‹ Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinois première partie comprenant un résumé de l'histoire et de la civilisation chinoises depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours par m. G. PauthierChapitre 28 sur 238 · ROIS · texte numérisé non relu

ROIS

Quand on réfléchit attentivement sur la destinée des empires, on acquiert la conviction profonde qu’il fy a une liaison intime entre les gouvernements et les peuples, et que tordue les premiers manquent à leur mission, les derniers, après avoir attendu plus ou moins long-temps, dans la souffrance, que la justice providentielle qui préside aux aestinées des nations , et qui se plaît quelquefois à leur donner de graves enseignements, ait rétabli le règne de ses lois transgressées, hâtent quelquefois ce rétablissement de la justice violée par ceux-là même qui sont appelés à les diriger dans la grande route que l’humanité doit parcourir.

La vie de l’homme est limitée; les générations passent , les races s’éteignent , parce que la somme de vie qui était en elles s^est consumée ; mais la race humaine ne s’éteint point. La vie qui l’anime est la vie de la nature ; et quand le chêne séculaire ne peut plus recevoir la sève vivifiante, que ses branches se dessèchent, que la vie végétative se retire de lui, alors il fait place à de jeunes et vigoureux rejetons, produits d’une semence étrangère , et la montagne ne reste pas dépouillée de son ombre.

Ainsi , quand une dynastie se desséche; quand la vie de la justice et de la vérité se retire d’elle; quand elle n’a plus le sentiment de ses devoirs ; quand sa mission est finie enfin , et que la société, abâtardie comme elle, a besinin d’être renouvelée comme elle ,

L’UNIVERS

alors elle est rejetëc au loin ; <* pouvoir suranné qui entravait le développement de la civilisation , qui arrêtait sa marche , est brisé ; un autre , jeune et fort, le remplace; jus^qu’à ce que, ayant lui-méme accompli sa mission , if soit ainsi brisé, rejeté et remplacé par un autre , et cela aussi long-temps que le développement de la civilisation ou genre humain ne sera pas complètement accompli ; aussi long-temps que la destinée providentielle des sociétés ne ixiurra leur être définitivement connée.

Les philosophes chinois semblent avoir eu le sentiment de cette loi sociale. Les principaux de ces écrivains politiques ont écrit une foule de maximes, dans lesquelles ils disent, en parlant du destin social ( niing ) : <> Il « donne l’empire à certaines races « pour le honneur des peuples , et les n fait ensuite descendre du trône ,

i> quand elles ne peuvent plus l’occu- " per dignement, ou quand elles ont « comblé la mesure de leurs crimes, « ou quand elles cessent de concourir • à Pexécution de ce à quoi elles <■ étaient destinées. » ( Mém. sur les Chinois, t. II, p. 14.)

De quelque manière que l'on envisage le gouvernement chinois , on voit que l’opinion générale des gouvernants, comme des gouvernés, est que les premiers remplissent une mission qu’ils tiennent du ciel, c’est-à-dire, autant que l’on peut en juger par l’idée que les Chinois attachent à ce mot, de cette puissance supérieure et visible qui gouverne le monde et le soumet à son éternelle justice. Cette mission doit être exclusivement consacrée au bonheur du peuple ; et toutes les fois que les souverains perdent le sentiment de cette mission , pour se livrer à la tyrannie, et aux autres vices que fait naître l’oubli de leurs devoirs, le respect et la soumission font aussitôt place, dans le cœur des sujets , à la haine et aux sentiments de révolté , qui est alors regardée par eux comme un devoir. Mais cet acte s’exerce dans une limite pour ainsi dire légale : il est affranchi de la pensée de se sous-

traire à une autorité qui sera reconstituée sur la même base que celle de l’autorité déchue , et qui possédera de plus le sentiment nouveau , et par cela même plus profond, de la haute mission dont elle se trouvera revêtue. L’histoire de la Chine ofh« des exemples frappants de l'influence puissante que le baptême de l’élection populaire a exercee sur les empereurs qui l’ont reçu, soit indirectement, comme les premiers empereurs Yao, Chün, et Yr, dont un missionnaire jésuite dit naïvement : « — Ces trois princes sont « tenus pour des saints par les Chi- " nois, dont ils racontent plusieurs '< choses; et à ne mentir point, c’én toient des philosophes fort adonnés « aux vertus morales; » soit directement, comme tous les chefs de nouvelles djnasties. Celui de la seconde, qui va nous occuper , fut , dit-on , aussi bon roi, que celui qui a terminé la dynastie précédente avait été mauvais.

Tching-tbang; 1766 avant notre ÈRE. — La conduite dépravée et la cruauté de Kie avaient soulevé contre lui les grands de l’empire, qui était alors divise en vingt principautés ; car, depuis que le fondateur de la première dynastie Hia avait distribué des terres et des provinces à ses principaux officiers qui l’avaient secondé dans ses grands travaux contre l’inondation, le gouvernement chinois était en quelque sorte féodal , et il y avait une quantité de petits princes qui relevaient du souverain , dont quelques-uns toutefois se rendirent indépendants sous la seconde et la troisième dynastie. Le chef d'un petit état nommé Ckangse ligua, comme nous l’avons vu , avec d’autres petits rois, pour renverser le dernier chef de la dynastie Hia.

Cet état, selon le philosophe Meng- TSEU , n’avait que cent li, ou dix lieues d’étendue. Voici la harangue que prête le Uvre historique sacré àcepiinceC),

(*) Chou-king appelle ce dief d’élat feudalaire, du nom de «rang, roi; pluaienr» grands dignitaires de l’empire actuel portent également ce titre.

CHINE

es

iwur déterminer ses troupes à com- Dattre contre le chef de l’empire ;

« Le roi dit à ses troupes réunies :

Venez , écoutez-moi ; je ne suis qu’un petit prince, et comment oserais-je porter le trouble dans l’empire ? Mais H\a ( la dynastie précédente ) a commis beaucoup de crimes ; le ciel a ordonné sa perte.

« Aujourd’hui réunis en foule, vous dites : Notre prince n’a pas compassion de nous; il veut que nous abandonnions (nos moissons et nos affaires pour aller punir lUa. J’ai bien entendu vos paroles ; mais la famille Hia est coupable : je crains le Suprême Empereur du ciel ( Chang-ti) ; [e n’ose pas différer l’exécution de la justice suprême (*).

« Vous dites maintenant : Comment les crimes de Hia peuvent-ils nous atteindre ? — Le (dernier) roi de la dynastie Hia épuise complètement les sueurs du peuple; il épuise et ruine sa ville capitale (située dans le Chansi); les peuples , dans la misère , n’ont plus d’affection pour lui , et sont divisés entre eux. C’est en vain qu’il dit ( en montrant le soleil ) ; Moi et vous, noîts ne périrons que quand le soieil périra ! Telle est la vertu présomptueuse de Hia. Je dois aujourd’hui aller le combattre.

«Secondez-moi pour lui infliger le châtiment que le ciel lui destine; je vous en récompenserai grandement. Ne craignez pas de mettre votre confiance

(*) Le P. Gaobil traduit ainsi ce paragraphe : « Aujourd’hui vous dites tous : Puis-

- que notre mailre n'a pour nous aucune « compassion, nous abandonnons nos mois- « sons pour aller punir Hia. J’ai entendu ces

- discours. Hia est coupable. Je crains le « Souverain Maître, et je n’oserois me dis- • penser de punir Hia. » Nous croyons la traduction que nous avons donnée plus exacte , en ce qu’elle fait connaître les plaintes et les regrets des sujets de Cbang , forcés d’abandonner leurs moissons pour aller punir un souverain dont ils ignorent les crimes; la réponse qu’ils reçoivent , et

3 ni tend à les persuader par des raisons 'état , prouve que leur assenliment n’était pas spontané.

en moi ; je ne mangerai pas ma parole (c’est-à-dire, je nendrai ma promesse) ; mais si vous ne suivez pas les ordres que je vous donne, alors je vous ferai mourir, vous et vos enfants : n’attendez pas de pardon. »

(Chou-king, liv. III, chap. 1. )

Cette harangue curieuse ne manque assurément ni d’art , ni d’éloquence ; il y a même quelque chose de sublime dans les paroles prêtées à Hia; tous les moyens de j^rsuasion sont employés, depuis l’intérêt du peuple jusqu’à l’ordre du ciel. La perspective d’un riche butin et la menace forment la péroraison. La destruction d’une dynastie coupable et l’érection d’une (^astie nouvelle y sont justifiées par des raisons qui ont cours depuis qua- ' tre mille ans , et dont le peuple , qui sert si souvent d’instrument aux ambitieux , ne profite pas toujours. Cet instrument docile se laisse souvent prendre aux belles harangues , comme celle que l’on vient de lire. Il ne se ersuade p^ assez que quand on a esoin de lui , on le flatte et on le ménage, et que quand il pèse ou embarrasse , on le brise.

Le dernier roi de la dynastie Hia, ayant été détrôné , s’enfuit vers le sudest, dans la province de Kiang-nân.

Le chef qui l’avait détrôné lui succéda avec le titre de Tching-Thang ( le arfait Thang). Mais l’action de ce emier, la première de ce genre qu’offrent les annales chinoises , lui inspira des doutes sur sa légitimité. « Craignant de n’avoir pas suivi les règles de la justice , il dit : J’ai peur que dans les temps à venir on ne blâme ce que j’ai fait (*). » ( Ch.-K. ) Ce souverain vou-

(*) La doctrine de la légitimité , mot trèsnouveau, qui n’a de sens qu’appliqué aux intérêts du peuple , ne puait pas avoir été inconnue à la Cnîne depuis les temps reculés. On raconte que deux philosophes chinois, l’un nommé Tiien-Kou, l’autre Hoang- Seng , discouraient devant Kiho-ti , empereur des Han , qui vivait l’an 1 58 de notre ère. Hoang-Seng prétendait que Tcamo- TBAHO , qui nous occupe actuellement , et Woo-WAKo, fondateur de la 3* dynastie, ne devaient pas s’emparer du royaume.

L’UNIVERS

lait renoncer au pouvoir suprême dont il venait d’être revêtu ; mais un de ses ministres lui tint le discours suivant : 1 Quoi donc ! le ciel en créant des peuples leur a donné des passions ; s’ils étaient sans maître, il n’y aurait que trouble et confusion ; c’est pourquoi ce même ciel a fait naître ( un homme) souverainement intelligent, pour prendre, au temps voulu, les rênes ^ gouvernement. La vertu des //ia s’étant éclipsée , elle a fait tomber les peuples sur des charbons ardents.

Le ciel a doué le roi { nouveau ) de force et de prudence , et il le donne comme exemple à suivre aux dix mille royaumes {*) ; il veut que ce prince continue ce que Yv a ifàit anciennement : en suivant ses instructions vénérables, c'est comme si l’on suivait les ordres du ciel.

« Le roi de t/ia est coupable pour avoir voulu tromper le ciel suprême, en promulguant aes décrets injustes.

Le souverain pouvoir ne le tient plus sous sa sauvegarde; il a donné commission à Chang ( fondateur de la nouvelle dynastie) d’instruire et de diriger le peuple.

Yuen-Kou répondait que Kix et Cbkod, ui étaient des monstres , ayant été abanonnés par les peuples, ces deux grands hommes (TcHtito-TuAno et Wou-Wabg), pour répondre aux vœux du peuple, les firent périr, et montèrent ainsi sur le trône à leur place, au nom du ciel. Quehftu vieux que soit un bonnet, reprit Unang- Seng, on U met iur sa tête; et quelque propres que soient des souliers, on les met à ses pieds. Pourquoi cela ? C'est qu’il y a une distinction essentielle entre le haut et le bas. Kie et Cheou étaient de grands scélérats , mais ils étaient rois; TcBijrG-TBABG ef Woo-Wabg étaient de grands etde sages personnages, mais ils étaient sujets; et un sujet qui , bien loin de reprendre son souverain de ses fautes pour tâcher de l’en corriger, se sert au contraire de ces mêmes fautes pour le perdre et pour régner à sa place, n’est-il pas usurpateur?» (Ch.-K., p. 83, n. 3.)

(*) Expression chinoise figurée pour dire V universalité , tout.

«Vous, roi, vous n’aimez ni les femmes, ni la musique déshonnête; vous n’enlevez pas les biens d’autrui; vous placez ceux qui ont de la vertu, dans les premières charges; vous donnez de grandes récompenses à ceux qui ont rendu de grands services ; vous traitez les autres hommes comme vousmême; si vous faites des fautes, vous ne tardez pas à vous en corriger; vous êtes indulgent et miséricordieux, et dans tout vous faites paraître de la bonne foi. » ( Ch.-K. I. III, ch. 2.)

Ainsi , décidé à régner et à fonder une nouvelle dynastie sur les débris de l’ancienne, Tching-thang rassembla tous les grands vassaux de l’empire pour que son élévation fût confirmée par leurs suffrages. La Chronique sacrée a aussi conservé le discours qu’il leur tint. Nous croyons devoir le rapporter ici , au risque de paraître céder à un amour trop exclusif des vieilles trivialités, parce que nous croyons que c’est ainsi que l’on pourra obtenir l’intelligence la moins incomplète de l'histoire et du gouvernement chinois.

«Après la défaite de Hia, le roi vint à Po, et tint le discours suivant, en présence des grands, arrivés de tous les côtés de l’empire.

« Le roi dit :

« Soyez attentifs, vous tous grands et peuples rassemblés des dix raille côtes ; prêtez attentivement l’oreille aux discours de moi seul. L’auguste Chang-Ti (empereur suprême) a mis dans l’homme du 'peuple la raison; s’il s’y conforme, son essence existera constamment ; dans le cas contraire , le prince doit la lui faire suivre.

« Le roi de Hia a éteint en lui les lumières de la raison; il a fait souffrir mille mauvais traitements aux peuples de tous les états de l’empire. Ceux-ci, opprimés et ne pouvant souffrir une si longue tyrannie, ont fait connaître aux Esprits supérieurs et inférieurs, qu’ils étaient injustement opprimés. La rai son étemelle du ciel rend heureux les hommes vertueux , et malheureux les hommes vicieux et débauchés ; c’est pourquoi il a fait tomber toutes les

Digilized by Googl

CHINE

calamités sur Hia , pour rendre ses crimes manifestes à tous.

" En conséquence, tout indigne que je suis, j’ai cru devoir me conformer aux ordres évidents et redoutables du ciel. Je n’ai pas osé laisser de si grands crimes impunis ; mais j’ai osé me servir d’un bœuf noir (dans le sacrifice) ; j’ai osé avertir l’auguste ciel et la divine .souveraine (la terre). Voulant punir //Kl, J’ai choisi un sage primitif, un grand saint, et, de concert avec lui, nous avons réuni nos efforts pour votre bien à tous , en demandant au ciel ses ordres.

« Le Ciel suprême aime sincèrement et protège les -peuples; ( c’est pourquoi ) le grand criminel (Kie) a pris la fuite et s’est soumis. L’ordre du ciel ne peut varier. Comme (au printemps) les plantes et les arbres reprennent la vie;, les peuples ont repris leur vigueur et leur force.

« Chargé aujourd’hui de vos royaumes et de vos familles, je crains d'offenser le haut et le bas ( le ciel et la terre ) ; et parce que je ne sais si effecr tivement je ne suis pas coupable, ma crainte est pareille à celle d’un homme qui appréhende de tomber dans un profond abîme.

« J’ai assigné à chacun de vous les états qu’il doit gouverner. Gardezvous de suivre des lois et des coutumes injustes. Ne tombez pas dans les défauts qui suivent l’oisiveté, ni dans l’amour des plaisirs. En observant et en gardant les lois sages et équitables, vous suivrez les ordres du ciel.

n Si vous faites quelque chose de louable, je ne puis le cacher; et si je tombe dans quelque faute, je n’oserai me la pardonner. Tout e.st examiné avec attention dans le cœur du souverain suprême ( CAangr-tt); les actes criminels de vous tous, si vous en cornmettez , retombent sur moi seul ; mais si moi j’en commets, vous n’y avez nulle part.

■< Hélas! si ce que j’ai dit se fait avec une volonté sincère de bien faire, on peut espérer de réussir. » ( Chou- King, I. III, ch. 3. )

Le sage primitif dont il est parlé dans

5' Livraison. (CniivB. )

ce discours, était le ministre Y-v.v, souvent célébré dans les écrits des philosophes et des poètes chinois.

l'cniNG-TnANG ojiéra plusieurs réfornics dans l’administration du royaume.

L’une d'elles, qui a été renouvelée au changement de presque toutes les dynasties, fut la réforme du calendrier; il ordonna que la 12' lune ou le I2' mois des Hia .serait le premier de l'année civile des Chang. Parmi les couleurs des dynasties, il donna la préférence au blanc. Il s’habilla de vêtements blancs, et voulut que ses bannières fussent blanches.

Kiioumg-tsf.u (ou Gonpucius ) a célébré dans ses écrits les vertus de Tching-tiiang. Il rapporte qu’on lisait , gravées sur la baignoire de ce roi , ces paroles : Pour te perfection ner, renouvette-toi ( purifie-toi ) chaque jour, renourelle-toi chaque jour, renouvette-toi chaque jour. Il lit graver aussi sur tous les vases qui étaient h l’usage du palais, les plus belles maximes de morale, afin que lui et ses courtisans eussent continuellement devant les yeux les principes sages selon lesquels ils devaient se conduire. Sa réputation de sagesse s’étendit si loin, que les quarante roijaumes que l’on connaissait alors , avaient pour lui la plus profonde vénération.

Les grands Tahteaux ctironotogiques chinois placent dans les premières années de son règne, de 1766 à 1760 avant notre ère , une sécheresse et une famine qui durènmt sept ans. Le roi Tching-thang, de l’avis du président du tribunal pour l’histoire et l’astronomie, pria le ciel de faire cesser les calamités qui affligeaient l'empire : Je prierai , f offrirai des sacrifices pour apaiser te ciel en faveur de mon peuple. Je serai en mfme temps sacrificateur et victime. Je suis le seul coupable , je dois être le seid immolé. Il coupa ses cheveux et ses ongles; il couvrit son corps de plumes blanches et de poils de quadrupèdes ; montant ensuite sur son char, qui était simple et sans peintures, et auquel il avait fait atteler des chevaux blancs, il se fit conduire en un lieu

L’UNIVERS

nommé Saitg-ün. Arrivé au pied de la inuntagne, il descendit de son char, se prosterna la face contre terre ( /'oy. la planche H , tirée des /■'ails mémorables des emper. chin.), et se relevant ensuite , il s’accusa devant le dcl et en présence des hommes :

1* D’avoir eu de la négligence à instruire ses sujets ;

3° De ne les avoir pas fait rentrer dans le devoir, lorsqu’ils s’en étaient écartés;

3“ D’avoir fait des palais trop superbes , et d’autres dépenses superflues en bâtiments;

4° D’avoir eu trop de femmes , et trop de tendresse pour elles;

6° D’avoir poussé trop loin la délicatesse pour les mets de sa table ;

6° Entin , d’avoir trop écouté les flatteries de ses favoris et de quelques grands de sa cour.

A peine eut-il fini l’humble confession de ses fautes , que le ciel , de serein qu’il était auparavant, se couvrit tout-à-coup et fit tomber sur la terre une pluie des plus abondantes, dont elle Tut suffisamment abreuvée pour reprendre sa première fertilité.

( Mém. sur les Chin. T. III , p. 24. )

Cet usage d’une haute moralité, qui rappelle aux grands de la terre les infirmités de leur nature , trop souvent oubliées, et la profonde responsabilité u’ils encourent dans le gouvernement es peuples, s’est conservé jusqu'à nos jours, comme presque tous les anciens usages ; et l’on voit à cloaque calamité pulnique , à chaque apparition de quelques météores menaçants , l’empereur de la Chine s’accuser publiuementde ces calamités, et promettre e si bien veiller sur ses actions à l’avenir, que le ciel sera fléchi , et que des maux semblables n’affligeront plus ses peuples. Nous en citerons des exemples , quand nous serons arrivés a l’histoire contemporaine. La philosophie et les royautés euroiieennes pourront sourire, à divers tiues, de cet aveu public de faiblesse humaine ; mais nous laissons à l’Iiistoire le soin d’en faire connaître les heureux résultats.

Les annales des llchreiix placent à ))cu près à la même é|KM|ue une sécheresse et une famine de sept ans en Égypte; seulement la gramle sécheresse égyptienne de sept ans n’est point lixee exactement par les chronologistes, qui varient, sur ce fait si important , de plusieurs centaine.s d’années ; mais nous croyons que s:i véritable date est celle des historiens chinois, de t7GG à 1760 avant J.-C. ; car il est à présumer que ce graïul fait météorologique oriental , signalé par les annales de peuples si éloignés l’un de l’autre, est un même fait historique, que la tradition hébraïque, sans chronologie déterminée, ou les calculs de nos historiens modernes .

auront placé à une époque conjecturale; l’exactitude de l’nistoire chinoise étant trop bien établie , pour que l'on puisse l’inculper ici. On verra bientôt que d’autres synchronismes importants pour l’histoire seront établis par nous, et détermineront tout à la. lois d’une manière fpositive, et la prodigieuse exactitude de l’histoire chinoise, et des époques très-iiiqiorfantes restées vagues dans Thistoire de l’antiquité, que les différents chronologistes n’ont pas pu fixer jusqu’ici à une date incontestable et sdre. Telle qu’elle est rapportée , cette concordance nous paraît devoir être remarquée comme une grande présomption de la véracité historique des anciennes annales de l’Orient; car ce rare contrôle qu’ellea sont appelées à exercer l’une sur l’autre, est une épreuve décisive sur leur authenticité , parce qu’une calamité comme celle aont il est question ne dut pas se borner à un climat circxinscrit dans les limites de l’Égypte ou de la Chine, mais elle dut être'simultanéc sur l’ancien continent, avec les variations propres néanmoins aux différents climats. Nous savons parles annales hébraïques qu’elle s’étendit aussi sur la Judee. Si nous possédions des annales d’une même antiquité pour les autres nations qui existaient alors, il est très-probable que la simultanéité , nu moins asiatique, de ce grand événement, se trouverait constatée.

CHI^E

suite (les règnes de la dynastie Chatig offre les mêmes alternatives (le bons et de mauvais princes (pie la dynastie précédente. Cette seconde dynastie aut <à la sagesse et à la fermeté du premier ministre Y-Yn, dont il a été (piestion précédemment , de ne pas se terminer avec le règne efféminé du successeur de ïching- THANG. Voyant que le petit-fils de ce dernier qui était appelé à lui succéder, et dont il était le régent pendant sa minorité , se livrait à (lès penchants vicieux , il le fit enfermer pendant les trois années de deuil, dans le tombeau de Tching-thang, afin qu’il edt le temps de méditer sur les devoirs de la souveraineté , et sur les exemples de vertu que lui avait laissés son aïeul. Cette épreuve fut favorable à l’éducation royale du jeune prince, (lui, en suivant toujours les conseils ae son ministre, eut un règne assez glorieux.

Cependant l’empire chinois prend chaque jour un nonvrau dével^pement. mus le règne de Taï-woti ( commencé 1637 av. J.-C. ) , plusieurs rois étrangers envi^èrent des ambassadeurs , et il y avait des interprMes pour expliquer en chinois ce que les étrangers avaient à dire. Quelquesuns d’entre eux représentaient les Sijotmg ( barbares ou étrangers occidentaux, à l’ouest et au sud du Chen-si ). I/histoire diinoise va nous fournir encore ici l’ocœsion d’établir, par la méthode d’induction , un des plus importants synchronismes pour l’nistoire de la haute antiquité qui restent à déterminer , afin de fixer d’une manière certaine les époques les plus remarquables de cette même antiquité. Nous trouvons dans les grands Tableaux chronologiques chinois le texte qui suit et que nous traduisons littéralement :

« 3* année du règne de Taï-woc •< ( 1634 av. J.-C. ): le roi prend soin « de suivre le régime d’administration X des anciens rois ; il assure la sub-

• sistance des vieillards ( en rétablis- « sont les hospices créés pour eux par

• l’empereur Chun ); cette même

• troisième année , partis de régions « éloignées, des ambassadeurs inter-

• prèles vinrent à la cour , de 7ü « royaumes. » (') Pour que des ambassadeurs se rendissent à la cour du souverain de la Chine, de contrées éloignées et de soixante-seize royaumes différents, il fallait une cause extraordinaire et puissante. Cfes contrées éloignées ne pouvaient être que celles de l’Asie centrale et occidentale , parce que , à l’orient et au midi de la Chine , se trouvait l’Océan , et qu’au nord étaient les Barbares, Tartares ou Scythes, en guerre presque continuelle avec la Chine, et qui avaient déjà des noms dans l’hisloire chinoise. Reste donc Vouest et le midi de la Cliine , ou les contrées septentrionales de l’Asie; or, en recnerchant la cause de l’arrivée simultanée à la cour de la Chine d’ambassadeurs de 76 rt^'aumes de ces contrées , on ne peut trouver que la grande invasion , jusqu’ici contestée , de l’Asie occidentale et centrale par Sésostris; car une Invasion de cette nature (de6à700,000 hommes) devait nécessairement produire l’effet consigné dans l’histoire chinoise; parce me l’empire chinois avait alors assez de prépondérance en Asie, pour que tous les royaumes envahis et menacés de l’être par le roi d’Égypte envoyassent des ambassadeurs près de son souverain , demander des secours. Si ces secours ne furent pas envoyés . comme on peut le conclure par le silence de l’histoire chinoise à ce sujet, c’est que la grande irruption de l’Afrique sur l’Asie fut arrêtée assez promptement dans sa marche pour que ces secours demandés devinssent inutiles. Nous croyons cette explication, la seule plaositde, assez revêtue du caractère de certitude historique pour ne pas hésiter à admettre comme un fait certain (**) l’ex-

(*) San nian euthroaanfang tchoimg ri lai tchao tche Cri eai lou houe. ( IA - laiki-tte.)

(**) Un fait , ielon nous , qui , à lui seul , roiiverait que Sésostris lit une iiTuplion ans l'Inde avec son armée , c’est celui que les historiens ne contestent pas , la première division faite par lui, an retour de

L’UNIVERS

péditiDn asiutiqHe de Sésostris, et h la placer l’année 1634 avant notre ère.

Quand il n’y aurait d'autres preuves que les inductions historiques rapportées ci-dessus, elles suffiraient , selon nous , pour ne laisser aucun doute.

Mais quelques chronologistes, le P.

Tournemine entre autres, suivi par Goguet , dans son livre célèbre : de r Origine des Lois, ont placé l’avéneinent au trône de Sésostris, l’an 1659 avant notre ère. En adoptant l'opinion qui fixe l’expédition de Sésostris à la 18' année de son règue, il n’y aurait entre la date suivie par Goguet, et celle que notre synchronisme a’induction lui assigne , que la simple différence de sept ans , en supposant que la date chinoise correspond a la première année de l’expédition qui en dura «««/,• et il n’y en aurait aucune en la supsant correspondre à la 7'. C’est sous ce même roi que mourut l’astronome üu-HiKN , qui avait fait un catalogue d'étoiles dont il est fait mention dans des catalogues plus récents. Sous le règne de son successeur les fréquentes inondations du Hoang-ho firent transporter la cour de la province occidentale du Chen-si dans la province voisine du Ho-nan ( midi du grand fleuve ). On l’établit ensuite dans la province nord de Tchi-li , où se trouve actuellement Pé-king. Des peuplades indigènes des rives méridionales du grand fleuve Kiang débordent, à cette epoque , sur l’empire chinois , comme des fleuves encore indomptés. L’ancienne doctrine des empereurs qui , possédant des talents et des lumières supérieurs , avaient été choisis par les peuples pour les conduire dans le clieniin de la civilisation ; la doctrine toute désintéressée de ces anciens législateurs était méconnue. Le pouvoir souverain n’est plus qu’un appât offert à la cupidité ambitieuse et insatiable de tous les membres de la souche dynastique qui prétendent avoir un droit

wn cxpéililian , de ses sujets en classes héréditaires comme dans l'Iiide; celle roiici'iilioii riait évidemmeul einpriiiilér à nrtte dernière contrée.

légitime a la cotiromie. Les frères veulent succéder aux frères, au détriment des fils. Pendant deux cents ans , des guerres continuelles de succession désolent et appauvrissent la Chine. Cette seconde dynastie jette quelque faible lueur sous Pan-keng (1401), qui transporte de nouveau sa cour du Chan-si dans le llo-nan jiour fuir les débordements du Hoang-ho, et il donne à la dynastie Chang le nom de ) n, sous lequel elle est souvent désignée depuis son règne. C'est ce Pan- KENG qui disait aux premiers employés de son gouvernement : « C’est par choix et après un examen attentif

?|ue je vous indique ce que vous devez aire; pensez soigneusement à mes peuples.

« Je ne me servirai jamais de ceux ui cherchent à s’enrichir; mais je istingiierai et j’aimerai ceux qui sont attentifs à défendre la vie et les biens de mes peuples , ceux dont les vues et les desseins ont pour objet le bien public et la conservation des peuples dans leurs habitations.

" Je vous ai fait venir en ma présence pour vous dire ce que je crois devoir être fait, et ce qui ne doit pus être fait ; ne négligez rien de ce que j’ai dit.

« Au lieu de vous occuper à rassembler des richesses et des choses rares, ne pensez qu’à acquérir le mérite de procurer au peuple un repos et une tranquillité durables.

« Faites-lui connaître le cliemin de la vertu , et joignez à une grande exactitude la droiture et la simplicité de cœur. » ( Cliou-king, liv. III, ch. 7. ) Des princes vicieux, cruels et débauchés continuent de se succéder les uns aux autres. La corruption royale et des hauts rangs est si grande qu’un roi à bonnes intentions, Wou-ting ( 1324 av. notre ère ), est obligé de recourir à un pauvre artisan pour en faire son ministre. Après avoir gardé le deuil selon l’ancienne coutume, pendant les trois années qui suivirent la mort de son père, il fut prié, par les grands du royaume , de prendre les rênes du gouvernement qui étaient

Di.....

è'oogll

CHIJiE.

CO

entre les mains d’un régent. Le nouveau roi leur dit qu’il ” avait eu un songe dans lequel le souverain ( du ciel.’ ) lui avait fait voir la figure d’un homme qui devait être son ministre. Il fit faire plusieurs portraits de l’homme vu en songe , et ordonna de le cherdier dans le royaume. On trouva l’homme ressemblant au portrait, travaillant par corvée à la réparation d’une digue, dans la province du Chan-si. Il nit amené a la cour et lait premier ministre. Le roi lui dit : Il C’est toi , cher Fou - yué , que le « ciel a choisi pour m’aider de tes « sages leçons. Je te regarde comme « mon maître : regarde-moi comme K une glace de miroir peu polie que Il tu dois famnner, ou comme un « homme faible et chancelant sur les <1 bords d’un précipice, que tu dois « guider ; ou comme une terre sèche Il et aride que tu dois cultiver. Ne me Il flatte point; ne m’épargne point « sur mes défauts, afin que par tes « instructions et par celles oe mes « autres ministres , je puisse ac.quérir « les vertus de mon aïeul Tciung- « THANG, et rappeler dans ces jours « infortunés la modération , la dou- II ceur et, l’équité de son gouverne- « ment. » Si les maximes de gouvernement qu'il débita au roi , d'après le Livre historique, sont réellement de lui , il faut avouer que le choix n’était as trop mauvais. « La paix et le troule dépendent des ministres, dit-il.

lÆS emplois ne doivent pas être donnés à ceux qui ne suivent que leurs passions , mais à ceux qui ont de la capacité. Les honneurs ne doivent pas être conférés aux méchants, mais aux sages.

« Si l’on ne fait pas de bien aux hommes, on en est méprisé; si l’on ne rougit pas d'une faute involontaire, on commet une nouvelle faute. » ( Ch.king, livre III, ch. 8. )

Fou-yue ( c’est le nom du manœuvre) fut un grand ministre, et, sous sa direction le roi Wou-ting eut un beau règne. La vertu populaire était venue retremper la corruption royale, l’ii sage lui tient ce discours dans le

Chou-king : « Le ciel voit les hoinmes et veut que leurs actions soient conformes à la justice. Aux uns il accorde une longue vie, aux autres une vie de peu de durée; ce n’est pas le ciel qui perd les hommes, les hommes se perdent eux -mêmes, en s’écartant de ses ordres.

■ Si les hommes ne se conforment pas à la vertu , s’ils ne font pas l’aveu de leurs fautes, le ciel leur manifeste sa volonté afin qu’ils se corrigent.

Voilà ce que je propose. » Des rois étrangers , dont la langue était différente de la langue chinoise, envoyèrent des ambassadeurs ; et de nombreuses peuplades révoltées sur les frontières occidentales du royaume furent réprimées.

A la 28' année du règne de Tsou- KiA ( 1230 av. notre ère ), un prince vassal, de la principauté de Tcliéou, mourut fort regretté, dit-on , des Chinois. Il laissa trois fils ; et avant de mourir il avait fiait connaître qu’il désirait avoir le plus jeune pour successeur. Ce fait indique à lui seul que le pouvoir de ces grandes principautés de l’empire chinois était héréditaire.

Les deux frères aînés se retirèrent et allèrent aux extrémités orientales du Kiang-nân ( midi du fleuve Kiang ) , dont les populations barbares les reçurent avec joie et les reconnurent pour leurs souverains. Ces deux princes , pour se conformer à la coutume du pays, se firent des marques sur le corps et couper les cheveux (*). Plusieurs historiens chinois prétendent que les Daïris ou empereurs du Ja-

(*) On lit dans l’ancien livre sacre des cérémonies (li-Ki) : « Les barbares de l’O- « rient portaient leurs cheveux , se pei- •< giiaient le corps, et ne faisaient point cuire « leurs aliinents; ceux du midi se faisaient « des ouvertures sur le front, et ne faisaient

- point également cuire ce qu'ils mangeaient;

- ceux d'occident avaient des habits de

- peaux , portaient leurs cheveux et ne fai-

- saienl point usage de grains; enCu ceux • du nord avaient des habits de plumes, .< deiiiiniraient dans des ravernes, et ne fai-

- saienl point également usage de grains :

- tous avaient des langues dilTérenles. »

L’UNIVERS

poil tirent leur origine de l'atné de ces princes, qui se nommait Taï-pk. Sans admettre ou rejeter cette origine, ce trait liistorique fait voir que la Cliine à cette époque, sur la fin de la seconde dynastie, ne s'étendait pas audelà du grand Heuve Kxanÿ.

La seconde dynastie chinoise marche rapidement vers sa ruine. Un de ses rois, Lin-sin (1225), faisait si peu (le cas de ses devoirs de roi, que, nonseulement il se déchargea sur ses ministres des soins du gouvernement, mais il leur défendit de lui rendre compte d’aucune affaire, afin de ne pas être distrait dans ses plaisirs royaux. Undeses successeurs, \Vou-y ( 1198), surpassa, dit-on, les sottises absurdes que l’on a prêtées méchamment à l’empereur philosojilie Julien.

Les Giinois disent que c’était un insensé ( wou tao ; sine ratUme ). 11 fit faire des statues de bois , ou des idoles auxquelles il donna le titre A' Esprits celestes. Il attacha au service de ces idoles des gens qui les faisaient mouvoir ou les portaient partout où il l’ordonnait. Quand la fantaisie lui en prenait, il faisait des paris avec ces dieux de sa façon, représentés par l’individu qui les servait. Quand l'idole-dieu perdait, Wou-t, ivre de sa supériorité sur lui, accablait son représentant d'insultes, et quelquefois le faisait mourir. Un jour, uit-on , après avoir ainsi fait exécuter le représentant de l’un de ses dieux de fantaisie, il fît recueillir, son sang dans un sac de cuir, et l’ayant fait suspendre à un mât élevé , il lui décocha des llèches comme pour défier et insulter l’Esprit céleste ( voy. la pl. tS, tirée des mémorables des empereurs chinois ). Il mourut à la chasse, frappé de la foudre.

Wbn-wakg, successeur du prince de Tchéou, eut la même dignité feudntaire que son père , et se rendit célèbre pair ses victoires sur les Tartares. A , cette époque (1154) comniem'a .i régner le acniicr souverain de la (Jynj^ie Chang. Ce roi , du nom de Chpou-sin, se livra aux mêmes excès ifiie ses prédécesseurs. Connaissant

ses goûts débauchés , un grand de la cour, qui avait pris les armes contre lui, pour échapper au châtiment lui offrit une jeune fille, nommée Ta- Kl, la plus belle de l’empire, mais en même temps la plus méchante et la plus cruelle. Elle acquit une grande inlluence sur le roi, et elle faisait tout cédej* à ses volontés impérieuses. Tous ceux qui y résistaient étaient chassés ou mis à mort. Elle persuada au roi qu’il ne pourrait devenir souveraia absolu que par la terreur. Pour parvenir à cette fin, elle inventa un genre de supplice inconnu jusqu’alors. Elle fit fondre un cylindre d'airain que l'on faisait rougir à un grand feu; puis on forçait le patient a l'embrasser jusqu’à ce que sa chair fût consumée ( voy. pl. 18, tirée des Eaiis mémorables , etc.).

Un des ministres du roi, aussi videux que son royal maître , désirant obtenir ses bonnes grâces par quelque acte de courtisan, lui offrit sa fille, qui était fort belle, mais qui fut encore plus vertueuse, car elle résista avec un courage héroïque aux brutalités du roi. Celui-ci, furieux de cette résis- . tance inaccoutumée, massacra la jeune fille de ses propres mains , et l’ayant coupée en plusieurs morceaux , il les fit servir à la table de son père. Un autre ministre, indigné de cette atroce barbarie , ne put se contenir. Il fit des remontrances au bourreau royal, lesquelles lui coûtèrent la vie au même instant. Ce ministre, nommé Pi-kar, est le premier dans l’histoire chinoise qui se soit ainsi acquis une renommée immortelle , en soutirant la mort pour l'intérêt public, dans la tâcbe généra-, lement inutile, mais courageuse, de réprimander de méchants rois.

Selon quelques écrivains chinois, le tyran Canoc-sim laurait joint la plus infernale ironie à la plus insigne cruauté , en répondant ainsi aux sages remontrances de Pi-ka» : « Ton dis- « cours est véritablement le discours « d’un sage; il est digne de la grande « réputation dont tu jouis. Mais on « dit que le cœur d'un sage est {lercé « de sept trous. Je ne sais sur quoi

CHINE

« une pareille tradition peut Être fon- « dée : il faut que je voie par inoi- • même ce qui en est. — Qu’on lui « ouvre le ventre et qu’on m’apporte •• son cœur ; Je veux l’examiner!.... »

Tandis que la dynastie des Chang allait s’éteindre à l'horizon comme un astre sanglant , l’astre brillant d’une nouvelle dynastie apparaissait à l’horizon opposé. Le prince de Tchéou , indigné de tant de cruautés de son souverain , vint aussi lui faire des remontrances inutiles. Le tyran , qui craignait en lui plus qu’un ministre , se borna à le faire mettre en prison pour sa témérité; mais un de ses fils fut mis à mort; lui-même ne dut sa liberté qu’au zele de ses amis , qui cherchèrent dans sa principauté les plus beaux bijoux et la plus belle fille qu’ils purent trouver , et les envoyèrent au tyran pour la rançon de ^V^iN-wANG , mis aussitôt en liberté.

Alors les grands du royaume, quelques courtisans même , qui voyaient déjà paraître à l’horizon le nouveau soleil à adorer, abandonnèrent celui qui s’éteignait enveloppé de rayons sanglants. Ces révolutions politiques ui ébranlent les empires , fournissent e graves enseignements à l’histoire.

Quand les pouvoirs qui dominent les sociétés ( qu’ils soient sans frein , ou ipi’ils trouvent près d’eux un contrepoids il leurs instants de frénésie despotique), sont arrivés à ce point de soulever contre eux la conscience publique, la moralité humaine, alors ils sont condamnés à |iérir, et à venger ainsi la justice outragée, la sagesse providentielle du genre humain, qui n’est jamais impunément bravée.

Voici comment s’exprime le Livre sacré des annales chinoises :

I « Le chef • occidental (*) (Wen-

(*) « Dans les quaire parties de l'empire , dit le P. Gaubil , il y avoit des petits états dépendants du roi. Leurs princes avoient parmi eux un chef appelé Pi. L’élat de

Teheou, dans le district de Si-gan-fou, du Cheo-si, avoit pour chef le prince Wenwang. Ce Wen-wang devint puissant, et fut chef des princes de la partie ocridentale. »

WANG, dont la priiici{>auté était dans le Chen-si), ayant soumis le royaume de Li, Tsou-y, saisi de frayeur, vint à la hâte en avertir le roi.

■ « Il dit : Fils du ciel (*) 1 le ciel a révoqué l’ordre qu’il avait donné à notre d);nastie Yn (Chang). Les hommes supérieurs et la grande tortue n’annoncent rien d’heureux. Ce n’est pas que les rois nos ancêtres nous aient abandonnés , nous , leur postérité ; mais c’est vous, roi, qui, en vous livrant à toutes sortes d’excès , êtes la cause de notre ruine.

« Parce que le ciel nous a rejetés , nous ne vivons plus en paix ; nous ne pensons pas à ce que la conscience (**) nous dicte; et nous ne suivons aucune règle.

« Maintenant nos peuples sont bien loin de ne pas désirer notre ruine ; ils disent : Pourquoi le ciel ne détruit-il pas cette dynastie Yn ? Pourquoi ses grands décrets ne s’exécutent-ils pas en expulsant le roi que nous avons — Tel est l’état des choses.

— « Le roi dit : Hélas ! hélas ! la destinée de ma vie ne repose-t-elle pas sur les décrets du ciel ?

— « Tsou-y se retira en disant :

Hélas I hélas! quoi donc! avec des crimes si publics et si nombreux , peut-on esperer dans les décrets du ciel ?

« C’en est fait de la dynastie Yn; elle e^t perdue : tout ce qui se passe annonce la ruine de votre royaume! »

{Chou-ldng, liv. III, ch. 10.)

Tous ces avertissements n’arrêtèrent pas la frénésie des crimes dont le roi Chéou-sin était possédé. On dit qu’il ouvrit le corps d’une femme enceinte pour voir le fruit qu’elle portait dans son sein ; et qu'en voyant passer à gué un ruisseau par quelques personnes, dans une froide matinée

(*) En Chinois thun-tseu; cette qualiflcalion royale a bien des équivalents en Europe. Elle est d'autant plus imposante iri que ce fiU du Ctrl va être averti qu’il est condamné à périr par son pire céleste.

(**) Thien-seng, cceti natura : seiilimi'iil, disposition du cœur inspirés par le ciel.

L’UMVKRS.

(l’hiver , ce U'ran dit qu’elles supportaient le froid d’une reinarquahle manière, et il ordonna de leur couper les cuisses, afin qu’il prtt voir en quel état se trouvait la moelle de leurs os.

Les parents du tvran , voyant qu’il allait consommer leur ruine avec la sienne , se hasardèrent à lui faire quelques remontrances. Un de ses oncles, qui prit cette liberté, ne se sauva de la mort dont il était menacé qu’en contrefaisant l’insensé.

On pourrait croire que tant de férocité est le produit d’une nature particulière aux races royales de la Chine , si dee races occidentales et des faits contemporains n’offraient de pareils exemples de l’ivresse frénéti(jue d’un pouvoir absolu (lui dénature l'humanité, et dont il ne devrait janiais être permis de revêtir, sans crime, un homme ou une race d’hommes quelconque.

Laissons encore parler le Liore sac-ré :

« Wki-tseu ( le JUs du royaume fl-'eï, frère aîné de Chkou-sin ), dit : Grands dignitaires, petits dignitaires, la dynastie Yn ne peut plus gouverner les quatre parties (l’empire). Les grandes actions de notre fondateur ont ^ eu, et ont encore un grand éclat.

Mais nous, qui sommes venus apres lui, en nous livrant aux excès du vin, nous avons dégénéré de cette grande vertu.

n Tous les peuples de cette dynastie , grands et petits , sont livres au vice; ils sont voleurs, débauchés, scélérats. Les grands et les officiers subalternes , à Pexemple l’un de l’autre , commettent tous les crimes. Les méchants ne sont pas punis , et cette impunité anime le peuple. Partout on ne voit que des haines , des querelles , des vengeances et des inimitiés. Notre dynastie Yn est donc sur le point de faire un triste naufrage. Elle est comme celui qui passe une grande rivière et ne peut gagner le bord. Le temps de sa perte est venu.

« Il dit : O grands dignitaires , petits dignitaires ! une conduite si déréglée est cause que nos anciennes et

sages familles se sont retirées dans les lieux déserts. Aujourd'hui , si vous ne nous dirigez et ne nous avertissez de ces tristes événements , quels remèdes.’

— « Un des grands dignitaires répondit ; Fils du roi! si le ciel fait toiiiper tant de calamités sur le royaume de la dynastie Yn, c’est parce que le roi est plongé dans les excès du vin.

X II n'a aucun égard pour ceux qu’il doit estimer; il maltraite et il éloigne les anciennes familles, et ceux qui, depuis long-temps , étaient en place.

X Aujourd’hui le peuple de Yn vole les animaux destines aux cérémonies des Esprits; il y a des juges qui les reçoivent et qui les mangent, et on ne les punit point.

• On extorque l’argent des peuples du royaume , comme s’ils étaient des ennemis ; de là naissent des querelles, des liaines et des vengeances ; les méchants sont unis entre eux et ne font qu’un ; parmi le peuple plusieurs périssent de misère, et personne n’en donne avis.

X II faut que j’aie part aux calamités qui affiigent aujourd’hui la dynastie Chang ; mais si elle est détruite , je ne serai ni esclave, ni sujet d’aucune autre.

X Fils de roi , voici ce que j’ai à vous dire : il est de votre prudence de penser à vous retirer; fils de roi, si vous ne vous retirez pas, je périrai aussi.

« Que chacun prenne le parti qu’il jugera le plus conforme à son devoir; mais avant, il faut faire la cérémonie aux rois prédécesseurs ; pour moi, je ne pense pas à me retirer. » ( C/i.

k., liv. III, ch. 11. )

Nous ne croyons pas que l'on trouve ailleurs un chant funèbre de dynastie aussi énergique que celui-ci , quoiqu’il date de plus de onze cents ans avant notre ère . C’est un sauve qui peut ! profondément fatal , et qui a retenti bien souvent sur la terre depuis cette époque.

Le roi CiiÉoo-siv continuait ses débordements en dépit de tous les présages les plus menaçants. Le peuple

n jlc

CHIJNE.

était pressuré pour subvenir aux dé-

Çeuses insensées de Chéou-sin et de 'A.-K1 , sa maîtresse, à qui il prit fantaisie (Je faire construire une tour en marbre , appelée Lou-tal , Tour des cerfs , dont les portes étaient de jaspe, dit le P. Mailla. L’intérieur, niaçniliquement décoré, avait un tiers de lieue de largeur, sur deux cents mètres d’élévation ; monument qui coûta dix ans de travail , et qu'elle enrichit d'une infinité de choses précieuses.

Quand il fut achevé , Ta-ki y fit allumer une si grande (luantité de flambeaux , (lue leur clarté égalait celle du jour. Elle s’enfermait dans ce magnifique palais six mois entiers sans en sortir , ne s’occupant qu’à varier ses plaisirs , et à épuiser tous les genres de libertinage; elle assemblait des jeunes gens de l’un et de l'autre sexe, qu’elle faisait dépouiller de leurs habits, et qu’elle excitait elle-même aux derniers excès de la débauche.

Le palais, où de tout temps personne n’osait entrer, sous peine de la vie, sans un ordre exprès , fut ouvert indistinctement à tout le monde , avec pleine liberté d’y commettre toutes sortes de crimes. Les gens sans mœurs et sans pudeur s’y transportaient de jour comme de nuit, et après s’être gorgés de viande et de vin que Ta-ki ordonnait d’y servir avec une extrême profusion, ils s’abandonnaient à tout ce que la sensualité peut inspirer de plus abominable : les meurtresy étaient fréquents; enfin, tous les vices étaient rassemblés dans ce palais et y régnaient avec une licence effrénée.

Alors la défection devint générale.

L’historien de l’empire se retira à la cour de Woo-wang (le roi guerrier), prince de Tchéou , qui avait été choisi par son père Wen-wang pour lui succéder (*). Wou-wang, avec de

(*) Il avait clé préferé à son frère aillé , disent les liistorrens, parce que ce dernier n'avail pas voulu enti'cr dans les vues qu’avait son père de dclrôiier le dernier roi de la dynastie Cimug. Ce frère ainé se relira au-delà du fleuve Kiang, vers les frontières du SsC'lchouan aeluei , où il clablit les

bonnes troiqies commaiulccs par d« bons orticiers, arriva sur les bords du Hoang-ho , et disposa tout pour le passage du fleuve. Le roi Cimoo-six de son côté se mit à la tête d'une armée nombreuse comparable aux arbres d’une grande forêt , mais remplie de méamtents. A la première lune de l'année suivante, Woii-waîig sacrifia au ciel, fit des cérémonies aux Esprits , harangua les officiers et les soldats.

La bataille se donna d.ins la plaine de Mou-ye. Le roi Chéoü-sin fit preuve, dit-on, de courage. Il y eut tant de sang répandu, qu’il s’ên forma des ruisseoux sur lesquels nageaient les grands mortiers à piler le riz et le millet. Son armée fût mise en déroute.

Il courut à sa capitale; et, vêtu de ses habits royaux , il monta dans la Tour des cerfs , où étaient renfermés ses trésors. I,à, après s’être paré de ses bijoux les plus rares, il se jeta dans un incendie qu'il avait fait préparer, et dans lequel il périt comme Sardanapale, mais non pas avec sa favorite, à laquelle Wou-waxg fit trancher la tête , après avoir été proclamé empereur, l’année 1122 avant notre ère.

Les deux chapitres du livre sacré des Annales, qui rapportent ces faits , sont trop curieux pour que nous puissions nous dispenser d’en citer ici les principaux fragments. Ces relations , écrites par des historiens contemporains , feront mieux connaître les événements que nous avons esquissés cidessus, que tout ce que nous [lourrions y ajouter.

— « Au printemps de la treizième année , il y eut une grande àssembléc à Meng-tsin.

'I Le roi (Wod-waxg) dit : O vous, qui êtes les res(>ectables seigneurs des royaumes voisins , vous qui êtes préposés au gouvernement des affaires et

deux rnyaiimes de Vue «I de Hou , nue l'on verra figurer dans l’Iiistoire de la oyiia.s1ic fondée par son frère.

L’UNIVERS

au commandement des trou|ies , écourtez attentivement les ordres que j’ai à vous donner.

<• Le ciel et la terre sont le père et lu mère de toutes choses. L’homme , entre toutes ces clioses, est le seul être intelligent ; mais un roi doit l’emporter par sa droiture et par son discernement : étant supérieur par sa droiture et son discernement, il devient le père et la mère du peuple.

« Aujourd’hui le roi de la dynastie Giang ( Créou ) n’a aucun respect pour le ciel suprême : il opprime et vexe le peuple.

« Il est livré au vin et à la débauche; il se plaît à exercer des cruautés inouïes. Lorsqu’il punit , la punition s’étend sur toute la famille; donne des dignités, il les rend héréditaires (*). Il fait des dépenses excessives en châteaux de plaisance , en tours , en pavillons, en chaussées et en lacs ; il épuise vos familles par ses exactions ; il fait mettre en broche et rôtir les cens de bien, ouvrir le ventre des femmes enceintes. L’au^ste ciel irrité U mis entre les mains de mon illustre père son autorité respectable; mais mon père n’a pu achever d’exécuter les ordres du ciel.

« C’est pourquoi, moi. Fa (surnomme ensuite ft'ou-ioang, roi guerrier), tout humble que je suis, et vous qui commandez aux royaumes voisins, examinons le gouvernement des Chan;^.

Le roi Chbou ne pense point à reformer sa conduite; tranquille sur son état, il ne rend plus ses devoirs ni au Souverain Suprême {Chang-li), ni aux Esprits; il ne fait plus les cérémonies dans la salle des ancêtres ; il laisse prendre par des voleurs les ani-

(*) En chinois ; Kouan j'ui i chi, mot à mot , magistratos fecit homincs ad sfctdum; il parait, d'après ce texte autbenlHpie , que de^a, dans ranliqiiilé chinoise, c'était un motif d'accusation envers un soitvenin que des magiatratiires rendues liérédilairts. Il n’jr a encore aujourd'hui que la dignité impériale qui porte ce caractère, encore avec les restrictions que nous ferons connaître. On n'est pas si sévère sur ce sujet en Kuro|>e ipic dans la haute .Asie.

maux destinés aux ofl’randes, et les autres choses. Je dis en conséquence ; puisque c’est moi qui suis chargé des peuples et qui en ai l’ordre du ciel , ne aois-je nas remédier à ce désordre?

• Le ciel, pour aider et assister les peuples, leur a fait des princes, leur a fait des instituteurs ou chefs habiles (*). Les uns et les autres sont les

(*) Cette propoaition, qui est traduite lictèrilement du chinois, est à remarquer. Le P. Gaubil traduit : Le ciel a établi un roi pour conserver let peuples et pour les instruire ; mais le texte porte , Titien yeou hia min , tso tchi kiun , tso tchi sse : mol à mot ; Coclum tuendos ( vel protrgendos) infrà populos, fecit iis principes, fecit iis praceptores. Le commentateur Tchou-ui ajoute: - Le Ciel , afin d’assister les peuples , leur a fait des princes pour les protéger, leur a fait des chefs ou instituteurs pour les instruire : les princes et les chefs ou inslitulenrs possèdent à eux seuls la puissance ; ib sont la gauche et la droite (c’est-à-dire les ministres) du Souverain empereur ( Chang-tï) {»iir reudre l’univers paisible et heureux.» Il est donc admis en principe par le Livre sacré chinois que le Ciel ou l'Être suprême confère des pouvoirs et une mission particulière à certains individus de la société humaine pour gouverner et instruire eetle même société ; pour la reudre paisible et heureuse , et pour exercer la justice divine en piiiiissani 1rs méchants et en récompensant les bons. Cs: principe est contraire en apparence à celui dont le règne est commencé en Europe , du V égalité des droits. Mais nous devons avouer (c'est presqu’à regret que nous le disons) qu'il y a peut-être plus de vérité, et par conséquent plus de moralité dans le premier, cnteiiaii comme l’ont toujours entendu les Chinois, de l’emploi et de l’élévation de tous les talents, de toutes les aptitudes, pour gouverner la société , queU que soient letir rang et leur fortune , à l’exclusioii des ineptes et des sots, quels que soient aussi leur rang et leur fortune. Une Provideuce et une société données , il est aussi logique que naturel d’admettre le principe du gouvernement et de l’instruction de cette société par les iiitelligenres supérieures que cette Providence fait nailre ou éclaire dans ee dessein. C’est (leut-ètre un malheur, mais c’est un fait incontestable que dans let'sociétés constituées il y a infiniment plusd’inlelligcnccs itiférieures sans aptitudes mu-

CHINE

ministres de l'Ètre Suprême (Chang- Ti) , pour aimer et pacifier l’univers , uunir les coupables et récompenser les bons. Comment oserais-je agir d’une manière contraire à ses intentions?

« l.orsque les forces sont égales , il faut avoir égard aux talents; si les talents sont égaux., il faut avoir égard à . la droiture du coeur , à la justice. Le (roi) CuÉon a une infinité de sujets qui ont autant de sentiments différents ; moi je n’en ai que trois mille, ■nais ils n’ont tous qu’un même sentiment.

R Lescriraesdu.roi.<de la dynastie) Chang sont à leur. comble; le ciel ordonne qu’il soit châtié. Si je ne me conforme pas aux volontés du ciel , je serai complice des crimes de Chbod.

« Tous les jours je tremble et je m’observe. J’ai succédé aux droits de mon illustre p^e : je fais, à l’honneur du Souverain Etre (Cbang-ti), la cérémonie Louï : à l'honneur de la Terre la cérémonie Y , et je me mets à votre tête pour appliquer; les châtimebts décrétés par leœl.

« Le ciel a de la prédilection pour les peuples : ce que le peuple désire , le ciel s'empresse de le lui accorder (*).

l'iilcs , que d'intelligences supérieures avec les aptitudes et les lumières qu’exigent le gouvernement et l’instruction des peuples. Or, la conception sociale qui fait servir les éléments intelligents de la société à la direction de cette même société, lorsque toute hérédité de pouvoirs est un viœ , et sans invoquer le Ciel pour abrutir et asservir la terre , nous semble supéi ieure à la couceplioo sociale qui ne tient compte que des éléments iuintelligenis et matéi iels dont toute idée de siip^iuritc intelligente , d’aptitudes morales, de Providence sociale, de Dieu enrin , est bannie. Nous laissons aux esprits l'clairés le soin de faire l'application de ces principes.

(*) Toutes cesnaximes sont littéralement traduites du texte chinois : nous en garantissons l’exactitude. Celle qui précède est exprunée ainsi : T/iien k'm-iu miai miu lent tso yo, llùeii pie thsotutg tchi ; mol à mol : Ccclnm dUigil popiilitnij /mpuliu, iil ifuotl desidernt, cceliim qttitiem' Uotiit itti.

'Vous tous , aidez-moi à affermir pour toujours la tranquillité des contrées .situées entre les quatre mers : quand l'occasion s’en présente , il ne faut pas la perdre. »

Au jour cinquante-cinquième du cycle , le roi fit faire halte à son armM au nord du fleuve ; les princes et les grands étaient à la tête de leurs corps. Leroi, voyant les troupes rassemblées, les encouragea et leur donna ses ordres en ces termes :

« O vous qui venez de la terre occidentale et qui êtes nombreux, écoutez ce que j’ai a vous prescrire.

« J’ai entendu dire qu’un homme de bien qui pratique la vertu , s’exerce chaque jour dans cette vertu et ne se lasse jamais; que l'homme pervers qui se livre au vice , s’exerce aiaque jour dans le vice et ne se lasse jamais.

Aujourd'hui, CuÉou, roi de la dynastie Chang, se livre sans mesure à toutes sortes d'excès ; il repousse les respectables vieillards pour se lier avec des criminels, pour se livrer au vin et à la débauclie; il en résulte beaucoup de cruautés. Les fonctionnaires inférieurs l’imitent; ils s’unissent entre eux pour commettre leurs crimes avec impunité : on ne voit que vengeances , abus d’autorité , oppressions de toutes sortes qui produisent des accusations et des meurtres. Les innocents ont été obligés d’avoir recours au ciel , et leur vertu, indignement opprimée , leur a fait pousser des cris qu’il a entendus.

« Le ciel chérit les peuples , et un roi doit se conformer au ciel. Kie, (le dernier roi ) de la dynastie Hia, n’avait pas agi corifoniiément au ciel; il avait inondé le royaume du poison de sa méchanceté; c’est pourouoi le ciel assista Tciiing-thang, etiui ordonna de détruire Kis avec la dyna.stie Hia.

« Les crimes de Kie n’étaient cependant pas aussi grands que ceux de Chéou. Celui-ci a chassé son frère aîné qui était d'une grande sagesse :

il a (ail souffrir une mort cruelle à

ceux de ses ministres qui lui faisaient des représentations; il a dit qu’il avait l’ordre du ciel; il a dit qu’il n’était pas nécessaire d’étre grave ni réservé ; il a dit que les sacrifices et les cérémonies n’étaient d’aucune utilité (*) ; il a dit que ses rigueurs et ses cruautés ne pouvaient lui attirer aucun mal. Votre miroir n’est pas éloigné ; il existe dans le dernier roi de la dynastie Hia. Le ciel me destine pour avoir soin des peuples; cette destination est conforme a mes songes , et les sorts la confirment : voilà un double présage. Si on en vient à un combat avec le roi de Chang, je serai certainement le vainqueur.

« Chéou a une infinité d’arcbers à son service : ils different tous par les sentiments et les qualités. Les officiers dont je me sers sont au nombre de dix ; mais ils ont les mêmes sentiments , les mêmes vertus. Chéou n’emploie que ses parents et ses alliés ; mais ils ne peuvent être comparés aux hommes bienfaisants et sages.

« Le ciel voit ce que les peuples voient , il entend ce qu’ils entendent.

Les cent familles ( tout l’empire chinois) me blâment (de différer); il faut donc que je marche.

« Vous qui êtes à la tête des corps de troupes, soyez attentifs; ne soyez pas sans vigilance; il vaut mieux se défendre que de mépriser ses ennemis. Toutes les familles sont aussi effrayées que si l’on allait briser leur tête. Hola ! n’ayez qu’un esprit et qu'un cœur; achevons ce que nous avons commencé , et que notre ouvrage subsiste éteruellement !

« Le jour suivant, le roi lit la revue de ses six corps de troupes et leur donna ses ordres.

O Le roi dit : Holà! vous, princes sages , qui êtes venus de la terre occidentale pour nie suivre, écoutez : la loi du ciel sc fait clairement entendre et connaître ; ses différents articles

(*) <>: rhef d’accusation est ictniiiquablc.

sont clairs et manifestes. Aujourd’hui le roi de Chang ne fait aucun cas des cinq devoirs, et il les viole sans crainte, uand il le juge à propos. Il est rejeté U ciel ; il est détesté et maudit par le peuple.

« Il a fait couper les jambes à ceux qui le matin passaient là rivière à gué : il a fait ouvrir le cœur de ceux que la vertu rendait respectables ; par ses cruautés , ses tortures et ses assassinats, il a empoisonné et dépeuplé le pays compris entre les quatre mers (la Chine); il a donné son estime et sa confiance aux gens les plus corrompus et les plus pervers ; il a destitué de leurs emplois ceux que leur mérite avait élevés aux premières charges; il a rejeté et foulé aux pieds les lois de l'état , et a empoisonné ceux qui étaient distingués par leur sagesse. Il a laissé se dégrader les lieux ou se faisaient les sacrifices au ciel et à la terre; il n'a point fait de cérémonies dans la salle des ancêtres. Pour complaire à une femme qu’il aime, il a eu recours à des moyens extraordinaires et à des maléfices. Le Souverain Suprême {Chang-tt), qui ne l’a point approuvé, a résolu sa pierte. Soyez-moi donc sincèrement attachés; il faut que nous soyons les exécuteurs des châtiments

du ciel Moi , je me mets à votre

tête pour détruire votre ennemi ; appliquez-vous à bien faire... Je donnerai de grandes récompenses à ceux qui se seront signalés; mais je punirai exemplairement ceux qui n’auront pas rempli leur devoir.

... « Si je remporte la victoire sur Chéou , elle ne viendra pas de mon courage , mais de la vertu de mon illustre père; si je suis vaincu, ce sera ma faute , et non pas la sienne (*). » {Chou-king, liv. IV, ch. 1 ).

(*) Ce> liarangiies accusaniccs , réunies dans le même livre sous trois sections dilTérentes du même chapitre, nous paraissent être tirées de trois historiens rhinois difTérents. (ioHrocics, qui compila le Chou- King , aura voulu conserver à la postérité res trois expressions différentes d'une même et énergique pensés^ de réprobation portée ronlre un cruel et méprisable Ivraii, et

CHINE. 11

Malgré la longueur de ces trois énergiques philippiques, le chapitre suivant, intitulé; Ordres donnés datvs la plaine de Mou-ye, est trop caractéristique pour omettre de le rapporter ici •

« Au premier jour du cycle, avant la première lueur du crépuscule, le roi et sa cour arrivèrent à Mou-ye (A?ms la province du Ho-nan ) , vaste plaine du royaume de la dynastie Chany. En donnant ses ordres, le roi tenait de sa main gauche une hache resplendissante d’or jaune et de pierreries; de sa droite, il portait élevé un étendard blanc, et s’en servait pour donner les signaux. Il dit : Que vous venez de loin, hommes de la terre occidentale !

a Le roi dit : Vous , prjnces héréditaires des royaumes voisins, et vous ui êtes préposés au gouvernement es affaires ; président de l’instruction publique {Sse-lou) ; président des chevaux ou de la guerre {Sse-ma) ; président des travaux publics {Sse-koung ) ; vous officiers de tous grades; vous qui êtes à la tête de mdle hommes; vous qui commandez cent hommes ;

« Vous hommes qui êtes venus de Young, de Chou, de Kiang, de Meou, de ICéi, de Lou, de Peng et de Pou;

« Élevez vos lances, préparez vos boucliers ; j’ai des ordres- à vous donner.

« Le roi dit : Les hommes de l’antiquité avaient un proverbe qui disait :

La poule ne doU pas chatUer : si la j)oi5e chante, la famille est perdue (*). , ...

« Aujourd’hui Cheou, roi de ( la dynastie) Chang, ne suit que les avis d'une femme ; c’est elle qui fait tout , et il ne se met nullement en peine

montrer par U runanimilé de la réprobalion et l’imposante autorité de l’avcilissement pour l’avenir. Celte induction liistoriipie confirmerail , s’il en était besoin, l’aiitbenlicité si précieuse et si bien démontrée du Choii-King.

(*) Ce dicton existe aussi dans certaines provinces de l'rance.

des sacrifices, ni des cérémonies; c’est pourquoi rien ne lui réussit....

«Aujourd’hui, moi. Fa ( Wor- WANG), j’exécuterai respectueusement les ordres du ciel. Dans le combat que nous allons livrer, après six ou sept pas , arrêtez-vous et remettez-vous en rang; redoublez vos efforts.

« Après quatre, cinq, six et sept attaques, arrêtez-vous et remettezvous en rang ; redoublez vos efforts.

i- <1 Dans cette campagne contre ( la dynastie) Chang, comptez vaillamnient comme des tigres Hou , comme des tigres Pi, comme des ours Hioung, comme des ours We. Ne faites aucun mal à ceux qui viendraient se soumettre et servir nos hommes de la terre occidentale. Redoublez vos efforts.

n Si quelqu’un de vous ne fait pas attention à ce que j’ai dit , et laisse voir de la lâcheté , il sera puni sévèrement. » {Ch.-k., liv. IV, ch. 2.)

Nous avons déjà fait connaître l’issue de la bataille dynastique.

Page 1