‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 73 sur 292 · MARINE CHINOISE · texte numérisé non relu

MARINE CHINOISE

La marine chinoise, soit maritime, soit fluviale, dépend aussi du ministère de la guerre. Elle a à sa tête :

a amiraux ( choiü-ssé-thi-toii } (**), l’un résidant dans la province de ftokien, l’autre dans celle de Kouang~loung ; xa vice-amiraux ( thsoting-ping ); n contre-amiraux ( Jbti-thsiâng)- 16 majors ( tsan-thsniag)-,

49 capitaines de vaisseau lyron-ki) ;

18 lieutenants de vaisseau Uou-ssf)\

94 capitaines {chtou-pit) ;

190 lieutenants ( tsièn-thsoimg ); v

359 enseignes ( pà-ttuoùng );

56a sous -officiera (ie<u-ivei ) ;

aia id. ( ghè-.vut- adt-ieet ).

Chacun de ces officiers de marine, ou plutôt chacun de ces grades, sont affectés à des arrondissements maritimes déterminés dans les Statuts!'").

(*) Voy. la planche spèciale.

(**) l.cs noms de grades par lesquels nous avons exprimé les dénominations chinoises ne leur repondent f|u’apprnxiinalivenient et dans l’ordre hiérarchique. Il en est de même pour l’armée de terre.

(***) Tai- thsing- hoei-tien , k. XXXVI, f° i-ü.

L’UNIVERS

Police maritime métropolitaine. Il y a une police maritime métropolitaine , comprenant toute la province de Tchi-li , qui ressortit aussi au ministère de la guerre. Elle est placée sous la direction d’un gouverneur général (thsôuny-toü) , lequel a sous ses' ordres neuf lieutenants de police ( tsien thsoüny), neuf sous-lieutenants ( patksouny), huit brigadiers (tceii-wéi), et quatorze sous-brigadiers.

Navigation pluviale. I-a navigation fluviale est très- importante en Chine, où la plupart des transports se font préau. Cette navigation est placée sous les ordres d'un gouverneur général des voies fluviales ( hO-taô-thsoimg tou), dépendant aussi du ministère de la guerre. L’organisation de ce service est à peu près la même que celle du service maritime, sauf qu’il n’y a point d'officiers du grade de vice-amiral et de contre-amiral.

Commandants des places foutes et des colonies militaires. Le ministère de la guerre pourvoit aussi à la nomination des commandants des places fortes, des passages fortifiés, et des possessions chinoises dans la Tartarie et les lieux circonvoisins; de même qu’à ceux des troupes préposées à la garde des tombeaux des empereurs.

Instruction militaire. L’art militaire a été très-cultivé en Chine dès la haute antiquité. Par une loi fatale qui semble inhérente à la nature humaine, l’art de se défendre a dil naître en même temps que l'art de se nourrir et de se vêtir. Mais cet art de l’attaque et de la défense a dû mettre bien des siècles avant d’arriver à l'état de perfection relatine où il a été porté de nos jours, surtout en Europe. Il fut sans doute aussi très-cultivé par les nations de l'antiquité restées célèbres dans l’histoire; mais la Chine seule a conservé des traites spéciaux de cette science ancienne, traités dont les auteurs étaient contemporains de Cyrus. Le premier et le plus célèbre de ccs traités lut rédigé par Sun-lseu , sur la fin du sixième siècle avant notre ère. Il est intitulé : * l-ois ou régies militaires de Sunlseu ( Sun-tseu-pt'ng-fà (*)). » On y

(*) Celui qui écrit ces ligues en possède

lit : ■ Les troupes sont la grande af- « faire d’un État; c’est d'elles que dé- « pend la vie ou la mort des sujets, la « grandeur ou la décadence de l’ent- « pire. » Il pose en principe que tout militaire qui veut que la gloire et les succès accompagnent ses armes , ne.

doit jamais perdre de vue cinq objets principaux, qui sont: la Doctrine , c’està-dire, la grande loi morale dont le philosophe Khoung-tseu s’était constitué l’apôtre le plus éclairé et le plusfervent; le Ciel, c'est-a-dire les lois et les phénomènes du monde physique, la connaissance des climats et des saisons ; la Terre, c'est-à-dire la connaissance approfondie des pays et des contrées de la terre où il peut être appelé à conduire ses troupes; le Commandement, c’est-à-dire toutes les qualités qui constituent l’homme supérieur, capable et digne de commander aux autres ; enfin la Discipline , c’est-à-dire l’art de disposer les troupes et de les soumettre aux règles de la subordination, sans laquelle il n’y a point de commandement possible et de succès durables.

L’ouvrage de Sun-tseu est divisé en treize chapitres ou livres. Le premier traite des principes fondamentaux de [ art militaire. Nous venons d’enumércr les cinq principes sur lesquels il le fait reposer. Le second Un e traite de t'entrée en campagne. Après avoir dit qu’il faut avoir bien soin d'être approvisionne de tout ce qui est nécessaire pour l'entretien de l’armée en vivres et en munitions de guerre, il veut que ceux qui possèdent les vrais principes de la guerre la terminent dans une campagne, et le plus promptement possible. ils ne doivent pas, pendant trois aimées entières, consumer des vivres inutilement. Ils doivent trouver les

une très-belle édition , portant des annotations marginales, à Y encre rouge, du célèbre général ÎCang-clii-tclàiig , qui visait sous les Soin, au commencement du septième siècle de notre ère. L’ouvrage de Smstseu , qui romprenait primitivement Sa chapitres, n'en a plus que i3 maintenant. Le P. Amint en a fuit une traduction qui a été imprimée dans le t. Vil des Mémoires sur Us Chinois, ainsi que sa traduction des ouvrages de (Ju-tseu et rie Sse-ma.

moyens de faire subsister leurs armées aux dépens de l’ennemi , et épargner ainsi àleur pays les frais immenses que, dans un cas contraire, il serait obligé de faire lorsqu’il faut transporter au loin toutes les provisions. Ils n’ignorent pas que rien n'epuise tant un royaume que les dépenses de cette, nature. Car que l’armée soit aux frontières ou dans les pays éloignés, le peuple en souffre toujours ; toutes les choses nécessaires a la vie augmentent de prix ; elles deviennent rares, et ceux qui, dans les temps ordinaires, sont le plus à leur aise, n’ont bientôt plus de quoi se les procurer.

Sun-tseu n’oublie pas ce qui constitue partout le ne;/ de la guerre, c’està-dire l 'argent ; il veut que la solde des troupes soit toujours payée à temps, et avec la plus rigoureuse exactitude.

Dans ce cas, dit-il , vous pouvez marcher droit à l’ennemi; l’attaquer et le vaincre seront pour vous une même chose. Je dis plus: ne différez pas de livrer le combat ; n’attendez pas que vos armes contractent la rouille, ni que le tranchant de vos glaives s’émousse.

S’il s’agit de prendre une ville, hâtezvous d'en faire le siège; tournez d’abord toutes vos vues de ce côté-là. dirigez là toutes vos forces; il faut ici tout brusquer. Si vous y manquez , vos troupes courent le risque de tenir longtemps la campagne ; dans ce cas, de combien de revers ne vous rendezvous point responsable ? etc. — Si l’armée ennemie a une mesure de graiu dans son camp, ayez-en vingt dans le vôtre ; si I ennemi a cent bottes de fourrages pour ses chevaux , ayezen deux initie pour les vôtres. Pie laissez échapper aucune occasion de l'incommoder, de le harceler; faites-le périr en détail ; trouvez les moyens de l’irriter, pour le faire tomber dans quelques pièges. Diminuez ses forces le plus que vous pourrez, en lui faisant diversion, en lui tuant de temps eu temps quelque parti, en lui enlevant de scs convois, de ses équipages, et d’autres choses qui pourront vous être de quelque utilité.

On trouve dans le Iivrede5«n-fsc« ces préceptes d'humanité à l’égard des prisonniers, qui ne sont pas toujours obis* Livraison. (Chine vodehne.1

serves dans nos sociétés modernes, lesquelles se vantent cependant d’avoir été elevées et purifiées par les doctrines du christianisme. Voici comment en parle l’ancien générai chinois :

« Traitez bien les prisonniers, nourrissez-les comme, vos propres soldats ; faites en sorte, s’il se peut, qu’ils se trouvent mieux chez vous qu’ils ne le seraient dans leur propre camp , ou dans le sein même de leur patrie. Ne les laissez jamais oisifs ; tirez parti de leurs services avec les défiances convenables; et, pour le dire en deux mots, conduisez-vous à leur égard comme si c’étaient des troupes qui se fussent librement enrôlées sous vos étendards. »

Le troisième livre traite de ce qu'il faut avoir prévu avant le combat.

» Il vous faut, dit Sun-tseu , conserver toutes les possessions et tous les droits du prince que vous servez; les agrandir en empiétant sur les ennemis, c'est ce que vous ne devez faire que lorsque vous v serez forcé.

« Veiller au repos des villes de votre pays, voilà ce qui doit principalement vous occuper; troubler celui des villes ennemies, ce ne doit être que votre pisaller.

« Mettre à couvert de toute insulte les villages amis , voilà ce à quoi vous devez penser; faire des irruptions sur les villages ennemis , c'est ce à quoi la nécessite seule doit vous engager.

« Empêcher que les hameaux, que les chaumières même des sujets de votre souverain ne souffrent le plus petit dommage, c’est ce qui mérite également votre attention ; porter le ravage dans les hameaux ou dans les chaumières de vos ennemis , c'est ce qu'une disette de tout doit seule vous faire entreprendre.

- Sans donner de batailles , tâchez d’être victorieux ; ce sera là le cas où , plus vous vous élèverez au-dessus du non , plus vous approcherez de l’incomparable et de l'excellent. Les grands généraux en viennent à bout en découvrant tous les artifices de l’ennemi, en faisant avorter tous ses projets, en semant la discorde parmi ses gens , en les tenant toujours en baleine, en empêchant d’arriver les secours etrangers qu’ils pourraient recevoir, et en lui

L’UNIVERS

ôtant toutes les facilités qu’il pourrait avoir de se déterminer à quelque chose d’avantageux pour lui.

« Un nabile général ne se trouve jamais réduit à ses dernières ressources.

Sans donner des batailles, il sait l’art d’huniilier ses ennemis; sans répandre une goutte de sang, sans faire usage de ses armes, il vient à bout de prendre les villes; sans metlre les pieds dans les royaumes étrangers, il trouve le moyen de' les conquérir; et, sans perdre un temps considérable a la tête de ses troupes, il procure une gloire immortelle au prince qu'il sert, il assure le bonheur de ses compatriotes, et fait que l’univers lui est redevable du repos et de la paix. Tel est le but auquel tous ceux qui commandent des armées doivent tendre sans cesse, et sans jamais se décourager. »

Jamais, assurément, on n’a énoncé en Europe, en fait de politique militaire, des principes plus élevés et plus dignes des nations civilisées. Aussi la nation chinoise, qui les professe depuis plus de deux mille ans, a été plutdt une nation conquise qu’une nation conquérante.

Mais, cependant, telle esl la force de la raison et de la justice, (tue les vainqueurs par les armes sont devenus aussitôt les vaincus par la civilisation!

« Pour être victorieux de ses ennemis, dit Sun-tseu, cinq choses sont nécessaires à un général : 1“ savoir quand il est à propos de combattre, et quand il convient de se retirer ; 2° savoir employer le peu et le beaucoup , selon les circonstances; 3“ montrer autant d'affection aux simples soldats qu’aux principaux officiers; 4° profiter ne toutes les circonstances prévues ou imprévues; 5° être silr de ne point être désapprouvé par le souverain dans tout ce qu'on peut tenter pour son service et pour la gloire de ses armes. Avec cela , si vous joignez à la connaissance que vous devez avoir de vous-même , et de tout ce que vous pouvez ou ne pouvez pas, celle de tous ceux qui sont sous vos ordres, eussiez-vous cent guerres à soutenir, cent fois vous serez victorieux. Si vous ne connaissez que ce que vous pouvez vous-méme , et si vous ignorez ce que peuvent ceux qui sont sous vos ordres, vous vaincrez

une fois; une fois vous serez vaincu.

Mais si vous n’avez ni la connaissance de vous-méme ni celle de ceux à qui vous commandez, vous ne compterez vos combats que par vos défaites. »

Après ces trois premiers livres de principes généraux, qui sont une véritable philosophie de ta guerre , l’auteur chinois traite, dans les dix livres suivants : 4" de la disposition des troupes; à" de l'habileté dans le gouvernement des troupes ; 6° du plein et du vide (*); 7“ des avantages qu'il faut se procurer ; 8° des neuf changements ; 9° de ta conduite des troupes ; 10“ de la connaissance du terrain ; 11» des neuf sortes de terrain; 12" de ta manière de combattre par te feu ; 13° de la manière <f employer tes dissensions et de mettre la discorde.

Les développements donnés par Suntseu a ces divers titres prouvent une grande expérience de la politique et de l'art militaire sous le rapport des combinaisons de guerre, et des moyens d'obtenir des avantages sur ses adversaires. Il est douteux qu’à cet égard la science ait fait des progrès depuis plus de deux mille ans. Il est même douteux que beaucoup de généraux euro|>éens soient aussi consommes dans cette philosophie de l’art que l'exige Sun-tseu.

Voici le jKjrtrait que l’auteur chinois fait d'un général :

« Unbon général ne doit jamais dire :

Quoi qu’il arrive, je ferai telle chose, j'irai là , f attaquerai l’ennemi, j’assiégerai telle place. La circonstance seule doit te détermiuer; il ne doit pas s’en tenir à un système général , ni à une manière unique de se diriger. Chaque jour, chaque occasion , chaque circonstance demande une application particulière des mêmes principes. Les principes sont bons en eux -mêmes, mais l’application qu'on en fait les rend souvent mauvais.

« Un grand général doit savoir l’art des changements. S'il s’en tient à une connaissance vague de certains principes, à une application uniforme des règles de l'art, à certaines lois de discipline toujours les mêmes, à une con-

(*) C’est-à-dire de l'art de profiter des vides laissés dans les ligues de l'eunemi, etc.

naissance mécanique de la situation des lieux, et, si je puis m’exprimer ainsi, à une attention distincte pour ne laisser échapper aucun avantage, il ne mérite pas le nom qù'il porte , il ne mérite pas même de commander.

« On général est un homme qui, par le rang qu’il occupe, se trouve au-dessus d'une multitude d'autres hommes ; il faut par conséquent qu'il sache gouverner les hommes ; il faut qu’il sache les conduire; il faut qu’il soit véritablement au-dessus d'eux , non pas seulement par sa dignité, mais par son esprit, par son savoir, par sa capacité, par sa conduite , par sa fermeté , par son courage , et par ses vertus personnelles. Il faut qu'il sache discerner les vrais d’avec les faux avantages, les véritables pertes d'avec ce qui n'en a que l'apparence; qu'il sache compenser I un par l’autre, et tirer parti de tout. Il faut qu'il sache employer à propos certains artifices pour tromper l’ennemi , et qu'il se tienne sans cesse sur ses gardes pour n’être pas trompé lui-même. Il ne doit ignorer aucun des pièges qu’on peut lui tendre ; il doit pénétrer tous les artifices de l'ennemi, de quelque nature qu’ils puissent être; mais il ne (Joit pas pour cela vouloir deviner...

« Ceux des généraux qui brillaient parmi nos anciens (*) étaient des hommes sages, prévoyants, intrépides, et durs au travail, fis avaient toujours leurs sabres pendus à leurs côtés; ils étaient toujours prêts à tout événement. S'ils rencontraient l'ennemi , ils n'avaient pas besoin d’attendre du secours pour se mesurer avec lui. Les troupes qu’ils commandaient étaient bien disciplinées, et toujours disposées à faire un coup de main au premier signal qu’ils ieur en donnaient. Chez eux , la lecture et l'étude précédaient la guerre et les y préparaient. Ils joignaient la prévoyance a la prudence, en même temps qu’ils montraient un véritable courage quand le devoir l'exigeait.

« Enfin, un bon général doit tirer parti de tout; il ne doit être surpris de rien, quoique ce soit qui puisse arriver. Il n’est en état de tirer parti de tout

(*) C'est un général chinois du sixième siècle avant notre ire qui parle.

que parce qu’il fait toutes ses opérations avec le plus grand secret, qu'il sait conserver sou sang-froid, et qu'il gouverne avec droiture... Un habile général sait d’avance tout ce qu’il doit faire : tout autre que lui doit i 'ignorer absolument. Avant que la campagne soit commencée, le général doit être comme une jeune iille qui ne sort pas de la maison ; elle s’occupe des affaires du ménage, eiie a soin de tout préparer, elle voit tout, elle entend tout, elle sait tout, elle ne se mêle d'aucune affaire en apparence.

La campagne une fois commencée, le général doit avoir la promptitude d'un lièvre qui , sc trouvant poursuivi par des chasseurs, lécherait, par mille détours, de trouver entin son gite, pour s’v réfugier eu sûreté. »

Sun-lseu, le plus ancien auteur chinois sur V Art militaire , qu'il connaissait par expérience, ainsi qu’il le dit lui-méme, avait de la guerre une opinion qui ne serait pas répudiée par les plus grands penseurs de notre époque; « Faire la guerre, disoit-il, est, en gé- » néral , quelque chose de mauvais en « soi. La nécessité seule doit la faire « entreprendre. Les combats , de quel- « que nature qu'ils soient, ont tou- « jours quelque chose de funeste pour « les vainqueurs eux-mêmes ; il ne faut « les livrer que lorsqu’on ne peut pas « faire autrement (*). »

H faut lire le traité de Sun-lseu en entier pour sc faireune idée exacte de ce qu’était l’art de la guerre dans l'antiquité orientale ; car nous pensons que cet ancien écrivain a réuni dans son ouvrage toute la science militaire non-seulement de son temps et de son pays, mais encore celle de toutes les grandes nations de l’antique Orient.

Ou ne doit doue pas être surpris de trouver dans le septième livre des Lois indiennes de Manou des préceptes sur

(*) Le P. Amiul. dont nous empruntons ici la traduction {Mémoires sur les Chinois t. Vil, p. 143), a généralisé la pensée de Sun-tsrn , nui avait seulement en vue la guerre par le feu et ;mr tenu , dont il venait d'exposer les principes (L. XU); voulant dire par là qne l’on ne devait recourir à ce genre de guerre qu’à la dernière extrémité, parre qu'elle était quelquefois aussi nuisible aux vaiuqucurs qu'aux vaincus.

L’UMVKRS.

la guerre, d'une conformité parfaite, sur plusieurs points, avec ceux donnés par Sun-tseu ; mais, dans Manou , on, attribue au roi ce que le général chinois demande au général d'armée.

Si le temps et l'espace nous le permettaient , nous donnerions ici une idée de la tactique militaire des Chinois de nos jours ; tactique qui est encore loin d’étre à la hauteur de la tactique européenne actuelle , surtout dans les armes savantes. Nous dirons seulement que les idées cosmogoniques des Chinois prévalent dans l'art militaire comme dans toutes les autres conceptions de ce peuple. Ainsi la disposition d'un camp ou d'une armée en bataille doit imiter la rondeur ou la sphéricité du Ciel , et la forme carrée de la Terre.

Le nombre cinq est le nombre de prédilection (à cause des cinq éléments, des cinq planètes, des cinq vertus cardinales , des cinq points cardinaux , des cinq couleurs , etc.); aussi, les soldats sont toujours groupés par cinq; dix de ces groupes ou escouades forment une compagnie de cinquante hommes, infanterie ou cavalerie, et huit compagnies (comme chez nous) forment un bataillon; chaque peloton est formé de cinq (îles de cinq hommes chacune, et chaque file a un porte-drapeau ou guide en tête. Ce sont là des règles générales qui souffrent beaucoup d’exceptions dans la pratique. Un corps d'armee ou une division est composé ordinairement de huit bataillons, rappelant les huit koua de Fou-hi. Ces huit bataillons forment un carré solide, au milieu duquel se tient le général avec sa tente et son ctat-major. Vingtquatre bataillons sont ranges en deinilnne sur les flancs du carré, et semblent destinés a le couvrir comme les vélites des armées romaines. D'autres fois, c’est le contraire qui a lieu : le général est au milieu d'un cercle formé par deux rangs d'infanterie et un rang de cavalerie, lequel cercle est protégé par un carré de soldats porteurs de boucliers et de hallebardes, avec des canonniers à tous les angles ; les quatre côtes de ce carré extérieur sont ensuite flanqués de fusiliers formant un angle, dont la base est le côté du carré. D'autres fois encore, les troupes sont

divisées en cinq pelotons, chacun de forme circulaire ; d’autres fois, en dix

ui prennent encore entre eux la forme

u cercle.

Lorsqu’un corps d’armée doit attaquer l’ennemi, les vingt -quatre bataillons qui couvrent, en forme de demi-lune, le carré au centre duquel est le générai en chef, se divisent par moitié, et douze bataillons s'avancent à la rencontre de l’aile de l'ennemi. Chaque bataillon, par son organisation propre, se suffit a lui-même pour le commandement et le maintien de la discipline; et lorsqu'on le voit fléchir, il est immédiatement soutenu par un autre bataillon qui n'a pas encore donné. L’art du général chinois est de ne pas engager toutes ses forces à la fois, mais successivement, de manière à en avoir toujours de nouvelles à opposer aux avantages momentanés de l’ennemi.

Cette tactique peut quelquefois réussir, lorsque la ruse et les combinaisons stratégiques font les principales ressources d'un général d'armee, comme cela a lieu en Chine; mais elle tiendrait difficilement contre la marche savante d'une armée européenne bien disciplinée. Ou a vu , dans la récente guerre des Anglais contre les Chinois, ces derniers donner des preuves nombreuses de bravoure individuelle, jusqu'à se faire tuer plutôt que de se rendre ou de souffrir l'humiliation d'une défaite; mais, par suite de l'infériorité de leur tactique et de leurs armes offensives , en présence de la tactique et des armes européennes, les troupes chinoises se trouvaient dispersées au premier choc, cl ne pouvaient jamais résister en bataille rangée.

Ce n'est pas la crainte de la mort ( les Chinois ne la craignent nullement) qui fait des Chinois d'assez mauvais soldats; c'est l'ignorance d'une bonne tactique , et des moyens perfectionnés de destruction aujourd'hui en vigueur dans les armées européennes. Les Chinois ont l’esprit assez imitateur pour que l'on puisse attendre deux un progrès assez prochain sous ce dernier rapport (*).

(*) Un ouvrage chinois moderne intitulé ; Kiao-ping-tom-tchi, ou le Manuel du Soldat ,

Dans les temps anciens, presque toute la population mâle était assujettie, selon ,\fa-/ouan-lin{‘) , aux exercices militaires; et lorsque le besoin l'exigeait, on faisait des levées d'hommes dans la proportion d’un sur seize ou dix-sep! .

Plus il y avait d'hommes pour les exercices et les revues, plus il y avait de soldats instruits ; et moins’ on levait d’hommes pour la guerre, moins les levées étaient lourdes pour le peuple.

Dans la suite des temps , les choses se passèrent autrement. Les lettrés formèrent une classe séparée, les laboureurs une autre; les artisans et les marchands furent classés dans les deux dernières. Le peuple étant ainsi partagé en quatre classes , n'entendit plus rien aux cuirasses et aux amies ; mais on fomiades soldats, comme une cinquième classe ajoutée aux autres. La conséquence fut la diminution du nombre des militaires , et une plus grande encore du nombre des soldats habitués au maniement des armes.

Les empereurs de la dynastie des Thang introduisirent l’usage d’employer seulement des soldats enrôlés ; le peuple et les militaires formèrent alors deux classes entièrement distinctes. Le prétexte de cette innovation fut qu’il valait beaucoup mieux avoir des troupes élevéesau service et disciplinées pendant toute leur vie, afin qu'elles tussent prêtes à la première occasion.

Cette innovation n’a pas été heureuse; car on peut assurer que, plus le nombre des soldats a augmenté, plus les conséquences malheureuses de ces armées au service permanent ont été vivement senties. Les troupes sont devenues arrogantes, rebelles, ou faibles et indisciplinées, et elles ont subi presque toujours la loi des conquérants.

Le système de recrutement des armées européennes, dans lequel le soldat fait son temps de service pendant les

en 18 chapitres, renferme d'excellents préceptes sur les devoirs du soldat dans lonlcs les circonstances dans lesquelles il peut se trouver, soit en garnison, soit en marche, soit en face de l'ennemi , etc. C'est encore de 1a philosophie militaire plutôt qu'une théorie .du maniement des armes et des dilîérentes évolutions, et des manoeuvres.

(*) Préface du fVen-hun-lhong-hltao.

plus belles et les plus vigoureuses années de sa jeunesse, parait être celui qui assure le mieux le succès des armées.

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