‹ Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinois première partie comprenant un résumé de l'histoire et de la civilisation chinoises depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours par m. G. PauthierChapitre 136 sur 238 · NOUVELLE DOCTRINE PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

NOUVELLE DOCTRINE PHILOSOPHIQUE

Ce fut sous le règne de cet empereur et de son successeur que parut en Chine une nouvelle doctrine philosophique, que l’on pourrait justement nommer j^iilosophie de lâ nature , parce que c’est dans une interprétation plus ou moins fidèle des lois de la nature que ses auteurs en placèrent les principes fondamentaux que nous exposerons ailleurs (*).

Cette philosophie a été considérée par plusieurs missionnaires jésuites en Chine, comme professant rathéisme (**), quoique a tort selon nous.

L’ernpereur Chin-tsoung honora ces nouveaux philosophes de titres distingués pendant leur vie et après leur mort. Au nombre de ces novateurs, et

(*) Voir dans la siiilc de cel ouvrage, l’arl. Plùlosoplùe citinoue.

(*') Voici ce que dil le P.Prémarc dan.s sa Not'Uia lingux sinica , du grand ouvrage publié de i4o3 à i4î5 de noire ère , dans lequel celte philosophie esl exposée :

- In oclavo gradu sunl moderni doctorcs ex » quorum pîaeitis coiiQala est ilia farrago

- Sing- ti- ta -tiiouan. Horum magister est . Tchkou-lie!s-xi , et posi ilium prtccipiie

laudanturduoTcHinG-TS«E, 'l'cHAicG-Tsiï,

m supra diclus Tc:HU-MI cl q'cHAO-XAHG-TSIt.- Il y a plusieurs exemplaires chinois, de rcl ouvrage à la Bibliolhè(|ue royale de Paris.

leur chef politique, figure un ministre d’État, nommé Wang-’ AN-CHi, contre les idées réformatrices duauel Ssb-m a- KOUANG, grand partisan ne l’ancienne doctrine, eut longtemps à lutter. « Place en opposition avec un de ces esprits audacieux, qui ne reculent, dans leurs plans d’amélioration, devant aucun obstacle, qui ne sont retenus par aucun respect pour les institutions anciennes, SsE-HA-KOUANG se montra ce qu’il avait toujours été, religieux observateur des coutumes de l’antiquité, et prêt à tout braver pour les maintenir.

« Wang-’ AN-CHI était ce réformateur que le hasard avait opposé à SsÉ- HA-KOUANG, comme pour appeler à un combat à armes ^ales le génie conservateur qui éternise la duree des empires , et cet esprit d’innovation qui les ébranle. Mus par des principes contraires, les deux adversaires avaient des talents égaux ; l’un employait les ressources de son imagination, l’activité de son esprit et la fermeté de son caractère, à tout changer, à tout régénérer; l’autre, pour résister au torrent, appelait à son secours les souvenirs du passé, les exemples des anciens, et ces leçons de l’histoire dont il avait fait toute sa vie une étude particulière.

« Les préjugés mêmes de la nation , auxquels Wang-’an-chi affectait d« se montrer supérieur, trouvèrent un défenseur dans le parti.san des idées anciennes. L’année 1069 avait été marquée par une réunion de fléaux oui désolèrent plusieurs provinces : des maladies épidémiques, plusieurs tremblements de terre, une séchere^e qui détruisit presque partout les moissons.

Suivant lisage, les censeurs saisirent cotte occasion pour inviter l’empereur à examiner s’il n’y avait pas dans sa conduite quelque chose de répréhensible, et dans le gouvernement quelques abus à réformer; et l’empereur se fit un devoir de témoigner sa douleur en s’interdisant certains plaisirs, la promenade, la musique, les fêtes dt l’intérieur de son palais. Jo ministre novateur n’approuva pas cet hommage

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L’UNIVERS

rendu aux opinions reçues. « Ces caia..

mités qui nous poursuivent, dit-il à l’empereur, ont des causes fixes et Iut variables ; les tremblements de terre , les sécheresses, les inondations n’ont aucune liaison avec les actions des hommes. Espérez-vous changer le cours ordinaire des choses, ou voulez-vous ()ue la nature s’impose pour vous d’autres lois ?

« SsÉ-MA-KOUANG , qui était présent , ne laissa pas tomber ce discours : « Les souverains sont bien à plaindre, s’écria-t-il, quand ils ont près de leurs personnes des hommes qui osent leur proposer de pareilles maximes; elles leur ôtent la crainte du ciel; et quel autre frein sera capable de les arrêter dans leurs désordres Maîtres de tout , et pouvant tout faire impunément, ils se livreront sans remords à tous leurs excès ; et ceux de leurs sujets qui leur sont véritablement attachés n’auront plus aucun moyen de les faire rentrer en eux-mêmes (*). »

Il est difficile, ajoute M. Rémusat, de décider lequel de ces deux discours contenait le plus de véritable philosophie.

RÉFORMES DANS LE GOUVERNEMENT PRO- POSÉES PAR WANG-'AN CHl.

L’opposition de Ssé-ma-kouang et de quelques autres savants personnages, aux idées réformatrices de Wang- ’an-chi, n’ébranlèrent pas le crédit du dernier près de l’empereur ChinïSOUNG dont il était ministre. Alors il entreprit, non-seulement d’établir quelques nouveaux usages, mais de faire publier de nouvelles lois , et de changer sur beaucoup de points le système du gouvernement ctiinois. Voici à peu près le précis de son système tel que le donne le P. Amiot :

Le premier et le plus essentiel des devoirs d’un souverain est d’aimer ses peuples de manière à leur procurer les avantages réels de la vie, qui sont l’abondance et la satisfaction- Pour

(*) M. Itémusat, Vie de Ss«-ina-Wouang;

Aaiiul , id. , Méni. ehiii., I. X, p.

arriver à ce but, il suffirait d’inspirer à tout le monde les règles invariables de la rectitude; mais comme il ne serait pas possible d’obtenir de tous l’observation exacte de ces règles , le souverain doit, par de sages règlements, fixer la manière de les observer.

Sous la dynastiedes Tchéou, il y avait des tribunaux de police qui avaient une inspection immédiate sur les ventes et les achats de toutes les choses qui servent à l’usage de la vie (*). Ces tribunaux déterminaient chaque jour le prix des denrées et des marchandises. Ils imposaient des droits qui n’étaient payés que par les riches , et dont par conséquentles pauvres étaient exempts.

L’argent que Ton retirait de ces droits était mis en réserve dans les épargnes du souverain qui en faisait faire la distribution aux vieillards sans soutien , aux pauvres, aux ouvriers qui manquaient de travail , et à tous ceux que l’on jugeait être dans le besoin. Wang- ’an-chi établit dans tout l’empire des tribunaux semblables.

Il établit d’autres tribunaux qui étaient chargés de distribuer des grains pour ensemencer les terres incultes, et de partager ces terres entre les cultivateurs, à condition seulement de rendre en grains ou en autres denrées, le prix de ce que l’on avait avancé pour eux; et afin que toutes les terres de l’empire produisissent selon leur nature, les commissaires de ces tribunaux décidaient eux-mêmes de l’espèce de denrée dont on devait les ensemencer respectivement, et ils faisaient les avances de ces denrées dont ils ne devaient être remboursés qu’au temps de la récolte.

Il établit dans chaque ville des bureaux particuliers pour percevoir les droits ae l’empire ; et ces droits étaient évalués en proportion de la bonne ou mauvaise récolte, de la rareté ou de l’abondancedes marchandises. La seule espèce de monnaie qui eût cours alors pour l’usage ordinaire, était fabriquée par quiconque voulait s’en donner la peine , il suffisait qu’elle fi'|t de poids.

(*) ^ . pag. iï3 Kl n'i-

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CHINE

Il arrivait de là que la valeur de cette monnaie variait selon le poids et la dimension qu’on lui donnait. Wang- ’an-chi sentit le vice et tous les inconvénients de cet usaçe ; il entreprit de donner à la monnaie ayant cours une valeur Gxe, et d’en déterminer à peu près le nombre. Pour atteindre ce but, il érigea dans les principales villes de chaque district des tribunaux , auxquels il lit attribuer le droit exclusif de fabriquer la monnaie, et de décider en dernier ressort de la quantité qu’il fallait en fabriquer selon le besoin et les circonstances.

On comprend assez, di t le P. Amiot (* (**)), que ces sortes d’innovations durent soulever contre lui tous les ordres de l’État. Il est à croire cependant que s’il n’en eût fait que de cette espèce , on n’eût pas imprimé à son nom la tache ineffaçable qui le souillera tant qu’il y aura en Cbine des hommes qui liront. Mais il en voulut faire jusque dans la classe de ceux qui sont par état les ennemis Jurés de toute nouveauté. Il changea la forme ordinaire des examens pour les grades de littérature ; il flt adopter pour l’explication des Ktng les commentaires qu’il en avait faits ; il flt ordonner que Ton s’en tiendrait, pour l’intelligence des caractères , au sens qu’il avait fixé dans le Dictionnaire universel dont il était l'auteur. Ce fut là, je pense, ce qui lui attira le plus grand nombre d'ennemis et les plus irréconciliables.

Nous ne rapporterons pas ici toutes les objections que les partisans des anciens usages, et entre autres SsÉ- MA-KOUANG, présentèrent à l’empereur Chin-tsoung pour repousser les innovations de Wang-’an-chi; on peut lire à ce sujet tous les détails que donne le P. Amiot dans la vie du célèbre historien (•*). L’empereur Chin-tsoung

(*) vie de Sse-ma-koiiang , pag. Sg.

(**) Mém. cbin., I. X, pag. 48 el suiv. On peut voir aussi le portrait de Waho-’am- CBi, tracé par un de ses ennemis littéraires et politiques, Sou-siun, dans les deux recueils chinois précédemment cités ; et dans Du Halde, Uescripilun de la Chine, t. II.

resta inébranlable dans ses résolutions de faire exécuter les réformes de son premier ministre qu’il croyait avantageuses à son peuple , mais il mourut avant d’avoir pu les mettre entièrement à exécution.

Tchi-tsoung (1086-1100). C’est sous ce nom que régna pendant quinze ans le sixième fils du précédent empereur. Comme il n’avait que dix ans lorsque le gouvernement de l’empire lui échut, ce fut l’impératrice, aïeule de ce prince, qui gouverna pendant sa minorité.

LB DÉCALOtiUB D’UN SOUVERAIN.

Un sage, nommé Lid-kodng-tchu, ayant été élevé à la dignité de premier ministre, présenta à l’empereur Tchi- TsouNG un petit livre contenant les dix préceptes suivants, compris dans vingt caractères chinois , chaque précepte étant renfermé dans cTeux caractères :

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