‹ Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinois première partie comprenant un résumé de l'histoire et de la civilisation chinoises depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours par m. G. PauthierChapitre 11 sur 238 · II. I.A GRANDE MURAILLE · texte numérisé non relu

II. I.A GRANDE MURAILLE

OU LS 6S4BD SSMrAST.

Avant la conquête de la Chine par les Tartares-Mandchous, la frontière septentrionale de cet empire était limitée par la Grande muraille ( voyez pl. 1 ) qui s’étend depuis le golfe du Liao-toung ou mer Jaune jusqu’à l’e.xtrémité occidentale de la province du Chen-si ( ou de l’Occidentfrontière ) (*) , dans un espace decinq à six cents lieues. Ce monument, le plus colossal comme le plus insensé peut-être qu’ait jamais conçu la pensée humaine, fut construit par Thsin-chi-hoang-ti (**)

(*) Rien n’est plus désagréable à la lecliire , nous le savons , que la rencontre d’une quantité de mots, auxquels ni les yeux ni les oreilles ne sont accoutumés , et qui ne réveillent aucune idée dans l’esprit. Pour éviter autant que possible cet inconvénient ,

^ nous avons pris le parti de traduire tous les noms chinois de lieux et de villes qui sont traduisibles , et de joindre celte traduction aux noms chinois que nous avons conservés, parce que ce sont des noms propres adoptés dans les ouvrages européens.

(**) Quelques historiens chinois prétendent que cet empereur ne lit construire qu’une partie de celte muraille dans la province du Chen-si, uù il régnait, et que les autres princes des étals frontières en firent construire d'autres parties pour défendre leurs principautés. Dans ce cas, I'hsir-chi- Hoano-ti, apres qu’il se fut emparé de tous les états pour n’en former qu’un grand empire , n’aurait fait que terminer cette grande muraille , en en faisant une ligne de fortification continue. Le dessin complet de cet ouvrage gigantesque a été levé et envoyé en France par les missionnaires, dans le dernier siècle. C’était un dessin sur satin , donnant l’étendue entière et tous 1rs contours de la

( le premier empereur auguste de la dynastie Thsin, c^èbre empereur chinois, le même qui commanda l’incendie des livres, et qui régnait 214 ans ayant notre ère), pour dâendre son empire contre les invasions multipliées des barbares Hioung-nou ou Tartares.

Plusieurs millions d’homm», dit-on, furent employé pendant dix ans à cette construction, et quatre cent mille y périrent. L’épaisseur de cette immense et prodigieuse muraille est telle que six cavaliers peuvent la parcourir de front à son sommet. Elle est flanquée de tours dans toute sa lonueur, placées chacune à la distance de eux traits de flèche, pour que l’ennemi pût être partout atteint. Sa construction est très-solide, surtout du côté oriental, où elle commence par un massif élevé dans la mer ; c’est la qu’il était défendu aux constructeurs , sous peine de la vie , de laisser la possibilité de faire pénétrer un clou entre les assises de chaque pierre. Elle est terrassée et garnie de briques dans toute la province de Tchi-li ( fidèlement attadiée ), qu’elle suit au nord. Mais plus à l’ouest , dans les provinces de Chansi (de l’occident montagneux) (*), de Chen-si et de Kiang-sou (pays riche et fertile sur le fleuve Kiang ) , elle est de terre seulement dans quelque partie de son étendue. Cependant cette muraille parait avoir été bâtie presque partout avec tant de soin et d’habileté, que , sans que l’on ait eu besoin de la réparer, elfe se conserve entière depuis plus de deux mille ans. Dans les endroits où les passages sont plus faciles à forcer, on a eu soin de multi-

grande muraille. L’original a disparu, mais une copie doit se trouver dans un des dépôts publics de Paris.

(*) On n’a pas besoin de faire remarquer ici que ces noms ne représentent des idées vraies que par rapport à un point donné , placé dans l’empire chinois , d’où ces différentes positions sont occidentales, orientales , etc. Ces dénominations seules suffiraient |wur déterminer le siège du gouvernement où résidait l’anlorité qui a imposé ces noms aux provinces.

CHINE

plier les ouvrages de fortifications , et tl’élever deux ou trois remparts qui se défendent les uns les autres. Cette muraille , ou plutôt ce rempart de six cents lieues de longueur, a prevue partout 20 ou 25 pieds d’élévation, même au-dessus de montagnes assez hautes par leswelles on l’a mit passer, et qui sont frequentes le long de cette frontière de la Mongolie. L’une de ces montagnes, que franchit la grande muraille , a cinq mille deux cent vingtcinq pieds d’élévation. Les matériaux qui ont servi à la construction de cette fortification démesurée seraient plus que suffisants, dit M. Barrow, pour bâtir un mur qui ferait deux fois le tour du globe , et qui aurait six pieds de hauteur et deux pieds d’épaisseur.

Elle est percée d’espace en espace de ' portes qui sont gardées par des soldats, ou défendues par des tours et des bastions. On dit que du temps des empereurs des dynasties chinoises , avant que les Mongols, appelés dans l’intérieur de la Chine, se fussent emparés de l’empire, cette muraille était gardée par un million de soldats ; mais à

Ïirésent, que la plus grande partie de a Tartane et la Chine ne font plus qu’un vaste empire , et qu’il n'a plus à craindre des invasions barbares, le gouvernement chinois se contente d’entretenir de bonnes garnisons dans les passages les plus ouverts et les mieux fortifiés (*).

(*) Voici ce qu’en disent deux témoins oculaires : a La construction de cette muraille est composée de deux faces de mur, chacune d’un pied et demi d’épaisseur, dont l’intervalle est rempli de terre jusqu’au parapet. Elle a quanlilé de créneaux comme les tours dont elle esl flanquée. A la hauteur de 6 ou 7 pieds depuis le sol , le mur est bâti de grandes pierres carrées, mais le reste est de briques , et le mortier parait excellent. Sa hauteur totale est entre 1 8 et ao pieds , mais il y a peu de tours qui n’en ait au moins 40, sur une base de i5 é 16 pieds carrés , qui diminue insensiblement à mesure qu’elle s’élève. On a fait des degrés de briques ou de piene sur la plate-forme iii est entre les parapets , pour monter et escendre plus facilement. >■ (P. Gerbillon.)

Une pensée politique, autre qtte celle de préserver les provinces septentrionales de l’empire chinois cottlre les irruptions des Tartares, présida à la construction de cet ouvrage aussi gigantesque qu’inutile maintenant, mais qut du moins est un témoignage formidable de ce que peuvent la volonté et le génie de l’homme. Celui qui eut cette conception ne fut pas un homme ordinaire , malgré les accusations des historiens chinois. Avant sonr^ne, sous la dynastie des Tcheou, l’empire était divisé en un grand nombre de petits royaumes et de petites principautés féodales, qui ne dépendaient guère que nominativement du souverain de tout l’empire. Thsin-chi- HOAWG-Ti,ou le premier empereur auguste de la dynastie Thsin, après avoir soumis tous les rois et les princes vassaux de l’empire qui s’étaient rendus indépendants , et restitué à la nation chinoise sa grande et puissante unité; après avoir vaincu les tribus nomades du nord et du midi , avec des armées de plusieurs millionsd’bommes, ne voulut pas les laisser se dégrader dans l’oisiveté, ou troubler l’empire ; il en fit renfermer cinq cent mille dans des forteresses où ils étaient occupés à des travaux utiles ; et il employa le reste , avec le tiers de la forte population mâle (quatre ou cinq millions d'hommes ) , à construire cette grande muraille que les Chinois nomment : ff^en- li-tchang- tching , « la « grande muraille de mx mille li , ou ■ mille lieues , » mais qui n’a guère que la moitié de cette étendue.

• La fondation est ]>artout en pierres de taille, jusqu’à 6 pieds de hauteur; le reste, jusqu’à la hauteur de 5 toises, esl en bri-

aiies, de sorte qu’elle a en tout 6 toises 'élévation , et environ 4 de largeur. Kn dehors elle esl toute revêtue de pierres de taille, du moins du côté par où l’on arrive de Sclinginsk (ville de Kussie en Sibérie). Elle a quatre grandes portes de fer : eelle de Liao-toung, de la Daourie, de Le-ling, du Tiùbet; et de 5oo toises en 5oo toises de grandes tours carrées, d'environ ta toises de hauteur, qui en défendent l’entrée. » ( Relations de la Tartarie asiatique , p. 06 )

L’UMVERS.

Noils reviendrons sur le rèf'ne de cet empereur en traçant l’esquisse des principaux événements de i’histoire de la Chine.

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