‹ Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinois première partie comprenant un résumé de l'histoire et de la civilisation chinoises depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours par m. G. PauthierChapitre 171 sur 238 · ÉTENDUE DE LA CHINE SOOS LA DYNASTIE MONGOLE · texte numérisé non relu

ÉTENDUE DE LA CHINE SOOS LA DYNASTIE MONGOLE

«Il .semblerait d'abord , dit M. Abel Rémusat (*), oue l’époque où les princes de la famille de Tchingkis-khakan se partagèrent l’Asie presque entière, et où les branches de cette famille qui s’établirent en Perse et dans le Kapt- ~chak, reconnaissaient sans difliculté la souveraineté de celle qui régnait à la Chine, devrait avoir été la plus favorable à la formation d’un système géographique. Dans le treizième siècle, l’empire mongol qui était devenu l’empire chinois, ne connut, pour ainsi dire, p.Ts de limites du cote de l’occident. Les premiers successeurs de Khoubilal , héritiers du titre de Khakan, considéraient les rois de Perse comme leurs vassaux , ou , pour parler plus exactement, comme leurs officiers chargés de commander pour eux aux barbares d’Occident. Les titres accordés à CCS princes par la cour de Khaobalikh rappelaient toujours cette qualité. Houlagou , partant pour son expédition , avait ordre d’aller conqu^ rir le Si-iu , c’est-à-dire , ce qui est à l’ouest de la Tartarie , de soumettre le Ha-li-fa de Pa-ha-tha (le khalife de Bagdad) et les pays voisins; et quand, au bout de huit ans , dit l’histoire chinoise , il eut pris le roi de Pa-ha-tha, passé la mer à l’occident, et conquis jusqu’au pays des Francs {/ou-lang), on lui donna le titre de garde hérédi-

(*) Mémoire sur l’extension de l'empira i'hinni.s du colé de l’occident.

SW

L’UNIVERS

taire de ces contrées. Argoun , petitfils d’Houlagou, avait reça du Khakan, avec l’investiture du rojaume de Perse, le titre de ministre d’État, protecteur des peuples, et ce titre était inscrit en caractères chinois sur les sceaux dont il mariait les pièces émanées de la cour. L^empreinte de celui dont se servait (Kldjaïtou , se voit six fois dans la longueur de la lettre qu’il écrivit à Philippe le Bel. La phrase diinoise qu’on J lit, signifie que l’empereur suprême a , par un ordre exprès , confié le gouvernement des dix mille barbares (c’est-à-dire , de tous les étrangers ) , au prince fidèle et obéissant. Cette lettre est de 1307. Plusieurs princes chscendus d’Houlagou eurent, postérieurement à cette éfioque, des titres honorifiques et des commandements dans la Tartarie occidentale. Mais les pays dont le gouvernement leur fut confié par l’empereur , étaient beaucoup plus rapprochés de la Chine que la Perse, dont les souverains devinrent peu à peu tout à fait indépendants du Khakan, et finirent même par en être tout à fait ignorés. La huitième année ta4e (1304), le roi des pays oocideii' taux envoya une ambassade avec un tribut consistant en raretés de ces contrées. Celui qui la conduisait descendait, à la quatrième génération, d’Houlagou , et se nommait Tchcm-pe.

On lui accorda le titre de roi belliqueux et majestueux de l’Oecident pacifié. On lui donna aussi un sceau d’or; et, deux ans après (1306), on lui confia le commandement des armées et l’administration de Kan-sou et des autres pays voisins. L’année suivante, on éleva son grade, et l’on changea son titre en celui de roi de Pin. La première année fcA4-fa (1308), le même prince envoya en tribut 613 livres pesant de jade : offrande ordinaire des princes qui dominent à Yerkiyang, parce que dans le territoire de cette ville on trouve en abondance cette substance minérale. Nan-hou-li , fils de Tchou-pe , succéda à la dignité de son père, la septième année yan-yeou (1831). Depuis ce temps, il n’est plus parlé des princes de la branche d’Hou-

lagou, à titre de tributaires ou de feudataires du grand empire mongol.

L’histoire chinoise abandonne plutêt encore les descendants de Chou-iché, c’est-à-dire, la brandie des Kaptcbak.

Elle se borne à dire, en pariant de Batou , qu’il alla régner dans les pays occidentaux , et qu’a cause de la grande distance , on a cessé d’avoir à ce sujet des renseignements authentiques. Dans les détails qu’on lit sur le gouvernement des p^s occidentaux et sur le nombre d’omciers qui y étaient entretenus par l’empereur , on ne voit rien ui fasse connaître précisément l’état es limites à cette époque. On apprend seulement les titres des différents gouverneurs militaires de ces contrm, des juges , des préfets et des autres agents du gouvernement.

« Sous les derniers empereurs de la dynastie mongole, les limites occidentales de l’empire se rapprochèrent successivement des points où nous les verrons sous les Ming. Toutes les tribus de la nation Ouïrat se détachèrent les unes après les autres, et leurs cliefi s’emparèrent, en leur propre nom, des pays où ils se trouvaient campés ; mais , en cessant de reconnaître la suzeraineté effective du khakan de la Chine , aucun d’eux n’eut la témérité d’en usurper le titre , quelles que fussent d’ailleurs sa puissance et son autorité. C’est une chose reconnue parmi tous ces Tartares , et comme la maxime fondamentale de leur droit public, qu’il ne doit y avoir qu’un khakan, Tartare ou noii : c’est le fils du ciel , ou l’empereur de la Chine. On peut aspirer à le devenir ; mais la première condition est la conquête de la Chine , qui forme , pour ainsi dire , le centre de tous les États de l’Asie orientale. Ce n’est point , comme on l’a cru , le respect pour la famille de Tchingkis qui a empêché qu’on ne s’arrogeât les titres qu’il avait portés, puisque la même déférence a été de tout temps, et bien des siècles avant les Mongols, rendue au Klian céleste par les souverains des Hioung-nou, des Thoukieuei, des Jouan-jouan, etc. : c’est bien plutôt le respect qu’inspira tou-

CHINE

jours à tous ces barbares cette granile nation civilisée , au nom de laquelle ils sont accoutumé à rattadier les idées de richesse , de puissance , de splendeur , et , pour ainsi dire , d’une supériorité naturelle et Incontestable. •

XXI* DTHA.STIE. LES MIHO.

SI i368 A 1644* (6 ab»4u.

I-e fondateur (*) de cette grande et célèbre dynastie chinoise fut, comme nous l’avons déjà vu , le fils d’un pauvre laboureur , qui , ennuyé des lonctions humiliantes qu’on lui faisait remplir dans un couvent de bonzes, se joignit à un parti de révoltés qui s’était formé contre la domination étrangère sous laquelle gémissait ia Chine , et en devint bientôt le chef le plus intelligent et le plus habile.

Chez aucune nation du monde le mérite ne reçoit plus complètement et plus promptement une sanction légitime ae ses œuvres qu’en Chine ; nulle part les considérations de race et de naissance ne sont si complètement dédaignées. «Tout homme, disent les Chinois, qui sait mettre à profit le concours de certaines circonstances pour établir sa fortune et s’élever au-dessus de sa condition, a nécessairement quelque espèce de mérite ; mais un homme qui , du sein de la pauvreté la plus extrême, et du milieu de l'état le plus abject et le plus vil (**}, a pu se frayer une route jusqu’au faite des grandeurs humaines , et se placer glorieusement sur le premier trône de l’univers, a dû être, sans doute, un homme d’un mérite supérieur , un grand homme, un homme extraordinaire , destiné à tenir la place du ciel pour gouverner les hommes sur la terre. » Tel a été l’illustre fondateur de la dynastie des Ming, nommé Tchou-youanrtchang , lorsqu’il n’était encore que simple particulier; Tchou-

(*) Voyeison portrait, 66, n« 3.

(**) Le premier empereur de la dynastie des Mihg avait été, selon quelques bistorieiis, domestique de bonzes , tout en étant bonze lui-méme.

koung-Ueu, lorsqu’il commandait les troupes qui le reconnurent pour chef; Ou-Aou«^tom, c’est-à-dire prince de Ou, après qu’il se fut rendu mattre du Kiang-nan ; /Anm^mou, lorsqu’après être monté sur le trône , il donna un titre aux années de son règne , comme empereur reconnu légitime par toute la nation ; et Ming-taï-tsou ( grand aïeul de la dynastie Ming ) dans la salle des ancêtres (*).

On a déjà vu précédemment comment cet empereur sut avec habileté profiter de ses succès comme chef de parti , et s’attirer l’affection du peuple. Lorsqu’il se fut rendu mattre de la ville où il était né, il se rendit à la sépulture de ses parents. Il se prosterna plusieurs fois en frappant la terre du front, puis, s’y étant assis, il dit à ses généraux : « Dans les premières années de ma vie, n’étant que le fils d’un pauvre laboureur, je n’ambitionnais pas d’autre fortune que celle de mon père. En entrant au service, je n’avais d’autre désir que de m’acquitter de mon devoir. Aurais-je jamais pu espérer de rendre un jour la paix à i’empire? Après plus de dix ans d’absence, je reviens avec quelque gloire dans ma patrie, près des tombeaux de mes ancêtres ; j'y retrouve les vieillards que j’y avais laissés. I/>rsque je quittai la maison de mon père pour entrer dans les troupes en qualité de simple soldat , je vis les plus braves et les plus estimés de nos officiers permettre à leurs soldats d’enlever les femmes et les enfants du peuple , et de lui ravir tout ce qu’il possédait. Indigné de ces brigandages , et pénétré de douleurà la vue deces malheureuses vietimes, j’osai élever la voix , et faire des reproches à ceux qui les autorisaient; mais , les trouvant sourds à mes représentations , je pris le parti de me séparer d’eux : j^assemblai les officiers qui m’obéissaient; je leur recommannai de ne jamais souffrir parmi leurs troupes d’aussi grands désordres , d’épargner en tout le peuple , afin de lui

(*) .Amiot , Foru-ail inédit de Ming laïtsou.

L’UNIVERS

faire connaître que nous n’avions pris les armes que pour le tirer de la misère , et lui procurer une paix solide.

L’auguste ciel a sans doute approuvé ma conduite, puisqu’il m’a tiré de l’état abject où j’étais né, et que je suis parvenu à l’honneur d’étre votre chef. »

SECBESCIIE DES LIVRES.

Lorsqu’il n’était encore (en 1366) ue le plus sage et le plus puissant e tous les compétiteurs à l’empire des Mongols, et qu’il ne possé^it que le pays à l’est et à l’ouest de la rivière Hoaï, il Gt faire une recherche exacte de tous les livres, avec ordre de mettre dans sa bibliothèque un exemplaire ou deux de chacun de ceux qu’on trouverait. « J’aime beaucoup les livres, dit-il aux grands et aux lettrés de sa suite, parce que c’est dans les livres que l’on s'instruit de. ses devoirs. Je suis fâché que la vie que j’ai menée jusqu’à présent ne m’ait pas laissé assez de temps pour l’employer à une lecture plus assidue. J’ai tâché d’y suppléer par mes fréquents entretiens avec les gens de lettres. Quand je serai plus libre , j’y suppléerai encore mieux. Ainsi qu’on recueille tout. Je crains bien que tant d’années 4e troubles et de désordres n’aient fait disparaître beaucoup d’ouvrages qui méritaient d'étre conservés. »

— « Seigneur, lui répondit l’un des lettrés qui étaient présents , en ce qui concerne les ouvrages qui ont été composés sous les trois wang ( rois) et les cinq ti (empereurs), ils sont en bien petit nombre et très-succincts; mais les recueils qui se firent sous Hanwm-tUfVou-ti, empereur de la dynastie des Han) y suppléent en quelque sorte. C’est au moyen de ces recueils que, conciliant tous les fragments les uns avec les autres , on est parvenu à compléter les King, et à s'instruire de ce qu’il y a de plus essentiel à savoir sur les anciens temps. Les empereurs qui ont successivement occupé le trône après tVou-Ti, n’ayant pas eu autant de zèle que ce grand prince en avait pour le recouvrement des anciens

fragments, on n'a pas fait beaucoup de nouvelles découvertes en ce genre.

Maintenant que vous voulez bien nous encourager a poursuivre un objet si intéressant, nous n’oublierons aucun soin pour tâcher de vous satisfaire. >

AMBASSADEURS ENVOTÉS DBS PAYS ^TRAnCERS.

Dans les premières années de son règne , Houno-wou reçut des ambassadeurs de quarante royaumes étraners; et il y avait un lion au nombre es objets qu’ils lui présentèrent.

C’est, dit riiistoire , le premier qui fut vu en Chine. Il reçut aussi des envoyés de la Corée , du Japon , de l’île Formose, des îles de l'Australie et du royaume de Sien-lo ou Siang. L’ambassadeur de ce dernier pays était porteur d’une lettre missive écrite en lettres d’or.

Avant d’étre entièrement maître de la Chine, Tchou, déjà reconnu roi, avait établi sa cour à Nan-king. Il y avait fait construire un palais , un ternie des ancêtres, et tous les édifices estinés par les usages chinois à l’exercice de l’autorité souveraine. Il avait aussi fait construire un temple hors de l’enceinte de la ville, pour y offrir le sacrifice du solstice d'hiver. Ayant pris la résolution d’offrir ce sacrifice à la onzième lunede l’année 1367, il se fit accompagner par celui de ses fils qu’il destinait déjà à être son successeur. La cérémonie étant finie , il conduisit son fils dans la campagne, pour lui donner une de ces leçons frappantes, que l’on peut d’autant moins oublier, qu’elles ont un caractère plus grave et plus solennel.

« Voyez , mon fils , lui dit-il , tous ces champs, examinez avec quelle activité toute cette multitude d’hommes dispersés çà et là travaillent! C’est ue c’est a présent le temps où ils oivent confier à la terre la semence destinée à produire des fruits dans une autre saison... C’est pour nous que ces pauvres gens travaillent ; c’est pour nous nourrir que, pendant tout le cours de l’année, ils s’épuisent de fatigues ; trop heureux encore si , après

CH INF,

s'être ainsi épuisés, il leur reste de quoi réparer leurs forces par la nourriture la plus grossière. Tout le fruit de leur travail est pour nous. Nos ancêtres étaient de la classe de ces hommes. Je les ai vus arroser les champs de leurs sueurs , et j’ai été témoin de leurs misères. Je serais aujourd’hui tout comme ils étaient , si J’avais eu assez de forces pour pouvoir travailler. Vous ne seriez alors vous-même que le fils d’un paysan ou d’un laboureur.

Le ciel en a disposé autrement ; mais nous ne devons pas oublier pour cela l’état de bassesse d’où il nous a tirés pour nous placer au faite des honneurs. Ainsi, mon fils, si le même ciel qui m’a placé où vous me voyez , vous destine à être dans la suite roi ou empereur, rappelez quelquefois dans votre esprit notre entretien d’aujourd’hui. Il vous inspirera des sentiments de compassion pour ceux de vos sujets qui s’occuperont du travail , et vous portera à les soulager. Il empêchera encore que vous ne vous laissiez dominer par un foi orgueil (*). »

Quelque temps après , il éleva Khodng - hi - Hio , descendant de Khoung-tseu , à la cinquième génération, au rang de houng (ou comte) de l’empire, en reconnaissance, lui dit-il en présence de toute sa cour, de ce que son illustre aïeul avait laissé à la postérité , dans ses écrits immortels, les véritables maximes du bon gouvernement , maximes qu’il s’efforcerait lui-méme de mettre en pratique, tant qu’il aurait des hommes à gouverner.

Le dernier empereur mongol ne tenait plus que quelques places dans la province de Pe-tchi-li ; les généraux et les courtisans de Tchou , car il avait déjà des courtisans , le pressaient de se déclarer empereur. « Dans peu , lui disaient-ils , nous allons être entièrement délivrés de tous ces étrangers ; vous ne pouvez résister plus longtemps au vœu de la naticm. »

— • Puisque le ciel et les hommes le veulent ainsi, répondit-il je me

(*) Amiot , lieu cUé.

rends ; » et aussitôt il protesta en face du ciel et de la terre, que ce n’était point par ambition , ni par aucun autre motif semblable, qu’il allait prendre le titre d’empereur, mais que c’était uniquement pour obéir au ciel, dont les ordres lui étaient manifestés par la voix des populations qui avaient pour organes les ministres, les grands, et les mandarins. Alors, dans la première lune de l’année 1368, il alla offrir le sacrifice solennel des empereurs dans le temple du Ciel, placé au raidi de la ville ; et , à son retour, il tint son premier lit de justice comme empereur. Il détermina , dans cette cérémonie, que le nom de Ta- mina, ou de grande lumière, serait donne a sa dynastie , et que les années de son règne seraient nommées Houng -%txm {du grand guerrier). Cette cérémonie étant achevée, il se rendit au temple des ancêtres {tal-miao) avec tout son cortège. Il y plaça les Tablettes de quatre de ses ancêtres ; et , après avoir fait devant elles les prosternations et autres cérémonies d’usage , il se retira.

La soumission de la capitale et des principales provinces, dit un biographe du fondateur de la dynastie des Ming, ne fut pour le nouvel empereur qu’un motif de redoubler d’activité, afin d’achever la conquête de l’empire.

Tous ses généraux furent envoyés à la fois pour réduire ce qui pouvait rester du prti des Mongols ou des chefs de rebelles, naguère rivaux de Houngvvou. Lui-méme, tranquille à Péking sans y être oisif, s’occupa de consolider, par de sages institutions, sa grandeur qui ne reposait encore que sur le succès de ses armes. Ennemi du luxe , comme presque tous ceux qui s’élèvent par leur mérite , et qui veulent se montrer supérieurs à leur fortune, il mit ses soins à réformer toutes les folles dépenses qui avaient rendu la cour tartare odieuse au peuple. Il fit aliattre les tours et les palais somptueux que les Mongols avaient construits à Péking, et remplacer par des ornements de cuivre , les figures d’or et d’argent qui brillaient sur les chars et

L’UNIVEUS.

les meubles; et, comme un de ses grands lai représentait la perte que ce changement allait produire, et la nécessité de conserver des superfluités ui augmentaient l’éclat extérieur de sa ignite : « La gloire d’un prince, répondit Houng-wou, n’est pas d’avoir des meubles somptueux et superflus , mais d’étre le maître d’un peuple qu’il rende heureux. J’ai tout l’empire pour domaine : en serai-je plus pauvre quand je perdrai la façon de quelques meubles inutiles P Si je donne l’exemple du luxe, comment pourrais-je le condamner dans mes sujets ? »

« Houng-wou était doué de trop de grandeur d’âme pour oublier le rang obscur d’où il était sorti; et loin de rougir de sa naissance, il semblait plutôt en tirer vanité. Tous ses discours à ses courtisans , les instructions qu’il adressait au peuple, les exhortations qu’il faisait à ses armées, avaient pour objet d’enflammer leur âme, en leur montrant l’élévation où l’avaient fait arriver, disait-il, la vertu simple et modeste de ses aïeux , et son attention à se conformer aux intentions bienveillantes du ciel pour les hommes.

Néanmoins, le désir qu’il avait de pacifier l’empire, ne l’empécha pas d’entreprendre des guerres qui pouvaient le conduire à cet objet. Ses généraux , après avoir soumis ou dispersé tout ce qui restait des armées mongoles eu deçà de la grande muraille, sortirent des limites de l’empire par plusieurs points , et allèrent attaquer en ïartarie les princes de la dynastie fugitive, dont le retour sur les frontières aurait pu inquiéter ou troubler l’empire.

« LeThibet, IeLiao-toung,et même itlusieurs divisions de la nation mongole sc soumirent à leur tour aux armes chinoises; et le prince tartare, qui conservait le titre d’empereur, se vit contraint de se retirer .à Karakoroum , dans le pays même d’où ses ancêtres étaient partis pour aller à la conquête de l’Asie. Mais dans cet éloignement, ils ne cessèrent pas de tourmenter les Chinois, soit eti venant à l’im|)roviste foudre sur les frontières.

soit en harcelant ceux des Tartares qui avaient reconnu les Ming, et qui servaient de boulevard à l’empire. Houngwou ne vit pas la fin de ces guerres, qui lui donnaient toujours de l’inquiétude sur la stabilité de sa dynastie. Ce ne fut que dans les années Yowig-h, sous son second successeur, que les Chinois, prenant enfin leur revanche sur les Mongols, pénétrèrent dans la Tartarie, et la réduisirent en province chinoise.

« Mais Houng-wou eut toujours la gloire d’avoir délivré sa patrie du joug we les étrangers lui avaient impose depuis cent ans; d’avoir réuni à ses Etats des pays immenses qui avaient été subjugués par les Mongols ; d’avoir rendu la paix à un vaste empire , et rétabli l’ordre troublé par les révoltes et les guerres ; d’avoir enfin répandu la terreur et la gloire du nom chinois dans des contrées éloignées, « d’où un grand nombre d’étrangers vinrent lui payer le tribut, participer à ses bienfaits , et admirer son gouvernement , • c’est-à-dire, en langage chinois, que sous son règne l’accès de l’intérieur de Tempire fut ouvert aux étrangers, et que l’attrait du commerce attira en Chine les marchands de tous les pays de l’Asie ; car, quant à la soumission des contrées qui sont situées au delà du Thibet, dans l’Inde, la Perse et la Tartarie, on doit la regarder cette fois comme une de ces exagérations dont les Chinois sont assez pr^igues , quand il s’agit de rehausser l’éclat et d’augmenter la splendeur du règne de leurs souverains. »

Page 1