NOUVELLES CARTES DE L'EMPIR
Dans l’année 1761, à l’occasion des réjouissances qui se célébraient pour fêter l’anniversaire décennal de sa naissance, Rhian-loung reçut l’hommage du nouveau travail géographique des pères Hallerstein et Benoît , deux missionnaires versés dans les mathématiques, et qui ont porté à un point voisin de la perfection les cartes de la Chine et de la Tartarie , précédemment levées par les pères Jartoux, Régis et quelques autres de leurs devanciers (*).
En 1767, Rhian-loung fit avec éclat la cérémonie du labourage de la terre. Nous renvoyons pour la description de cette cérémonie curieuse à la seconde partie de cet ouvrage.
En 1768, l’empereur eut à soutenir une guerre avec les peuples du royaume d’Awa.
En 1770, les Tourgaouts (**), tribu
(*) Voyez ci-derant.
(**) On peut voir, dans les Mémoires sur les Chinois, p. 401, la traduction de l’insrriplion que l’empereur Kuiah-looho lit graver en maiiicliou , en chinois, en mongol
L’ UNIVERS
mongole qui s’étai tétabliesur le Wolga, mécontents de la domination russe, traversèrent les déserts des Khirgis, côtovèrent le lac de Balgach , et vinrent sur les bords de l’Ili demander à rentrer sous la puissance chinoise, et à habiter dans le pays de leurs aïeux. Us arrivèrent, fatigues de mille combats u’ils avaient eu à soutenir, dénués e tout, au nombre de 50,000 familles, évaluées à 300,000 âmes. L'empereur les retjut avec une vive satisfaction , fit venir leur chef à la cour et le combla d’honneurs. L’annéesuivante,177 1 ,
filusieurs tribus oelètes, des pourouts et es restes de la nation tourgaoute, en tout formant 30,000 familles, vinrent encore d'elles-mémes demander à se soumettre.
En 1775 eut lieu la réduction des JUiao-Ueu, cette ancienne peuplade indépendante qui était restee enfermée dans les montagnes du Sse-tchouan depuis un temps immémorial (*). Pour avoir un prétexte de soumettre ces peuplades indépendantes , on les accusa de brigandages, à cause des querelles que de temps à autre ils ne pouvaient manquer d’avoir avec les officiers chinois des villes voisines. La réduction de ces peuplades fut une véritalde extermination. Le général Akouï, après avoir fait monter de l’artillerie dans les gorges où vivaient ces montagnards, les poursuivit de retraite en retraite , sur les rochers les plus escarpés , et au travers des précipices les plus dangereux.
I.es Miao-tseu firent la plus belle défense; les troupes impériales ne purent avancer que de douze lieues en un an et demi. La capitale, nommée le Grand ruisseau d’or, iïit prise; une forteresse réputée imprenable, dernier refuge de ces montagnards , fut également prise; les chefs turent conduits à Péking, où l’empereur souilla
Pt en thibélain , sur un monumeut qu’il fit élever à ce sujet , ainsi que celle du poème eu vers chinois qu’il fit égalemeut graver sur un monument |K)ur célébrer la loii- 'liiéle du royaume des Oclels, p. Ssg.
(■) Voy. page 5fi de. ee volume.
l’éclat de cette pénible victoire , en faisant mourir, non-seulement ces chefs, mais beaucoup de Miao-tseu d’un moindre rang, dont les têtes furent exposées dans des cages.
Cette conquête fut aussi célébrée comme les précédentes, dans une inscription monumentale, qui commence ainsi : « Les rebelles brigands du Kintchouan {Ruisseau d’or) avaient marché dans le mal de génération en génération. Par un heureux succès, les armées mantchoues les ont rapidement exterminés. »
PROCLAMATION OB KHIAN-LOUNG SUR LK Cé.KF.MONlAL A SUIVRE POUR CÉLÉBRER L’ANNIVERSAIRE DECENNAL DE SA NAIS- S.ANCE.
L’empereur avait perdu sa mère en 1777, et à cette occasion, il fit de grandes largesses, et accorda considérablement de faveurs. C’était une coutume établie de célébrer tous les dix ans l’anniversaire de l’empereur, d’une manière plus brillante et plus somptueuse que toutes les années ; un de ces anniversaires décennaux {toen-tcheou), étant arrivé, Khian-loung fit une proclamation, de laquelle nous extrayons les passages suivants :
« Khiang-loung , 44' année (1779), 8' lune, le 19. Chang-yu ou Paroles d’en haut.
« Les ofiieiers généraux , tsoungtou, vice- rois et autres, des provinces de Kiang-nan, de Tche-kiang, etc., m’ayant invité à aller dans les provinces méridionales de mon empire, pour y voir par moi-même les ouvrages qui ont été nouvellement faits sur les rivières, ainsi que sur les bords de la mer, j’ai résolu de ne pas me refuser à leurs invitations. A la première lune du printemps de l’année prochaine, je me mettrai en route.
« A cette occasion , les mêmes olliciers généraux in’ontsupplié de leur permettre de célébrer la soixante-dixieme année de mon âge, dans l’étendue de k'.urs districts respectifs, à mesure que j'arriverais dans les provinces dont je leur ai confié le gouvernement, afin
CeiHE.
que par des démonstrations de joie, ils pussent donner au moins quelques faioles preuves des sentiments dont iis sont pénétrés pour ma personne dans le fond de leur cœur. Je ne saurais leur accorder ce qu’ils me demandent.
Il est bien vrai que, ci-devant, j’avais comme permis qu’on célébrât dans tout l’empire la soixante-dûième année de mon âge, lorsque le temps en serait venu ; mais lorsque je donnai cette permission, ma sainte mère vivait encore, et jouissait de la meilleure santé; je me flattais qu’elle pousserait sa carrière jusqu’à ce terme, qui eût été en même temps et la 70° année de mon âge, et la 90° du sien.
« Ma sainte mère n’est plus ; tous mes projets de joie se sont évanouis.
Je n’ai d’autre pensée aujourd’hui que celle de contribuer de tout mon pouvoir à la félicité de mes peuples; et cette pensée fait naître dans mon cœur les sentiments d’une joie dont je goûte à chaque instant les douceurs. J'accorde aux lettrés la promotion d’un grade ; elle les fera entrer plutôt dans Ta carrière qui conduit aux charges et aux dignités. Pour second bienfait, j’exempte le peuple du tribut que je perçois en riz.
« Après mon retour des provinces méridionales, j’offrirai le sacrilice ordinaire dans le Thi-tan ( le temple de la terre), et, immédiatement après le sacriflce, je partirai pour Géhol. Là, on ne fera, a la huitième lune, pour la cérémonie de mon toen-tchéou, que ce uue l’on fait chaque année pour la céléoration du jour de ma naissance.
Il serait à craindre, si je restais à Péking, que les grands et les mandarins ne me fissent une foule de représentations et de suppliques pour obtenir de pouvoir célébrer ce jour avec une pompe dont je ne veux absolument point ; et c’est en partie pour éviter ces représentations qu’ils ne manqueraient pas de me faire, et auxquelles, trèscertainement, je n’aurais aucun égard, que je me suis déterminé à partir de si bonne heure... Ce serait m’offenser que de contrevenir 5 mon ordre sur ce point, sous quelque prétexte
ue ce puisse être. Il me souvient 'une supercherie qu’on me fit à la soixantième année de mon âge, lorsque j’étais en chemin pour me rendre à Gébol. Au sortir des gorges de Koupi-keou, au lieu d’une campagne déserte à laquelle je m’attendais, je ne vis que des décorations de toutes les sortes , telles qu’on les aurait pu faire aux environs de la ville la mieux peuplée; il y avait même des théâtres de distance en distance, et des lanternes de parade des deux côtés du chemin.
Sron ne s’avise pas de faire la même ose cette année ; je le défends absolument. Je veux qu’on ne prépare les chemins que de la même manière dont on les prépare dans les années ordinaires, lorsque je vais à Géhol. Afin que personne n’ignore mes intentions, qu’on publie dans tout l’empire les ordres que je viens de donner (*). -
ÉimMéHATIOR DBS BIBHFAtTS ACCOBDBS PAH L’BNPBHEDR A L’OCCASION DE L'ANmVBRSAUlB DÉCBNHAL DB SA NAISSANCK.
Après avoir ainsi défendu aux premiers fonctionnaires publics de taire célébrer le soixante-dixième anniversaire de sa naissance par des dépenses inutiles et mensongères , le même empereur voulut le célébrer plus dignement par un grand nombre de bienfaits qu’il répandit dans tout l'empire. Nous pensons que, malgré son étendue, on verra ici avec plaisir la proclamation qu’il fit à ce sujet, et qui fut publiée parle Tribunal qm reçoit les ordres du ciel; proclamation qui renferme plus d'un enseignement utile.
«Khian-loung, quarante-cinquième année, le premier ne la première lune (1780).
«Depuis que, par les bienfaits du ciel, je suis monté sur le trône, je puis me rendre cette justice , que je n’ai rien oublié de tout ce qui dépendait de moi, pour pouvoir porter dignement le pesant fmeau dont j’étais chargé. J’ai mis tous mes soins a pro-
(*) Amiot, Mémoires sur les Chinois, t. IX , p. 7-
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L’UNIVERS
curer le bonheur des peintes dont le gouvernement m’est conlié. Quoique tout m’ait réussi jusqu’à présent, je ne laisse pas que d’étre dans une appréhension continuelle de quelques revers. L’espérance dans laquelle je vis , que le ciel , qui m’a favorisé ci-devant en faveur de mes ancêtres , ne me refusera pas les secours qu’il m’a toujours prodigués, me soutient au milieu de mes craintes , et dissipe mes inquiétudes.
« Tout est en paix aujourd’hui sur terre comme sur mer; j’ai reculé bien loin les bornes de ma domination , et j’ai redoublé d’attentions et de soins en proportion de l’étendue que j’ai donnée à mon empire. Je nvoccupe nuit et jour des affaires du gouvernement. Je suis sur le trône depuis quarante-cinq ans, et je touche à la soixante-dixieme année de mon âge.
Kang-hi, mon auguste aïeul, m’a servi de modèle; et j’ai tout lieu d’étre persuadé que c’est à l’attention que l’ai eu de marcher sur ses traces que je dois toutes les prospérités de mon règne. Ce grand prince, n’ayant luime^me que ie ciel pour modèle, ne s’écarta jamais de ses intentions : aussi en a-t-il été récompensé par un règne des plus heureux , des plus brillants et des plus longs. Ché-tsoung-kien-hoangty (Yong-tcheng) , mon pere, m’a laissé les meilleures instructions pour le gouvernement de mes sujets. J’ai mis a profit l’eiferaple de l’un, et les leçons de l’autre ; et en conséquence je regarde mes sujets comme ne faisant qu’un même corps avec ma propre ^rsonne. Je les chéris comme je me chéris moi-même. Je n’oserais me livrer à la joie, si j’avais lieu de soupçonner qu’ils fussent dans la tristesse; et j’imagine tous les moyens pour pouvoir leur procurer, sinon un honneur parfait, celui du moins dont je voudrais jouir, et après lequel je soupire. Ce que je dis ici est conlorme à la plus exacte vérité, et c’est dans toute la sincérité de mon cxur que je parle. Qu’on n’en prenne pas cependant occasion de me louer sur cet article, dans les compliments de félicitation
que l’on me fera lors de mon wentcheou .'je ledéfends expressément aux grands et aux madarins de tous les ordres. Je les préviens que tous les billets qui contiendront des éloges, seront mis au rebut; ils ne parviendront pas même jusqu’à moi. Ainsi, qu’on ne s’expose pas à recevoir un affront, en m’en offrant de pareils.
Qu’on s’en tienne aux compliments , et aux souhaits consacrés par l’usage en pareille occasion. Je ne doute pas que mes grands, mes mandarins et tous mes autres sujets ne soient bien aises de me voir en bonne santé continuer tranquillement le cours de ma vie. Les uns et les autres voudraient me témoigner les sentiments dont ils sont pénétrés pour moi dans le fond de leurs cœurs, et ils s’attendent avec raison que je ne manquerai pas de mon côté à leur témoigner, par de nouveaux bienfaits, combien je suis sensible à leur bonne volonté et à leur affection.
J’entre dans leurs vues.
» La quarante-troisième année de mon règne, tous mes sujets furent exemptés de tout tribut; j’étendis mes bienfaits particuliers sur les gens de lettres, dont j’accélérai la promotion, afin qu’ils fussent plutôt en état de posséder des charges, et d’employer leurs talents à l’instruction du reste de mes sujets. Cette année est réputée pour une année de joie. Les lettrés, le peuple, ceux même de la campagne, témoins de mes succès, se félicitent de pouvoir couler des jours tranquilles dans le sein de la paix; rien ne saurait mettre obstacle au bonheur dont ils jouissent. Pour contribuer, autant qu’il est en moi, à leur faire encore mieux sentir tout le prix de ce bonheur, je veux que mes bienfaits, semblables à une pluie douce qui fertilise indifféremment tous les champs, s’étendent indifféremment sur tous. Lorsque Kanghi , mon aïeul , eut atteint la soixantième année de son âge , tous ses sujets eurent part à ses dons ; je veux encore l’imiter en cela; et, en l’imitant, j’agirai suivant les intentions du ciçl , parce que mon cœur sera conforme au cœur de mes ancêtres. Voici, article par arfi-
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de, le détail de ce que je veux faire. J’en donne les ordres précis, et ils seront exécutés à la rigueur.
« 1. Que ceux à qui il appartient nomment des mandarins pour être envoyés aux cinq yo et aux quatre mers , où ils offriront les sacrifices d’usage.
« 2. Qu’on envoie de même dans les lieux où sont les tombeaux des anciens souverains, et dans le lieu encore où reposent les cendres de Confucius, pour leur rendre les hommages ordinaires.
« 3. Qu’on fasse des dons à tous les princes, depuis ceux qui ont le titre de* ouang, jusqu’à ceux qui ne sont point titrés; qu’on en fasse également à ces derniers qui sont au-dessus de l’âge de quinze ans.
« 4. Qu’on accorde des bienfaits , proportionnés au grade et à la convenance, à tous les grands qui sont audessus de l’âge de soixante ans.
« 5. Qu’on élève à un grade supérieur chaque mandarin, tant mantchou que chinois.
« 6. Pour ce qui est des grands et petits mandarins, tant du dedans que du dehors, qui avaient obtenu ci-devant des titres pour leurs ancêtres , ils pourront ajouter à ces titres les nouveaux titres dont ils sont décorés euxmêmes.
n 7. Je donne à tous ceux qui avaient le titre, ou l'expectative de quelque mandarinat, de pouvoir entrer en charge, d’en exercer les fonctions, et de jouir des revenus qui v sont attachés.
« 8. Qu’on donne un mois de vacance aux maîtres et aux écoliers du collège impérial, et des autres écoles entretenues par l’État, et que, pendant ce mois, les maîtres et les écoliers soient entretenus comme à l’ordinaire.
« 9. Qu’on raccourcisse d’une année le terme de l’examen de ceux qui doivent être promus aux grades.
« 10. Qu’on fasse une recherche exacte de tous ceux qui se distinguent par leur piété filiale; qu’on s’informe avec soin de tous ceux qui ont mené jusqu’à présent une vie irréprochable.
en remplissant les devoirs de la vie civile ; qu'on s’informe de même de toutes les personnes du sexe qui se sont distinguées par la pratique des vertus propres de leur état, et que leurs noms et renseignements soient donnés aux mandarins respectifs, afin que ceux-ci m’en avertissent, et qu’après que j’aurai été instruit , j’ordonne au tribunal des rites de vérifier les titres, et de décerner des récompenses proportionnées aux différents degrés de mérite d’un chacun.
« 11. Qu’on fasse des dons aux soldats mantchous qui ont bien servi , et qui , à cause de leurs infirmités ou de leur vieillesse , ne sont plus aujourd’hui employés.
« 12. Qu’on fasse pareillement des dons aux troupes des bannières, Mantchou, Mongou et Han-kiun, et que ces dons soient proportionnés aux services et aux mérites d’un chacun; qu’on en fasse de même à l’égard des Khasaks, Kalkas et autres Tartares; qu’on distingue des autres ceux qui seront parvenus à la soixantième, soixante-dixième , quatre-vingtième et quatre-vingt-dixième année de leur âge , et qu’on distingue de même les dons qui leur seront faits. S’il s’en trouve qui aient vécu cent ans, qu’on m’en avertisse en particulier, afin qu’outre les dons communs , je leur en distribue moi-même, dont l’honneur et les avantages rejaillissent sur toutes leurs familles.
« 13. Qu’on exempte de toute corvée l’un des enfants ou des parents de tout soldat et de tout autre Chinois, quel qu’il puisse être, qui sera septuagénaire et au-dessus, afin que le vieillard ait toujours auprès de sa personne quelqu’un pour le servir. Pour ce qui est des vieillards octogénaires, il faut leur donner à chacun une pièce de filoselle, une livre de coton, dix boisseaux de riz et dix livres de viande; aux vieillards, depuis quatre-vingt-dix jusu’à cent ans, il faut leur donner le ouble de ce que je viens de déterminer pour les précédents. Quant aux centenaires , je veux les connaître moimcinc, et répandre sur eux, de ma
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propre main, les bienfaits que je leur destine.
•• 14. Qu’on visite exactement les miao des cinq yo et des quatre mers , Mur savoir s’il y a des reparations à faire; qu’on répare à mes frais tout ce qui en aura besoin , et que ces réparations soient solides et faites avec soin, afin de donner, par cet extérieur, une preuve des sentiments de respect dont on doit être pénétré pour tout ce qui a rapport au culte. Je veux qu’on m’avertisse en détail de tout ce qui se doit faire, et se sera fait sur ce point.
« IS. Pour l’avantage du ^ple et la commodité des vovageurs, j’ordonne qu’on répare tous les grands chemins et tous les ponts de l’empire.
■ 16. Qu'on fasse une visite exacte de toutes les terres situées près des rivières dans la province de Pé-tché-ly ;
u’on remarque avec soin celles qui ont té dégradées ou absorbées par les eaux , afin de n’exiger des propriétaires qu’une taxe proportionna à la quantité de terrain cultivable qui leur reste.. Je charge le Hou-pou (le Tribunal des subsides) de donner toute son attention à cet article, et de m’instruire du résultat de ce qu’il aura déterminé.
« 17. Qu’on s’informe de l’état actuel de tous ceux qui , ayant souffert ci-devant de l’inondation ou de la sécheresse, et se trouvant hors d’état de vaquer à leurs travaux ordinaires, avaient reçu de mes gens, à titre d’emprunt et sous la condition de rendre, des bœufs, des instruments ruraux et autres clioses, pour les mettre en situation de pouvoir travailler comme auparavant; et s’ils ne sont pas en état de rendre, sans souffrir quelque donh ■nage qui mettrait eux et leurs familles à l’étroit, qu’on ne leur demande rien : Je leur remets la dette , et je la tiens comme acquittée.
■ 18. Que les mandarins des lieux respectifs aient un soin particulier des veuves, des orphelins, des malades, des vieillards et de tous ceux qui n’ont aucune ressource. Qu’ils emploient pour les secourir les deniers publics , je yeux dire ceux qui sont à ma disposition ou qui devraient me revenir.
Dans les secours qu’ils donneront, qu’ils aient égard aux besoins réels, et que nulle autre considération ne leur arrache des partialités. La mesure des secours doit être exactement prise sur celle des besoins.
« 19. Je rétablis dans leurs grades tous les mandarins actuellement employés , qui , pour quelques fautes peu importantes , avaient été abaissés d’un degré. Cette faveur s’étend sur tous, tant du dedans que du dehors.
« 20. Je remets la peine d’exil , et toutes les autres moindres que celle-là , • à tous ceux qui les avaient méritées par leurs fautes, et je leur pardonne, en les exhortant d’etre plus attentifs désormais à éviter ce qui mérite l’animadversion de ceux qui sont préposés pour faire garder la loi.
« Comme je porte dans mon cœur tous les hommes , je voudrais que tous les hommes pussent avoir part à mes bienfaits. Je veux surtout forcer, en quelque sorte, tous mes sujets à désirer que je vive longtemps, afin que je règne encore longtemps sur eux. Je n’ai rien oublié de ce qui dépend de moi pour leur procurer les cinq sortes de bonheur. Je continuerai de même ju^u’à la fin de ma course, quel qu’en puisse être le terme. Qu’on publie cet écrit dans tout l’empire, afin que tout le monde soit instruit de mes intentions (*). •
TBAVADX EHTREPRIS pour CONTEHIR LS FLEDVE JACaS.
Dans la même année 1780, l’empereur fit entreprendre de grands travaux pour contenir le fleuve Jaune (Hoang-ho), dont les inondations et les ravages menaçaient sans cesse les provinces que son cours fertilise, en rompant les digues dans lesquelles on avait voulu l’emprisonner. Différents systèmes de travaux avaient été essayés et exécutés sans succès. Khian-i.ouno, qui avait trouvé dans le jeune Akoui (ce même général qui s’était déjà illus-
(*) Ainiot , Mémoires sur les Chinois , t. IX y p. 1 1 cl siiiv.
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tré par la réductioa des Miao-Ueu) un homme d’un génie supérieur pour les combinaisons et la bravoure militaires , crut qu’il serait aussi habile et aussi heureux dans l’exécution des grands travaux h^rauliques qu’il voulait lui confier; et, en effet, ce général réussit aussi bien dans cette nouvelle entrepise que dans l’autre. Il se rendit dans le Ho-nan, examina attentivement les lieax; et, après une étude approfondie du grand et nouveau travail qui lui était confié, il présenta un plan a l’empereur, plan ^ui, selon lui, était le seul qui pût remedier efficacement aux désastres périodiques du grand fleuve. Ce plan consistait à creuser un canal de dérivation du fleuve; canal dans lequel s’écoulerait le trop plein dans les crues extraordinaires. L'empereur approuva le plan de son premier ministre : « Mon intention , lui dit-il , est qu’on travaille incessamment à procurer au peuple un avantage solide , présent et a venir. Entrez dans mes vues, et n’oubliez rien pour les remplir, en exécutant votre projet , que je regarde comme étant le mien , puisque je l'^approuve en tout, et que J’en avais eu l’idée. Du reste, c’est à mes propres frais et non aux frais de la province que ie veux que tout se fasse; que les dépenses ne soient point épargnées; je prends sur moi le résultat, quel qu’il puisse être. Je n’ai pas d’autres instructions à vous donner; partez. »
Lorsque les travaux furent achevés , Akooï en rendit compte à l’empereur de la manière suivante :
« Votre sujet , Akouï, conjointement avec les grands qui président aux eaux, ainsi que le vice-roi du Ho-nan, annoncent avec joie à Votre Majesté que le pénible ouvrage dont ils étaient chargés vient d’être terminé. Le Hoangho est rentré dans son lit et continue son cours ordinaire; la digue est en bon état , et nous l’avons fortifiée du mieux qu’il nous a été possible ; le canal nouvellement creusé est en état de recevoir les eaux les plus abondantes; en un mot, nous sommes très-satisfaits du succès de nos travaux , parce que les vœux de Votre Majesté sont rem-
is, et qu’elle n’aura plus d’inquiétude ce sujet. Nous allons lui rendre compte succinctement de la manière dont nos opérations ont été terminées.
Le 6 de la troisième lune, nous lâchâmes les écluses pour introduire les eaux dans le canal nouvellement creusé.
Elles y entrèrent d’elles-raêmes avec une facilité qui surpassa de beaucoup nos espérances les plus flatteuses; il semblait que c’était là leur lit naturel. Elles prirent d’abord un cours rapide , et cette rapidité, loin de se ralentir, a augmenté par degrés jusqu’au terme du confluent. Il est vrai que tout concourait à nous favoriser; le temps était à souhait, et le vent frais qui soufflait alors semblait avoir reçu nos ordres pour prendre la même direction que les eaux. Nous ne fûmes pas longtemps sans avoir la satisfaction de voir en même temps les deux berges du fleuve à dérouveii: : ce qui n’était pas arrivé depuis bien des années. A en juger par les apparences, des dix parties du volume des eaux, huit entreront dans le canal , et deux seulement couleront dans leur ancien lit. Nous avons profité de l’occasion pour réparer sonderoent tous les endroits de la digne qui en avaient besoin , et nous avons tout lieu d’espérer que le Hoang-ho n’y fera plus de brèche désormais, comme il avait si souvent fait ci-devant. On
Fourra dans la suite fortifier encore ouvrage déjà fait; mais, en le fortifiant, il faut qu’on ait l’attention de ne pas travailler précipitamment; il ne faut pas vouloir épargner les matériaux , non plus que ceux qui les mettent en œuvre ; il faut travailler de suite et sans interruption. Cest ainsi que moi , Akouï, et les grands de ma suite , avons t^hé de nous conduire pour obtenir de notre entreprise le succès dont nous sommes témoins. Nous avons veillé nuit et Jour sur l’ouvrage, afin que les bas officiers et les travailleurs ne nous en imposassent pas. Nous voyant pour ainsi dire à leur tête, les ouvriers travaillaient d’affection; convaincus qu’ils ne seraient pas frustrés île leur |u.ste salaire, qu’ils auraient même des récompenses, iis redou-
blaiait de force, de diligence, de courage et d’activité. Ils voient aujourd’hui avec des yeux de complaisance que tout leur a réussi comme nous le leur avions fait espérer. Dans les endroits où l’eau avait plus de cent pieds de profondeur, elle n’en a plus aujourd’hui que quarante, tout le reste entrant sans aucun effort dans le canal, pour aller se joindre au Tsing-ho. Nous avons suivi exactement le plan que Votre Majesté elle-méine nous avait tracé, et nous n’avons pour nous que le mérite de l'exécution. Tout a été fini dans le temps précisément qu’elle entrait dans le Kiang-nan, comme si les eaux, en y entrant de même, eussent voulu vous rendre hommage, et vous faire jouir d’une satisfaction après laquelle vous soupiriez depuis tant d’années.
• Le 10 (de la troisième lune), Votre Majesté passa le Hoang-ho, et après l’avoir passé, elle alla faire sa prière dans le miao (ou temple) dédié a l’esprit qui préside au fleuve. Le lendemain, onzième de la lune, le temps s’étant trouvé des plus favorables, nous en profitâmes pour fermer entièrement la digue; ce qui s’exécuta sans obstacle, et en très-peu de temps. Sans doute que le ciel a voulu réconi^nser la piété de Votre Majesté. Depuis ce jour, il ne s’écoule pas une seule goutte d’eau hors des deux lits. Nous avons tout lieu d’espérer que le Hoang-ho ne fera plus désormais les ravages qu’il faisait d-devaiit. Jusqu’à présent tout va bien, et nous nous empressons de le faire savoir à Votre Majesté. »
L’empereur répondit à Akouî :
« J’ai lu votre lettre avec un vrai plaisir. Le vice-roi du Kiang-nan m’avait déjà averti que les eaux étaient arrivées dans son gouvernement par le nouveau canal , et m’en remercie comme d’un nouve.au bienfait dont j’ai gratifié sa province. Je crois que vous dites vrai , en disant que la réussite de cette grande entreprise est due à la faveur du ciel , et à la protection des esprits que j’ai implorés par mes prières. Cela augmentera ma piété (*). »
(*) Mcnioim sur les Chinuis, toni. IX ,