‹ Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinois première partie comprenant un résumé de l'histoire et de la civilisation chinoises depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours par m. G. PauthierChapitre 59 sur 238 · WEN-TI · texte numérisé non relu

WEN-TI

Cette époque de l’histoire chinoise , que l’on ^urrait nommer celle de la

(*) Voyez son porü^il, pl. 45 , n“ 4. Ce vieillard qui , lors de la proscription des livres , avait déjà un grand renom comme letiré, occupait un des premiers emplois de la liiiérature. Il était né dans un village qui porte aujourd'hui son nom et où il s’était retiré pendant la persécution des lettres. II avait caché dans l’épaisseur d’un mur de sa petite maison un exemplaire du Chou-king, et quelques autres livres qu’il jugeait mériter le plus d’élre conserves.Ces livres, gravés avec un jioinçon de fer ou de hois dur sur des plancheiles de bambou ou d’autre bois lisse et très-uni, pouvaient se conserver bien plus facilement ainsi cachés , que nos livres modernes. Les criliques chinois ont recueilli les détails les plus minutieux , les circonstances les plus indifférentes en apparence concernant le recouvrement de leurs anciens livres, et la statistique qu’ils ont établie des livres ou fragmenls de livTcs ainsi sauvés d’une destruction déplorable, ne

Peut laisser aucun doute dans l’esprit de Européen le plus difficile à persuader. On peut consulter à ce sujet les Mémoires sur les Chinois , 1. 1, p. 64 et suiv. ; t. II,p. 65, 66 et ao3 ; t. III , p. 3o3 etsuiv,; et surtout la Dissertation insérée dans le premier volume de la traduction latine du Y- king, par le P. Regis , 1. 1, p. 79 et seq.

renaissance des lettres , fiit assez pai. sible. A part quelques incursiotiste Hiowia-nou dans les provinces septes.

trionales, l’empire jouit d’une gnadt prospérité due en partie aux bonnes qualités de l’empereur Vlitm.

Ce souverain avait succédé à la première femme qui ait régné en Chine, sous le nom de Liu-héou, fettune barbare et cruelle , et qui périt atec toute sa race. Wen-ti témoigna tant d’intérét pour le peuple, qu’il lui Et remise des droits établis sur le sel, et de la moitié des impôts ordinaires; il ordonna en outre que les viéillards pauvres de chaque province , qui auraient plus de 80 ans , fussent nourris et entretenus à ses dépens , c’est-à-dire snr les revenus consacrés à pourvoir aiu besoins de sa famille et de l’état. Il s’efforça d’introduire l’économie dans son empire, d’où elle avait été bannie par les magnificences et les prodigienses superfluités du superbe I^siikbi- HOANG-Ti. Il en donna le premier l’exemple , en ne permettant pas qu’on fit le moindre changement dans sa meubles, ni qu'on le servit dans des lats d’or ou d’argent , et il défendit ses femmes , même à l’impératrice, de porter des étoffes de aiftonfes couleurs, et ornées de broderies.

ENCODHAGEMENTS AD COHMERCS.il'AmU- CDLTUEB ET AUX LETTHES.

Avant lui , on ne frappait des pià»

de monnaie que dans la capitale de l’empire ; ce qui faisait que le numéraire était rare dans les provinces; d permit d’en frapper dans tout Fenpire; et il ordonna que ces pièces de monnaie, toutes de cuivre, ftss»

rondes, et percées en carré dans h milieu , afin de pouvoir les réunir et les transporter plus aisément. Il nima l’agriculture dans les campagne désolées par de longues guerres flviles ; il l’encouragea en cultivant ii terre de ses mains royales; il fil ?'*?■ ter des mûriers dans son palais nourrir des vers à soie , et il oWiS® l’impératrice et ses femmes à travailler a des ouvrages à l’aiguille, |K*'

CHINE

engager les dames de la cour à se donner une semblable occupation.

Il encouragea de tout son pouvoir la renaissance des lettres et la recherche des anciens livres qui avaient pu échapper à l’incendie.

Les débordements et les cruautés de l’usurpatrice qui l’avait précédé sur le trône impérial de la Chine , n’avaient

fias été sans exercer une influence sautaire et tout opposée sur la conduite deWEN-Ti. Il eut le sentiment de sa haute mission , et il serait peutêtre difficile de trouver dans l’histoire de tous les peuples un souverain plus accompli que Wen-ti, c’est-àdire , qui ait plus fait pour le bonheur et la prospérité du peuple qu’il était charge de gouverner. Nous rapporterons ici quelques-uns des édits ou des déclarations que l’on a conservés de cet empereur , et que l’on peut voir dans un magnifique recueil chinois , conservé à la Bibliothèque royale de Paris (*). Ils font trop bien apprécier le beau caractère de cet empereur, et ils sont trop précieux sous le point de vue historique, pour les négliger.

DÊCI.XRATION DE L'EMPEREtlR WEN-TI, A L’OCCASION D'UNE ÉCUFSE DE SOLEIL.

Kou-weit’jouaii'kian. Li 9, f* 6.

« J’ai toujours entendu dire que le

(*) C’est de ce beau et précieux recueil qu’ont été tirés les édits et déclarations des empereurs de la Chine, insérés dans le a* volume de Du Halde, et dont on doit la traduction au P. Hcrvieti. L’original chinoisesi un chef-d'œuvre de typographie ; les annotations des divers écrivains chinois qui accompagnent les anciens documenta regardés comme authentiques , sont imprimées un marge en encre bleue , si leurs auteurs sont morts , parce que le bleu est la couleur du deuil ; les remarques du célèbre empereur Khahg-hi, qui sont jointes à chacun de rus mêmes anciens documents, sont imprimées aussi en marge en encre jaune, qui est la couleur impériale, et celles des lettrés qui étaient encore virants lors de la rédaction de l’ouvrage sont en rouge. Ne pouvant avoir cet ouvrage en notre possession, nous nous contenterons de donner ici la traduction du P. Hcrvieii, qui nous a paru fidcie.

Ciel donne aux peuples qu’il produit, des supérieurs pour les nourrir et le.s gouverner. Quand ces supérieurs, maîtres des autres hommes, sont sans vertus et gouvernent mal, le Ciel, pour les faire rentrer dans leur devoir, leur envoie des calamités ou les en menace.

■ Il y a eu, cette onzième lune, une éclipse de soleil; quel avertis.sement n'est-ce pas pour moi!.. En haut, les astres perdent leur lumière; en bas, mes peuples sont dans la misère. Je reconnais en tout cela mon peu de vertu.

« Aussitôt que cette Déclaration sera publiée, qu’on examine dans tout l’empire , avec toute l'attention possible , quelles sont mes fautes, afin de m’en avertir. Qu’on cherche , et que l’on me jirésente, pour remplir cette fonction, les personnes qui ont le plus de lumières , de droiture et de fermeté. De mon côté , je recommande à tous ceux qui sont en charge , de s'appliquer plus que jamais à bien remplir leurs devoirs, et surtout à retrancher, au profit du peuple , toute dépense inutile. Je veux en donner l’exemple ; et, ne pouvant laisser mes frontières entièrement dépourvues de troupes, j’ordonne qu’on n7 en laisse que ce qui est nécessaire. »

Les réflexions de l'empereur Khang- Hi , sur cette déclaration , imprimées avec de V encre jaune , sont les suivantes :

« Nous li.sons dans le Livre des vers ; Tout invisible qu'il est, il est près de nous. Il n’est donc point de temps où il soit permis de se relâcher dans le service du Souverain suprême {Cbangti) ; mais à l’occasion des éclip.ses du soleil, qui sont comme des avis du Ciel, on redouble d’attention et de respect. »

Une glose dit : « C’est ici la pre- « mière fois que no.s empereurs , à « l’occasion des calamités publiques ou « des phénomènes extraordinaires, ont « demandé qu’on les avertît de leurs « fautes. Depuis cette déclaration de « Wen-ti , if s’en est fait beaucoup de « semblables. »

L’UNIVERS

autre déclaration iid même empereur, portant ARROTiATION D'UNE LOI QUI DÉFENDAIT DE CRITIQUER LA FORME DD GOUVERNEMENT.

«Du temps de nos anciens empereurs, on exposait à la cour, d'un côté, une bannière, où chacun pouvait écrire et proposer librement le bien mi’il jugeait qu’on devait faire; de rautre côté , une planche où chacun pouvait marquer les défauts du gouvernement et ce qu’il y trouvait à relire (*). C’était pour faciliter les remontrances et se procurer de bons avis. Aujourd’hui parmi nos lois J’en trouve une qui fait vn crime de parler mal du gouvernement. C’est le moyen non-seulement de nous priver des lumières que nous pouvons recevoir des sages qui sont loin de nous, mais encore de fermer la bouche aux officiers de notre cour. Comment donc désormais le prince sera-t-il instruit de ses fautes et de ses défauts ? Cette loi est encore sujette à un autre inconvénient ; sous prétexte que les peuples ont fait des protestations publiques et solennelles de fidélité, de soumission et de respect à l’égard du prince , si quelqu’un parait se démentir en la moindre chose , on l'accuse de rébellion. Les discours les plus indifférents passent chez les magistrats, quand il leur platt, pour des murmures séditieux contre le gouvernement.

Ainsi le peuple, simple et ignorant, se trouve, sans y penser, accusé d’un crime capital. Non , je ne le puis souffrir : que cette loi soit abrogée. »

Les réflexions de l’empereur Khang- Hi sur cet édit glorieux pourraient être méditées de nos jours : « Thsin- « CHi-HOAKG avait fait bien des lois O semblables. Kao-tsou ( le fondateur « de la dynastie llan) en abrogea un x grand nombre. Celle dont il s’agit » ici ne fut abrogée que sous Wen-ii : • c’est avoir trop attendu. •>

On croira sans doute difUciiement que plus de 170 ans avant notre ère,

(*) Voyez les pl. 3 et 4 et les pages 36 el 43, notes.

diez un peu(deque nous nous figurorif être esclave , un langage comme celui qui précède ait pu être tenu par le chef suprême du gouvernement, a nosyeui le plus tyrannique de l’Asie (*). Nout avons une si bonne opinion de nousmêmes que, hors de nos gouvernements constitutionnels , nous croyons que la pensée de l'homme, la plus noble partie de lui-même, ne peut s’exprimer librement, et qu’elle est toujours comprimée dans les chaînes du despotisme. Cependant ce n’est pas sans un certain sentiment de honte pour nous-mêmes , que nous sommes lorcés d'avouer ici, qu’après deux mille ans de prétendus progrès dans la civilisation , nous sommes moins fevorisés dans notre liberté de penser que les Chinois du temps de Wen-'H , et qu’un empereur amolu de la haate Asie comprenait mieux alors la dignité de l’homme que les rois actuels de l’Europe.

Dans d’autres déclarations, le même empereur engage les ministres à délibérer s’il ne convient pas d’abolir les lois cruelles , entre autres celle qui enveloppait dans le même cbâtimeat tous les parents d’un criminel, et celle qui ordonnait la mutilation. Il veut que les lois soient de la plus ^ande ^uité et aussi douces que possible.

ui.

déclaration DU MÊME EMPEREUR POR- TANT REMISE DE LA MOITIÉ DE SES DROIT!

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