I.V Urraison. (Chine
livres. C’est en les privant pour toujours de l’aliment qui nourrit leur orgueil, que nous j^uvons espérer de tarir la source féconde de leur indocilité. A l’exception des livres qui traitent de médecine et d’agriculwre, de ceux qui expliquent la (iivination par les Koua, ou lignes deFou-Bi, et des Mémoires historiques de votre glorieuse dynastie, depuis qu’elle a commencé 'à régner dans les états de Thsin , ordonnez , seigneur , qu’on brûle généralement tout ce fatras d’écrits pernicieux , ou inutiles, dont nous sommes inondés; ceux, surtout, où les mœurs , les actions et les coutumes des anciens sont exposées en détail.
N’ayant plus sous les yeux ces livres de morale et d’histoire qui leur représentent avec emphase les hommes des siècles passés , ils ne seront plus tentés d’étre leurs imitateurs serviles ; ils ne nous feront plus un crime de ne pas suivre leur exemple en tout; ils ne feront plus cette comparaison , toujours odieuse pour nous dans leur bouche, du gouvernement de Votre Majesté avec celui des premiers empereurs de la monarchie.
« Il est temps, ou jamais, de fermer la bouche à ces mécontents , de mettre un frein à leur audace. Qu’ils sachent que votre puissance n’a dé bornes que celles que vous voulez bien lui prescrire. Qu’ils éprouvent enfin qu’un châtiment long-temps différé n’en est que plus terrible envers ceux qui ne se sont pas efforcés de s'y soustraire en se corrigeant.
« N’achetez pas, seigneur, un repentir inutile par une bonté et une condescendance hors de saison. Le mal presse ; il est des plus violents ; le remede doit être proportionné; il ne saurait être appliqué trop tôt. Commencez par ceux de vos mandarins qui président à l’histoire; ordonnez-leur de réduire en cendres tous ces monuments inutiles dont ils conservent si précieusement le dépôt. Donnez un ordre pareil aux magistrats dépositaires (les lois ; celles qui sont émanées de votre autorité suprême, auxquelles on peut joindre toutes les ordonnances
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particulières que vous avez faites , sufliront de reste pour leur instruction.
Qu’ils en fassent un recueil complet; ce sera un code particulier qui les dirigera sûrement dans l’administration de la justice. Pour ce qui est des autres branches du gouvernement, Votre Majesté, dont l’esprit brille des plus vives lumières, dont l’entendement pénètre tout, dont la sagesse sait tout prévoir, y suppléera sans peine, à mesure que les circonstances l’exigeront.
Le Chourking et les autres livres, dans lesquels on cherchait ci-devant les r^ gles de conduite, devenus désormais inutiles, doivent être oubliés pour toujours ; qu'üs deviennetU la proie des flammes!....
« Défendez à tous vos sujets de conserver , sous quelque prétexte que ce puisse être, aucun des livres proscrits; portez une loi rigoureuse qui les oblige à remettre aux mandarins dont ils dépendent immédiatement tous ceux qu’ils possédaient avant la défense; obligez les mandarins eux-mêmes à faire les perquisitions les plus exactes pour s’assurer de l’obéissance de ceux qu’ils gouvernent; soumettez-les à subir les mêmes peines que les infracteurs , en cas de collusion ou de simple négligence de leur part; assignez des récompenses pour les délateurs sincères, et faites subir des châtiments à ceux qui, connaissant les infracteurs (le vos ordres, ne les déféreront pas aux mandarins. Je serais d’avis , outre cela , qu’on fît mourir irrémissiblement quiconque, dans la suite, sera assez téméraire pour blâmer, par des discours injurieux , ou pour désapprouver , par des paroles indiscrètes, la conduite de Votre Majesté. Des sujets qui s’émancipent ainsi méritent les cliâtiments dont on punit les rebelles; puisqu'en effet, des discours injurieux ou des paroles indiscrètes, qui blâment la conduite du souverain , sont des discours et des paroles qui tendent à la rébellion.
« Quant à ceux qui , sans blâmer à découvert le gouvernement présent , s’aviseront de vouloir le comparer au gouvernement des anciens , on peut se
contenter d’imprimer sur leur visage une marque d’ignominie, avec un fer rougi au feu.
a On peut assigner l’espace de trente jours pour la publication de vos ordres dans tout l’empire. Si , après les trente jours révolus , on découvre quelqu’un qui soit réfractaire, ou négligent, on le punira avec rigueur; dans le premier cas , en lui ôtant la vie par le supplice des criminels de lèse-majesté; et dans le second, en le marquant avec un fer rouge, tant pour lui faire expier une négligence coupable que pour l’instruction des autres. »
Le premier ministre Li-sse termina son grand réquisitoire , qui ne manque assurément ni d’art, ni d’éJoquenoe, en réfutant quelques objections , et en écartant quelques difficultés que l’on pouvait opp<3ser à son coup d’état. L’empereur répondit par ce peu de mots : « Il n’y a rien dans tout ce que vous venez de dire, qui ne soit très-conforme à la raison , et à ce ue j’avais déjà pensé moi-même plus ’une fois. Je me décharge sur vous du soin de l’exécution. Que tout se fasse ainsi que vous l’aves dit, et le plus promptement qu’il sera possible (*). »
(*) Mém. sur les Chinois , I. III , p. sSq et suiv. Voy. aussi Li-tai-ki-sse , kiouanao, fol. a3 , verso. ■ Dans le placci de Lisse , dit le P. Gaubil (ClironologiB chinoise, p. 64), on ne parle pas assez clairement sur les livres qui étaient dans le tribunal du rhef de la litlérature; mais ce qui est aujourd'hui obscur pour nous, ne l’clait pas alors. Il, est d’ailleurs certain qu’on ne brûla pas les livres où étaient les cartes géographiques,, et les mémoires sur l'élat de chaque departement de rcmuirc. Li-sse, à l’exemple de l’enipercur, souhaitait que les Cliiuois fussent ignorants el ne pensassent jamais au gouvernement des anciens rois, ni aux exemples Je probité et de vertu , ni aux préceptes laissés par les anciens. On voulait que la dynastie Thsin fût étemelle. Li-sse et l’empereur étaient infatués des principes de la secte de Tao; ainsi il est probable qu’on ne lit pas des recherches bien sévères sur les livres de cette secte. Dans l'empiro il y avait plusieurs sortes de caractères chv-
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« C’est ainsi , dit le P. Amiot , que fut décidée cette fameuse proscription dont on parle depuis tant de siècles , et dont on parlera tant qu’il y aura des hommes sur la terre cultiveront les lettres. Je n’ai rien oublié pour la mettre dans tout son jour, en l’exposant revêtue de toutes ses circonstances. s
Ce grand coup d’état, qui eut des résultats si funestes pour la connaissance de l’antiquité chinoise et peutêtre asiatique, en ce qu’il ordonnait la destruction , sous peine de mort , des principaux monuments historiques et autres de la nation chinoise, ne fut cependant pas aussi fatal que l'on pourrait le craindre; car un grand nombre de ces monuments consistant en planchettes de bambou, échappèrent en entier ou mutilés de cette terrible proscription. On a vu, par l’usage que nous avons fait dans cet ouvrage du Chou-tüng y ou Livre des Annales, qu’il n’éprouva pas complètement l’anathème de Li-ssb. L’éait incendiaire suscita , comme on devait s’y attendre , de grands dévouements de la part des lettrés, et un grand nombre d’entre eux aimèrent mieux subir la mort que de manquer à ce qu’ik regardaient comme leur mission.
Ainsi se tennina la lutte entre deux grands principes politiques qui se disputent le monde, depuis l’origine des sociétés; celui de la lumière et celui des ténèbres; celui du savoir et celui de Vignorance : celui de ['esprit indépendant ou actif, et celui de la matière soumise ou passive ; principes qui eurent leurs apôtres en Chine , dans les deux philosophes KnouNO-TSEU et Lao- TSBU {voyez p. 110 et suiv. ) ; le premier voyant les vertus et le bonheur du peuple dans son instruction, et le second dans son ignorance; le premier considérant cette même instruction comme une sécurité pour la société et
nois ; Lisse Ipj fit réduire i im seul genre que l’on nomme li-etum, écriture acIucHement en usage. On ordonna que la forme des caractères de Lisse aurait cours dans l’enipirc. »
li*s goiivcrnciiiciils ; le second comme un danger. Ilest trè.s-probableque la politiquedeCni-HoAixo-Ti et de son ministre Li-sse était l’expression puissante des doctrines du philosophe I.ao-tseu, ui ne parle pas plus , dans son livre , es anciens empereurs chinois que s’ils n’avaient jamais existé, et qu’il semble protéaer de ses dédains. Mais cependant il condamne les moyens violents de gouvernement et la tyrannie souveraine dont ne se fit pas faute l’incendiaire des livres. C’est que ceux qui émettent un principe absolu ne connaissent pas toujours les conséquences qu’il renferme et que d’autres en sauront bien tirer.
CONSTRÜCTION OE NODVEAtTX ÉDIFICES rOOn L’EMBELUSSEMKNT DK LA CAPITALE.
Lorsque le philosophe arrête ses regards sur les créations colossales de la puissance humaine matérielle, comme les pyramides d’Égypte et d’autres monuments sans utilité apparente , il est tenté de maudire les souverains ou les tyrans qui employèrent les bras et la vie de tant d’hommes à les construire. Mais , le premier mouvement d’indignation passé, il reconnaît bientôt que ce qu’il rerardait comme l’effet d’une tyrannie absolue n’est souvent que le produit d’une habile politique. Il faut quelquefois amuser et distraire les enfants pour les empêcher de briser leurs liens; les peuples sont souvent de grands enfants que l’on empêche de briser leurs liens en les occupant à construire des monuments gigantesques , à bâtir des palais magnifiques , ou en les amusant par les jeux du cirque. Thsin-chi- HOANG-Ti , après avoir soulevé contre lui la population lettrée de son empire et excité de nombreux mécontentements, pensa moins à apaiser ces mécontentements qu’à employer lui-même les instruments de révolte et de vengeance qu'ils auraient pu tourner contre lui. Il entreprit donc de construire de nouveaux édifices pour l’enibeliissement de sa capitale , en renouvelant toute la surface de la région sur
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laquelle elle était bâtie. Les demeures royales qu’il avait d^a fait construire au nord et au sud de la rivière tvei étaient de la dernière raagniflcence. Il voulut en augmenter le nombre , et il ordonna que l’on travaillerait incessamment a en bâtir trois cents dans l’enceinte de la ville et quatre cents hors de cette enceinte.
Tous ces édiGces, qu’il se proposa de rendreaussi magniCques que possible, devaient, disent les historiens, être tellement piaote, qu’ils présentassent sur la surface du sol un coup d’œil semblable à celui que la voie lactée , ou le fleuve céleste et les constellations qui l'avoisinent , présentent dans la voûte des deux.
Des villages et des champs labourables devaient représenter les espaces sombres ou moins lumineux de la voie lactée , comme les palais devaient figurer les étoiles et les constellations brillantes. Il Allait des habitants à ces villages etdes cultivateurs à ces champs. Il ordonna que l’on ferait choix de soixante et dix mille familles pour les peupler.
KXéCOTlON DES LETTRÉS.
Tant d’entreprises si contraires à l’esprit de simplicité des anciens empereurs chinois excitèrent au plus haut degré le blâme des lettrés , et un grand nombre d’entre eux l’exprimèrent tout haut sans crainte des dangers auxquels ils s’exposaient. Non contents de mal parler oc la conduite de l’empereur, et d’accompagner ce qu’ils en disaient, des sarcasmes les plus outrageants, l’un d'entre eux composa un écrit dans lequel il le peignit sous les plus noires couleurs , et plusieurs copies de cette critique sanglante circulèrent dans le public.
Les longs ressentiments de l’empereur contre les lettrés, ses ennemis naturels , furent portés au comble en apprenant cette dernière action. L’auteur de l’écrit avait pris la fuite. Mais comme il était un des lettrés les plus habiles de Hien-yakg, la capitale, l’emiicreur crut ou feignit de croire
que c’était de concert avec tous les lettrés qu’il avait composé son libelle, ou que du moins il y avait exprimé leurs sentiments pour lui. Alors il ordonna aux censeurs de parcourir la ville , d’entrer dans les maisons, et d’interroger sur son gouvernement ceux qui les habitaient ; et il leur prescrivit de livrer aux magistrats tous ceux qui seraient assez téméraires pour s’exprimer conformément au contenu du libelle.
Les censeurs obéirent et, dans la capitale seulement, ils trouvèrent qvMtre cent soixante et quelques lettrés qui curent assez de courage pour ne pas trahir leurs sentiments. Chi-hoang-ti les lit condamner à mort (*), et la sentence fut exécutée avec tant de barbarie qu’elle révolta jusqu’à son propre fils, héritier présomptif de la couronne. Ce dernier fit à ce sujet des représentations à son père, qui l’envoya partager les fatigues du camp à l’armée de son général Moüng-tibn.
Après cette'terrible exécution, qui a bien eu ses analogues dans les contrées de l’Occident , quoique sous différents prétextes, l’empereur entreprit de parcourir de nouveau les provinces ae son empire. Il se transporta encore sur quelques montagnes où il offrit des sacrifices sur les tombeaux des anciens empereurs Chun et Tu.
Il s’embarqua sur les principaux fleuves , et pénétra jusqu’aux bords de la mer du midi qu’il n’avait pas encore vue ; il côtoya pendant quelque temps le rivage et il y éleva un monument en pierre dont on voit encore les restes, et sur iMuel il fit graver son éloge , comme il avait coutume de le faire dans de semblables circonstances.
MORT DE THSIN-Cni-HOARG-TI , 210 AMS avant NOTRE ÈRE.
Cet empereur ressentit , en passant
(*) La pL 47 , tirée des Fiûu mémorables des empereurs chinois, représente TbsihcHi-BOAHG-Ti faisant précipiter les lettrés relielles et leurs livTes dans une grande fosse qu'il avait fait creuser pour cet usage.
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un pont, les premières atteintes de la maladie qui rentralna dans la tombe, à la trente-septième annéede son règne et la cinquantième de son âge. Il négligea les secours de l’art et les précautions nécessaires en pareil cas.
Aussi, mourut-il après quelques jours de maladie. Il n’avait pas encore rendu le dernier soupir que déjà on songeait à se disputer ses dépouilles. Un eunuque s’empara del’esprit de Li-ssB , le premier ministre, etnt transmettre la succession impériale à un jeune fils de l’empereur , au détriment de l’héritier présomptif qui avait été éloigné de la cour pour sa désapprobation" de la politique de son père. Sa mort fut résolue ainsi que celle du grand général Moung-tien qui avait rendu de si éminents services à l’empire (*). Le grand eunuque et Iç premier ministre agirent de ruse pour accomplir leur dessein. Ils supposèrent un faux ordre de l’empereur qui enjoignait à son fils ainé et a son général Mouhg-tibn de se donner la mort ( selon la coutume usitée en pareilles circonstances ) pour de prétendues infractions à leurs devoirs. Le jeune prince se soumit à l’ordre supposé de son père , malgré les représentations du vieux général qui soupçonna aussitôt l’imposture. Confiant dans son innocence , il voulut se rendre près de l’empereur qu’il croyait encore en vie ; mais il fut arrêté en route et chargé de fers. Le nouvel empereur , qui ne possédait la souveraineté que par suite des indignes manœuvres de l’eunuque en chef et de Li-sse, et qui n’agissait que par eux, fit périr ce général avec son frère. Quand on présenta au général le breuvage empoisonné, il le prit entre ses mains et te regardant d’un œil Gxe : » Voilà « donc , dit-il , la récompense de tous « les succès qui ont couronné mes tra-
(*) MotiitG-Titn était non-scalemeiU un grand général , mais encore un savant. Ce fui lui qui inventa l’art de fabriquer le papier et de l’employer pour écrire avec des pinceaux et de l’encre , au lieu des tablettes de bambous sur lesquelles on gravait les caractères.
« vaux , au service de trois souverains « de la famille de Thsin. J’ai été l’ins- « triiment principal de toutes leurs « conquêtes, et , par mes dernières vic- « toires , j’ai réuni tout Tempire sous « la domination de Chi-hoàro-ti.
« J’étais à la tête de trois cent mille fl hommes quand on me donna de sa « part le faux ordre de me faire mourir. « Aimé des soldats, chéri des officiers. Il un mot de ma part suffisait pour « faire repentir les faussaires de cet n ordre inique donné si imprudemif ment. La pensée m’en vint , mais je <1 la rejetai bien loin... Je n’ai rien fait « jusqu’ici qui puisse mériter de justes n reproches. On connaît mes exploits; Il qu’on sache encore que je meurs avec • toute ma vertu. »
On vit se renouveler, aux funérailles de l’empereur Thsin-chi-hoang-ti , cette cérémonie barbare que nous avons déjà signalée (page f09), et qui était particulière à rétat de Thsin , établie dans le CAen-si, depuis plusdelOOOans avant notre ère. Les femmes de l’empereur qui n’avaient pas eu d’enfants , et ses concubines , eurent ordre de se donner la mort. Un grand nombre d’archers habiles furent enterrés tout vifs près du tombeau de l’empereur décétié. On déposa dans ce tombeau un grand nombre de bijoux et d’objets précieux qui furent enlevés etdispersés quelque temps après.
TItODBl.RS DANS L'EMPIRE.
La mort du général Modng-tien , celle de son frère et d’un grand nombre d’autres personnages distingués , fit bientôt naître de grands troubles dans l’empire. Une année ne s’était pas encore écoulée depuis la mort de Thsin- CHi-HOANG-Ti que déjà cinq royaumes s’étaient formés du démembrement de son grand empire, qui ne fut pas laissé, comme celui d’Alexandre, aux plus dignes , mais aux plus intrigants et aux plus lâches. Les débauches et l’avarice de son successeur avaient produit un mécontentement général ; les ministres droits et honnêtes avaient été éloignés pour faire place aux fiat-
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leurs et aux gens corrompus. Les descendants des petits souverains détrônés par les Thsin. se mirent à la tête de nombreux partis aQn de rétablir les royaumes de leurs ancêtres. Le désordre fut iwussé à l’extrême. Après quelques années de règne , si on peut appeler règne une suite non interrompue de saturnales , le fils du grand empereur périt de la main même de ceux ui l'avaient élevé au plus grand trône U monde. Son successeur, dans un règne éphémèrede quarante-cinq jours, semble n’avoir été que l’instrument de ceUe grande justice de rétribution selon les œuvres, que l’on ne peut s’empêcher de reconnaître dans les événements humains. Le chef des eunuques, Tcrao-kào , qui avait fait assassiner sa créature, fempereur Eulh-chi , ( assez lôche pour supplier son assassin de lui laisser seulement une petite seigneurie), ainsi que son complice, le premier et célèbre ministre Li-sse , et beaucoup d’autres grands de l’empire , pour mettre à sa place le fds de l’héritier légitime de Chi-iioang-ti , fut assassine par ce dernier , qui périt bientôt lui-inème , avec toute la race des Thtin , par les mains d’un autre factieux , après qu’il eut abandonné sa capitale et se fut remis entre les mains de Libou-pano , chef de rebelles.
Fl« DE LA dynastie DE THSIN.
Voici comment périt le dernier et faible rejeton du grand et puissant Chi-hoang-ti , que la terre semblait ne pouvoir contenir. Pendant que l’eunuque Tchao-kao abusait de sa tyrannie déshonorante sous le prince cruel et débauché dont il était le premier ministre , tous ceux qui avaient conservé des cœurs honnêtes songèrent à se soustraire au joug honteux sous lequel ils gémissaient. Un grand nombre de généraux et de gouverneurs de provinces se mirent à la tête des mécontents. Le général qui fut euvo}/é contre eux pour les soumettre se déclara le premier contre son lâche souverain.
I.’armée le déclara roi de Tchou. D’autres généraux suivirent son exemple ,
prirent les armes et les titres anciens des rois de Tchao , ff^ei , Yen , Tsi.
Lieou-pang (*), étant chef d’un bourg ou village, fut reconnu prince d’un district et prit aussi les armes. I,e nouveau roi de Tehou le nomma son général et l’envoya combattre les armées de l’empereur. Il trouva un rival d’ambition et de talents dans un autre général du roideTchou, nommé Hiang- Yu (**) , homme fier , mais cruel et de mauvaise foi ; qualités vicieuses qui le perdirent. Libou-fang , après plusieurs victoires , s’approcha de la capitale ; alors les révolutions de palais que nous avons indiquées ci-oessus eurent lieu. Ensuite Vbeureux conquérant entra dans la ville , se rendit maître du palais royal , en défendant à ses troupes de commettre aucun désordre. Tandis que de tous côtés on portait aux of&iers qui l’accompagnaient, de l’or, de l’argent , des bijoux et autres objets précieux que l’on trouvait dans des lieux abandonnés . le général s’assura des documents nistoriques, des cartes géographiques, et des mémoires sur les revenus, les forteresses, le nombre des habitants, et tout ce qui regardait la statistique générale et particulière de l’empire , que ChiuoANG-Ti avait réunis dans les archives impériales (***).
Lieou-pang retourna ensuite à son camp. C’est là qu’ayant fait venir plusieurs vieillards et les principaux n>andarinsde Thsin, il leur dit qu’il voulait les gouverner selon les lois chinoises, et qu’on n’avait à craindre de lui ni oppression ni injustice. Tandis qu’il traitait si bien ceux qu’il avait conquis , son rival Hiano-yu, autre général du roi de Tchou , suivait une conduite toute différente. Il fit massacrer plus de deux cent mille personnes qui étaient
(*) II devinl empereur «oui le nom do Kao-tsoo. Toy. son portrait, pl. Si , n° i.
(**) Ou HiAao-ui, voyez son portrait, pl. 45 , n° 3.
(***) Tous ces documents, conservés soigncusuuieut par Liiou-paho , fuient trèsutiles pour combler les lariincs hislorii|ii>x causées par rinccnülc des livres.
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venues se soumettre à lui (*) ; et ne pouvant se résoudre à laisser Lieoc- PANO mattre de la capitale et de la province environnante , il vint à grandes ioumées avec son année lui disputer l’empire. Cette armée était forte de quatre cent mille hommes , et celle de Lieou-pano de cent mille. Hiahg-yd s’empara de quelques fortddont Lieoü- PANG était mattre , et au mépris d’un traité fait avec ce dernier , par lequel celui qui entrerait le premier dans la ca^\tàKHien-yang serait roi de Thsin , il pénétra dans cette capitale avec son armée , en enleva tous les trésors , fit un choix des plus belles femmes , et abandonna ensuite la ville et le palais au pillage de ses soldats, qui massacrèrent Tseu-yng , le dernier empereur de la race des Thsin , ainsi que toute sa famille et les habitants qui n’eurent
fias les moyens d’échapper au carnage.
Is mirent le feu à la ville et au palais des empereurs. L’incendie dura trois mois. Le tombeau de Thsik - chitiOANO-Ti fut détruit , et tout ce qu’il renfermait de précieux fiit enlevé.
Ainsi finit la dynastie de Thsin , la plus courte peut-être, mais la plus puissante qui ait occupé le trône antédiluvien du grand empire chinois. L’élément étranger de civilisation , ou plutôt de barbarie , qu’elle avait introduit en Chine par la frontière occidentale, qui était son domaine, disparut avec elle. Sentinelle avancée , placée sur la route de l’Asie occidentale , elle avait déjà donné son nom à l’empire chinois dans cette partie du monde , bien long-temps avant que celui de Thsin-chi-Hoang-H ( fe premier souverain absolu de la dynastie de Thsin) eût atteint aux limites les plus reculées de l’Asie ( voyez page 2 ). La grande figure de cet empereur , qui avait.peut-être entendu le rteit des conquêtes d’Alexandre (venu environ un siècle avant lui jusque dans l’intérieur de l’A&ie),se placera toujours au premier rang des grands hommes qui ont été la ^oire et l’effroi des nations.
TOHBBAD DE TBSIN.CH1-HOAHG.TI.
Cet empereur choisit pour sa sépulture le mont Li. Ce choix seul indiquait déjà ane pensée accoutumée aux jouissancis illimitées de l'ormeil et de la puissance souveraine. ■> Il le fit creuser en bas , dit un écrivain chinois , jusqu’aux trois sources , et en haut il fit élever un mausolée qui pouvait passer pour une seconde montagne. Il était élevé de cinq cents pieds , et il avait au moins une demi-lieue de circuit.
Au dedans était un vaste tombeau de pierre , où l’on pouvait se promener aussi à l’aise que dans les plus grandes salles. Au milieu était un riche cercueil. Tout autour brûlaient des lampes et des flambeaux entretenus de graisse humaine. Dans l’intérieur de ce tombeau étaient, d’un côté, un étang de vif argent sur lequel on voyait des oiseaux d’or et d’argent; de l’autre, un appareil complet de meubles et d’armes, et mille bijoux les plus précieux. Enfin , il n’est pas possible d'exprimer jusqu’où allaient la magnificence et la richesse, soit du cercueil et des tombeaux , soit des bâtiments où il était placé. Non seulement on y avait dépensé des sommes immenses, mais encore ils avaient coûté la vie à bien des hommes. Outre les gens du palais qu’on y avait fait mourir, on comptait par dix mille les ouvriers qu’on y avait enterrés tout vivants. On vit tout à coup les peuples, qui ne pouvaient plus supporter le joug courir aux armes au premier signal de révolte. Et ces ouvrages du mont lÀ n’étaient pas encore achevés que Tchboo- TCHANG vint camper au pied; et bientôt après Hiang-yu rasa ces vastes enceintes, brûla ces beaux édifices , pénétra dans ce superbe tombeau , en enleva toutes les richesses, et fit de cette sépulture un lieu d’horreur, et n’y laissa que le cercueil. Un berger , en cherchant une de ses brebis égarées, v laissa tomber du feu; ce feu s’alluma et copsuma le cercueil. »
Ainsi finissent toutes les vanités humaines !
(*) Gaubil, Chronologie chinoise, p. 69.
L’IJNIVERS.
V« ÜYNASTIE s HAN ,
rit Sus AfART NOTEK àss à 230 irEEE J.-C.
3a BursEEPEE, 4»
Le spectacle de l'élévation et de la chute des dynasties , le récit des batailles livrées pour conquérir des eni-
})ires , seraient des amusements assez rivoles si on n’eu tirait de graves enseignements pour les gouvernements et les peuples. Tant que la loi des événements sociaux ne sera pas connue, ue celle de l’élévation et de la chute e dynasties ne sera pas déterminée ; en d’autres termes , tant que les lois des révolutions des empires ne seront pas proclamées avec la même certitude que celles des révolutions planétaires, l’histoire sera obligée de recueillir et de consigner les événements humains partout où ils se manifesteront , jusqu’à ce que , de cette imposante accumulation de faits semblables et divers, on en déduise les lois générales de l’humanité, comme, du retour constant et régulier du soleil dans une limite déterminée de notre horizon , on en a déduit ses révolutions apparentes dans l’écliptique.
Si les véritables formules de l’histoire étaient données , si les faits humains étaient élevés à l’état de science comme les faits astronomiques, la consignation par l’histoire de l’élévation ou de la chute d’une dynastie serait aussi inutile que le serait celle du lever ou du coucher du soleil ; seulement , l’histoire pourrait encore consigner les circonstances qui auraient accompagné ces événements, comme elle consigne les circonstances météoriques qui accompagnent quelquefois le lever ou le coudier de l’astre du jour. Il n’est peut-être pas donné au génie humain , qui a cependant reconnu et déterminé les lois des révolutions planétaires , de découvrir et de déterminer les lois des révolutions humanitaires ; mais cependant , si la science historique était fondée, si tous les éléments d’une révolution sociale étaient donnés , pourquoi n’en déduirait-on pas des événements certains , en tenant compte des différentes causes pertur-
batrices; comme les éléments d’une orbite cométaire étant donnés , on en déduit avec certitude la marche et le retour de l’astre météorique , en tenant compte aussi , dans les calculs, des perturbations qu’il doit éprouver? L’histoire est la statistique pins ou moins exacte des événements humains : pourquoi n’en déduirait-on pas une loi générale de ces mêmes événements , comme on déduit , par exemple , des registresdel’état civil d’un pays donné, la loi de la mortalité ou celle de la population de ses habitants ? Les sciences liumaines n’ont sans doute pas encore atteint leurs dernières limites ; on peut donc espérer qu’un jour un nouveau Laplace fera entrer dans un nouveau système du monde, c’est-à-dire, dans un systiine du monde moral, les formules à l’aide desquelles on pourra facilement calculer au moins les principaux événements humains avec autant de certitude qu’une éclipse de soleil , que le passaged'unecomèteau périhélie.
Le grand empire de Thsin-chi- HOANG-Ti portait en lui-méme plusieurs éléments de destruction. Toutes les révolutions subites et violentes durent peu , quelque justes , quelque favorables qu’elles soient à la gloire et à la grandeur futures d’un empire. Les éléments révolutionnaires, pour produire leurs fruits , ont besoin de s’infiltrer petit à petit dans l’esprit et les mœurs des peuples. Rendez à la liberté et à la lumière du grand jour un malheureux qui aura été long-temps privé de ces deux grands bienftits de la nature, il ne .saura pas faire usage du premier de ces dons, et il repoussera le second comme tro() fort pour sa vue débile. On peut poser comme un principe éternel , comme une formule historique irréfragable, que Vamour du peuple est te plus sûr garant de la durée du pouvoir. Que tous les habitants d’un état soient unanimes dans l’affection qu’ils portent à leur souverain ou à la dynastie , il n'y r< pour ce souverain, pour cette dynastie, aucune chance intérieure de perte du pouvoir. Ils n’ont plus contre eux que les ch.ances extérieures, beaucoup moins
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à craindre dans cet état de clioses , et par conspuent faciles à prévenir. Ce l^rand principe avait déjà été reconnu et (K)se par le philosophe chinois, lorsqu’il disait :
« Obtieiu l'aiTection da peuple, ta obtiendrae et coDserreras l’empire,
«• Perds l'aneclion du peuple, ta perdras rempire.»
(Ta'Mio, la Grande science.)
Le grand conquérant qui avait vaincu tous ses rivaux, qui avait abattu tous les soutiens de la féodalité chinoise , qui avait fait de l’empire cliinois le plus grand empire de la terre , avait par cela même soulevé de puissants et de nombreux mécontentements. Sa destinée accomplie , il fallait une main aussi forte que la sienne pour soutenir sa puissance , un genie aussi grand que. le sien pour maîtriser toutes les tempêtes qui allaient fondre sur son empire. Comme ces conditions pouvaient être difficilement remplies dans le système du pouvoir héréditaire, et que , en appliquant aux événements historiques le calcul des probabilités , avec tous leurs éléments de certitude ( science qui est destinée à devenir un jour l’instrument le plus puissant peut-être de l’appréciation du passé et de la connaissance de l’avenir), il y avait bien mille chances contre une que cetétat de choses ne durerait pas.
Les événements vinrent confirmer la même vérité historique qui reçut aussi une sanction fatale à la mort d’Alexandre , de Charlemagne , et à la chute de Napoléon. Un ressort trop tendu se brise; la vapeur trop comprimée éclate; il y a des lois de progression , même dans le bien, que l’on ne peut impunément transgresser.
LUTTB DBS DEOXCOMPÉTITBURS A L'EMPIRE.^
Après la mort du faible successeur etdescendantdeTHsiN-CHi-HOANG-Ti, deux soldats puissants, deux généraux aguerris , qui avaient conjointement conçu et précipité sa ruine , se disputèrent l’empire. L’un, Hiang-yu, homme farouche et cruel , fit nommer empereur, |iour la forme, le roi de Tchou (20G avant J.-C.), il prit lui-
même le titre de roi usurpateur [pa Wang), et fit frapper des monnaies, qui existent encore , avec ce titre orueilleux du soldat parvenu. Il divisa empire en plusieurs royaumes , et son rival Lieod-pang fut confirmé roi de Han. Cette rivalité tourna heureusement au profit du bien publie; car tandis que le premier de ces généraux se livrait à tout l’enivrement qu’un pouvoir extrême long-temps convoité et un caractère sanguinaire lui inspiraient , le second , autant par politique sans doute que par amour de la justice, s’attachait à se faire aimer du peuple par sa conduite contraire et son attachement sincère au bien public et aux lois fondamentales de l’empire. Hiang-yu était un grand homme de guerre , mais d’un naturel emporté et sanguinaire, d’un caractère altier et indomptable (*) , tandis que Lieou- FARG, grand capitaine aussi, était d’un naturel humain, doux et d’un caractère généreux. La latte qui s'éleva entre eux ne fbt pas toujours incertaine. Hiang-yd finit de s’aliéner ses partisans par le meurtre de son souverain , le roi de Tchm, qu’il avait nommé lui-même empereur. La bonté de Lieou-parg envers ses troupes, sa clémence pour les vaincus , sa modestie , son courage et sa fermeté dans le malheur , son amour du bien public , firent peut-être plus pour lui que scs qualités guerrières. Ces deux rivaux se battirent pendant cinq ans pour conquérir l’autorité souveraine ; il y eut entre eux jusqu’à dix-sept batailles rangées , où ils furent alternativement vainqueurs et vaincus, iji dernière qu’ils se livrèrent , aux environs de Ou-kiang , fut gagnée par Lieou-pang, et Hiang-yu, se voyant perdu sans ressources, se donna la mort , pour ne pas tomber vivant entre les mains de son rival. Ce ftit à la
(*) Son portrait, pl. 45, n° a , cl celui de LiEOD-PAao , devenu empereur sous le nom de Kao-tsou , pl. 5a , n° r , graves Ions deux d’après des originaux eliiiiois , représcnleiit parfailenienl leurs dilTérenccs de earaelères.
L’UNIVERS
douzième lune de l'année t02 avant notre ère.
PORTRAIT DE BlAHa-YD.
Hiaing-yu, disent les historiens chinois , avait naturellement du talent pour la guerre , et sut dans l’occasion le cultiver. Il était courageux jusqu’à l’intrépidité , se montrant toujours le premier au plus fort du péril. Il triomphait presqueconstammentde ses ennemis, quand c’était à armes ^ales qu’ils combattaient; incapable d’employer la ruse , il lui arriva quelquefois d’étre la dupe de ceux qu’il employait. « Il avait une taille gigantesque et une force de corps prodigieuse; ses bras étaient inflexibles , et l’on eût plutôt ébranlé une montagne que de les lui faire plier malgré lui; il avait huit pieds de haut (six pieds de France), et il pouvait lever sans s’incommoder jusqu’à mille livres pesant. Il avait la voix terrible ; par sa force et par sa valeur , il eût pu résister à une armée entière. » ( Mém. sur les Chinois , t. m, p. 56.)
LIEOn.PANO EST RECORND EMPEREUR.
Après la défaite et la mort de Hi ano- Yu, tout l’empire reconnut Lieou- PANG pour maître. Les grands l’engagèrent à prendre le titre A'empereur élevé et auguste {kao-hoang-ti) , et à donner à sa nouvelle dynastie le nom de Han , qui était celui de sa patrie et du petit royaume qui lui était échu lors du partage de l’empire fait par Hiang-yu. Il tint sa cour d’abord a Lo-yang ( aujourd’hui Ho-mm-fou , ancienne résidence des empereurs des Tchéou), ensuite à Tchang-ngan (aujourd’hui Sirugan-fou, ville delà paix occidentale) dans le Cheti^i.