‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 71 sur 292 · MINISTÈRE DE IA MUSIQUE · texte numérisé non relu

MINISTÈRE DE IA MUSIQUE

Yô-poù.

Ce ministère n'est, à proprement parler, qu'une subdivision du ministère des Rites, «lacée sous la direction spéciale d'un liant fonctionnaire (A ’ouùn- U-tci-tchin). Quoique l’art musical soit loin d'élre en Chine ce qu’il est eu Europe (où cependant on ne lui fait pas l’honneur de lui donner un ministère), la musique a toujours été considérée par les Chinois, dès les temps les plus anciens (**), comme de la première im*

(*) Selon les Statuts, les lettres de créance des ambassadeurs de la Corée, des iles iééoukhièou , et du Tiioung-king, sont écrites eu langue chinoise. Les quarante-deux membres du Bureau général des traducteurs interprètes sont, à quelque* exceptions près, tous Tarlores-Manlelioiis , comme f ce qui est trèsprobable) si les Tartares-Mantchous avaient plus de facilite pour apprendre les langues étrangères que les Chinois,

(*•) Yoy. tom. I, p. a5, 3t cl passim. On voit dans le Choit- king, ou Livre sacré des Annales , que l’cnqiereur Chun , plus de a.aoo ans avant notre ère, institua un ministère de ta musique. Voici le passage : «L’empereur dit: Koueï , je vous nomme « surintendant de la musique (liiii-yô) ; je « veux que vous l'enseigniez aux eulants des « princes et des glands. Faites en sorte qu'ils « soient sincères et alTables, indulgents , com- « plaisouts et graves ; apprenez - leur à être

îf«

portance dans l’État, li en fut de même chez plusieurs peuples de l'antiquité. Il faut croire que, dans les premiers temps de la civilisation , l'influence de la musique sur l’esprit et les passions de l’homme fut très-grande , puisque les anciens législateurs la placèrent au premier rang dans les cérémonies publiques.

Les fonctions du ministère de la musique sont , comme s’exprime le texte, de diriger et de surveiller tout ce ui concerne le nombre et la mesure es lotis et des sons musicaux ; de les adapter harmonieusement à des chants composés exprès ; de les faire résonner sur des instruments, et de les approprier aux fêtes et cérémonies publiques, aux réceptions de la cour et aux grands sacrifices, afin d’approfoudir le clair et l'obscur, et d'unir par l’harmonie le haut et le bas (*).

Nous n’entrerons ici dans aucun détail relatif à l’organisation de la musique chinoise, que font connaître les Statuts. Ceux de nos lecteurs qui seraient curieux d’en savoir davantage à ce sujet pourront consulter le traité complet de la musique chinoise, du P.

Amiot, publié dans le t. VI des Mémoires concernant les Chinois.

Nous nous bornerons à dire que la théorie de la musique chinoise repose sur une octave de sons, comme la musique européenne, lesquels huit sons différents sont réglés dans leurs .combinaisons par douze lois fondamentales, nommées liü. Les instruments de musique sont variés et nombreux (**).

« fermes, sans être ni durs ni cruels; donuez- « leur le discernement, mais qu’ils ne soient « point orgueilleux; cxpliqucz-lelir vos pcn~ « sées dans des vers, et composez-en des « etiansous entremêlées de divers tons et de "divers sons musicaux , et accorde z-lrs aux « instruments de musique. Si les huit modu- * talions sont gardées , et s’il n’v a aucune « confusion dans les différents arrords , les « esprits et les hommes seront unis. — Kouci « répondit ; Quand je frappe ma pierre, soit « fortement , soit doucement , les animaux les « plus féroces sautent de joie. • {Livres sacrés de l'Orient . p. 5a.)

(*) Toi- 1 loin g-hoeï-tirn , k . \ X X 1 II , iu i .

(**) Voir la planche spéciale.

L’UNIVKRS.

4 ° MINISTKBE DR L K GITEIIRE.

Plng-poù (*).

Ce ministère, composé de deux présidents , l’un niantchoii et l’autre chinois, do deux vice-présidents de gauche et de deux vice-présidents de droite, également mantchous et chinois , comprend dans ses attributions la direction du personnel de tous les mandarins militaires employés à l'intérieur ou à l’extérieur pour le service de l’Empire.

Tout ce qui est relatif aux règlements concernant la nomination des officiers, la promotion à des grades supérieurs, ou les retraits d’emplois, ainsi que l’élévation à un titre héréditaire ; les mesures à prendre pour le transport des dépêches de l’État par des relais de postes militaires (**); les règles à suivre dans l'examen des délits, et dans l'application des lois de discipline; enfin, la confection et la vérification des contrôles de l’armée, sont du ressort de ce ministère. Quand les membres qui le composent sont appelés par leurs chefs de Directions à délibérer sur les affaires de leurdéparteinent, ces affaires, si elles sont importantes, sont transmises au Conseil du cabinet ; si elles ne fe sont pas, elles sont expédiées par eux pour accélérer la marche du gouvernement.

Les présidents de ee ministère (comme d’ailleurs les présidents des autres ministères pour leurs fonctionnaires respectifs) sont chargés des présentations à la cour des officiers de leur dé-, partement. Ces officiers doivent être en costumes militaires, l’arc ù la main et le carquois sur l’épaule. Ce sont eux aussi qui préparent les listes d’avancement, et qui répartissent l’armée chinoise dans tout l’Empire par garnisons stables ou cantonnements. On peut voir cette répartition très-détaillce dans les Statuts {\iv. xxxv et xxxvt), ainsi que les règlements concernant les revues.

Diukctions. Le ministère de la guerre est divisé en quatre grandes Directions. La première, nommée Direction du mouvement militaire {IV oùsiuên-thsinglissé ), examine et classe

(#) T ni-thsine-hoeï- 1 ten , k. XXX Y-XI,.

(•') Voy. ri-devaiit p. lyy.

les rangs et les grades des mandarins militaires, règle les droits de promotion ou d’avancement d’après les examens passés à cet effet à des époques fixes, et détermine l’emplacement des différentes garnisons et des campements le long des fleuves et canaux, ou sur les frontières.

Les rangs des mandarins militaires sont distribués, comme ceux des mandarins civils (voyez page 15t et suivantes), en neuf rangs, subdivisés chacun en deux classes. Les grades militaires sont en outre divises en trois ordres, qui sont : I" l’ordre des mandarins militaires à titre héréditaire (chitchï)\ T l’ordre des mandarins militaires sortis des examens {woùrhhi) ; 3" l'ordre des mandarins militaires dont la vie est obscure. ( yin-siny ). — Dans le premier ordre sont compris ceux qui ont un titre de noblesse héréditaire (*) ; dans le second, ceux qui, dans leurs examens, ont obtenu les grades de tsin-ssé et de /dit militaires (voyez p. 155); dans le troisième sont placés tous les mandarins militaires qu'autrefois on aurait nommés chez nous officiers de fortune ; il y en a du quatrième, du cinquième, dû sixième, du septième et du huitième rang; il n’y en a pas des trois premiers.

Les rangs militaires correspondent aux rangs civils. Si un mandarin civil passe mandarin militaire, c’est avec son même rang.

La seconde direction , nommée Direction des positions militaires {tc/itfâng-thslng-l i-ssé ) , s’occupe de se pourvoir de tous les documents <jui peuvent concourir à bien faire connaître les contrées où l’on doit placer des garnisons ou établir des campements; elle s’enquiert de la position des officiers dans tels corps, de leur rang, de leurs droits aux faveurs qu’ds demandent, en même temps que de la manière dont ils observent et font observer la discipline, de leur instruction militaire, et de leurs talents dans l’attaque et Hans la défense. Elle constate aussi les actions d’éclat sur terre, et sur mer, et statue sur les récompenses à décerner, etc. Les postes qui surveillent les passages des fron-

(*) Voy. ci-dexant p. 16a.

tières , les ports de mer, ou qui sont préposés à la défense de certaines places, dépendent aussi de cette direction.

C'est une opinion en Chine comme en Europe, que pour bien faire la guerre dans un pays, il faut bien connaître ce pays. Pour arriver à ce but, cette Direction a fait ^aire des cartes détaillées de toutes les possessions de l’empire chinois, lesquelles ont été distribuées en divisions ou commandements militaires, en subdivisions, etc.

La troisième Direction , celle des chars et des chevaux ( tchê-kià-thsing • li-ssé), a dans scs attributions la cavalerie de l’Empire, les chars et les autres équipages militaires; le service des postes fait par la cavalerie, celui des remontes, etc. C’est cette direction qui répartit dans chaque province Ie3 garnisons et les postes de cavalerie, et qui fixe le nombre des hommes et des chevaux.

Il est alloué aux officiers généraux et autres en garnison :

Chevaux.

A un géucral de division ( toiï-toung

et thsiàng-kiüri) ao

A un général de brigade (Joli- toù-to'ung

et tsoiuig-ping) 16

A un colonel ( fou-thsiâng ) 12

A un lieut.-colonel {tsàng-thsiàng), . . . H

Aux chefs de bataillon ( yeôu-kië ) 6

Aux majors (Jou sse) et capitai nés (c/ft’ôu*

Aux lieutenants ( tsicn-tsohng ) et souslieuteuauts (pâ-thsoung) 2

La cavalerie chinoise est divisée en deux catégories : celle qui est répartie en cantonnement. s, et celle qui est répartie en garnisons (*). La cavalerie en cantonnements (t chou fan g- mû) pour la garde de certains lieux ou la protection de certaines frontières, etc., se monte à 116,174 chevaux, répartis inégalement dans les provinces et dans les possessions chinoises situées au delà des frontières (**).

(*) Voir ci-devant p. ao3.

(**) Voici l’indication des principales garnirons de cavalerie :

Qmvwk.

A Souï-YOuan-lching (Cha/t-si) 4,4 L

hi. — ihut. (mulets.) 1,000

A Kaï-foung-fou ( Ho-nan ) a,5y \

A Kiang-tiing (JVan-kirtg) y, 348

La cavalerie chinoise en garnison ( laü-ying-mà ) s’élève à 109,891 chevaux. Elle est ainsi répartie dans chaque province :

Nombre de cktvaux

Provinces : d’ofii- de

Cf cr». soldats.

«° Tchi-li 1,114 s.tso

t° Chan-toung 70e 5.717

s» Chant i b au s.kb*

4U I/o-nan aco s.o'j»

b°-«0 Kimuj-nan (Kiang-tou et

Ngtm-hoCl) I,7M 4,870

r* Kiung-ii u*o i,«di

bü /’ou-klen mu 4,n;«

V' Tche-kiang ........ 1,111

Itr Hou-pti «-s s, km

ii" Hou-nttn 4.073 *,.t«

i*u Ch«u<i 8S7 7.twa

13" Kan- tou ......... 1,110 sut, 5,1.1

IV* Sue (chouan 4,534 71,904

«" Konang-toung 11.043 4,«J30

46° h outilla SI 850 1411

17“ ïun-nan 1,343 2.004

i«° Koucl-tcheou 1.44e o.eai

Totaux. . . 21,021 y o,oeo

Total général. . ■ . ioo.»tt

Ainsi la cavalerie chinoise, en cantonnements , est de . . t le, 47 4 cbçvaux.

Id. , en garnison , «le. . 1 o:t 3511 —

Total géucral de la cavalerie. *2b/mm chevaux.

Les Statuts entrent dans des détails minutieux sur la manière dont la remonte de cette nombreuse cavalerie se fait dans l’Empire. C’est principalement dans les haras de l’empereur, lesquels sont placés sous la direction d’un bureau spécial , nommé Tcn-pô-ssè; dans les contingents crue doivent fournir les chefs indigènes de certaines provinces, tels que ceux des provinces du Ssetchouan et du Kan-sou. Mais il s’achète aussi tous les ans beaucoup de chevaux sur. les marchés du Turkestan chinois, où les amènent les tvirghiskaissaks Les chevaux achetés ainsi portent un signe spécial, de même que ceux qui sont achetés dans les provinces de L Empire.

Service des postes impériales. Nous avons déjà dit (page lût)) que le service des postes n’était pas organisé en Chine comme en Europe. Dans le pre-

A Htng-tchèou (Tché -kiang) 4,5i3

A Fou-lcheou ( Fo-kien ) 4,022

A King-tchéou (Hou-pé) i3.o! 1

A Si-ngan-fou (Chtn-si). i i, 1 84

A K ing-hia (Kan-sou) 4,5g'

A Tourfan [flarcoul) *.427

A Ouroumoutsi (Soungarie) 8,481

A Y-ti , ville Hoeï-youan io,63a

— — Hori-ning 5,412

L’UNIVERS

micr pays, ce service, fait par des détachements de. cavalerie placés dans tous les relais, est dirigé par un bureau spécial, dépendant de la troisième Direction du ministère de la guerre. Il n’est affecté qu’au transport des dépêches officielles du gouvernement; mais beaucoup de dépêches privées sont transportées sous le couvert des mandarins.

Le service des postes impériales se partage en quatre grandes routes partant de Pé-king, et se rendant aux extrémités differentes de l'Empire, Des niais sont établis à des distances coneenables, et protégés par un poste militaire. Les dépêches, portées par des cavaliers tartares revêtus des insignes du service impérial (qui inspirent le plus grand respect), sont transmises avec une rapidité extraordinaire, et a de tresgrandes distances.

4' Direction. La quatrième direction du ministère de la guerre est celle des provisions et fournitures militaires (woù-klt où-tksing-li-ssé) . Elle est chargée de diriger l'approvisionnement des troupes en vivres, en effets d’armements et d’équipements, et en munitions de guerre; en même temps qu’elle dirige tes inspections annuelles, les examens pour l’obtention des grades et l’avancement, ainsi que la tenue des contrôles.

Composa ion de l'armée chinoise. L'armée chinoise est divisée en huit bannières ( pa-kJt i ) , distinguées entre elles par la couleur ou la bordure des étendards. Les troupes des trois premières bannières forment la garde impériale ( thsin-kiiin ); ce sont généralement des Tartares Mantchoux. Ces dernières troupes sont divisées en douze corps différents, dont V artillerie fait partie ; cependant il entre aussi des Chinois dans cette arme, qui ne connaît que médiocrement la manœuvre du canon.

Les troupes purement chinoises, distinguées par le nom de, troupes a bannières grises ( loù-yiug ) , forment un corps spécial de cavalerie ( ma-plng ) portant une houppe au sommet de son casque, et le corps principal de V infanterie (pou-ping), partagé en deux grandes divisions : la division de guerre

(chén-ping), et la division de garde intérieure ( chéou-ping ) ou de réserve.

Un contrôle exact doit être tenu de ces differents corps.

Nous avons pris la peine de faire, dans les Statuts, le dépouillement de l’armée chinoise cantonnée dans les dixhuit provinces. Nous avons trouvé pour chacune les chiffres suivauts :

Province* :

i*» 7 chi-ti

a1* Ci ian-tounp - . . .

s" ( htm ti

4“ Htt-nan

Kiang-sou . . . . .

b* Agun-hoei

7° Aiany-si. ......

e* to-kirn

î*° irhe kuing

1ü° Hou pa

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12* Cite II- St .......

Il8 Aansou

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Totaux .

Cavalerie. Infanterie.

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