrent pas les Hollandais comme des Européens, parce qu'ils ne les connaissent que comme maîtres de l'ile de Java , d’où partent leurs envoyés pour la Chine.
(**) (> sont ordinairement des F.oropéens attachés au tribunal d'astronomie de Pé-kiug.
« Voilà le cérémonial qui concerne la reconduite des ambassadeurs. »
Tel est enfin le cérémonial officiel qui a été pratiqué envers tous les ambassadeurs européèts qui se sont rendus en Chine jusqu’à ce jour, aussi bien qu'envers les ambassadeurs ou envoyés asiatiques. On est forcé de reconnaître qu’il y a neu de cotirs en Europe, s’il y en a, où I étiquette en pareil cas soit aussi pompeuse qu’en Chine, et où un cérémonial aussi minutieux soit observé.
On a pu voir si ce cérémonial est aussi avilissant que certains narrateurs officiels de relations ont voulu le faire croire en Europe, et si la partie de ce cérémonial qui exige des ambassadeurs et de leur suite les trois agenouillements et les neuf prosternements, daus telles circonstances données, n’est pas plutôt un cérémonial maussade et ennuyeux pour nous autres Européens, que toute autre chose, et si le refus obstiné de s’v soumettre n’est pas aussi puéril qu’inipolitique. Aux yeux dei Chinois, pour qui l’autorité impériale est la plus haute dignité dont un homme puisse être revêtu, ee refus européen est et doit être une grave injure. Dans les chapitres du cérémonial général, qui suivent ceux que nous venons de traduire intégralement, principalement dahfc celui qui concerne le cérémonial de l’investiture des rois vassaux , on y voit ees mêmes rois exécuter à plusiers reprises le cérémonial des trois agenouillements et des neuf prosterneinents('). L'empereur lui-même pratique ce cérémonial dans une foule de circonstances (**). avec cette modification cependant, que, pour lui, il exécute trais agenouillements (son k/ioitei) , et fait neuf révérences ( kieoù-pèi ) au heu de neuf prosternements (la différence n'est que du plus au moins.)
On pourrait peut-être croire que le cérémonial que nous venons de traduire
(*) Taï-thung-tonng-U , k. XLIII , P* 9.
Ces rois rassnux , qui vont se faire donner l’ investiture par l'empereur de la Chine , sont le roi de la Corée, le roi du Tounquin et de la Cochinchine, et le roi des îles Liéoii-khiéoti.
(") Voir, entre antres, le cérémonial du sacrifice au ciel, du grand sacrifice au solstice d’été , etc. , etc. , passim.
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intégralement, datant déjh de prés de cent ans, a pu subir beaucoup de modifications nécessitées par le progrès des relations de la Chine avec des nations étrangères , principalement avec les nations européennes; il n’en est rien cependant.
Nous avons comparé ce cérémonial à celui qui est décrit dans les Statuts imprimés à Pé-king en 1825 , et nous n'y avons trouvé que des différences insignifiantes. Les trois agenouillements et les neuf prosternements y sont les mêmes. Ce qui prouve que les difficultés soulevées par les ambassadeurs anglais en 1796 et en 1816 relativement a ce cérémonial, auquel ils ne voulurent pas se soumettre, préférant ne pas être reçus par l’empereur, ne l'ont point fait 'modifier par les Chinois ; et que si une ambassade européenne se rendait de nouveau à Péking , elle devrait, pour être admise près de l'empereur, observer le cérémonial dont nous avons donné la traduction.
Pelât ions avec les Européens.
La Direction des hôtes étrangers du ministère des Rites a aussi dans ses attributions les relations commerciales avec les négociants étrangers; c'est elle, par conséquent, qui fait les règlements pour le commerce extérieur, donne ou retire aux négociants étrangers l'autorisatiot^b' trafiquer sur tel ou tel marché drTintérieur , et d’y.
vendre telle ou telle marchandise (*).
C’est aussi de cette Direction (qui est en réalité un Ministère des affaires étrangères) que dépendent les artistes ou hommes d’art européens qui veulent aller exercer leurs talents ou leur industrie en Chine, qu’ils soient astronomes, mathématiciens, scidpteurs, ciseleurs, peintres, etc. Ceux d’entre les Européens qui désirent aller exercer leurs talents ou leur industrie en Chine doivent en faire la demande au gouverneur des deux koudng (**), résidant à Canton. Après en avoir obtenu l’auto-
(*) Tai-dising-i-dioung-lclù , k. XXXI , f-ii.
(*’) T-c gouvernement des provinces de
Kouaug-toung et de Kouang-si.
risation de ce haut fonctionnaire , les étrangers en question sont dirigés sur Pé-king , s’ils le désirent (*).
fl U r eau des traducteurs. A cette Direction est attaché un Pureau des traducteurs réunis ( Haêt-toûng-ssé-i kourin), sous l’inspection de deux grands mandarins tartares et du commandant des forces militaires, qui est en même temps l’un des grands maîtres de la Cour des cérémonies. C’est à ce bureau qu’est réserve le soin de loger les ambassadeurs étrangers qui se rendent dans la capitale (?'), et de leur procurer tous les ustensiles et autres objets dont ils peuvent avoir besoin pendant leur séjour, ainsi que toutes les provisions de bouche nécessaires à l’ambassadeur et à sa suite, de même que la consommation Jes chevaux (***), etc.
Lorsque les affaires qui ont motivé le séjour de l’ambassadeur et de sa suite dans la capitale de l’en. pire sont terminées, alors on règle les comptes de toutes les dépenses et fournitures faites , et le bordereau en est envoyé à la Direction des hôtes étrangers, qui ordonne le règlement de ees comptes.
— Les ambassadeurs tributaires , de quelque État que ce soit (dit le commentaire des Statuts), qui viennent à Pé-king, à l’exception de ceux de la Corée, sont tous placés sous la direction et le contrôle ( klng-li ) de l’Intendance de la maison impériale.
(*) Taï-dising-i-dioung-tchi , k, XXXI, f° 16.
(**) L’ambassadeur de la Corée , qui réside continuellement à'l'e-king, a un hôtel spécial, dont la description est donnée miuu tieusenient dans les Statuts.
[*") Les Statuts entrent dans de furieux détails à eel égard. Ainsi il devra y avoir, daus l’hôtel tic i’anibassadeur, tant d’appartements, tant de chambres à feu par a p parte ment, ou plutôt tant de fourneaux à lits ( kliaag ), car li s lits sur lesquels on repose sont chauffés. Les provisions de bouche sout fournies chaque jour par l'Intendance de la maison impériale. Le combustible, qui est ordinairement, à Pé-king, du rliarhoti déterré, est fourni par le ministère des travaux publics; le fourrage pour les chevaux , par le ministère des finances. La quantité et le poids en sont détermiués.
Ip Bureau des traducteurs est aussi spécialement chargé de traduire en chinois les lettres de créance des ambassadeurs qui sont écrites en une autre langue (*).
La quatrième direction du ministère des Rites est la Direction des repas et festins ( Tlisinij-chèn-thsincj-li-ssê ). C’est à elle qu’est réservé l'approvisionnement de la maison des ambassadeurs étrangers ; celui des festins publics donnés à l’occasion des fêtes solennelles du premier jour de l’an, de l'anniversaire de la naissance de l’empereur, de certains mariages, etc. C’est elle aussi qui pourvoit à l'approvisionnement de bouche des princes et des grands officiers de service auprès de l'empereur, ainsi qu’à celui qu’exigent les sacrifices périodiques célébrés dans le cours de l’année.